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La colonisation
romaine diffère profondément de la colonisation
grecque; tout d'abord parce que ce fut une oeuvre politique, exécutée
pendant des siècles en vertu d'un plan méthodique qui assura la puissance
de Rome .
Tandis que les colonies grecques furent fondées par des émigrants appartenant
à des tribus différentes, souvent hostiles, qu'elles furent dès l'origine
des Etats autonomes, ne conservant avec la métropole
que des liens fort lâches, les colonies romaines furent établies par
une cité, à son profit; elles lui restèrent toujours étroitement subordonnées
et ressemblent aux clérouchies athéniennes.
Dans l'histoire de la colonisation romaine
nous distinguerons trois périodes :
Dans la première, les colonies sont avant
tout un moyen de conquête politique; on distingue les colonies dites latines
et les colonies romaines confondues à partir des lois Julia et
Pautia Papiria.
Dans la seconde période, la crise qui depuis
les Gracques jusqu'Ã Auguste
agite la République, les fondations
de colonies sont un expédient économique et politique employé pour se
concilier les prolétaires et les vétérans et pour s'en débarrasser.
Dans la troisième période, l'époque
impériale, a lieu la colonisation des provinces, projetée par César;
poursuivie après lui, elle eut pour résultat la diffusion de la population,
de la langue, des moeurs romaines sur l'Europe
méridionale; sans tenir dans les préoccupations contemporaines autant
de place que la colonisation agraire ou militaire du
IIe et du Ier
siècle, elle eut pour l'avenir des conséquences immenses.
Colonies
du VIe au IIe
siècle
L'idée d'asseoir solidement sa domination
dans une contrée en y plaçant une colonie, sorte de garnison permanente,
n'est pas propre aux Romains; les autres peuples italiens l'eurent, mais
aucun n'en fit un aussi redoutable usage. On a soutenu que les trente villes
latines étaient des colonies d'Albe ,
Rome
la première, mais il semble que ceci soit erroné; on a voulu exprimer
par cette affirmation l'hégémonie exercée par Albe sur une fédération
de cités de même origine. La première colonie romaine est Ostie, fondée,
dit-on, par le roi Ancus Martius pour garder
l'embouchure du Tibre. Les rois suivants imitèrent son exemple, mais comme
ils étaient chefs de la confédération latine, ces colonies sont considérées
comme colonies latines. Exception faite pour Ostie, et peut-être pour
Labici, fondée en 416, on peut dire
que jusqu'Ã la guerre qui mit aux prises Rome et les Latins,
et fit de ses anciens alliés de véritables sujets, il n'y eut pas de
colonie exclusivement romaine. Les colonies fondées par les rois (Signia
et Circeii par Tarquin le Superbe), et
par la république au détriment
des Volsques, des Rutules, des Etrusques,
ennemis communs de Rome et des Latins, paraissent l'avoir été d'accord
entre ceux-ci. Les Romains eurent le rôle directeur; les nouvelles cités
étaient assimilées aux autres villes du Latium ;
elles concouraient à assurer la prépondérance de Rome sur les anciens
Latins. Lorsque la prise de Rome par les Gaulois
faillit amener sa ruine, et amena la dissolution de la confédération
latine, presque toutes ces colonies lui restèrent fidèles (Signia, Circeii,
Cora, Norba, Ardea, Setia, Sutrium, Nepete), et la sauvèrent. Dans le
courant du IVe
siècle, l'attitude de Rome, les discussions relatives aux droits
respectifs des citoyens de Rome, des cités voisines, des Latins, etc.,
provoquèrent une crise. La guerre éclata entre Rome et les Latins auxquels
se joignirent plusieurs colonies, en particulier Signia et Setia. Rome
triompha et régla à son gré la condition civile et politique des vaincus.
Les anciennes colonies conservèrent le
droit latin; mais à partir de ce moment
on en fonda d'autres, exclusivement composées de citoyens romains, dont
la condition fut plus favorable; on continua à côté de celles-ci de
créer de nouvelles colonies latines (coloniae nominis Latini).
