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L'histoire de l'Afrique
Le Soudan occidental et central
La région soudano-sahélienne, une vaste bande territoriale s'étendant d'ouest en est, de l'océan Atlantique (Sénégambie) jusqu'aux plaines du Nil et aux monts du Kordofan, au Soudan central. Cette zone de transition écologique entre le désert du Sahara au nord et les savanes boisées au sud a été, depuis des millénaires, un corridor majeur pour les échanges, les migrations et la diffusion culturelle.

Le nom de Soudan dérive de celui de Biled es-Soudan ( = Pays des Noirs) qui a été donné par les Arabophones à une vaste région de l'Afrique moyenne qui s'étend au Sud du Sahara sur à peu près 5 millions de km². Dans son ensemble, le Soudan forme une vaste plaine accidentée de collines d'une altitude moyenne de 400 à 600 m, avec pourtant quelques massifs isolés, sur le. pourtour du bassin du Tchad, dans l'Adamaoua (3000 m) et le Dar-Four (4830 m). Le sol laisse émerger en bien des endroits des roches cristallines, mais celles-ci sont généralement couvertes de sédiments calcaires ou sablonneux, d'alluvions anciennes et modernes souvent ferrugineuses. 

Les limites du Soudan sont un peu flottantes; du côté du Nord, c'est le désert, avec un certain doute sur l'attribution de la zone des terres légères, le Sahel, au Sahara ou au Soudan; à l'Ouest, les massifs montagneux du Fouta-Djalon et de la Sénégambie, mais on peut aussi rattacher au Soudan le bassin du Sénégal; au Sud. On regarde comme bornant le Soudan les hauteurs qui divisent le bassin, du Niger des bassins côtiers rattachés à la Guinée, puis la ligne de faite entre le bassin du Congo et ceux du Niger, du Tchad, du Bahr-el-Ghazal; à l'Est, la limite serait formée par les massifs éthiopiens. 

Cette appellation un peu vague de Soudan, distingué du Sahara par son climat et son régime de pluies tropicales plutôt que par son orographie, réunit donc des régions que l'on divise en trois groupes : le Soudan occidental comprenant les pays de l'Atlantique (ou du Senégal) au cours inférieur du Niger; et le Soudan central, comprenant le bassin du lac Tchad et les pays à l'Est du bas Niger, qui ont subi la colonisation française, et le Soudan oriental, comprenant le bassin moyen du Nil, qui a subi la colonisation égyptienne puis anglaise, et que l'on traitera dans la page consacrée également à la Nubie. 

Les principaux groupes, en allant de l'Ouest à l'Est, sont  : les Ouolofs (Wolofs) et les Sérères, qi vivent essentiellement en Sénégambie; les Mandés ou Mandingues, qui occupent un vaste espace du Mali au Niger et Burkina Faso qui ont été les fondateurs en particulier de l'empire du Mali, construit sur les ruine du Ghâna, les Songhaï, également à l'origine d'un empire; les Mossi ou Moro, dans la boucle du Niger, et qui ont eux aussi formé de grands États, et, dans le Soudan central, autour du Lac Tchad, le populations du Bornou, de Ouadaï et du Baguirmi.

Préhistoire et peuplement ancien

La région qui s'étend de la Sénégambie au Kordofan, à cheval sur les bandes sahélienne et soudanienne de l'Afrique de l'Ouest et du Soudan actuel, connaît une histoire humaine étroitement liée aux fluctuations climatiques du Sahara depuis le Pléistocène. Aux époques les plus anciennes, durant les phases humides successives du Sahara, notamment celle qui s'étend approximativement de 10000 à 5000 avant notre ère, cette zone aujourd'hui désertique se couvre de lacs, de savanes et de cours d'eau permanents, ce qui permet à des populations de chasseurs-cueilleurs puis de pêcheurs de s'y installer durablement, bien plus au nord qu'aujourd'hui. 

Des sites comme Gobero, au Niger, révèlent deux occupations successives, l'une kiffienne, associée à des populations de pêcheurs de grande taille qui utilisaient des harpons en os, l'autre ténéréenne, plus tardive, caractérisée par l'apparition du pastoralisme. Ce phénomène, que certains préhistoriens ont appelé la "civilisation aquatique soudanaise", se retrouve sur un axe qui traverse le Sahara central et le Sahel jusqu'au bassin du Nil, où des industries comparables, fondées sur la pêche, la chasse à l'hippopotame et l'usage de poteries à décor de pointillés incisés au peigne, caractérisent le Mésolithique et le Néolithique ancien de la région de Khartoum, dans l'actuel Kordofan et ses abords.

À mesure que le climat se dessèche progressivement, à partir du Ve puis surtout du IIIe millénaire avant notre ère, les populations sahariennes reculent vers le sud, apportant avec elles des savoirs techniques et des pratiques d'élevage bovin déjà anciennes, puisque la domestication du bétail dans le Sahara central remonte peut-être au VIIe millénaire. Ce mouvement de repli nourrit le peuplement du Sahel et amorce, dans plusieurs foyers, une domestication locale des plantes les mieux adaptées aux sols pauvres et aux pluies irrégulières : le mil à chandelle, le sorgho et, en Afrique de l'Ouest, le riz africain, dont les centres de domestication se situent précisément dans cette large bande allant du moyen Niger au bassin du Sénégal. 

C'est dans ce contexte que se développe, entre environ 2200 et 300 avant notre ère, la culture de Dhar Tichitt en Mauritanie actuelle, sur les rebords rocheux qui dominaient d'anciens lacs aujourd'hui asséchés. Des centaines de villages y sont construits en pierre sèche, organisés selon une hiérarchie de taille qui suggère une société déjà stratifiée, qui pratique l'agriculture du mil, l'élevage et une métallurgie du cuivre puis du fer; nombre d'archéologues y voient l'un des berceaux possibles des populations mandé et soninké, et un antécédent direct des complexes urbains qui apparaîtront plus tard le long du Niger.

Le passage au travail du fer se fait de façon relativement précoce et largement indépendante dans plusieurs foyers de cette zone. Dans la région du Termit, au Niger, des indices de réduction du fer sont attestés dès le milieu du IIe millénaire avant notre ère, ce qui place le Sahel parmi les régions du monde où la métallurgie ferreuse apparaît le plus tôt, sans qu'un lien de diffusion directe avec le Proche-Orient ou l'Égypte ne soit établi avec certitude. Plus au sud, sur le plateau de Jos au Nigeria, la culture de Nok s'épanouit à partir d'environ 1500 avant notre ère jusqu'aux premiers siècles de notre ère. Autour du lac Tchad, la tradition de Gajiganna documente, dès la fin du IIe millénaire, des populations agropastorales sédentaires dont l'organisation annonce les futures cités du bassin tchadien.

Des pistes transsahariennes, jalonnées de gravures rupestres représentant des chars tirés par des chevaux, relient dès le IIe millénaire le Sahel aux rivages méditerranéens, par l'intermédiaire notamment des Garamantes établis dans le Fezzan libyen, qui deviennent à partir du Ier millénaire avant notre ère un relais commercial actif entre le monde punique puis romain et les régions subsahariennes. L'introduction du chameau, dont la généralisation dans le désert se situe autour des derniers siècles avant notre ère et des premiers siècles de notre ère, ne bouleversera véritablement les échanges qu'un peu plus tard, mais elle prend racine dans un système d'échanges déjà ancien portant sur le sel, le cuivre, l'or, l'ivoire et sans doute des esclaves.

