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Filippo
Tommaso Marinetti est un écrivain
né le 22 décembre 1876 à Alexandrie,
en Égypte, d'un père avocat piémontais
et d'une mère milanaise, fille d'un professeur de lettres. Il passe ses
premières années dans ce contexte cosmopolite, bercé par la poésie
que lui lit sa mère, ce qui éveille très tôt sa passion pour la littérature.
À dix-sept ans, il fonde sa première revue scolaire, Papyrus,
mais sa publication d'articles sur les romans scandaleux d'Émile
Zola lui vaut une menace d'expulsion de la part des Jésuites
qui l'éduquent. Cette double influence, entre la rigueur classique et
l'attrait pour la modernité provocatrice, façonnera sa personnalité
et son oeuvre.
Après des études
en Égypte, il obtient son baccalauréat à la Sorbonne
en 1894, puis poursuit des études de droit à l'Université de Pavie,
dont il sort diplômé en 1899. Il renonce cependant à une carrière d'avocat
pour se consacrer à la littérature. Dans les années 1900, il vit principalement
entre Paris et Milan,
baignant dans les cercles littéraires d'avant-garde. En 1905, il fonde
la revue internationale Poesia à Milan, qui deviendra un creuset
d'idées nouvelles. Sa poésie de cette époque, comme Destruction
(1904), révèle déjà une vigueur et une expérimentation anarchique
des formes qui annoncent ses travaux futurs.
L'événement fondateur
de sa carrière et de l'art du XXe siècle
survient en 1909. Au cours de l'automne 1908, il rédige le manifeste qui
deviendra le texte fondateur du futurisme. Selon son propre récit, une
sortie de route en voiture près de Milan, où il évite deux cyclistes,
agit comme une révélation, le faisant renaître en un homme nouveau,
déterminé à rompre avec le passé. Le 20 février 1909, le Manifeste
du futurisme paraît en français à la une du journal Le Figaro.
Ce texte incendiaire, d'une agressivité rhétorique délibérée, proclame
l'avènement d'un monde nouveau exaltant la vitesse, la technologie, la
machine, le danger, le courage et la révolte. Il y glorifie l'automobile
("Une automobile de course [...] rugissante est plus belle que la Victoire
de Samothrace") et prône la destruction des institutions culturelles du
passé comme les musées et les bibliothèques. Il y affirme également
que "la guerre est la seule hygiène du monde", une idée qui marquera
profondément son parcours.
Le mouvement futuriste,
né de cette proclamation, ne tarde pas à s'étendre à tous les domaines
artistiques. Marinetti s'entoure très vite de jeunes peintres italiens
comme Umberto Boccioni, Carlo Carrà , Luigi Russolo, Giacomo Balla et Gino
Severini, qui adhèrent à ses idées et publient leurs propres manifestes
sur la peinture en 1910. Ensemble, ils organisent
des "soirées futuristes" théâtrales et tumultueuses, où les manifestes
sont déclamés au milieu des huées et des projectiles du public, Marinetti
introduisant ainsi "le coup de poing dans la lutte artistique". Son premier
roman, Mafarka le futuriste (1910), illustre sa théorie en mettant
en scène un héros qui enfante sans femme un être mi-homme mi-aéroplane.
Il poursuit inlassablement son travail de théoricien, publiant des manifestes
sur la littérature, le théâtre,
le cinéma, la musique,
la cuisine, et développant le concept de "mots en liberté" (parole
in libertà ), une poésie affranchie de la syntaxe et de la ponctuation,
utilisant une typographie variée et des onomatopées pour rendre l'intensité
de la vie moderne. Son recueil
Zang Tumb Tumb (1914), reportage
poétique sur la guerre de Libye, est une
application magistrale de ces principes.
Profondément nationaliste
et interventionniste, Marinetti milite avec ardeur pour l'entrée en guerre
de l'Italie lors de la Première Guerre mondiale,
ce qu'il considère comme l'accomplissement des idéaux futuristes. Dès
l'entrée en guerre de l'Italie en 1915,
il s'engage comme volontaire dans les cyclistes lombards, puis comme officier
d'artillerie, et est grièvement blessé en 1917. Cette expérience du
combat ne fait que renforcer ses convictions. Après la guerre, il voit
dans le mouvement fasciste de Benito Mussolini,
qu'il a rencontré dès 1914, l'extension politique naturelle du futurisme,
arguant dans Futurisme et fascisme (1924) que le fascisme est la
mise en pratique de ses idées. Il est même l'un des co-auteurs du Manifeste
fasciste en 1919. Cependant, son influence politique décline dans
les années 1920, notamment car son culte de la modernité se heurte Ã
la célébration mussolinienne de la "Romanité".
En 1923, après une
longue relation, il épouse l'écrivaine et peintre futuriste Benedetta
Cappa, rencontrée en 1918 et avec qui il aura trois filles. Cette union
marque le début d'une collaboration artistique fertile, notamment autour
du "tactilisme". Marinetti continue d'adapter le futurisme aux nouvelles
époques. En 1929, il est élu à l'Accademia d'Italia, l'institution culturelle
du régime fasciste qu'il avait pourtant appelé à détruire vingt ans
plus tôt. Il se fait le chantre de "l'aéropeinture" et de "l'aéropoésie",
célébrant le développement de l'aviation. Malgré son adhésion à la
République de Salò de Mussolini en 1943, il conserve des positions complexes,
s'éloignant parfois du régime sur certaines questions comme l'antisémitisme.
Filippo Tommaso Marinetti meurt le 2 décembre 1944 à Bellagio, en Italie,
des suites d'une crise cardiaque, à l'âge de 67 ans. Jusqu'au bout, il
aura incarné la figure de l'agitateur, du poète engagé et du théoricien
dont les idées, pour le meilleur et pour le pire, ont irrigué l'art et
la pensée du XXe siècle. |
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