Celles-ci étaient peuplées d'alliés, fournissaient aux armées romaines
des contingents nombreux. On s'attachait les Latins
en leur faisant des distributions de terres, et on consolidait la domination
romaine, sans affaiblir la population de la ville. La création d'une colonie
latine était ordonnée par un sénatus-consulte, réglée par une loi,
exécutée par des curateurs spéciaux, élus à Rome
dans les comices, et investis de l'imperium
par loi curiate. La loi (formula coloniae) déterminait le chiffre
des colons latins; de 2 à 6000 en général. Leur lot de terre était
considérable; à Thurium, 20 jugères (1 jugère = 25 ares environ) par
fantassin, 40 par cavalier; à Aquilée ,
50 par fantassin, 140 par cavalier. Des citoyens romains pouvaient prendre
part à ces assignations en renonçant à leur droit
de cité romaine; le fait se produisait pour des plébéiens
pauvres. Plus tard, on concéda fictivement le titre de colonie latine
à des villes auxquelles on donnait ainsi le droit latin, mais c'est une
autre question purement juridique qui n'a pas sa place ici.
La colonie latine était au point de vue
politique un état allié, plus exactement vassal de Rome, dans la condition
de fédéré. Son contingent militaire était fixé par la loi de fondation,
et si la colonie était trop affaiblie, on la renforçait par l'envoi de
nouveaux colons (à Venouse, Narnia, Cosa, Plaisance, Crémone,
Aquilée). Le sénat
romain conservait une haute juridiction sur ces villes. Elles se gouvernaient
elles-mêmes, ayant leur sénat, leurs magistrats,
duovirs et autres, leurs censeurs. La condition
civile des habitants sera étudiée ailleurs, comme nous venons de le dire.
Douze de ces colonies (Ardea, Nepete, Sutrium, Alba, Carseoli, Cora, Suessa,
Circeii, Setia, Cales, Narnia, Interamna) refusèrent en 209
de fournir leur contingent pour la continuation de la seconde Guerre
punique qui les épuisait; elles furent punies en 204
par la perte d'une partie de leurs privilèges. Les dix-huit autres colonies
restèrent fidèles à Rome ,
et lui permirent de résister victorieusement à Hannibal;
sans la ceinture de forteresses et de petites cités alliées formée par
ces colonies, les Romains eussent certainement succombé.
Les colonies de citoyens romains furent
fondées concurremment avec les colonies latines à partir de 338,
rarement d'abord, puis en nombre à peu près égal après la guerre samnite,
presque exclusivement après la seconde Guerre punique. La procédure était
la même que pour les colonies latines : vote d'un sénatus-consulte, d'une
loi par le peuple (en comices tributes),
élection de curateurs, en nombre variable
de deux à vingt, souvent trois. La plupart des premières colonies de
citoyens romains furent, comme Ostie, des colonies maritimes; le nombre
des colons était d'ordinaire beaucoup moins grand que dans les colonies
latines; 300 familles dotées chacune de deux jugères.
Plus tard, le nombre des colons fut accru,
jusqu'à 3000 en certains cas, et leur lot étendu jusqu'à dix jugères,
une fois même en 180 pour Luna, jusqu'Ã
51,5. Les colons étaient recrutés par voie d'engagement volontaire; s'il
ne s'en présentait pas assez, on procédait à une conscription comme
pour le service militaire. L'établissement de la colonie sur le sol a
été décrit par les agronomes et Rudorff en a donné un tableau complet
qui s'applique aussi bien aux colonies politiques qu'aux colonies militaires
de la période suivante (Rudorff, Roemische Feldmesser, éd. 1854).
Nous le résumons ici.