Vers l'extrémité orientale de cette région, dans la vallée du Nil et ses abords soudanais, une évolution parallèle mais distincte se déploie. Après les cultures néolithiques du Khartoum, à la périphérie de l'aire étudiée dans cette page, la Nubie voit émerger successivement le groupe A puis le groupe C, sociétés agropastorales de plus en plus hiérarchisées en contact étroit avec l'Égypte pharaonique, puis le royaume de Kerma, à partir d'environ 2500 avant notre ère, premier État véritablement centralisé du Soudan ancien, doté d'une capitale fortifiée et de tumulus royaux monumentaux. Kerma est absorbé par l'Égypte du Nouvel Empire vers 1500 avant notre ère, avant qu'un pouvoir nubien ne renaisse sous la forme du royaume de Koush, centré d'abord sur Napata puis, à partir du VIe siècle avant notre ère, sur Méroé, dont l'influence économique et culturelle s'étend vers l'ouest en direction du Kordofan et du Darfour, régions de transition entre le monde nilotique et les mondes sahélien et soudanien au sens large.

Au seuil de l'ère commune, cette vaste bande de savanes qui va de la Sénégambie au Kordofan présente ainsi une mosaïque de sociétés agricoles, pastorales et métallurgiques, souvent déjà hiérarchisées, reliées entre elles et au reste du monde méditerranéen et nilotique par des réseaux d'échanges anciens. 

C'est sur ces bases, héritées de plusieurs millénaires d'adaptation à l'assèchement progressif du Sahara et d'innovations agricoles et techniques locales, que se construiront dans les siècles suivants les grandes cités et les premiers royaumes historiques du Sahel, de Jenné-Jeno, fondée vers 250 avant notre ère sur le moyen Niger, jusqu'aux ensembles politiques qui prendront le relais de Méroé aux confins du Kordofan. Le site de Djenné-Djeno (Jenné-Jeno) montre ainsi une agglomération marchande de plusieurs milliers d'habitants, productrice de riz, importatrice de sel, de cuivre et de perles, et reliée à un vaste réseau sahélien. 

Plus à l'ouest, la région du Tekrour, le long du fleuve Sénégal, se structure autour de pouvoirs qui contrôlent le commerce du sel, des esclaves, de l'or et des tissus, et dont les élites adopteront l'islam dès le XIe siècle, à l'image du roi War Diabi, mentionné par les géographes arabes. Ces royaumes riverains servent de relais entre le désert et les pays de l'or, en direction du Bambouk et du Bouré. 

L'archéologie des buttes d'habitat, des nécropoles, des fourneaux de réduction du fer et des anciens quartiers d'artisans révèle une intensification agricole et démographique dès le Ier millénaire, avec des techniques de culture sur billons, de maîtrise de l'eau, de construction en banco, de fortifications en pierre sèche ou en terre massive. Les traditions locales évoquent des héros civilisateurs, des forgerons maîtres du feu, des chasseurs fondateurs et des alliances matrimoniales qui cimentent les confédérations villageoises. Les États ne sont pas toujours centralisés : beaucoup reposent sur des réseaux de parenté, des titres de chefferie, des cultes territoriaux et des assemblées de notables.

L'âge des Empires

C'est vers le VIIIe siècle que commence l'essor des grands empires sahéliens, fondés sur le contrôle des routes commerciales transsahariennes (or, sel, ivoire et captifs) et l'islamisation progressive des élites. Tout au long de cette période, l'islam n'efface pas les religions locales, les cultes des ancêtres, les forces de la nature, les sociétés d'initiation et les rituels agraires. Les souverains combinent souvent légitimité islamique et sacralité ancienne, utilisant les marabouts comme conseillers et les griots comme dépositaires des généalogies et des épopées. Les villes marchandes accueillent des communautés arabo-berbères, juives, ibadites ou sunnites, tandis que les campagnes restent largement attachées aux pratiques préislamiques. Cette pluralité religieuse accompagne une pluralité linguistique et politique remarquable.

Les échanges transsahariens jouent un rôle moteur dans l'enrichissement et la hiérarchisation des sociétés sahéliennes. L'or du Bambouk, du Bouré et des placers du haut Niger, le sel de Teghaza et d'Idjil, le cuivre du Takedda, les esclaves capturés dans les marges méridionales, les noix de cola des forêts, les chevaux du Maghreb, les tissus de soie et de coton, les livres et les armes circulent le long de pistes jalonnées de puits, d'oasis et de caravansérails. Les grands empires prélèvent taxes et tributs, protègent les routes, battent monnaie ou utilisent des unités de compte comme le mithqal d'or, le cauri, les barres de sel ou les bandes de coton.
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Le Soudan central et oriental.

L'Empire du Ghana.
L'empire du Ghana, que ses habitants soninké appellent Wagadou, constitue le plus ancien des grands ensembles politiques du Soudan occidental. Les sources arabes, notamment celle d'el-Fazari au VIIIe siècle puis celle plus précise d'al-Bakri au XIe siècle, en attestent l'existence et la puissance. Sa capitale, Koumbi Saleh, se compose en réalité de deux villes jumelles : l'une, où réside le roi entouré de sa cour et où se pratiquent les rites traditionnels, l'autre, peuplée de marchands musulmans, où s'élèvent des mosquées. Le roi, surnommé le kaya maghan ( = maître de l'or), ne possède pas directement les mines aurifères du Bambouk et du Bouré, situées plus au sud, mais il en contrôle l'accès et taxe lourdement les caravanes qui traversent son territoire pour échanger l'or du Soudan contre le sel du Sahara. Cette position d'intermédiaire fait sa richesse. Le souverain garde longtemps la religion ancestrale tandis que les marchands de son royaume adoptent l'islam, créant une cohabitation religieuse durable. Son armée, composée de contingents fournis par des royaumes vassaux, lui permet d'imposer son autorité sur un vaste espace. À partir du XIe siècle, le Ghana entre en déclin : les historiens ont longtemps évoqué une invasion almoravide vers 1076, hypothèse aujourd'hui discutée et nuancée, mais il est certain que le royaume se fragmente progressivement. Le pouvoir passe alors aux Sosso du royaume de Kaniaga, dirigés par Soumaoro Kanté, avant que l'ensemble ne soit absorbé par la puissance montante du Mali.

Les États mandé.
Les Mandingues ou Mandé ont historiquement  leurs centres principaux au Ouassoulou, au Ouagadougou, dans le Kaarta et le Bakounou. Actuellement, ils sont répartis en trois fractions principales : Malinké, ayant pour tenné (c.-à-d. totem) l'hippopotame, Bammana ou Bambara ayant pour tenné le caïman et rétifs à l'islam; Soninké, Serakoulé ou Saracolets, musulmans de longue date. Ajoutez les Sousou, aujourd'hui dispersés, les Dioula, fraction musulmane très commerçante, et plusieurs tribus métissées. Dans leur ensemble, les Mandé peuplent les pays du haut Sénégal jusqu'à Bakel, de la Gambie, de la Guinée (excepté le Fouta-Djalon, du haut Niger et du moyen Niger jusqu'à Djenné, le Sud du Macina, le Kénédougou; ils sont aussi répandus par îlots dans tout le reste du Soudan occidental.

