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L'histoire de l'Italie
L'Italie du XIVe siècle à 1815
Renaissance, Temps modernes
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L'Italie indépendante et morcelée

Libérée du joug des empereurs allemands après la mort de Conradin, en 1268, rendue à elle-même, par le triomphe du pape et des communes, l'Italie payait cher son affranchissement. Le pape avait introduit de nouveaux étrangers qui allaient, deux siècles plus tard, détruire cette indépendance que leur premier succès avait assurée. Charles d'Anjou, chef des Guelfes, espéra réaliser à son profit l'unité. Sénateur de Rome, seigneur de la Toscane et de la Lombardie, il excita bientôt l'inquiétude des papes. Ceux-ci, pour rétablir l'équilibre, favorisèrent les Gibelins. Nicolas III, de la famille des Orsini, obligea Charles à se confiner dans son royaume. En 1282, les Vêpres siciliennes lui en enlevèrent la moitié. Pierre III d'Aragon, gendre de Manfred, devint roi de Sicile. La guerre finit par une séparation de Naples et de la Sicile; d'un côté les rois angevins, chefs des Guelfes; de l'autre, les Aragonais, chefs des Gibelins. Leur antagonisme les paralysa et laissa les petits Etats du centre et du Nord libres de s'organiser à leur gré.

Voici quelle Ă©tait au dĂ©but du XIVe siècle l'Ă©tat de l'Italie. Dans la rĂ©gion piĂ©montaise, les institutions fĂ©odales restaient en pleine vigueur. Hormis Chieti et Asti, les villes n'avaient pu s'Ă©manciper. Les grands feudataires s'Ă©taient entendus avec la bourgeoisie naissante. Les trois familles principales Ă©taient celles des comtes de Savoie, divisĂ©s Ă  la fin du XIIIe siècle en deux branches (Savoie et PiĂ©mont avec le titre de prince d'AchaĂŻe); des marquis de Montferrat, de la famille des Alamerici; des marquis de Saluces, affaiblis par des partages rĂ©pĂ©tĂ©s. Les luttes de ces trois maisons appauvrissaient et paralysaient le PiĂ©mont. Les riches citĂ©s lombardes avaient une destinĂ©e autrement brillante; cependant le rĂ©gime communal y Ă©tait en dĂ©cadence. Les familles dirigeantes s'acheminent vers la tyrannie; la classe moyenne s'y prĂŞte, par dĂ©sir de calme et d'ordre, lassĂ©e des dissensions civiles qui l'empĂŞchent de travailler. 

Les rĂ©publiques maritimes arrivĂ©es Ă  une extrĂŞme prospĂ©ritĂ© engagent des guerres implacables. GĂŞnes aide Ă  dĂ©truire l'Empire latin de Constantinople fondĂ© par les VĂ©nitiens (1261), ruine Pise (1284-1299) et menace Venise du mĂŞme sort (bataille de Curzola, 1298). En Toscane, Florence passe au premier plan, surtout après la ruine de Pise. Le pape a obtenu de Rodolphe de Habsbourg l'abandon sans rĂ©serve de ses possessions (Emilie, Romagne, Marche d'AncĂ´ne, Campagne de Rome); sa souverainetĂ© est dĂ©sormais Ă©tablie. Mais dans ces territoires il n'est maĂ®tre que de nom. Les barons romains, les citĂ©s romagnoles sont en rĂ©bellion constante. Après l'humiliation de Boniface VIII, la papautĂ© est transfĂ©rĂ©e en France, et, durant cette pĂ©riode et celle du schisme d'Orient qui suivit, l'Etat pontifical s'Ă©miette en principautĂ©s minuscules. Le contraste est saisissant avec les deux royaumes centralisĂ©s du Midi. Au dĂ©but du XIVe siècle, les Guelfes avaient presque partout le dessus. 