La loi indiquait le nom de la colonie,
son territoire, le nombre des colons, la nature et la grandeur des lots
à leur assigner, le mode de délimitation, la qualité et le nombre des
magistrats, employés, etc., chargés de ce travail. Les curateurs
investis de l'autorité militaire administrative et judiciaire pour un
temps défini faisaient mesurer le sol par des arpenteurs assistés
d'augures et se servant de leur instrument appelé groma. On traçait sur
le sol un temple, selon les rites, relevant avec soin les quatre points
cardinaux, tirant du Nord au Sud l'axe (cardo maximus), de l'Est
à l'Ouest une autre ligne (decumanus maximus) qui coupait la première
au centre. On cherchait à placer le forum de la ville au centre, les quatre
portes et les voies principales de la ville étant orientées selon les
deux axes; la ville ressemblait ainsi à un camp. Elle était entourée
de remparts; lorsqu'on établissait la colonie
dans une ville déjà existante, on s'en accommodait; parfois même les
anciens habitants n'étaient dépouillés que d'une partie de leur territoire.
La délimitation des champs se faisait selon les principes que nous venons
d'indiquer. On ne comprenait dans les mesures ni les forêts, ni les carrières,
ni les pièces d'eau, ni les terrains non cultivables ou trop infertiles;
quand ceux-ci étaient mêlés aux autres, on divisait les bonnes terres
en bandes, laissant en dehors les mauvaises terres. S'il arrivait aussi
que dans le sol arpenté il y eût des lots en excédent, ils restaient
vacants (subcesiva) réservés au domaine public, affermés ou concédés
à la communauté comme pâturages. Dans les colonies militaires dont il
sera question plus bas, les habitants demeuraient comme fermiers sur les
lots attribués à d'autres. Le travail de délimitation une fois achevé,
on posait aux limites de grandes bornes (termini territoriales);
on traçait des lignes parallèles aux deux axes et numérotées à partir
d'eux, qui divisaient l'aire en carrés égaux appelés centuries; à chaque
angle de ces petits carrés on posait une borne portant le numéro du cardo
et celui du decumanus. Ces bornes étaient sur un modèle uniforme,
spécial à chaque colonie et déterminé par le fondateur. On distinguait
plus tard celles des Gracques, d'Auguste,
des divers empereurs, etc. C'étaient
les agrimensores qui établissaient ces bornes de pierre (quelquefois
de bois). Le long des lignes de limite on traçait des routes d'exploitation,
d'après des règles fixes. Chaque cinquième ligne (limes) à partir
du maximus cardo et sans le compter s'appelait actuarius,
les intermédiaires linearii ou subruncivi; la route du decumanus
maximus avait 40 pieds de large, celle du cardo maximus 20 pieds,
les actuarii en moyenne 12 pieds; c'étaient encore généralement des
chemins publics; les subruncivi, pour l'usage des propriétaires
riverains, avaient 8 pieds, ou 5 au moins. On ne sait si la largeur des
chemins était ou non comprise dans l'étendue des territoires à partager.
Lorsque les travaux de délimitation étaient
achevés on faisait l'inauguration solennelle de la colonie, le triumvir,
curateur (ou plus tard le légat
du général fondateur), la toge relevée à la mode de Gabies, faisait
avancer devant lui une charrue attelée d'un taureau à droite, d'une vache
à gauche. Il suivait les limites, rejetait en dedans la terre du sillon,
soulevant le soc au passage des portes. On dressait un plan cadastré de
la colonie dont un exemplaire gravé sur pierre ou bronze demeurait sur
place. On peut encore, dans certaines contrées de la haute Italie ,
voir des surfaces où fut une colonie romaine et dont les champs sont encore
divisés comme ils le furent par les arpenteurs romains il y a plus de
deux mille ans.
La condition des habitants d'une colonie
romaine proprement dite était fort simple; ils conservaient entièrement
le droit de cité tel qu'ils en jouissaient, avant de partir; ils exerçaient
leurs droits politiques quand ils se trouvaient à Rome .
Les colonies maritimes furent d'abord exemptées du service militaire,
mais elles ne purent faire maintenir ce privilège lors de la seconde guerre
punique (sauf Ostie et Antium ).