Les Mandé ont été à l'origine de divers États : en particulier ceux de Sousou (Soussou), ceux des Bambara, successivement désagrégés; et en dernier lieu ceux de Samori (La conquête française du Soudan) et  de Tiéba. Auparavant, les Mandé s'étaient associés aux Soninké dans les pays du moyen Niger aux premiers siècles de l'ère chrétienne avaient joué un rôle considérable dans le premier royaume songhaï; après la conquête berbère, les Mandé, convertis à l'islam, réagissent et se substituent aux Sanhadja (encadré ci-dessous). Mais surtout, les Mandé furent les fondateurs du plus vaste empire qu'ait connu l'Afrique noire et de l'un des plus considérables qui aient existé dans le monde, a été l'empire du Manding ou, pour employer le nom que nous ont légué les historiens et géographes arabes, et qui n'est autre que la forme peule du mot « Mandé », l'empire du Mali ou Melli. 
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Noirs et Blancs

L'histoire du Soudan occidental est en partie celle d'une lutte entre les populations nord-sahariennes et sahariennes des Berbères et des Arabes (Blancs) et les populations sub-sahariennes, proprement soudanaises (Noirs). Depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne, le Sahel saharien, la vallée du moyen Niger sont contestés. On y trouve d'abord les Songhaï; leur lutte avec les Berbères les affaiblit et au XIe siècle ils sont évincés par les Sousou Soussou), une population du groupe mandé, puis par les Malinké établis à Tombouctou. 

Les Berbères, convertis à l'islam dès la fin du VIIe siècle, formaient dans le Sahara méridional le peuple dit des Sanhadja, dont les principales tribus étaient les Lemta au Sud du Maroc actuel et les Lemtouna, au contact avec les Songhaï, dans l'Adrar occidental, et Aoudaghost (à l'Ouest de Oualata), qu'ils fondent au Xe siècle. Les Sanhadja du Nord partagèrent, à la même époque, le Maghreb, région de l'Atlas, avec les Zenata; ils prévalaient dans l'Algérie et la Tunisie actuelles. Au XIe siècle, les Sanhadja du Sud, adhérant à la réforme religieuse des Almoravides, fondèrent un grand empire qui s'étendit de l'Espagne au haut Niger; ils soumirent l'ancien royaume de Ghana, Djenné, Ouangara, les pays jusqu'au Sénégal. Mais les Sousou les rejetteront au siècle suivant dans la zone désertique. Au XIIe siècle, la seconde invasion arabe (l'invasion hillalienne) clôt également l'histoire des Sanhadja au Nord, les populations berbères ayant été subordonnées. Toutefois, ce nom de Sanhadja persista quelque temps; les Portugais en ont fait Sanaga, d'où dérive le nom de l'actuel Sénégal.

Les Arabes de l'invasion hillalienne; la plus nomade de leurs trois tribus, celle des Beni-Hassan, s'avance par le désert jusqu'à Oualata, où, par son mélange avec les Berbères Lemtouna et Masoufa, elle forme les nouvelles tribus des Aroussiyn et des Mechdouf; plus à l'Ouest, les Ouled-Delim et les Berabich absorbent les Djeddala. Le Sahara occidental devient ainsi le domaine de ces métis d'Arabes et de Berbères, où dominent la population berbère et l'influence arabe, que les Européens ont englobé sous le nom de Maures, populations pillardes et batailleuses, divisées en petits clans. Au contraire, le Sahara central est demeuré berbère; on y retrouve les grandes tribus des Lemta et des Zenata sous le nom de Touareg. Le peuple berbère des Tademekka établi au Nord-Est du Niger dès le XIe siècle est refoulé au XVIIe par les Touareg Aouelimmiden, qui de l'Iguidi s'avancent dans l'Adrar oriental et conquièrent la prépondérance sur le Niger septentrional.

La possession de Tombouctou fut constamment disputée entre eux et les Noirs; en 1433, les Touareg s'en emparent sur les Mandé de Mali; la seconde dynastie songhaï les refoule; mais elle succombe devant la grande expédition marocaine de 1588. Les Chorfa, qui avaient renversé au Maroc la domination des Berbères Zenata, entreprennent la conquête du Sahara; ils occupent les salines de Taghaza (1586) et deux ans après, 3600 fusiliers, en majorité Andalous, conduits par l'eunuque Djodar, s'emparent de Tombouctou et de la vallée septentrionale du Niger; une route jalonnée de poteaux assure les relations avec le Maroc. Toutefois, les descendants des envahisseurs, connus sous le nom de Rouma, se rendent indépendants; un caïd du Sous, Sidi Ali, fonde une dynastie locale (1667); mais dès 1680, les Mandé reprennent Tombouctou; des dynasties locales d'origine arabo-berbère se maintiennent quelque temps à Djenné, Bamba, Sansandig et dans le Bakounou. Les Maures Trarza et Brakna refoulent au Sud du Sénégal les Ouolofs, avec lesquels ils se métissent.

L'empire du Mali.
L'empire du Mali naît véritablement en 1235, lorsque Soundiata Keita, prince malinké, vainc Soumaoro Kanté à la bataille de Kirina. Cette victoire fonde non seulement un nouvel État mais aussi, selon la tradition orale, une charte politique, celle de Kurukan Fuga, qui organise les relations entre les clans fondateurs. Soundiata établit sa capitale à Niani, sur un affluent du Niger, et étend rapidement son autorité sur les routes commerciales et les zones aurifères. Ses successeurs poursuivent cette expansion, mais c'est sous le règne de Kanga Moussa, mieux connu comme Mansa Moussa, entre 1312 et 1337, que l'empire atteint son apogée. Son pèlerinage à La Mecque en 1324, effectué avec une caravane d'un faste légendaire chargée d'or, fait connaître le Mali dans tout le monde musulman et jusqu'en Europe, où il apparaît sur les cartes de l'époque. De ce voyage, Mansa Moussa ramène l'architecte andalou Es-Saheli, qui édifie la mosquée de Djingareyber à Tombouctou, ville qui devient alors un centre commercial et intellectuel de premier plan. L'empire repose sur une administration provinciale confiée à des gouverneurs, sur le contrôle des mines de Bouré et sur le commerce transsaharien. L'islam s'implante durablement chez les élites, sans effacer entièrement les pratiques religieuses anciennes. Après la mort de Mansa Moussa, des crises de succession affaiblissent le pouvoir central. 

Les royaumes mossis multiplient les raids sur les provinces orientales de l'empire, les Touaregs s'emparent de Tombouctou, et la province de Gao, sous la conduite de Sonni Ali, finit par se détacher complètement. Le Mali, réduit à un territoire plus modeste autour de Kangaba, subsiste néanmoins pendant plusieurs siècles avant de disparaître définitivement. Pendant les siècles suivants, les Touareg du Sahara méridional vont continuer de contrôler les routes caravanières, les oasis et les puits. Ils prélèvent des taxes sur les caravanes, protègent ou attaquent les voyageurs, et continuent d'entretenir des relations complexes avec les États sédentaires. À Tombouctou, à Agadez, à Gao et à Oualata, les lettrés et les commerçants touareg participent à la vie intellectuelle et économique. 

Les royaumes bambara de Ségou et du Kaarta.
Les Bambara, les plus connus des Mandé orientaux, constituent  un rameau du tronc ouangara, répandu des deux: côtés du Niger depuis Bamako jusqu'à la région de Djenné et du Macina, et ont longtemps été sujets du Manding pour devenir, au moins en partie, vassaux du Songhaï dès l'époque du sonni Ali-le-Grand et surtout de l'askia Mohammed. Les Bambaras, partis de Ouassoulou, se sont rendus indépendants vers le milieu du XVIIe siècle et avaient formé alors deux États. L'un avait sa capitale à Ségou et s'étendait le long du Niger, entre ce fleuve et le Bani; l'autre, dit du Kaarta, avait son domaine à l'Ouest du premier, au Nord du haut Sénégal. L'un et l'autre étaient gouvernés au début par des princes de la même famille, celle des Kouloubali, la fraction occidentale portant le nom de Kouloubali-Massassi.

