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La lumière
des étoiles nous fait parvenir un message brouillé et complexe. Pour
en démêler les arcanes, les astronomes recourent à un outil mis au point
dans les premières années du XXe siècle
par Ejnar Hertzsprung
(1905) et indépendamment par Henry Norris Russell
(1914). Il s'agit d'un diagramme dans lequel les points représentatifs
d'un ensemble d'étoiles sont placées en fonction de leur couleur,
température
superficielle ou type spectral (qui correspondent
aux abscisses) et de leur luminosité ou de leur magnitude absolues ou
apparentes (en ordonnées).
Les
différentes possibilités représentent des variantes du diagramme de
Hertzsprung-Russell (au sens large). On parlera ainsi plus spécialement
du diagramme couleur-magnitude (C-M), quand on recourt à ces deux paramètres,
et de diagramme de Hertzsprung-Russell, au sens strict, quand les paramètres
sont le type spectral et la magnitude apparente. Le choix de la variante
dépendra des paramètres disponibles ou du choix que l'astronome a jugé
le plus plus commode selon le contexte. Mais, il ne s'agira chaque fois
que du changement d'échelle des axes du diagramme, et pour une collection
d'étoiles donnée, la morphologie de toutes ces variantes restera donc
toujours la même.
L'ensemble du diagramme de Hertzsprung-Russell
constitue ainsi une véritable carte de l'évolution
stellaire. Chaque étoile y décrit une trajectoire déterminée principalement
par sa masse initiale, la composition chimique avec laquelle elle est née
et, dans certains cas, par les interactions avec un compagnon stellaire.
Les étoiles de faible masse évoluent lentement de la séquence principale
vers les géantes rouges, puis les naines blanches, tandis que les étoiles
massives traversent rapidement plusieurs régions successives avant de
terminer leur existence sous forme de supernova, laissant derrière elles
une étoile à neutrons ou un trou noir. Le diagramme HR synthétise ainsi,
dans une représentation unique, la structure interne, la production d'énergie,
les propriétés observables et l'histoire évolutive de l'ensemble des
populations stellaires.
Lorsqu'on cherche à caractériser dans un diagramme
HR la population d'étoiles de la
région de la Galaxie dans laquelle se situe le
Soleil
- comme l'avait fait initialement Hertzsprung et Russell, ou comme
le représente la figure ci-dessous réalisée à partir des mesures du
satellite Hipparcos - le diagramme révèle que les étoiles se concentrent
dans plusieurs régions distinctes. Chaque grande région du diagramme
correspond à une catégorie d'objets possédant des propriétés physiques
communes.
• La Séquence
principale. - Environ 90 % des étoiles se regroupent le long d'une
bande diagonale qui traverse le diagramme du coin supérieur gauche (chaud
et brillant) au coin inférieur droit (froid et peu lumineux). Cette bande
est occupée par les étoiles qui produisent leur
énergie par fusion thermonucléaire
de l'hydrogène en hélium
dans leur coeur. Cette région représente donc la phase la plus longue
de la vie stellaire. Les étoiles de la partie supérieure gauche sont
très massives, extrêmement chaudes, bleues ou bleu-blanc, et possèdent
des luminosités pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers, voire
plusieurs millions de fois celle du Soleil. Leur température dépasse
souvent 30 000 K et leur durée de vie ne dépasse généralement pas quelques
millions d'années. Les étoiles de masse intermédiaire, comme le Soleil,
occupent la partie centrale de la séquence principale. Le Soleil, étoile
de type spectral G2 V, possède une température
de surface voisine de 5780 K et une luminosité définie comme une unité
solaire. Les étoiles situées dans la partie inférieure droite sont des
naines rouges, beaucoup moins massives, plus froides (2500 à 4000 K),
très peu lumineuses et extraordinairement nombreuses. Leur faible consommation
d'hydrogène leur permet de vivre plusieurs centaines de milliards, voire
plusieurs milliers de milliards d'années, bien davantage que l'âge
actuel de l'univers. La largeur de la séquence principale reflète notamment
les différences de composition chimique, de rotation, d'âge et de métallicité
des étoiles. Les étoiles les plus jeunes apparaissent souvent légèrement
au-dessus de la séquence moyenne, tandis que les étoiles approchant de
la fin de leur combustion centrale de l'hydrogène s'en écartent progressivement
vers des luminosités plus élevées.
