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Paulin
Jidenou Hountondji est un philosophe né le 11 avril 1942 à Abidjan
(Côte d'Ivoire) et mort le 2 février 2024 à Cotonou
(Bénin). Il est une figure centrale de la philosophie
africaine contemporaine, reconnu pour sa critique rigoureuse de l'ethnophilosophie
et son plaidoyer en faveur d'une pratique scientifique et critique de la
philosophie en Afrique. Son oeuvre s'inscrit
dans un projet de clarification méthodologique et d'autonomisation intellectuelle
du continent. Son projet a visé à inscrire pleinement les intellectuels
africains dans le champ universel de la production du savoir.
Il
grandit dans une famille protestante où son père exerce la fonction de
pasteur à l'Église méthodiste du Dahomey-Togo-Côte d'Ivoire. Alors
qu'il n'a que quatre ans, sa famille regagne le Dahomey, l'actuel Bénin,
où il poursuit sa scolarité et termine ses études secondaires au lycée
de Porto-Novo en 1960. La même année, son pays accède à l'indépendance.
Il se rend ensuite en France pour des études supérieures préparatoires
au lycée Henri IV à Paris, avant
de réussir le concours de l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm.
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l'ENS, il a le privilège d'être formé par certains des plus grands penseurs
français de l'époque : Paul Ricoeur, Jacques
Derrida, Georges Canguilhem
et Louis Althusser, ce dernier exerçant sur
lui une influence décisive pour le développement d'un marxisme non dogmatique.
Il obtient l'agrégation de philosophie et consacre ses premières recherches
à Edmund Husserl, fondateur de la phénoménologie,
sujet de sa thèse de troisième cycle qu'il dirige avec Paul Ricoeur et
qu'il soutient brillamment en 1970.
Dès
1967, il publie un premier article retentissant, Charabia et mauvaise
conscience : psychologie du langage chez les intellectuels colonisés,
dans la revue Présence Africaine, qui le fait connaître dans le
monde intellectuel africain. Après avoir enseigné pendant deux ans en
France et au Congo-Brazzaville, il rejoint en 1972 l'Université nationale
du Bénin à Cotonou (devenue Université d'Abomey-Calavi), où il fait
l'essentiel de sa carrière universitaire tout en enseignant également
dans de nombreuses autres universités à travers l'Afrique (Kinshasa,
Lubumbashi, Abidjan, Dakar) et en France.
En
1976 paraît son ouvrage majeur, Sur la "philosophie africaine". Critique
de l'ethnophilosophie. Dans ce livre qui devient rapidement un classique,
il forge le concept d'ethnophilosophie pour dénoncer une tendance qu'il
estime néfaste : assimiler la philosophie à une vision du monde collective
et implicite d'un peuple, comme l'avait fait le missionnaire Placide Tempels
dans son célèbre ouvrage La Philosophie bantoue. Paulin Hountondji
soutient au contraire qu'un peuple ne philosophe pas et que la réflexion
philosophique est toujours l'affaire d'un sujet individuel qui assume la
responsabilité de ses énoncés et de ses arguments. Pour lui, la philosophie
africaine ne peut exister qu'Ă la condition d'ĂŞtre une pratique critique
de production écrite, une tradition de débat rigoureux visant l'universel,
et non une simple collecte de prétendues sagesses traditionnelles. Cet
ouvrage est sélectionné parmi les cent meilleurs livres africains du
XXe siècle lors de
la Foire internationale du livre de Harare en 2002.
En
1986, Houtondji devient directeur de programme au Collège International
de Philosophie Ă Paris, fonction qu'il occupe jusqu'en 1992. Il soutient
par la suite une thèse d'État sur travaux à l'université Cheikh Anta
Diop de Dakar en 1995. Au cours des années 1990, il participe activement
à la transition démocratique de son pays après la Conférence nationale
de février 1990 qui marque la fin du régime militaire. Il accepte alors
des fonctions politiques : il est nommé ministre de l'Éducation nationale
dans le gouvernement de transition de 1990 Ă 1991, puis ministre de la
Culture et de la Communication de 1991 à 1993 sous la présidence de Nicéphore
Soglo. Nommé ensuite chargé de mission du président de la République,
il finit par démissionner en octobre 1994 pour retourner à ce qu'il considère
comme sa véritable vocation : l'enseignement et la recherche philosophique.
Il
fonde et dirige le Centre africain des hautes études à Porto-Novo, ainsi
que le Conseil interafricain de philosophie (CIAP), une association visant
à regrouper les sociétés nationales de professeurs de philosophie et
Ă organiser des rencontres internationales. Il poursuit ses recherches
sur ce qu'il appelle les "savoirs endogènes", qu'il définit comme l'appropriation
réflexive des connaissances marginalisées, dans une perspective exigeante
et argumentée toujours tournée vers l'universel. Parmi ses autres oeuvres
importantes figurent Les Savoirs endogènes : pistes pour une recherche
(1994), Combats pour le sens : un itinéraire africain (1997), The
Struggle for Meaning (2002), La rationalité, une ou plurielle?
(2007)
et Knowledge of Africa, Knowledge by Africans (2009)
•
Combats
pour le sens. Un itinéraire africain (1997) prend une dimension plus
autobiographique et réflexive. Hountondji y retrace son parcours intellectuel
et politique, tout en revenant sur les débats qui ont marqué la philosophie
africaine depuis les indépendances. Il y insiste sur la nécessité pour
les intellectuels africains de produire des savoirs ancrés dans leurs
propres réalités, plutôt que de dépendre de cadres théoriques importés.
•
The
Struggle for Meaning. Reflections on Philosophy, Culture, and Democracy
in Africa (2002) prolonge certains thèmes des travaux précédents
de Hountondji et questionne les liens entre philosophie, culture et démocratie.
Il y analyse les conditions d'émergence d'un espace public critique en
Afrique et souligne le rĂ´le des intellectuels dans la consolidation des
institutions démocratiques.
•
La
rationalité, une ou plurielle? (2007) aborde la question de l'universalité
de la raison. Il s'oppose Ă un relativisme radical qui fragmenterait la
rationalité en multiples formes incommensurables, tout en reconnaissant
la diversité des pratiques scientifiques et culturelles. L'enjeu est de
défendre une rationalité critique universelle, sans pour autant nier
les contextes historiques et sociaux dans lesquels elle se déploie.
•
Knowledge
of Africa, Knowledge by Africans (2009) marque un tournant vers l'épistémologie
et la politique des savoirs. Hountondji y critique la dépendance des systèmes
de recherche africains vis-à -vis des centres de production du savoir situés
en Europe et en Amérique du Nord. Il appelle à une réappropriation des
outils scientifiques et à une production de connaissances endogènes,
capables de répondre aux besoins locaux.
Reconnu
internationalement pour son apport décisif à la philosophie africaine,
il reçoit de nombreuses distinctions : grand officier de l'Ordre national
du Bénin, commandeur des Palmes académiques, lauréat du prix de la Fondation
Prince Claus des Pays-Bas en 1999. Jusqu'Ă la fin de sa vie, il reste
actif : en janvier 2024, Ă plus de quatre-vingt-un ans, il participe encore
en présentiel au colloque Actualité de la Philosophie africaine à Toulouse-Jean-Jaurès
et à Sciences Po Paris, où il présente une communication intitulée
Des
milliers de Socrate… |
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