Ségou.
Vers 1660, le roi Biton Kouloubali venait de s'installer à Ségou. Le mansa du Manding, qui était alors Mama-Magan, voulut détruire dans son nid ce voisin qu'il devinait dangereux et, vers 1667, il vint mettre le siège devant la forteresse qu'avait élevée Biton. Le siège, durait encore en 1670 et Mama-Magan, désespérant d'en venir à bout, se retira en suivant la rive droite du Niger; Biton le poursuivit jusqu'à la hauteur de Niani, l'accula au fleuve et le força à conclure un traité aux termes duquel le souverain mandingue s'engageait à ne pas s'avancer dorénavant en aval de Niamina. Biton promettant de son côté de ne pas se porter en amont de ce point. Cet événement consacré définitivement le déclin de l'empire mandingue, qui, réduit désormais aux provinces malinké du haut Niger et de la haute Gambie, cessa de compter parmi les États puissants de l'Afrique noire.

Biton s'était constitué une armée de métier à l'image de celle des askia, au moyen de ton-dion, ou esclaves du gouvernement, et une flottille d'État, en utilisant les pêcheurs dits Somono et leurs embarcations. Il assit solidement son autorité sur tous les pays compris entre Niamina et Djenné, s'empara du Bagana et imposa sa suzeraineté au Massina et à Tombouctou. Il mourut du tétanos en 1710, à la suite d'un  accident, et avec lui finit sa dynastie. Son armée en effet massacra ses enfants et ses parents et s'empara du pouvoir; mais elle se divisa en clans dont les uns soutenaient le chef de l'infanterie et les autres le maître de la cavalerie, jusqu'à ce qu'un serviteur de l'ancienne famille royale, nommé Ngolo ou Molo Diâra, réussît à se faire proclamer roi et fonda une nouvelle dynastie (1750). L'un de ses successeurs, Monson (1792-1808), se rendit surtout célèbre par la guerre qu'il fit à ses congénères les Bambara du Kaarta et par une expédition punitive qu'il conduisit en 1803 à Tombouctou, à la suite du refus de cette ville de payer à Ségou son tribut annuel.

Ce fut sous son successeur Da que le Macina s'affranchit de la suzeraineté bambara pour constituer un royaume indépendant sous le commandement du marabout peul Sékôu-Hamadou, de la famille des Bari ou Sangaré (1810). Ce dernier s'empara de Djenné, se construisit une capitale à Hamdallahi, sur la rive droite du Bani, et organisa sagement l'administration et les finances de son royaume. Il convertit à l'islam  les Peuls qui jusqu'alors avaient obéi à l'ardo de la famille Diallo et réussit à substituer à Tombouctou sa propre influence à celle du roi bambara de Ségou. En fait il s'était emparé de Tombouctou en 1826 ou 1827, mais ses compatriotes y étaient détestés et la garnison peule qu'il y avait installée ne put y rester. Il ne devait avoir que deux successeurs , son fils Hamadou Sekou et son petit-fils, Hamadou-Hamadou, lequel fut vaincu et mis à mort en 1862 par le conquérant toucouleur El-Hadj Omar.

Quant au royaume bambara de Ségou, il disparut à la même, époque et de la même façon que le royaume peul du  Macina : El-Hadj  Omar (Peuls et Toucouleurs) s'empara en effet  de Ségou le 10 mars 1861 et,  l'année suivante, il se saisit de la personne d'Ali, le dernier roi de la dynastie des Diâra, lequel s'était réfugié auprès de Hamadou-Hamadou, devenu, en face du danger commun, l'allié de ses anciens ennemis.

Kaarta.
Le royaume bambara du Kaarta avait eu une durée moins longue encore. Ses débuts remontent, comme ceux du royaume de Ségou, à 1660 ou 1670. Moins d'un siècle après, en 1754, le roi Sié s'emparait de Diâra. Ses successeurs se rendirent maîtres de la plupart des autres provinces situées au Nord du haut Sénégal et enlevèrent le Bambouk et Kita aux Mandingues.

L'empire Songhaï.
L'empire songhaï prend sa pleine dimension lorsque Sonni Ali Ber, qui règne de 1464 à 1492, transforme un royaume jusque-là vassal du Mali en une puissance dominante. Ce chef de guerre redoutable s'empare de Tombouctou en 1468 puis de Djenné en 1473, et constitue une flotte sur le Niger pour contrôler le fleuve. Sa mort ouvre une crise de succession que tranche Mohammed Touré, dit Askia Mohammed, qui prend le pouvoir en 1493 et fonde la dynastie askia. Profondément pieux, il effectue lui aussi le pèlerinage à La Mecque en 1496-1497 et revient avec le titre de calife, qui légitime son autorité religieuse. Il réorganise l'empire en provinces administrées par des gouverneurs nommés, standardise les poids et mesures, développe la fiscalité et encourage l'essor intellectuel de Tombouctou, où l'université de Sankoré attire des savants comme Ahmed Baba. Sous son règne, l'empire songhaï atteint son extension maximale, dominant l'ensemble du commerce transsaharien de la région. Déposé par son propre fils en 1528, Askia Mohammed laisse un empire qui continue de prospérer mais que les querelles dynastiques fragilisent au fil du XVIe siècle. La fin survient brutalement en 1591 : le sultan saadien du Maroc, Ahmad al-Mansour, envoie une expédition équipée d'armes à feu et commandée par Djouder. Celle-ci traverse le Sahara et écrase l'armée songhaï à la bataille de Tondibi. Les Marocains occupent Tombouctou et Gao, mais ne parviennent pas à contrôler durablement l'ensemble de l'empire. Le pouvoir songhaï se fragmente en chefferies, en principautés et en royaumes successeurs, tandis que les pachas de Tombouctou, d'origine marocaine, perdent progressivement leur autorité effective. Les Arma, descendants des soldats marocains, forment une aristocratie militaire locale qui domine la moyenne vallée du Niger sans rétablir une administration impériale stable.

Les royaumes Mossi.
Les royaumes mossis se développent dans le bassin de la Volta, sur le territoire de l'actuel Burkina Faso, en restant largement à l'écart de l'islamisation qui touche les grands empires sahéliens voisins. La tradition orale rattache leur origine à la légende de la princesse Yennenga, qui fuit la cour de son père et épouse un chasseur nommé Riale; leur fils, Ouédraogo, fonde le premier royaume mossi, celui de Tenkodogo. De ce noyau initial naissent plusieurs royaumes distincts, dont celui de Ouagadougou, fondé au XVe siècle, et celui du Yatenga, issu d'une scission ultérieure. Le royaume de Ouagadougou se structure autour du Mogho Naba, souverain sacré entouré d'une cour hiérarchisée de ministres portant des titres précis, chacun chargé d'une fonction du royaume. Les Mossis conservent leurs croyances traditionnelles pendant des siècles, ce qui ne les empêche pas de mener des expéditions militaires redoutées contre leurs voisins islamisés : ils pillent à plusieurs reprises les territoires du Mali puis du Songhaï, allant jusqu'à menacer Tombouctou et Oualata, avant d'être repoussés par les armées d'Askia Mohammed. Ces royaumes mossis conservent leur indépendance jusqu'à la fin du XIXe siècle, lorsque la conquête coloniale française, menée en 1896 et 1897, met fin au pouvoir autonome de Ouagadougou, dont le dernier souverain pleinement indépendant, Wobogo, choisit l'exil plutôt que la soumission.

Les Etats des pays tchadiens

Dans la région tchadienne se succèdent plusieurs États structurés autour du commerce transsaharien et de l'islam. 