L'abaissement de Pise gibeline par les GĂ©nois et les Florentins guelfes, l'influence exercĂ©e par les rois de Naples appelĂ©s ou acceptĂ©s comme pacificateurs dans beaucoup de villes du centre et du Nord caractĂ©risent cette situation. Mais c'est alors que l'idĂ©al gibelin de l'unitĂ© italienne sous le sceptre impĂ©rial fut exprimĂ© par le Dante avec un Ă©clat incomparable. Les Gibelins accueillirent avec enthousiasme l'empereur Henri VII, et la dĂ©sertion du pape, retirĂ© Ă  Avignon, parut faire des Gibelins le parti national en face des Guelfes francophiles. La guerre reprit entre les deux camps. Les gibelins Visconti prĂ©valurent Ă  Milan. Mais l'empereur, après avoir pris la couronne de fer, ne put entrer ni Ă  Rome, ni Ă  Florence, et l'alliance de FrĂ©dĂ©ric de Sicile ne suffit pas Ă  neutraliser Robert de Naples. La mort de Henri VII (1313) affaiblit les Gibelins; mais leurs principaux chefs, Uguccione della Faggiuola, puis Castruccio Castracani (sire de Lucques) en Toscane, Matteo Visconti (Milan) et Cangrande della Scala (VĂ©rone) en Lombardie rĂ©sistèrent victorieusement. 

Le seul succès notable des Guelfes fut d'obliger leurs adversaires à lever le siège de Gênes (1319). Le roi Robert fit alors prêcher par le pape Jean XXI une croisade contre les Gibelins (1322); ceux-ci appelèrent l'empereur Louis de Bavière dont l'expédition démontra la faiblesse impériale (1327-1329). Son concurrent, Jean de Bohème, fut alors appelé par les Guelfes de Brescia qu'il délivra des Scaligeri; un grand nombre de villes (Brescia, Bergame, Crémone, Modène, Novare, Parme, Pavie, Reggio, Verceil) l'acclamèrent pour seigneur. Il se forma contre lui une ligue des seigneurs de Vérone, Milan, Ferrare et Mantoue (Scaligeri, Visconti, Este et Gonzague); on ne s'en tenait plus aux vieux cadres guelfe et gibelin; l'idée qui prévalait était de maintenir l'équilibre. Contre l'intrus s'allièrent les tyrans gibelins et le roi de Naples et les Guelfes florentins. Jean de Bohême fut obligé de se retirer (1333); le légat du pape, Bertrand du Poyet, qui avait voulu s'allier à lui pour rétablir son autorité en Romagne, reperdit ses conquêtes. Ces événements furent le point de départ de nouvelles combinaisons politiques.

Dans les villes, l'Ă©volution intĂ©rieure avait accru l'importance des classes laborieuses, patrons et ouvriers groupĂ©s en « arts » ou corporations. La vieille oligarchie avait Ă©tĂ© battue en brèche par la dĂ©mocratie. Celle-ci Ă©tait moins militaire, se dĂ©sintĂ©ressait des vieilles querelles; contre l'aristocratie capitaliste, elle est disposĂ©e Ă  recourir Ă  un tyran qui imposera l'Ă©galitĂ©. De nouvelles magistratures remplacent les anciennes; les prieurs Ă©lus par les corporations succèdent aux consuls; le gonfalonier de justice a charge de comprimer les nobles; le podestat a perdu son importance, rĂ©duit Ă  des fonctions judiciaires; le capitaine du peuple assume la direction de la police et de l'armĂ©e, des affaires extĂ©rieures; son pouvoir mal dĂ©fini dĂ©gĂ©nère aisĂ©ment en dictature. 

