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D'après
le Guide des amateurs, et des voyageurs étrrangers de Paris de
Thiéry (1787) il n'y avait, à Clignancourt (XVIIIe'arrondissement
de Paris), qu'une seule chose de remarquable
: c'était une manufacture de porcelaine. Elle avait été établie,
en 1771 par Pierre Desruelles (ce nom figure parmi les officiers municipaux
de Montmartre en 1791 avec le titre de procureur de la Commune),
qui n'en déposa la déclaration qu'en janvier 1775 ; sa marque était
un moulin. Au mois d'octobre de la même année, il obtint le patronage
et une subvention de Monsieur, Ie comte de Provence, - devenu ensuite Louis
XVIII, - et signa du chiffre de ce prince.
Quatre-vingt quatorze
ouvriers étaient journellement employés à cette usine, qui produisait
tout, ce qui concerne le service de table et la décoration, la pâte et
la couverte étaient tirées de la manufacture royale de Limoges
qui alimentait celle de Sèvres.
La fabrique de Clignancourt a produit de véritables oeuvres d'art
parrmi lesquelles il faut surtout mentionner les, deux bénitiers
qu'on voyait au XVIIIe siècle à l'entrée
de l'église Saint-Pierre
de Montmartre : ils étaient supportés par des consoles, et surmontés
par des groupes d'anges de la composition du
fils de Desruelles,
« Dès
ses débuts, dit A. Jacquemart dans son Histoire de la céramique
(1873), la porcelaine de Clignancourt est recommandable par la beauté
de sa pâte et la grâce de ses peintures; ainsi, parmi les pièces produites
pendant les neuf premiers mois et marquées au moulin, il en est déjà
de fort remarquables. »
Le musée de Sèvres
en possède un curieux spécimen, ainsi qu'un autre marqué
d'une vignette à
jour surmontée d'une couronne de prince du sang. Les deux L croisées;
imitation du chiffre royal, avec la lettre B rappelant sans doute
le nom de Bourbon, constituaient en quelque sorte
une usurpation de signature; mais elles ne furent pas de longue durée.
On y substitua, d'abord une seule M, initiale du mot Monsieur, puis trois
lettres entrelacées, L, S, X, - Louis-Stanislas-Xavier, prénoms
du comte de Provence : - comme la précédente, ces deux marques sont surmontées
de la couronne de prince du sang. Les pièces les moins anciennes sont
signées, soit d'un M tout simplement, sans couronne, soit encore
de la même lettre, mais avec le mot Clignancourt au-dessus. Il y a tout
lieu de penser, suivant Jacquemart,. qu'il faut y voir le chiffre de Moitte,
le successeur de Desruelles, plutôt que l'initiale de Monsieur.
Plusieurs autres
pièces de porcelaine de Clignancourt se trouvent encore au musée des
arts décoratifs; elles sort, pour la plupart, ornées de petits bouquets,
polychromes et rehaussées par des bordures
ou filets d'or : ce sont, en réalité, des imitations, sinon des contrefaçons
de Sèvres. La fabrique de Clignancourt, comme toutes celles de Paris,
copiait plus ou moins, la manufacture royale. Quoi qu'il en soit, les échantillons
qui en restent sont d'une rareté à désespérer les collectionneurs les
plus passionnés.
Michel de Trétaigne
(Montmartre et Clignancourt, 1862) nous apprend que cet établissement
existait encore en 1705, et qu'il, était situé n°35 de la rue Saint-Denis,
du XVIIIe arrondissement. Le nom
et le numéro de cette rue ont changé; actuellement, c'est le numéro
53 de la rue du Mont-Cenis.
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Les manufactures
de porcelaine de Paris
Michel de Trétaigne,
fait erreur en, attribuant la fabrique de Clignancourt au comte d'Artois.
Il est suffisamment établi que c'est le comte de Provence qui en était
le, protecteur, sinon le propriétaire en nom. Le comte d'Artois avait
aussi, il est vrai, sa manufacture de porcelaine; Jacquemart en a également
parlé : elle était située dans le faubourg Saint-Denis, du côté de
la foire Saint-Laurent; c'était même la plus ancienne de celles établies
A Paris; car, en fait de mode, le comte d'Artois ne restait jamais en arrière,
mais bien au contraire.
En effet, depuis
que Louis XV, sous l'inspiration de Mme
de Pompadour, avait fondé la manufacture de Sèvres,
c'était devenu une vogue pour les grands seigneurs de suivre le royal
exemple. Ainsi, le prince de Condé faisait fabriquer
de la porcelaine en son propre domaine de Chantilly;
au château de Bagnolet, un fils du Régent,
Louis d'Orléans, avait installé un laboratoire , dans le but spécial
de chercher la pierre philosophale de cette époque, c'est-à-dire la porcelaine
de Chine, dont le secret n'était encore connu qu'en Saxe
et y était sevèrement gardé. Aussi, dès la découverte du kaolin de
Limoges, qui résolut cet intéressant problème, vit-on les membres les
plus proches de la famille royale rivaliser d'ardeur dans la protection
de la céramique française, appelée à
rayonner ainsi d'un nouveau lustre.
Marie-Antoinette,
qui ne voulait être en rien distancée, surtout comme influence, par ses
deux beaux-frères, les comtes d'Artois et de Provence, avait aussi, à
Paris, sa manufacture de porcelaine : on l'appelait la manufacture de la
Reine, et elle était située rue Thiroux, - aujourd'hui rue Caumartin. |
La fabrique était
dans le bâtiment qui donne sur la rue; on n'y trouvait plus, lors son
acquisition par un nouveau propriétaire (vers 1820), que quelques débris
de fourneaux et des moules brisés. La construction qui relie ce bâtiment
à une sorte de grosse tour ronde, ainsi que le pavillon d'aile en terrasse
qui s'y rattache ont été bâtis après 1820.
Quant à la tour,
a légende voudrait qu'elle soit reste d'un rendez-vous de chasse de Henri
IV. Si l'on comptait, à Montmartre, toutes les vieilles bicoques qui
passent pour avoir appartenu au Vert-Galant et à la belle Gabrielle,
il y en aurait assez pour border les deux ôtés de la rue
Marcadet, qui n'a pas moins de trois kilomètres de long. Force est
d'admettre que cette tour ne soit d'origine moins illustre et qu'elle ne
peut bien être que la cage circulaire, sinon d'un ancien colombier,
du moins de l'un des modestes et laborieux moulins qui broyaient, autrefois
du silex pour la porcelaine de Clignancourt. Mais les jolis petits salons
qu'on a su, depuis lors, aménager, d'une façon si, heureuse à chacun
de ses étages, peuvent bien faire oublier la destination primitive de
cette construction. (Charles Sellier). |
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