Kanem.
Le royaume du Kanem apparaît à l'est du lac Tchad sous la conduite de la dynastie sefuwa, d'origine zaghawa, qui établit sa capitale à Njimi. La conversion à l'islam du roi Mai Hummé, vers la fin du XIe siècle, intègre durablement le royaume dans les réseaux d'échanges du monde musulman, par la route caravanière du Fezzan qui le relie à Tripoli et à l'Égypte; le Kanem y exporte esclaves, ivoire et plumes d'autruche, et y importe chevaux et marchandises manufacturées. Sous la pression des invasions venues de l'est, en particulier celle des Bulala, la dynastie sefuwa doit abandonner Njimi et déplace son centre de pouvoir vers l'ouest du lac Tchad, où elle fonde à la fin du XIVe siècle une nouvelle capitale, Ngazargamu : c'est la naissance du royaume de Bornou, qui prolonge directement la lignée du Kanem. 

Bornou.
Le Bornou connaît son apogée sous le règne de Mai Idris Alaouma, à la fin du XVIe siècle, qui réorganise l'armée en intégrant des mousquetaires inspirés du modèle ottoman, multiplie les fortifications, étend les frontières et noue des relations diplomatiques avec l'Empire ottoman. Le royaume demeure une puissance régionale pendant plusieurs siècles, jusqu'à ce que les attaques des djihadistes peuls, dans le sillage du mouvement d'Ousmane dan Fodio au début du XIXe siècle, menacent gravement son existence (V. plus bas). Le royaume survit grâce à l'intervention du chef religieux et militaire Mohammed al-Kanemi, dont l'influence grandissante aboutit, vers 1846, à la substitution de sa propre dynastie kanemiste à l'antique lignée sefuwa. Affaibli par la suite, le Bornou tombe sous la coupe du conquérant Rabah az-Zoubeir en 1893, avant d'être intégré aux possessions coloniales européennes qui se partagent la région tchadienne.

Ouaddaï.
À l'est du lac Tchad se développe parallèlement le royaume du Ouaddaï, sultanat musulman qui émerge au XVIIe siècle en remplaçant l'ancienne dynastie tundjur, sous la conduite d'Abd al-Karim. Établi autour de sa capitale Ouara, puis plus tard Abéché, le Ouaddaï devient aux XVIIIe et XIXe siècles un concurrent redoutable du Bornou et du Darfour pour le contrôle des routes commerciales et de la traite négrière vers la Libye et l'Égypte. Il conserve son indépendance jusqu'au début du XXe siècle, la conquête française n'y étant achevée que vers 1909-1911 après une résistance opiniâtre. 

Baguirmi.
Entre le Bornou et le Ouaddaï s'étend enfin le sultanat du Baguirmi (Baghirmi), fondé au XVIe siècle, dont la capitale est Massenya. Plus modeste que ses puissants voisins, le Baguirmi évolue souvent comme État tributaire, tantôt du Bornou, tantôt du Ouaddaï, tirant ses ressources de l'agriculture et de sa participation au commerce régional, notamment à la traite des esclaves. Comme le Bornou, il subit dans les années 1890 les ravages du conquérant Rabah az-Zoubeir avant de passer, après la défaite de celui-ci face aux troupes françaises en 1900, sous administration coloniale.

La mosaïque des chefferies et des cités-Etats

Le rapide tour d'horizon que l'on vient de faire nous a contraints à laisser de côté quantité beaucoup populations intéressantes, répandues dans l'intérieur de la Boucle du Niger : les Dogon, sur lesquels Marcel Griaule et ses collaborateurs ont si bien attiré l'attention, et qui habitent, au Nord du Yatenga, au pied des falaises rocheuses de Bandiagara et de Hombori; les Samo, qui les avoisinent dans la direction du Sud-Ouest; les Foulsé, Nioniosse, Kipirsi, Nourouma, Sissala et autres groupes communément englobés sous le nom générique de Gourounsi; les Dagari, Birifo ou Birifor, Gbanian ou Gondja, Dagomba, Nankana et autres peuples proches des Mossi; les Bobo, Lobi, Dian et autres peuples; les Koulango de la haute Côte d'Ivoire orientale, les Soumba du haut Togo et du haut Dahomey, etc.

On peut dire de tous ces peuples qu'ils n'ont, dans leur ensemble, pas formé d'Etats importants; à part quelques exceptions, il se sont organisés en structures centrées sur l'unité familiale ou réunies en chefferies (micro-royaumes), gouvernés par un souverain assisté d'un conseil de notables. Quoique voisins d'États puissants et bien organisés, comme les empires mossi et les royaumes du Gourma et du Bergo, habités par des populations apparentées, ils n'ont pas profité en général de ce voisinage; les uns se sont trouvés englobés comme sujets ou vassaux dans ces États, les autres sont demeurés en dehors, semblant n'avoir qu'un but, sauvegarder leur indépendance. Presque tous sont de merveilleux cultivateurs et l'attachement à la terre y est une  institution solide et féconde.

Il convient de mettre à part l'importante population des Sénoufo ou Siéna, répandue depuis la région de San et de Koutiala sur la rive droite du Bani jusqu'à celle de Bondoukou et du coude de la Volta Noire, où elle atteint la limite septentrionale de la grande forêt. En partie dégrossies par les Dioula établis parmi elles et qui souvent, comme à Sikasso et à Kong, ont exercé dans le pays une hégémonie durable, beaucoup de fractions sénoufo sont arrivées à constituer de petits États de superficie restreinte mais offrant de la cohésion et de la vitalité. L'industrie du fer et celle de la poterie, l'agriculture, l'art musical ont atteint chez certains Sénoufo un certain développement.

Entre la boucle du Niger et le lac Tchad, les pays haoussa, composés de cités-États comme Kano, Katsina, Zazzau ou Gobir, se développent à partir du premier millénaire autour de l'artisanat du fer, du tissage, du travail du cuir et du commerce de longue distance. Chaque cité possède des remparts, une cour royale, des quartiers d'artisans et de marchands, et participe aux échanges entre le Sahel central, les savanes du sud et les routes caravanières du Sahara oriental. L'islam y progresse surtout à partir du XIVe siècle, porté par des lettrés, des commerçants et des souverains qui en font un instrument de légitimation et d'ouverture commerciale.

Le Darfour, centré sur le djebel Marra, développe l'agriculture en terrasses, l'élevage, le commerce transsaharien vers l'Égypte et le Nil, et la traite des esclaves en direction du monde arabe. Ses sultans, comme les Keira, construisent des capitales fortifiées, frappent monnaie, entretiennent des armées et patronnent l'islam. Le Ouaddaï, à l'est du Bornou, s'impose au XVIIe siècle grâce au contrôle des pistes vers le Fezzan, le Nil et la mer Rouge. Il commerce des esclaves, des chevaux, de l'ivoire et des plumes d'autruche, et rivalise avec le Darfour et le Bornou.

Dans le Kordofan et les régions voisines, entre le Nil et le lac Tchad, des communautés nubiennes, beja, four, zaghawa et d'autres peuples de langues nilo-sahariennes ou soudaniques centrales forment des entités politiques souvent montagnardes ou pastorales, des sultanats musulmans se forment et se défont au gré des migrations arabes, des razzias et des alliances locales. Les Baggara, éleveurs arabophones, se mêlent aux populations nubiennes, four et daju. Le Kordofan devient au XIXe siècle un enjeu entre le Darfour, l'Égypte de Méhémet Ali et le Soudan turco-égyptien. Les troupes égyptiennes conquièrent le Soudan à partir de 1820 et imposent une administration, des taxes et des monopoles commerciaux qui bouleversent les sociétés locales. Khartoum devient un centre de traite des esclaves et de l'ivoire, alimenté par des réseaux qui remontent jusqu'au Bahr el-Ghazal, au Darfour et au Kordofan.