La colonie formait un petit Etat avec sénat dans lequel on élisait les
magistrats municipaux, préteurs revêtus de
la robe prétexte, édiles,
questeurs, pontifes,
augures, flamines,
etc.; il n'y avait pas de censeurs, puisque les colons continuaient de
figurer sur les rôles des censeurs romains. A côté d'eux, il y avait
dans la colonie l'ancienne population dont les droits étaient moindres
(droit de cité sans suffrage, sans connubium?) mais qui finirent
par se confondre avec eux.
Nous reproduisons ci-dessous, d'après
l'excellent Manuel des institutions romaines de Bouché-Leclercq,
un tableau des colonies latines et romaines
(en italiques) antérieures auIer
siècle. On remarquera qu'il comprend toutes celles qui furent
créées jusqu'aux lois Julia et Plautia Papiria, même celles
des Gracques dont nous ne parlerons que plus
loin.
-
| Nom
de la colonie |
Région |
Date |
| Signia, Circeii |
Règne de Tarquin
le Superbe
|
| Ostia |
Règne d'Ancus
|
| Suessa Pometia |
Pays des Volsques |
|
| Cora |
- |
|
| Velitrae |
- |
494 |
| Norba |
- |
492 |
| Antium |
|
467 |
| Ardea |
Pays des Rutules |
442 |
| Labici (?) |
|
418 |
| Satricum |
Pays des Volsques |
385 |
| Nepete |
- |
383 |
| Sutrium |
Etrurie |
383 |
| Setia |
Pays des Volsques |
382 |
|
Dissolution
de la confédération latine
|
338 |
| [Antium] |
|
338 |
| Cales |
Campanie |
334 |
| Anxur |
|
329 |
| Fregellae |
Pays des Volsques |
328 |
| Luceria |
Apulie |
314 |
| Suessa |
Auruncie |
313 |
| Pontiae insulae |
|
313 |
| Saticula |
Samnium |
313 |
| Interanina Lirinas |
Pays des Volsques |
312 |
| Sora |
- |
303 |
| Alba Fucens |
|
|
| Narnia |
Ombrie |
299 |
| Carseoli |
Pays des Eques |
298 |
| Minturnae |
Campanie |
296 |
| Sinuessa |
- |
296 |
| Venusia |
Apulie |
291 |
| Hatria |
Picenum |
289 |
| Sena Gallica |
Ombrie |
283 |
| Castrum Novum |
Picenum |
283 |
| Cosa |
Campanie |
273 |
| Paestum |
Lucanie |
273 |
| Ariminum |
Ager Gallicus |
268 |
| Beneventum |
Samnium |
268 |
| Firmum |
Picenum |
264 |
| Aesernia |
Samnium |
263 |
| Aesium |
Ombrie |
247 |
| Alsium |
Etrurie |
247 |
| Fregenae |
- |
245 |
| Brundisium |
Calabre |
244 |
| Spolentium |
Ombrie |
241 |
| Cremona |
Cisalpine |
218 |
| Placentia |
- |
218 |
| Pyrgi |
Etrurie |
195 |
| Puteoli |
Campanie |
194 |
| Volturnum |
- |
194 |
| Liternum |
- |
194 |
| Salernum |
- |
194 |
| Buxentum |
Lucanie |
194 |
| Sipontum |
Apulie |
194 |
| Tempsa |
Bruttium |
194 |
| Croton |
- |
194 |
| Copia |
Lucanie |
193 |
| Valentia |
Bruttium |
192 |
| Bononia |
Gaule ital. |
189 |
| Potentia |
Picenum |
184 |
| Pisaurum |
Ombrie |
184 |
| Parma |
Cispadane |
183 |
| Mutina |
- |
183 |
| Saturnia |
Etrurie |
183 |
| Graviscae |
- |
181 |
| Aquileia |
Gaule ital. |
181 |
| Luna |
Etrurie |
180 |
| Auximum |
Picenum |
157 |
| Minervia |
(Scylacium) |
122 |
| Neptunia |
(Tarente) |
122 |
| Tabrateria Nova |
Substituée à Fregelle |
121 |
| Dertona |
Ligurie |
100 |
| Eporedia |
Transpadane |
100 |
| Junonia |
(Carthage) |
122 |
| Narbo Martius |
Gaule |
118 |
Ajoutons
que Signia fut fondée à nouveau en 495 et Circeii en 393; qu'en 338
Venitrae
fut transformée en municipe et Antium en colonie romaine;
enfin
que Fregellae fut rasée en 125.