• La région des sous-géantes.
- Située au-dessus de la séquence principale, la région des sous-géantes
correspond aux étoiles qui viennent d'épuiser l'hydrogène de leur coeur.
Celui-ci, désormais constitué essentiellement d'hélium, cesse de produire
de l'énergie par fusion et commence à se contracter sous l'effet de la
gravitation. Simultanément, une coquille
d'hydrogène entourant le coeur devient le nouveau siège des réactions
nucléaires. Cette réorganisation interne provoque une augmentation progressive
de la luminosité ainsi qu'une expansion de l'enveloppe externe. La température
de surface diminue légèrement tandis que le rayon augmente. Cette phase
de transition reste relativement courte à l'échelle de la vie d'une étoile.
• La branche des géantes
rouges occupe une vaste région située dans la partie supérieure
droite du diagramme. Les étoiles y possèdent des températures relativement
faibles, comprises entre environ 3000 et 5000 K, mais des luminosités
très élevées, conséquence directe de leurs rayons gigantesques, qui
peuvent atteindre plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de fois celui
du Soleil. Ces étoiles ont quitté définitivement la séquence principale.
Leur coeur d'hélium est très dense et se contracte continuellement tandis
que la fusion de l'hydrogène se poursuit dans une coquille externe. Chez
les étoiles de faible et moyenne masse, la contraction du coeur conduit
finalement à l'allumage explosif de la fusion de l'hélium, phénomène
connu sous le nom de flash de l'hélium. Après cet événement, l'étoile
migre temporairement vers une autre région du diagramme.
• La branche asymptotique
des géantes (AGB, Asymptotic Giant Branch) est une région
située au-dessus de la branche des géantes rouges classique, dans la
zone des étoiles très lumineuses et froides. Elle est peuplée d'étoiles
qui ont déjà fusionné l'hélium dans leur coeur et qui sont arrivées
à un stade d'évolution plus avancé. Ces étoiles possèdent un coeur
inerte de carbone et d'oxygène
entouré de deux couches de fusion actives : une couche interne brûlant
de l'hélium et une couche externe brûlant de l'hydrogène. Cette structure
interne complexe les rend plus brillantes que les étoiles de la branche
des géantes rouges, bien qu'elles aient des températures de surface similaires.
Leur trajectoire dans le diagramme de Hertzsprung-Russell les fait grimper
le long d'un chemin qui rejoint presque, de manière asymptotique, la branche
des géantes rouges, d'où leur nom. Ces étoiles représentent la dernière
phase de la vie des étoiles de masse faible à intermédiaire avant l'éjection
de leurs couches externes en nébuleuse planétaire
et la fin de leur évolution en naine blanche.
• La région des supergéantes.
- Dans la partie supérieure gauche du diagramme apparaissent les supergéantes.
Elles représentent les étoiles les plus massives de l'univers observable.
+ Les supergéantes
bleues possèdent des températures supérieures à 20 000 K et des
luminosités pouvant atteindre un million de fois celle du Soleil. Leur
rayon est déjà considérable malgré leur température élevée. Elles
évoluent rapidement en raison de leur énorme consommation de combustible
nucléaire. Au cours de leur évolution, elles peuvent traverser plusieurs
régions du diagramme avant de devenir des supergéantes jaunes ou rouges.
+ Les supergéantes rouges
occupent l'extrême partie supérieure droite. Elles comptent parmi les
plus grandes étoiles connues, avec des rayons pouvant dépasser mille
fois celui du Soleil. Malgré leur température relativement faible (3000
à 4000 K), leur immense surface rayonnante leur confère une luminosité
extrêmement élevée. Elles constituent les derniers stades évolutifs
de nombreuses étoiles massives avant leur explosion
en supernova à effondrement de coeur.