La Sénégambie

Les Ouolofs et les Sérères.
Les Ouolofs  (Wolofs) ont, à partir des XIIe et  XVe siècles, été divisés en trois royaumes peu étendus, le Oualo avec son prince portant le titre de brak, le Djolof (Dyolof) avec son bour, le Cayor avec son damel, qui furent de tout temps remarquables par leur organisation et dont le second surtout ne fut pas sans jouer un rôle, important à plusieurs, reprises. Plus au Sud était le Baol, formé de groupements ouolofs et sérères obéissant à un roi qui portait le titre de tègne. Les Sérères (Serer), un groupe voisin des Ouolofs, mais depuis longtemps séparés, occupent le Saloum et le Baol et ont résisté à l'islamisation. Il ont notamment formé le grand royaume sérère du Sine, où l'agriculture fut toujours florissante.
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Sénégal
Le Sénégal et ses pays.

Les Toucouleurs et les Peuls.
Les Toucouleurs parlent une langue proche de celle Ouolofs et les Sérères et sont une composante sédentaire de l'ensemble des populations peules nomades (Peuls proprement dits) répandues dans tous le Soudan où ils ont formé plusieurs royaumes au XIXe siècle. Ils ont été à l'origine, au IXe siècle, d'un royaume, le Tekrour. Une première dynastie, celle des Dyago, y a régné jusqu'au siècle suivant. Lui a succédé une seconde dynastie, celle des Manna, au pouvoir jusque vers 1300, qui subit l'islamisation forcée des Almoravides. Au XIVe siècle, vient le tour de la dynastie Tondyon, et à partir du siècle suivant, celui d'une dynastie peule (ou formée à partir d'une alliance avec les Peuls nomades), relayée par la dynastie, elle aussi avec des affinités peules, mais plus durable, de Koli Tenguéla au XVIe siècle. Dans les années 1830, un Toucouleur, el-Hadj Omar, profitera des divisions apparues chez les Peuls pour en faire l'outil de la création d'un vaste mais éphémère royaume.

L'irruption des Européens.
La Sénégambie connaît aussi à partir du XVIe siècle des transformations profondes liées à l'arrivée des Portugais, puis des Hollandais, des Français et des Anglais. Les comptoirs de Saint-Louis, Gorée, Rufisque, Cacheu et Bissau deviennent des points d'exportation d'esclaves, d'or, d'ivoire, de cuirs et de gomme arabique.

La traite atlantique atteint son apogée au XVIIIe siècle, avec des millions de captifs déportés depuis les côtes de la Sénégambie, de la Sierra Leone, de la Côte des Esclaves et du golfe du Bénin. Les guerres de capture, les raids, les condamnations judiciaires et les dettes alimentent ce commerce, qui renforce certaines aristocraties guerrières et affaiblit les sociétés paysannes. La traite saharienne et orientale se poursuit elle aussi, avec des routes qui mènent des pays haoussa, du Bornou, du Ouaddaï, du Darfour et du Kordofan vers la Tripolitaine, l'Égypte, l'Arabie et l'Empire ottoman. Des esclaves africains servent comme soldats, domestiques, concubines, travailleurs agricoles ou porteurs. Les razzias et les guerres entre États alimentent ces flux. Les chevaux, les armes, les tissus, le verre, le corail et les cauris servent de monnaies d'échange.

Cependant, les royaumes wolof du Djolof, du Waalo, du Cayor et du Baol, les royaumes sereer du Sine et du Saloum, les États mandingues de la Gambie et de la Casamance, ainsi que les chefferies peules du Fouta-Toro participent à ces échanges tout en maintenant leurs structures politiques propres. Les aristocraties guerrières, les marabouts et les commerçants africains jouent un rôle central dans la capture, le transport et la vente des esclaves vers la côte.

Les révolutions Jihadistes

À partir du XVIIIe siècle, la région est secouée par une vague de révolutions islamiques parties de Sénégambie et menées par des clercs peuls et toucouleurs, cherchant à purifier l'islam et à réorganiser la société.

Au Fouta-Toro, dans la moyenne vallée du Sénégal, la révolution torodo de 1776 renverse la dynastie denianke et instaure un imamat dirigé par Abdul Kader Kane. Ce régime islamique interdit la vente d'esclaves musulmans aux Européens, développe l'enseignement coranique et tente d'unifier les provinces du fleuve. Il influence les mouvements de réforme religieuse qui se propagent dans tout le Sahel occidental. Les Peuls, les Toucouleurs et les Mandingues musulmans contestent de plus en plus l'autorité des aristocraties animistes et des pouvoirs jugés complices de la traite.

Dans le Fouta-Djalon, au sud de la Sénégambie, un autre imamat se forme à partir des années 1720 sous la conduite de Karamoko Alfa et d'Ibrahima Sory. Les Peuls musulmans y établissent un État théocratique fondé sur l'élevage, l'agriculture et le commerce des captifs. Ce modèle inspire les jihads du XIXe siècle, qui transforment en profondeur la carte politique du Soudan central et occidental.

Au début du XIXe siècle, le grand jihad d'Ousmane dan Fodio, commencé en 1804 dans le pays haoussa, aboutit à la création du califat de Sokoto. Cet empire, le plus vaste de l'Afrique de l'Ouest à cette époque, englobe la majeure partie du nord du Nigeria actuel, le nord du Cameroun, le Niger et des marges du Bénin et du Burkina. Il s'appuie sur des émirs régionaux, une justice islamique, une administration fiscale et des réseaux d'écoles coraniques. Sokoto contrôle les routes commerciales reliant le Sahel central au Sahara, au lac Tchad, aux pays haoussa et aux régions forestières. La production de coton, de cuirs, de tissus, de sel, de noix de cola et d'esclaves y est intense.

Dans le même mouvement, le jihad d'El Hadj Oumar Tall, à partir du Fouta-Toro, s'étend dans les années 1850 et 1860 du haut Sénégal au Macina, en passant par le Kaarta et le Ségou. Oumar Tall, lettré tidjane et chef militaire, conquiert le royaume bambara de Ségou, le royaume massassi du Kaarta et l'empire peul du Macina fondé par Sékou Amadou en 1818. L'empire toucouleur qu'il constitue s'étend de la vallée du Sénégal jusqu'à Tombouctou, mais il doit affronter à la fois les résistances locales, les dissensions internes et l'avancée coloniale française dans la vallée du Sénégal. Après sa mort en 1864, ses fils et lieutenants se partagent les territoires, qui restent instables jusqu'à la conquête française des années 1880-1890.

Le Macina, avant sa conquête par Oumar Tall, représente l'un des États théocratiques les plus structurés du Sahel occidental. Sékou Amadou y établit une capitale à Hamdallaye, organise l'élevage, l'agriculture, la justice et l'enseignement, et impose une discipline sociale et religieuse stricte. L'empire du Macina contrôle le delta intérieur du Niger, les pâturages, les cultures de riz et de mil, ainsi que le commerce du poisson séché, du beurre de karité et des céréales.

Les royaumes mossi, au sud de la boucle du Niger, résistent à l'islamisation et aux conquêtes songhaï, bambara et peules. Le Yatenga, le Ouagadougou et le Tenkodogo conservent des aristocraties guerrières, des cultes royaux et des institutions politiques complexes. Ils commercent avec le Sahel, notamment des chevaux, des cauris, des esclaves et des noix de cola, mais restent à l'écart des grands jihads.

La période coloniale

Les explorations européennes, de Mungo Park à Heinrich Barth, en passant par René Caillié et Gustav Nachtigal, fournissent des descriptions détaillées des royaumes, des villes, des marchés et des routes sahéliennes. Ces récits, teintés de préjugés, servent ensuite de justifications aux conquêtes coloniales. À partir des années 1850, les Français, partis de Saint-Louis et du Sénégal, remontent le fleuve et construisent des postes à Médine, Kayes, Kita et Bafoulabé. Ils signent des traités avec les chefs locaux, combattent les armées d'El Hadj Oumar Tall, de Samory Touré et des rois du Cayor, du Baol et du Djolof. La conquête du Soudan français s'achève dans les années 1890 avec la prise de Tombouctou, la destruction de l'empire de Samory et la soumission des dernières résistances.