Ce titre ou celui de seigneur de la commune, dĂ©fĂ©rĂ© Ă  un puissant protecteur, ouvrit la porte aux tyrans qui se multiplièrent dès la fin du XIIIe siècle. A Milan les Visconti après avoir pris le dessus sur les Torriani (Guelfes), Ă  VĂ©rone les Scaligeri ou della Scala, Ă  Padoue les Carraresi, Ă  Mantoue les Gonzague, Ă  Ferrare les Este, Ă  Ravenne les Polenta, Ă  Rimini les Malatesta, Ă  Faenza les Manfredi, Ă  Parme les Rossi fondent des dynasties. En Toscane les tentatives analogues d'Ugolino della Gherardesca Ă  Pise, de Guido de Montefeltro Ă  Florence Ă©chouent d'abord; mais Castracane se consolide Ă  Lucques. Les empereurs, Ă  partir de Louis de Bavière, leur vendent des titres. L'ancien amour de la libertĂ© et la passion qu'on apportait aux discordes civiles dĂ©croissent; la majeure partie de la population s'en dĂ©sintĂ©resse. 

Au milieu du XIVe siècle, la transformation est frappante. Au beau temps des communes, c'Ă©taient les milices municipales qui combattaient les nobles et les Ă©trangers. Maintenant on emploie des mercenaires; tous sont d'accord Ă  ce sujet : souverains ecclĂ©siastiques, rĂ©publiques de marchands, tyrans qui jugent prudent de dĂ©sarmer leurs sujets et gagnent leur faveur en les affranchissant du service militaire. Les compagnies d'aventures se recrutent d'abord parmi les bandes d'Anglais, de Bretons, de Français, d'Allemands que les grandes guerres du XIVe siècle ont fait pulluler dans les pays voisins de l'Italie. Visconti et Castruccio Castracane en ont formĂ© leurs armĂ©es. D'autres viennent avec leurs gĂ©nĂ©raux : Fra Moriale, le comte Landau, Werner, puis Sterz, Hans de Bongard, Guarnieri, duc d'Urslingen, Hawkwood, etc. Puis se forment des bandes italiennes; le premier qui recruta une compagnie d'aventures exclusivement nationale fut AlbĂ©ric de Barbiano, l'ancĂŞtre de la famille Belgrojoso; ses Ă©lèves les plus illustres furent Braccio da Montone et Sforza Attendolo, après lesquels vinrent Piccinino, Fr. Sforza, etc. Ces mercenaires nationaux se montrèrent Beaucoup moins cruels que les Ă©trangers. Ils n'eurent d'ailleurs aucun patriotisme, se louant au plus offrant; leur nom de condottiere vient de condotta qui dĂ©signe le contrat de louage. 

Les principales bandes formaient de véritables « Etats militaires mobiles », admirablement organisés sous un chef, assisté d'un conseil de quatre capitaines de cavalerie et quatre capitaines d'infanterie; dans les grandes occasions on convoquait les caporaux et officiers inférieurs en parlement. Des femmes suivaient, des marchands aussi, et les banquiers italiens étaient en relations d'affaires régulières avec les condottieri. Ceux-ci propagèrent la grosse cavalerie, et, se ménageant les uns les autres, firent dégénérer la guerre en une sorte de jeu tactique peu meurtrier. Dans telle bataille il n'y eut que deux ou trois morts, y compris ceux qui, renversés, étouffèrent par accident dans leur armure. Changeant continuellement de drapeau, combattant aujourd'hui celui qu'ils servaient hier, non seulement les condottieri firent perdre aux Italiens tout esprit militaire, mais ils développèrent au plus haut point l'esprit d'intrigue et de trahison. Les tyrans eux-mêmes se maintenaient plus par la corruption que par la violence, bien que tout prêts à sévir avec férocité contre leurs ennemis politiques. En apparence, leur gouvernement était paternel; le gros du peuple, abandonnant la politique, était satisfait de les voir protéger sa production et son commerce, embellir la ville.