• La région des géantes
lumineuses et des supergéantes moins massives se situe entre les géantes
et les supergéantes. Ces objets représentent différents stades intermédiaires
d'évolution. Leur position exacte dépend essentiellement de leur masse
initiale et de leur histoire évolutive. Certaines d'entre elles traversent
plusieurs fois cette région au cours de leur existence.
• La région des étoiles
de type Wolf-Rayet se situe également dans la
partie supérieure gauche du diagramme. Ces étoiles sont très massives
et fortement évoluées. Leur température dépasse souvent 50 000 K, tandis
que leurs vents stellaires extrêmement
puissants expulsent continuellement les couches superficielles riches en
éléments lourds. Elles représentent un stade très avancé précédant
souvent l'explosion en supernova.
• La région des étoiles
pré-séquence principale. - Les étoiles T Tauri
et les étoiles Herbig Ae/Be, occupent également des régions particulières
du diagramme. Avant le début de la fusion de l'hydrogène, elles tirent
leur énergie de leur contraction gravitationnelle. Elles suivent des trajectoires
évolutives appelées pistes de Hayashi et de Henyey jusqu'à rejoindre
la séquence principale. Leur position dépend essentiellement de leur
masse, de leur âge et de leur vitesse de contraction.
• La branche horizontale.
- Une bande horizontale traverse le diagramme à luminosité intermédiaire,
reliant la zone des géantes rouges à la séquence principale sur la gauche.
La branche horizontale est principalement observée dans les amas
globulaires. Les étoiles qui l'occupent brûlent désormais l'hélium
dans leur coeur tout en poursuivant la fusion de l'hydrogène dans une
coquille externe. Leur luminosité varie relativement peu, alors que leur
température peut couvrir une large gamme de valeurs. Cette disposition
presque horizontale est à l'origine de son nom. La position exacte d'une
étoile sur cette branche dépend notamment de sa masse résiduelle, de
sa métallicité et de la quantité de matière perdue lors de la phase
de géante rouge. Une concentration particulière de la branche horizontale
est appelée le red clump ou amas rouge. Elle rassemble des étoiles
de masse intermédiaire ayant allumé la fusion de l'hélium de manière
relativement homogène. Ces étoiles présentent des luminosités et des
températures voisines, ce qui en fait d'excellents indicateurs de distance
dans les études galactiques.
• La région des naines
blanches. - Tout en bas à gauche du diagramme se situe une région
d'étoiles très chaudes mais extrêmement peu lumineuses. Leur faible
luminosité, malgré une température de surface élevée, indique que
leur surface émissive est minuscule. Ces étoiles (naines
blanches) constituent le résidu final de l'évolution des étoiles
dont la masse initiale est inférieure à environ huit masses solaires.
Les naines blanches ne produisent plus d'énergie nucléaire; elles brillent
uniquement grâce à la chaleur emmagasinée dans leur intérieur. Lorsqu'elles
viennent de se former, leur température peut dépasser 100 000 K, mais
leur très faible rayon, comparable à celui de la Terre, limite fortement
leur luminosité. Au fil du temps, elles se refroidissent progressivement
tout en conservant sensiblement le même rayon. Leur évolution les conduit
lentement vers le coin inférieur droit du diagramme. Les naines blanches
les plus anciennes, encore hypothétiques, finiraient par devenir des naines
noires après un refroidissement complet, mais l'univers est encore trop
jeune pour qu'un tel objet existe.
• La région au dessus
de celle des naines blanches abrite diverses catégories d'étoiles
chaudes évoluées, notamment les sous-naines et les étoiles de la branche
horizontale extrême. Ces étoiles possèdent une température très élevée
mais une luminosité relativement modeste en raison de leur faible rayon.
Elles résultent généralement d'une perte de masse particulièrement
importante ou de scénarios évolutifs impliquant des interactions dans
des systèmes binaires.
• La bande d'instabilité.