Samory Touré, chef mandingue du Wassoulou, construit un empire militaire et commercial dans les savanes entre le haut Niger et la forêt, en résistant d'abord aux troupes françaises, puis en se repliant vers l'est. Il organise une armée régulière, des ateliers d'armes, une administration et des alliances matrimoniales. Capturé en 1898, il symbolise la fin des grandes constructions politiques précoloniales de la région.

À l'est, les Britanniques s'emparent du nord du Nigeria, du califat de Sokoto et du Bornou entre 1897 et 1903, tandis que les Français conquièrent le Tchad, le Ouaddaï et le Darfour, et que les Égyptiens puis les Britanniques contrôlent le Soudan nilotique et le Kordofan. La bataille d'Omdurman en 1898 met fin à l'État mahdiste du Soudan, fondé par Muhammad Ahmad en 1881, qui avait brièvement unifié une partie du Soudan nilotique et du Kordofan sous une autorité religieuse et militaire hostile à l'Égypte et à la Grande-Bretagne.

Au final, la Conférence de Berlin (1884-1885) consacrera le partage de la région oudano-sahélienne entre la France et la Grande-Bretagne.  La France contrôle la Sénégambie, le Soudan français (Mali), le Niger et le Tchad. Elle y développe une économie de traite (arachide au Sénégal, coton au Soudan français) et recrute massivement des tirailleurs pour ses guerres. La Grande-Bretagne établit le protectorat du Nigeria et le condominium du Soudan anglo-égyptien. Les Britanniques appliquent une politique d'administration indirecte (Native Administration) et isolent relativement les zones périphériques comme les monts Nuba, créant des déséquilibres régionaux durables. Le découpage frontalier arbitraire morcelle des entités ethniques et culturelles homogènes (comme les Peuls, les Kanembou ou les groupes Nuba), séparant les zones de pâturage des points d'eau et des marchés traditionnels.

Au début du XXe siècle, la conquête coloniale est presque partout achevée. L'administration coloniale impose des impôts en argent, des cultures d'exportation comme l'arachide et le coton, le travail forcé pour les infrastructures et les grandes entreprises, et une hiérarchie de chefs locaux souvent choisis en dehors des légitimités anciennes. Les villes côtières et fluviales comme Dakar, Saint-Louis, Bamako, Niamey, Kano, Khartoum ou El Obeid grandissent rapidement, attirant des migrants venus des campagnes et des régions sahéliennes appauvries.

Dans les campagnes, les anciennes aristocraties guerrières et les familles maraboutiques conservent une partie de leur influence, mais doivent composer avec les commandants de cercle, les missions chrétiennes, les écoles coloniales et les tribunaux modernes. L'islam continue de se diffuser, notamment à travers les confréries soufies. La Tijaniyya et la Qadiriyya étendent leurs réseaux du Sénégal au Soudan, offrant aux populations des cadres de solidarité, d'éducation et de résistance passive. Les marabouts deviennent des intermédiaires entre les colonisés et l'administration, mais aussi des figures de contestation ou de négociation. Au Sénégal, les mourides de la confrérie d'Amadou Bamba développent la culture de l'arachide dans le Baol et le Cayor, créant des villes saintes comme Touba et une économie agricole qui relie le monde rural aux marchés mondiaux.

La Première Guerre mondiale mobilise des dizaines de milliers de tirailleurs sénégalais, soudanais, tchadiens et nigériens, mais aussi des porteurs et des travailleurs réquisitionnés. Les révoltes contre le recrutement et l'impôt éclatent dans plusieurs régions, comme en pays bamum, en pays haoussa, au Soudan français ou au Ouaddaï. Ces soulèvements sont durement réprimés, mais ils nourrissent une mémoire de résistance et alimentent les premières revendications politiques des anciens combattants et des lettrés formés dans les écoles coloniales.

Dans l'entre-deux-guerres, une nouvelle génération d'intellectuels, d'instituteurs, de médecins, de commerçants et de chefs syndicaux émerge dans les villes. Les journaux, les associations ethniques, les syndicats et les partis politiques se multiplient. Au Sénégal, Blaise Diagne est élu député dès 1914, suivi par Galandou Diouf puis Lamine Guèye. Au Soudan français, Mamadou Konaté, Modibo Keïta et d'autres fondent des mouvements qui réclament l'égalité des droits, la fin de l'indigénat et une plus grande participation des Africains aux affaires publiques. La culture du coton, de l'arachide et du mil se développe, mais les sols s'épuisent, les sécheresses frappent périodiquement et la pression fiscale pèse sur les paysans.

La Seconde Guerre mondiale accélère ces transformations. Les Africains participent massivement aux combats, au travail forcé et à l'effort de guerre. La conférence de Brazzaville en 1944 promet des réformes, tandis que la Charte des Nations unies et les mouvements anticoloniaux mondiaux encouragent les revendications d'autonomie. Les syndicats de cheminots, d'enseignants et de fonctionnaires mènent des grèves importantes, comme celle du Dakar-Niger en 1947-1948. Les partis politiques se structurent à l'échelle fédérale, notamment autour du Rassemblement démocratique africain fondé à Bamako en 1946, avec des sections en Côte d'Ivoire, au Soudan français, en Guinée, au Niger et au Tchad.

Indépendances et défis contemporains

Si l'on excepte la Gambie, britannique à partir de 1821, et le Bornou qui sera intégré au Nigéria, de même que les États haoussa, ou encore le Darfour et le Kordofan intégrés au Soudan anglo-égyptien, l'essentiel de la région du Soudan Occidental et Central abordée ici a fait partie à l'époque coloniale de l'Afrique Occidentale française (1895) (à laquelle étaient aussi aussi plusieurs des États actuels du Golfe de Guinée), et à l'Afrique Équatoriale Française (1910) (Tchad). Des États indépendants ont été créés à partir des années 1960, avec les tracés des frontières hérités des anciennes divisons administratives du Soudan français. Il s'agit du Sénégal, de la Mauritanie (plus saharienne que soudanaise, mais dont le Sud-Est fut le centre de l'empire du Ghâna), du Mali, du Burkina Faso (anciennement Haute-Volta), du Niger et du Tchad; ces derniers pays étant géographiquement en partie sahariens et en partie soudanais.

Les nouveaux États reprennent les frontières coloniales, héritent d'administrations centralisées et de forces armées, et doivent construire des nations à partir de populations plurielles. Les élites politiques, souvent issues des partis de masse et des syndicats, optent pour des régimes présidentiels, des partis uniques ou des systèmes socialisants inspirés du panafricanisme, du marxisme ou du socialisme africain. Modibo Keïta au Mali, Léopold Sédar Senghor au Sénégal, Hamani Diori au Niger, Maurice Yaméogo en Haute-Volta puis Thomas Sankara plus tard, François Tombalbaye au Tchad, et au Nigeria les dirigeants civils puis militaires tentent de moderniser l'agriculture, l'éducation et l'industrie.

Les sécheresses des années 1968-1974 puis 1983-1985 frappent durement le Sahel. Les récoltes s'effondrent, le bétail meurt par millions, les nappes phréatiques baissent et les populations fuient vers les villes ou les régions plus arrosées. La famine touche le Niger, le Mali, le Tchad, le Sénégal et le Soudan. Les aides internationales, les organisations humanitaires et les programmes de développement tentent de répondre à l'urgence, mais la désertification progresse et les sociétés rurales se transforment en profondeur. L'exode rural s'accélère, les villes sahéliennes comme Dakar, Bamako, Ouagadougou, Niamey, Kano, Ndjamena et Khartoum connaissent une croissance explosive, avec des quartiers précaires, des problèmes d'eau, de déchets et de transport.