L'ensemble des conditions politiques était très favorable à la culture intellectuelle et artistique, et rend compte de la floraison de la Renaissance. Dans la Toscane, l'Ombrie, la Romagne, la vallée du Pô, se trouvaient de nombreuses cités, au territoire limité; la vie y était très active; l'instabilité politique maintenait les esprits en tension perpétuelle. Plus encore que le régime républicain, la tyrannie fut favorable aux idées nouvelles. Les tyrans représentaient un pouvoir d'origine récente, sans ancêtres, sans tradition gouvernementale. Pas de noblesse héréditaire qui séparât le souverain du peuple. Au XVe siècle, à peine voit-on de différence entre le bâtard et le fils légitime. Les chefs qui s'étaient élevés et se maintenaient par leurs capacités, devaient naturellement offrir à l'aristocratie intellectuelle la place vacante. Nulle époque ne fut plus fertile en mécènes, et les tyranneaux d'Urbin, de Rimini, de Ferrare, de Mantoue s'acquirent ainsi une grande célébrité, non moins que celle des Visconti de Milan ou des Médicis de Florence.

A la fin du XIVe siècle, on remarque une certaine concentration : les grands Etats dĂ©vorent les petits, et la carte politique se simplifie. Après la mort de Robert d'Anjou (1343) le règne de sa fille Jeanne (1343-1382) dĂ©sorganise le royaume de Naples, livrĂ© Ă  l'anarchie fĂ©odale. Elle empire pendant les luttes de Louis Ier d'Anjou et de Charles de Duras et de leurs fils Louis II d'Anjou et Ladislas de Hongrie. La soeur de celui-ci, Jeanne II (1414-1435), adopte successivement Alphonse d'Aragon, roi de Sicile depuis 1409, et Louis III d'Anjou, ce qui provoque de longues guerres civiles. A sa mort, l'Aragonais finit par l'emporter et rĂ©unit momentanĂ©ment les Deux-Siciles, sĂ©parĂ©es de nouveau en 1458. 

En l'absence des papes le domaine pontifical s'est Ă©miettĂ©; Cola Rienzi tente deux fois une restauration puĂ©rile de la RĂ©publique romaine (1347-1354). Puis le cardinal Albornoz avec une armĂ©e de mercenaires reconquiert sur les tyrans l'Etat du Saint-siège. Ses successeurs mĂ©ditent d'y ajouter la Toscane et reperdent tout. Le retour de GrĂ©goire XI Ă  Rome prĂ©lude au grand schisme durant lequel les papes nĂ©gligent leurs intĂ©rĂŞts temporels. 

En Toscane, Florence a prĂ©valu et ne laisse d'indĂ©pendance qu'Ă  Sienne et Lucques. Dans la rĂ©gion piĂ©montaise, la maison de Savoie prend le dessus sur les autres, grâce aux talents d'AmĂ©dĂ©e VI et d'AmĂ©dĂ©e VIII. A cĂ´tĂ© d'elle subsistent le comtĂ© d'Asti, les marquisats de Saluces et du Montferrat. En Lombardie, les Visconti, seigneurs de Milan, Ă©tendent leur autoritĂ© sur la plupart des autres villes, y compris GĂŞnes, affaiblie par ses guerres contre Venise (1350-1355 et 1379-1381). Jean-GalĂ©as, après avoir achetĂ© Ă  l'empereur Venceslav le titre de duc, projette de restaurer Ă  son profit le royaume d'Italie. Il soumet tout le pays, de l'une Ă  l'autre mer, dĂ©truit les Scaligeri de VĂ©rone, conquiert l'Italie centrale, Romagne, Ombrie et Toscane; la mort l'arrĂŞte (1402) et son empire s'Ă©croule. Venise en recueille la moitiĂ© et se constitue sur la terre ferme de vastes possessions qu'elle Ă©tendra jusqu'Ă  l'Adda. 

