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Erving
Goffman
est un sociologue né le 11 juin 1922 à Mannville, dans l'Alberta
(Canada), et mort le 19 novembre 1982 Ă
Philadelphie,
en Pennsylvanie (Etats-Unis). Il a produit
une oeuvre riche, qui a transformé la sociologie des interactions sociales
et a contribué à la compréhension des dynamiques de la vie quotidienne,
des rĂ´les sociaux et des stigmates.
Issu d'une famille
d'immigrants juifs ukrainiens, il grandit Ă Dauphin, au Manitoba,
où sa famille s'était installée. Son père est commerçant. Goffman
poursuit ses études secondaires à Dauphin. Il s'intéresse déjà aux
questions sociales et Ă l'observation des comportements humains. En 1945,
il s'inscrit à l'Université de Toronto,
où il étudie initialement la chimie avant de se tourner vers la sociologie
sous l'influence de figures intellectuelles comme C. Wright Mills. A partir
de 1947, Goffman poursuit ses études à l'Université de Chicago,
un centre important de la sociologie américaine à cette époque. Il y
obtient sa maîtrise en 1949 et son doctorat en 1953. Pendant ses études
à Chicago, Goffman est influencé par l'École
de Chicago, qui met l'accent sur l'observation participante et l'analyse
des interactions quotidiennes. Sa thèse doctorale est basée sur une étude
ethnographique des interactions dans une communauté insulaire des Shetland
(Écosse). Cette recherche l'a aidĂ© Ă
développer des concepts clés qu'il utilisera dans ses oeuvres ultérieures.
Après avoir obtenu
son doctorat à l'Université de Chicago, Goffman commence à travailler
comme chercheur à la National Institute of Mental Health (NIMH) aux États-Unis.
Cette expérience nourrit ses réflexions sur les institutions psychiatriques
et les comportements dans des environnements fermés. Il publie en 1956,
The
Presentation of Self in Everyday Life (La Mise en scène de la vie
quotidienne), qui devient l'un de ses ouvrages les plus célèbres.
Il y développe l'idée de la dramaturgie sociale, comparant la vie sociale
à une performance théâtrale où les individus jouent des rôles. En
1958, Goffman rejoint l'Université de Californie à Berkeley en tant que
professeur adjoint.
• La
Mise en scène de la vie quotidienne, t. 1 : La Présentation de
soi (1956). - Ce livre introduit la métaphore théâtrale pour analyser
les interactions sociales. Goffman y développe sa théorie du dramaturgisme,
selon laquelle la vie sociale est comparable à une représentation théâtrale.
Les individus adoptent des masques pour s'adapter aux contextes sociaux
et répondre aux attentes. Ils jouent des rôles en fonction des situations
et des attentes sociales, cherchant Ă contrĂ´ler l'impression qu'ils donnent
aux autres. Goffman définit les concepts de front stage (l'avant-scène),
qui est ce que l'on montre aux autres, l'image que l'on veut projeter,
et de back stage (l'arrière-scène), qui est l'espace privé où
l'individu peut se relâcher et être lui-même.
• La Mise en
scène de la vie quotidienne, t. 2 : Les Relations en public
(1963). - Ce second volume s'intéresse aux interactions spontanées
dans les lieux publics. Goffman montre comment les gens régulent la distance
sociale et maintiennent l'ordre en société grâce à des codes implicites.
Il existe, explique Goffman, des règles d'engagement, c'est-à -dire des
conventions régissant les interactions dans des espaces partagés. Les
individus préservent leur dignité et respectent celle des autres par
des gestes et comportements appropriés.
Dans Asylums
(Asiles, 1961), un ouvrage fondamental basé sur ses recherches
dans des hôpitaux psychiatriques et qui s'intéresse aux dynamiques de
pouvoir dans les institutions totales (totalitaires) et Ă l'impact de
ces environnements sur l'identité des individus.
• Asiles.