Les régimes militaires se multiplient à partir des années 1960 et 1970. Au Mali, Moussa Traoré renverse Modibo Keïta en 1968 et installe une dictature qui dure jusqu'en 1991. Au Niger, Seyni Kountché prend le pouvoir en 1974. Au Tchad, François Tombalbaye est renversé en 1975, ouvrant une longue période de guerres civiles et d'ingérences étrangères. Le Soudan, indépendant depuis 1956, connaît une première guerre civile de 1955 à 1972 entre le Nord arabisé et le Sud animiste et chrétien, prélude à des conflits plus longs et plus destructeurs.

Les tensions ethniques, régionales et religieuses s'aggravent. Dans le Sahel central, les Touareg et les Arabes nomades se sentent marginalisés par les États sédentaires. Des rébellions touareg éclatent au Niger et au Mali dans les années 1990, pour réclamer autonomie, développement et reconnaissance culturelle. Des accords de paix sont signés, mais les frustrations persistent. Au Soudan, la charia est imposée en 1983 par le régime de Gaafar Nimeiry, ce qui relance la guerre avec le Sud. En 1989, Omar el-Béchir prend le pouvoir à Khartoum et instaure un régime islamiste autoritaire, soutenu par les Frères musulmans et des réseaux salafistes. La guerre civile soudanaise reprend de plus belle, avec pour conséquences des millions de déplacés et de morts, et à la partition du pays en 2011, avec l'indépendance du Soudan du Sud.

Dans l'ouest, la Casamance, au sud du Sénégal, entre en rébellion au début des années 1980, pour réclamer plus d'autonomie et dénoncer la marginalisation de la région. Le conflit dure des décennies, avec des trêves fragiles et des négociations intermittentes. En Mauritanie, les tensions entre les populations arabophones et les populations noires donnent lieu à des violences et à des déportations dans les années 1980 et 1990. Au Tchad, les rébellions du nord et de l'est, appuyées par la Libye ou le Soudan, empêchent la stabilisation durable du pays.

À partir des années 1990, des conférences nationales, des transitions démocratiques et des élections pluralistes sont organisées dans plusieurs pays. Le Sénégal conserve une tradition électorale relativement stable depuis l'indépendance, avec des alternances politiques en 2000, 2012 et 2024. Le Mali, le Niger, le Burkina Faso et la Mauritanie connaissent des alternances, mais aussi des coups d'État récurrents et des crises institutionnelles. Les espoirs de démocratisation se heurtent à la corruption, au népotisme, à la pauvreté et à l'insécurité croissante.

Au tournant du XXIe siècle, la région s'enfonce dans une crise sécuritaire majeure. La chute du régime de Kadhafi en Libye en 2011 déstabilise le Sahel central et oriental. Des combattants touareg, arabes et salafistes armés circulent entre la Libye, le Niger, le Mali et le Tchad. En 2012, des groupes armés prennent le contrôle du nord du Mali, proclamant l'indépendance de l'Azawad puis subissant la pression des mouvements djihadistes comme Ansar Dine, le MUJAO et Al-Qaïda au Maghreb islamique. L'intervention militaire française Serval en 2013 repousse les djihadistes, mais les violences se propagent au centre du Mali, au Niger et au Burkina Faso. Les groupes armés affiliés à Al-Qaïda ou à l'État islamique multiplient les attaques contre les civils, les écoles, les forces de sécurité et les symboles de l'État.

Au Nigeria, l'insurrection de Boko Haram, née au début des années 2000, s'intensifie à partir de 2009. Elle s'étend du nord-est du Nigeria au Niger, au Tchad et au Cameroun, et provoque des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Les enlèvements de masse, les attentats-suicides et les attaques contre les villages et les marchés deviennent monnaie courante. Les armées nationales, fréquemment accusées d'exactions, peinent à contenir les groupes armés. Le lac Tchad, autrefois grenier agricole et centre de pêche, devient une zone de guerre et de crise humanitaire.

Dans le même temps, le changement climatique accentue les pressions sur les ressources. Les sécheresses, les inondations, la dégradation des sols et la raréfaction de l'eau attisent les conflits entre éleveurs et agriculteurs, notamment au Nigeria, au Niger, au Mali, au Soudan et au Tchad. Les déplacements de population s'accélèrent, vers les villes sahéliennes, les côtes ou les pays voisins. L'émigration vers l'Europe, la Libye, l'Algérie ou le golfe de Guinée se développe, malgré les dangers du Sahara et de la Méditerranée. Les réseaux de passeurs et les trafics d'armes, de drogues et de migrants se greffent sur les anciennes routes caravanières.

Sur le plan économique, la région reste largement dépendante de l'agriculture pluviale, de l'élevage et des exportations de matières premières : uranium au Niger, coton au Mali, au Burkina et au Tchad, arachide au Sénégal, pétrole au Nigeria, au Tchad et au Soudan, or au Mali, au Burkina et au Soudan. Les mines d'or artisanales attirent des centaines de milliers de jeunes, souvent au prix de conditions de travail dangereuses et de dégâts environnementaux. Les télécommunications, les banques mobiles et les infrastructures routières et énergétiques progressent, mais les inégalités restent fortes entre les capitales et les campagnes, entre les zones côtières et les marges sahariennes.

Les dynamiques religieuses se recomposent en permanence. Les confréries soufies conservent une influence massive au Sénégal, en Mauritanie, au Mali et au Niger, avec des pèlerinages, des villes saintes et des réseaux éducatifs. Mais les courants réformistes, salafistes et wahhabites gagnent du terrain, portés par les médias, les financements extérieurs, les universités islamiques et les prêcheurs charismatiques. Les tensions entre soufis et réformistes, entre musulmans et chrétiens, entre religions traditionnelles et religions révélées, traversent les sociétés urbaines et rurales. Au Nigeria, le clivage entre le Nord musulman et le Sud chrétien structure en partie la vie politique. Au Soudan, la révolution de 2019, qui renverse Omar el-Béchir après trente ans de pouvoir, ouvre une transition fragile marquée par les espoirs démocratiques (vite douchés), les luttes entre civils et militaires, et la persistance des conflits au Darfour, au Kordofan et dans l'est du pays.

Les sociétés civiles, les femmes, les jeunes et les diasporas jouent un rôle croissant dans les mobilisations politiques et sociales. Les mouvements de protestation comme Y'en a marre au Sénégal, le Balai citoyen au Burkina Faso ou la révolution soudanaise montrent la vitalité des aspirations démocratiques. Les artistes, les musiciens, les écrivains et les cinéastes de la région, de Sembène Ousmane à Abderrahmane Sissako, en passant par les rappeurs et les blogueurs, documentent les crises et portent les voix des marginalisés. Les langues locales, les traditions orales et les cultures matérielles continuent d'évoluer, qui mêlent héritages précoloniaux, apports coloniaux et influences mondialisées.

Aujourd'hui, de la Sénégambie au Kordofan, la région fait face à des défis immenses : pauvreté endémique, croissance démographique rapide, urbanisation anarchique, insécurité alimentaire, conflits armés, dérèglement climatique, fragilité des institutions et ingérences extérieures. Pourtant, elle demeure un espace de circulation intense, de création culturelle, de résilience paysanne et de mobilisation religieuse et politique. Les héritages des grands empires, des confréries, des réseaux marchands et des luttes anticoloniales continuent de nourrir les imaginaires et les pratiques, tandis que de nouvelles générations inventent des manières inédites d'habiter ces territoires, entre attachement aux terroirs, exil et connexion au monde..

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