Après une autre tentative de Ladislas de Naples pour conquérir l'Italie centrale, on ne voit plus de souverain reprendre le projet de monarchie unitaire. La chute de Constantinople et le péril ottoman décident les principaux Etats de l'Italie à adhérer à la paix de Lodi (1454) entre Milan et Venise. Il se constitue alors un système politique des cinq grands Etats, lesquels s'entendent pour maintenir l'équilibre et la paix : la papauté, dont une série d'hommes remarquables relève le prestige; Naples; Florence sous les Médicis; Milan sous les Sforza qui ont remplacé les Visconti; Venise. La Sicile et la Sardaigne sont unies à l'Aragon; les princes piémontais, les Este, ducs de Ferrare, Modène et Reggio, les Gonzague de Mantoue, Gênes, Lucques, Sienne, les petits princes de la Romagne (vassaux du pape), gravitent dans l'orbite des cinq grandes puissances. Ce système assure à l'Italie quarante années de tranquillité, durant lesquelles furent produits une grande partie des chefs-d'oeuvre de la Renaissance.

Les Guerres d'Italie. Domination étrangère

Suffisante pour assurer l'ordre en Italie, la ligue des cinq Etats principaux n'Ă©tait pas en mesure de rĂ©sister Ă  une invasion Ă©trangère, d'autant que la France et l'Espagne se constituaient alors en monarchies unitaires. Elles allaient mesurer leurs forces et prendre l'Italie pour champ de bataille. Charles VIII se regardait comme l'hĂ©ritier des droits des Angevins sur Naples; Louis d'OrlĂ©ans revendiquait Milan, comme descendant des Visconti. Charles VIII, imprudemment excitĂ© par Sforza, franchit les Alpes, expulsa les MĂ©dicis de Florence et conquit le royaume de Naples (1494). Une coalition gĂ©nĂ©rale l'obligea Ă  la retraite; mais l'Ă©quilibre Ă©tait dĂ©truit. Louis XII recommença son expĂ©dition, mais commença par s'emparer du Milanais (1499); puis il s'entendit avec Ferdinand le Catholique pour partager le royaume de Naples. Son alliĂ© l'expulsa et rĂ©unit les Deux-Siciles sous la domination espagnole. Un autre alliĂ© de Louis XII, le pape Alexandre VI, aidĂ© de son fils CĂ©sar Borgia, profita des circonstances pour exterminer par la ruse ou la force les barons vassaux du Saint-siège; il voulait crĂ©er un royaume Ă  son fils CĂ©sar; la mort subite d'Alexandre VI fit avorter ce projet et les conquĂŞtes restèrent au Saint-siège, maĂ®tre dĂ©sormais d'un domaine homogène. 

Le pape Jules II voulut expulser les Barbares, c.-à-d. les étrangers. Après avoir adhéré à la coalition universelle contre Venise, il fonda la Sainte-Ligue pour rendre l'Italie aux Italiens. Louis XII perdit le Milanais (1512). François Ier le reconquit à Marignan (1515). Mais dans sa lutte avec Charles-Quint, il ne put se maintenir en Italie d'une manière durable. Il y renonça après sa défaite de Pavie par le traité de Madrid (1526). Une tentative des Italiens pour recouvrer leur autonomie affermit le joug espagnol. Sforza, que Charles-Quint avait rétabli, fut expulsé par lui; le sac de Rome terrifia les ennemis de l'empereur (1527); Florence fut prise après une résistance désespérée (1530) et les Médicis y affermirent sous la vassalité des Habsbourg une principauté qui, par l'annexion de Sienne, réunit à peu près toute la Toscane (1555). Le pape avait traité à Barcelone (1529) et la Réforme allait lui créer de trop. graves soucis pour qu'il pû s'engager à fond contre le roi catholique. Sforza avait obtenu de rentrer à Milan; sa mort laissa le duché vacant (1535), et Charles-Quint le conféra à son fils Philippe II (1541). Les rois de France firent encore plusieurs tentatives pour chasser les Habsbourg d'Italie, mais n'y purent parvenir. Le traité de Cateau-Cambrésis consacra l'abandon de leurs prétentions (1559).