Études sur la condition sociale des malades mentaux et autres reclus
(Asylums : Essays on the Social Situation of Mental Patients and Other
Inmates, 1961). - Dans cet ouvrage fondamental, Goffman analyse les
institutions totales (comme les hĂ´pitaux psychiatriques, les prisons ou
les camps militaires). Il y décrit comment ces institutions exercent un
contrôle complet sur les individus, façonnant leur identité et modifiant
profondément leur comportement. Cela conduit à la mortification du moi,
qui est le processus par lequel l'identité personnelle est brisée et
reconstruite selon les normes institutionnelles, mais aussi Ă des adaptation
secondaire, c'es-à -dire à des stratégies que les détenus ou patients
adoptent pour préserver une part de liberté et d'autonomie.
En 1963, il publie Stigma
: Notes on the Management of Spoiled Identity, une étude de la gestion
sociale des identités dévalorisées. Goffman devient professeur titulaire
Ă Berkeley en 1968 et continue Ă publier des travaux importants sur les
interactions sociales et les rituels de la vie quotidienne.
• Stigmate.
Les usages sociaux des handicaps (Stigma : Notes on the Management
of Spoiled Identity, 1963). - Goffman analyse ici la notion de stigmate
et la manière dont les individus dont l'identité est "gâchée" (handicap,
maladie, criminalité, etc.) gèrent leur différence dans les interactions
sociales. Il s'intéresse à la tension entre l'identité sociale réelle
(ce que l'individu est) et l'identité sociale virtuelle (ce que l'on attend
de lui). Un stigmate disqualifiant est uUn attribut qui réduit l'individu
dans l'esprit des autres, le rendant différent de la norme perçue. Certains
stigmates sont apparents (déformation physique), tandis que d'autres peuvent
être cachés (ancien détenu). Les individus développent des stratégies
pour minimiser l'impact du stigmate, comme la dissimulation ou l'acceptation.
L'individu stigmatisé subit une marginalisation sociale, et ses interactions
sont teintées par ce défaut perçu.
L'année suivante, il
rejoint l'Université de Pennsylvanie où il enseignera jusqu'à sa mort.
En 1974, il publication de Frame Analysis (Les Cadres de l'expérience),
une oeuvre majeure qui examine comment nous donnons un sens à nos expériences
à travers des cadres mentaux. Goffman est élu président de l'American
Sociological Association, en 1981, reconnaissant ainsi son influence majeure
dans le domaine. Il publie également Forms of Talk, une analyse
des formes de communication et des conversations. Il meurt en 1982, Ă
l'âge de 60 ans des suites d'un cancer de l'estomac.
• Les
Cadres de l'expérience (Frame Analysis : An Essay on the Organization
of Experience, 1974). - Dans cet ouvrage, Goffman étudie la manière
dont nous interprétons et comprenons les événements et les situations
Ă travers des "cadres" (frames). Les cadres sont des structures
mentales qui organisent notre expérience et donnent un sens à ce que
nous vivons. Goffman appelle cadres primaires les schémas fondamentaux
que nous utilisons pour comprendre la réalité. Ils peuvent être naturels
(phénomènes physiques) ou sociaux (normes culturelles). Les cadres transformés
sont alors les situations où les cadres sont modifiés, par exemple dans
le théâtre, les jeux ou la fiction. Les individus favriquent la réalité
: il peuvent manipuler les cadres pour tromper ou influencer autrui (mensonge,
mise en scène). Lorsque les attentes sont violées, le cadre est rmpu,
l'expérience devient confuse, provoquant des
réactions comme la gêne ou la surprise.
• Façons
de parler (Forms of Talk, 1981). - Ce livre s'intéresse aux
formes de communication orale et analyse les différentes manières dont
nous parlons et interagissons dans la conversation. Goffman montre comment
les interactions verbales sont structurées et influencées par des conventions
sociales. Goffman différencie en fonction de leur participation au discours
les rĂ´les dans une interaction : locuteur principal, auditeur actif ou
passif, etc. Les formes de politesse, les silences et les hésitations
sont des éléments clés dans la gestion des relations sociales et procède
de la ritualisation du langage. Les participants s'ajustent constamment
pour maintenir l'harmonie et éviter les malentendus. Les individus peuvent
changer de rĂ´le ou d'attitude dans une conversation (passer d'un ton formel
Ă informel).
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