- Une région étroite et inclinée qui traverse la zone des géantes et
des supergéantes est réservée aux étoiles dont la luminosité varie
de manière intrinsèque et périodique. Il ne s'agit pas d'une zone de
stabilité évolutive, mais d'une étroite bande d'instabilité qui coupe
le diagramme en diagonale. Dans cette zone, les couches externes de l'étoile
deviennent instables et subissent des pulsations périodiques dues principalement
au mécanisme κ (kappa), lié à l'ionisation
partielle de l'hélium. Les céphéides sont
les étoiles typiques de la bande d'instabilité. Les variables RR Lyrae
occupent également une partie de cette bande mais à des luminosités
plus faibles. La présence de cette bande d'instabilité est essentielle
en astrophysique, car la relation
période-luminosité des céphéides constitue l'un des principaux
outils de mesure des distances extragalactiques. (Les étoiles de type
δ Scuti, Mira ou RV Tauri, également variables, se rencontrent dans d'autres
secteurs spécifiques du diagramme).-
Diagramme
C-M du voisinage solaire réalisé à l'aide d'Hipparcos.
Ces concentrations sont le signe de corrélations
entre luminosité et couleur des étoiles, c'est-à-dire de l'existence
d'un ordre par-delà la diversité des apparences. Sur la séquence principale,
le déchiffrement est simple : plus une étoile est chaude (ou bleue) et
plus elle est lumineuse intrinsèquement; plus elle est froide (ou rouge)
et moins elle est lumineuse. La logique est différente pour les géantes.
Mais pour aller plus loin, l'échantillon que constituent les étoiles
du voisinage solaire est inadapté. Il s'agit en effet d'étoiles d'origines
diverses, qui se sont trouvées mélangées au fil du temps dans une même
région de l'espace.
Le diagramme HR prend sa pleine puissance lorsqu'on
l'utilise pour étudier des collections d'étoiles qui ont la même origine.
On a pu l'utiliser au cours des dernières années pour caractériser les
populations de certaines
galaxies
dans leur ensemble (par ex. la Naine du Sextant,
ou la galaxie Leo I, dans le Lion). Mais, depuis
que Trumpler ,
dans les années 1920, a attiré l'attention sur eux, le territoire privilégié
du diagramme de Hertzsprung-Russell se sont les amas
stellaires, qu'ils soient ouverts ou globulaires.
Dans un amas, toutes les étoiles ont la même origine.
Elles ont le même âge, et comme l'ont compris les astronomes en s'aidant
justement de la comparaison de diagrammes de nombreux amas, elles ne se
distinguent que par des masses différentes.
Les étoiles les plus massives,
consomment leur combustible à un taux accéléré, et évoluent plus rapidement
que les étoiles les moins massives. Si bien que la région bleue de la
séquence principale des amas se dépeuple progressivement, au profit de
la région des géantes rouges, qui sont des étoiles parvenues à un stade
avancé d'évolution.
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Les populations
stellaires
En 1941, Baade
a également utilisé le diagramme HR pour distinguer l'existence de deux
population
d'étoiles dans les galaxies.
Population
I - Les étoiles que l'on rencontre dans le voisinage du Soleil, dans
les amas ouverts, et plus généralement dans le disque des galaxies spirales
sont dites de population I. Elles correspondent à des étoiles relativement
jeunes.
Population II
- Ces étoiles sont plus anciennes que les précédentes. On les rencontre
principalement dans le halo des galaxies spirales et constituent en particulier
la population des amas globulaires.
On ajoute à ces deux
types de population une population I extrême, constituée des étoiles
les plus jeunes, et l'on évoque aussi la possible existence d'étoiles
de population III, qui seraient les premières étoiles formées, et dont
on attend qu'elles ne présentent aucun signe de pollution par des éléments
lourds, puisqu'il n'y aurait eu aucune génération d'étoiles antérieures.
Actuellement aucune
étoile de population III n'est connue. Il est possible, en fait qu'il
n'en existe plus. Si les toutes premières étoiles étaient très massives,
elles ont dû exploser très tôt et disperser autour d'elles les éléments
qu'elles avaient synthétisées, affectant ainsi la composition chimique
de leurs contemporaines. |
Le
diagramme HR typique d'un amas globulaire (M 3, dans les Chiens
de Chasse).
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