Au cours des siècles suivants, l'Italie n'a pour ainsi dire plus d'histoire propre. Elle est impliquée dans les guerres générales de l'Europe, dans les luttes des Bourbons et des Habsbourg. Le roi d'Espagne possède le royaume des Deux-Siciles, le duché de Milan, les Présides et quelques ports dans la Maremme toscane (depuis 1557). Le grand-duché de Toscane, Gênes administrée par les Doria, suivent son impulsion. Les Gonzague de Mantoue avaient vu leur fidélité récompensée par le don du Montferrat. Le duché de Parme créé par le pape Paul III pour son fils Pietro-Luigi Farnèse, le duché de Modène et Reggio auquel furent réduits les Este (1597), les petites républiques de Lucques et Saint-Marin étaient insignifiants. Restaient Venise, pacifique à cause de son commerce et occupée de défendre contre les Turcs ses colonies grecques, et enfin un Etat qui n'avait pas encore joué grand rôle, mais qui était destiné à une fortune imprévue, le duché de Savoie. Cet Etat franco-italien s'étendait sur les deux versants des Alpes occidentales. Conquis par les Français, il fut restitué par eux en 1559 à Emmanuel-Philibert, général au service de Philippe Il. En transférant sa capitale de Chambéry à Turin, il déplaça le centre de gravité de son duché et l'affirma italien. Henri IV, en lui imposant l'échange de la Bresse contre le marquisat de Saluces, le rendit encore plus italien.

Au XVIIe siècle l'extinction de la maison de Gonzague provoqua une guerre pour leur hĂ©ritage de Mantoue et du Montferrat (1627) : le duc de Savoie et Venise, puis la France combattirent les Espagnols et les Autrichiens ; la succession finit par revenir au duc de Nevers (1631). Vers la mĂŞme Ă©poque, le pape Urbain VIII annexa le duchĂ© d'Urbin (hĂ©ritage de Mentefeltri et della Rovere). L'ouverture de la succession d'Espagne mit en cause le sort de l'Italie. Elle fut d'abord attribuĂ©e aux Autrichiens, qui reçurent, au traitĂ© d'Utrecht, le Milanais, Naples et la Sardaigne, et annexèrent Mantoue. Le duc de Savoie reçut la Sicile. Les Bourbons d'Espagne s'occupèrent aussitĂ´t de reconquĂ©rir l'Italie. Leur première agression Ă©choua et le duc de Savoie dut Ă©changer la Sicile contre la Sardaigne, mais en gagnant au troc le titre de roi (1720). 

L'extinction des dynasties des Farnèse (1731) et des MĂ©dicis, en rendant vacants le duchĂ© de Parme et le grand-duchĂ© de Toscane, dĂ©termina de nouveaux remaniements. Don Carlos, fils de Philippe V, hĂ©ritier de Parme par sa mère, tenait aussi d'elle des droits sur la Toscane. A la suite de la guerre de succession de Pologne, il cĂ©da l'un et l'autre Ă  l'Autriche, qui en investit François de Lorraine, Ă©poux de Marie-ThĂ©rèse, en Ă©change du royaume des Deux-Siciles (1738). La guerre de succession d'Autriche se termina pour cette puissance par de nouveaux sacrifices : le roi de Sardaigne s'arrondit par la cession de Tortone, Novare et des districts Ă  l'Ouest du TĂ©sin. L'infant espagnol don Philippe reçut le duchĂ© de Parme, Plaisance et Guastalla; les ducs de Modène avaient hĂ©ritĂ© en 1743 de Massa et Carrare. Ces arrangements territoriaux ne furent plus modifiĂ©s avant la RĂ©volution française que par la cession que GĂŞnes fit de la Corse au roi de France. 