Colonies
agraires et militaires
Lorsque la conquête de l'Italie
fut achevée, on n'eut plus à fonder des colonies comme celles qui avaient
ouvert un débouché à la population romaine, placé des garnisons de
citoyens sur les points stratégiques et donné à une cité une puissance
militaire et un nombre de citoyens incomparable dans l'Antiquité .
Mais on songea alors à utiliser la procédure suivie pour ces fondations
de colonies, assignations de terres dans des régions éloignées pour
améliorer la condition économique de plus en plus déplorable d'une fraction
considérable du peuple romain. Cela était d'autant plus légitime que
les guerres lointaines rendaient plus onéreux le service militaire; le
soldat libéré était trop souvent sans ressource. Dès l'époque précédente,
des lois agraires avaient été votées
assignant une partie du domaine public (ager publicus) aux pauvres;
quelquefois on avait utilisé des fondations de colonies pour atteindre
le même but et satisfaire ou éloigner des mécontents. Caïus
Gracchus proposa de généraliser le système en fondant de grandes
colonies. Il voulait relever ainsi les anciennes rivales de Rome ,
Tarente ,
Carthage
même; on dit que dans celle-ci il voulait placer soixante mille colons
romains; ces lois, spécialement la loi Rubria, votée en 122 sur l'initiative
du tribun Rubrius, furent rédigées sur le modèle
des anciennes lois coloniales. Elles étaient populaires, car le rival
de Caïus Gracchus, Livius Drusus, fit voter Ã
son tour une loi Livia instituant douze colonies (pour trente-six
mille colons) en Italie. Après la ruine de Gracchus ses colonies furent
supprimées (loi Minneia); quant à la question de savoir si celles
de Drusus furent exécutées, elle est controversée. Cette agitation fut
plus tard reprise par Saturninus qui voulait caser les vétérans de Marius
et fit voter des lois pour la fondation de colonies en Afrique ,
en Sicile ,
en Achaïe ,
en Macédoine
(100); chaque vétéran devait recevoir
100 jugères; ces lois furent cassées après la mort de Saturninus. Livius
Drusus ne put faire accepter une loi analogue, reproduisant peut-être
telle de son père ou de Caïus Gracchus, mais visant surtout l'établissement,
des prolétaires romains. En revanche, quand Sylla
eut terminé la guerre civile et conquis la dictature,
il fit à ses vétérans des distributions de terres, par lesquelles il
leur donna une grande partie des terres des municipes
italiens qui l'avaient combattu. Cette colonisation militaire échoua;
la plupart des soldats ne se mirent pas au travail; ils ne purent remplacer
les anciens propriétaires, vendirent ou abandonnèrent leurs lots qui
grossirent les latifundia, revinrent à Rome et formèrent les bandes
de Catilina. La condition de ces colonies militaires
fut celle des colonies romaines dont il a été parlé. Il en est de même
de celles que plus tard fondèrent les triumvirs, puis Octave,
à l'imitation de Sylla, pour doter leurs soldats.
Nous reproduisons la liste à peu près
complète de toutes ces colonies fondées en Italie ,
d'après Bouché-Leclercq. Elle s'étend jusqu'à Vespasien,
et on remarquera que des noms y figurent plusieurs fois, des colonies ayant
été établies plusieurs fois sur le même emplacement :
1° Colonies
fondées par Sylla ou avant la mort de César (libera respublica) : Abella,
Abellinum, Aesis, Alsium, Antium, Ardea, Arretium, Asculum, Auximum, Buxentum,
Calatia (Capua), Casilinum, Castrum Novum Piceni, Croto, Dertona, Eporedia,
Faesulae, Fregenae, Gravisae, Grumentum, Hadria, Interamna Praetut., Liternum,
Luna, Minturnae, Mutina, Nola, Ostia, Paestum, Parma, Pisaurum, Pompeii,
Potentia Piceni, Praeneste, Puteoli, Pyrgi, Salernum, Saturnia, Scylacium,
Sena Gallica, Sinuessa, Sipontum, Tarentum, Tarracina, Telesia, Tempsa,
Volturnum, Urbana;
2° Colonies fondées
par les triumvirs : Allifae, Ancona, Aguinum, Ariminum, Beneventum, Bovianum
Vetus, Capua, Cremona, Firmum, Luca, Nuceria Constantia, Pisaurum, Sora,
Tergeste, Tuder, Venusia;
3° Colonies dites
Julia, fondées par Octave avant l'an 27 (av. J.-C.) : Julia (Augusta)
Taurinorum, Beneventum, Capua, Castrum Novum Etruriae, Concordia, Cumae,
Dertona, Fanum Fortunae, Hispellum, Lucus Feroniae, Parentium, Parma, Pisae,
Pisaurum, Pola, Soena, Sera, Suessa, Sutrium, Tuder, Venafrum;
4° Colonies d'Auguste
: Ateste, Augusta Proetoria, Bononia, Falerio, Minturnae;
5° Colonies dites
Augustae, fondées par Auguste ou ses successeurs : Abellinum, Arimmum
(Julia) Augusta Taurinorum, Beneventum, Brixia, Capua, Nola, Parma, Venatrum;
6° Colonies d'époque
incertaine : Brixellum, Luceria, Placentia, Rusellae, Teanum Sidicinum.
Colonies
de l'époque impériale
A l'époque
impériale, il ne fut plus fondé que des colonies romaines proprement
dites; en général, des colonies militaires analogues à celles d'Auguste.
Nous avons déjà parlé de celles d'Italie .
Dans les provinces, on commença à étendre la colonisation romaine, reprenant
le plan de Caïus Gracchus et de Jules
César. Auguste lui-même créa des colonies romaines dans la Gaule
narbonnaise ,
en Espagne ,
en Afrique ,
en Sicile ,
en Macédoine ,
en Achaïe ,
en Syrie, en Pisidie ;
le domaine public dut fournir les terres; sur celles de Patras, par exemple,
on put placer les vétérans de deux légions et il en resta pour les Grecs
du voisinage. Cette politique fut suivie par les empereurs
qui dotaient ainsi les soldats à l'expiration de leur temps de service.
Il faut toutefois remarquer que cette colonisation d'un grand nombre de
provinces par les vétérans romains se fit sous plusieurs formes. On créa
de moins en moins de colonies proprement dites; deux seulement dans la
Dacie ,
qui fut repeuplée par Trajan (Colonia Ulpia ou
Sarmizegethusa et Zerna); beaucoup d'assignations de terres eurent lieu
sans qu'on groupât les colons en colonie; on les plaçait dans des cités
où quelquefois ils formaient un collège spécial, ou dans une cité déjÃ
existante. Souvent les colonies ne prospérèrent pas, en raison du peu
d'aptitude des soldats pour cette vie agricole ou du manque de solidarité
entre des hommes originaires de pays différents; il fallut renouveler
les colonies, plusieurs disparurent.
Nous citerons ici les plus importantes
: Colonia Agrippinensis (Cologne )
et Camulodunum, fondées par Claude; Oelia Capitolina
(Jérusalem), par Hadrien.
En fait, le grand travail de colonisation
romaine qui fonda tant de villes jusque dans le sud de l'Allemagne ,
en Grande-Bretagne ,
latinisa la Gaule
et l'Espagne ,
se fit sourdement; les colonies officielles, colonies militaires, n'y eurent
pas la plus grande part. (A.-M. B.). |
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