Révolution française et domination napoléonienne

La RĂ©volution française ouvrit une ère nouvelle en Italie. DĂ©jĂ  les idĂ©es philosophiques du XVIIIe siècle y avaient assez pĂ©nĂ©trĂ© pour que quelques souverains eussent pris l'initiative de rĂ©formes importantes. Mais, en attaquant les privilèges ecclĂ©siastiques et fĂ©odaux, ils n'avaient voulu que fortifier davantage leur propre pouvoir. Le grand mouvement civil et politique de 1789 effraya mĂŞme les princes rĂ©formateurs. Le roi de Sardaigne, dĂ©fenseur rĂ©solu du vieux droit monarchique, se fit, dès 1791, le promoteur d'une ligue contre la France. Les hĂ©sitations des autres gouvernements italiens ne l'arrĂŞtèrent pas. Lorsque l'empereur d'Allemagne, chef de la coalition formĂ©e Ă  Pilnitz, dĂ©clara la guerre Ă  la France, Victor-AmĂ©dĂ©e III repoussa l'ambassadeur français qui lui apportait des offres avantageuses, et prit une attitude menaçante en Savoie et dans le comtĂ© de Nice. Il en fut immĂ©diatement puni par la perte de ces deux provinces (1792). EntraĂ®nĂ©s successivement dans la lutte par la cour de Vienne, les divers Etats de la pĂ©ninsule, oĂą s'agitaient d'ailleurs de nombreux partisans de la RĂ©volution, subirent les consĂ©quences des dĂ©faites de l'Autriche. 

Le général Bonaparte, au cours de ses campagnes d'Italie, organisa de nouveaux Etats sur le modèle de la République française. Réservant les pays lombards conquis sur l'Autriche, auxquels il joignit quelques mois plus tard les provinces révoltées contre Venise, pour en faire une République transpadane, il constitua en République cispadane les duchés de Modène et de Reggio avec les légations pontificales de Bologne et de Ferrare (16 octobre 1796). L'année suivante, ces deux groupes, accrus de la Romagne, furent fondus en un seul pour former la République cisalpine (29 juin). La république de Gênes, passant de l'aristocratie à la démocratie, devint la République ligurienne. L'Etat vénitien, occupé par les troupes françaises, allait se transformer de même, quand Bonaparte, en dépit des instructions formelles du Directoire, céda à l'Autriche Venise et ses possessions jusqu'à l'Adige par le traité de Campo Formio (17 octobre 1797).

Les gĂ©nĂ©raux qui succĂ©dèrent Ă  Bonaparte inaugurèrent la RĂ©publique romaine dans l'Etat pontifical (15 fĂ©vrier 1798), un gouvernement provisoire dans le PiĂ©mont que Charles-Emmanuel IV avait abandonnĂ© (9 dĂ©cembre), la RĂ©publique parthĂ©nopĂ©enne dans l'Etat napolitain (23 janvier 1799), et une rĂ©publique innomĂ©e en Toscane (25 mars). Mais la seconde coalition et les succès des Austro-Russes mirent bientĂ´t fin Ă  ces crĂ©ations Ă©phĂ©mères. La rĂ©action sĂ©vit avec fureur. En avril 1800, les Français n'occupaient plus que la ville de GĂŞnes, oĂą MassĂ©na soutint un siège mĂ©morable jusqu'au 4 juin. Le 14, Bonaparte, premier consul, descendu du Grand Saint-Bernard, remportait la victoire dĂ©cisive de Marengo, qui rĂ©tablit en Italie la prĂ©dominance française. Le traitĂ© de LunĂ©ville la confirma (9 fĂ©vrier 1801). Le grand-duchĂ© de Toscane fut Ă©rigĂ© en royaume d'Etrurie au profit du prince hĂ©rĂ©ditaire de Parme, qui cĂ©dait ses Etats paternels Ă  la France. Le PiĂ©mont forma six dĂ©partements français (11 septembre 1802). La RĂ©publique italienne (nouveau nom de la Cisalpine), rĂ©organisĂ©e Ă  l'imitation du gouvernement consulaire, avait dĂ©fĂ©rĂ© la prĂ©sidence Ă  Bonaparte (26 janvier 1802). La RĂ©publique ligurienne, reconstituĂ©e par lui, avait acceptĂ© un doge de son choix (29 juin). 

Parvenu Ă  l'Empire, NapolĂ©on transforma la RĂ©publique italienne en royaume d'Italie (17 mars 1805), ceignit la couronne de fer des anciens rois lombards Ă  Milan le 26 mai, et confia la vice-royautĂ© Ă  son beau-fils, Eugène de Beauharnais. La RĂ©publique ligurienne se donna alors Ă  l'Empire français (11 juin) et fut partagĂ©e en trois dĂ©partements. La rĂ©publique de Lucques s'offrit aussi : NapolĂ©on en fit l'apanage de sa soeur Elisa Bacciochi, dĂ©jĂ  princesse de Piombino. Il y ajouta l'annĂ©e suivante Massa et Carrare. Il investit du duchĂ© de Guastalla sa soeur Pauline Borghèse, dont le mari eut par la suite le gouvernement gĂ©nĂ©ral du PiĂ©mont. Par le traitĂ© de Presbourg (26 dĂ©cembre 1805), il imposa Ă  l'Autriche la rĂ©trocession de la VĂ©nĂ©tie, qui agrandit le royaume d'Italie. En 1806, il enleva le royaume de Naples aux Bourbons pour le donner Ă  son frère Joseph, qu'il remplaça deux ans après par Joachim Murat, mari de sa soeur Caroline. En 1807, il reprit la Toscane au jeune roi d'Etrurie et l'incorpora Ă  l'Empire français : Elisa Bacciochi en eut plus tard le gouvernement. En 1808, il annexa au royaume d'Italie les provinces des Marches, dĂ©tachĂ©es des Etats du pape. Enfin, par un dĂ©cret du 17 mai 1809, il rĂ©unit Ă  l'Empire français le reste du domaine pontifical avec la ville de Rome, dĂ©clarĂ©e seconde ville de l'Empire. L'Italie se trouva donc former trois grandes divisions territoriales : 

1° l'ensemble des dĂ©partements faisant partie intĂ©grante de l'Empire français avec les apanages de la famille impĂ©riale; 

2° le royaume d'Italie, sous un vice-roi français ; 

3° le royaume de Naples, sous un roi français. 

Les Ă®les de Sardaigne et de Sicile, refuges de leurs souverains lĂ©gitimes, restaient seules en dehors du système napolĂ©onien. 

La domination impériale, tout en comprimant la liberté politique, servit puissamment la régénération de l'Italie. La liberté civile et religieuse, l'égalité des droits, l'uniformité de la législation, la publicité de la justice, la régularité dans les finances et dans l'administration, l'exécution de magnifiques travaux, l'instruction publique organisée, l'esprit militaire relevé, une part dans la gloire des armes impériales, le nom italien ressuscité pour plus d'un tiers de la population, tels furent les fruits du régime français. Mais, par cela même qu'une culture nouvelle développait la conscience nationale, les Italiens, en grande partie du moins, sentirent davantage le poids d'un joug étranger. En 1814, quand Napoléon, portant la peine de ses fautes politiques, succomba sous les coups de la coalition européenne, l'édifice qu'il avait construit en Italie, miné par des conspirations très diverses, fut abattu en un instant. Les souverains dépossédés par la Révolution française rentrèrent dans leurs Etats à la suite de l'armée autrichienne. Murat, qui s'était entendu avec les alliés, échappa d'abord à la ruine, mais pour tomber l'année suivante, après avoir essayé de lever l'étendard de l'indépendance italienne lors du retour momentané de l'empereur. (A.-M. Berthelot / Félix Henneguy).

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