 |
Un
dilemme
(du grec dis, deux fois, et lambanéin, prendre) est un argument
composé, dans lequel, après avoir divisé un tout en ses parties, on
conclut affirmativement ou négativement du tout ce qu'on a conclu de chaque
partie. Ainsi, pour prouver qu'on ne saurait prendre plaisir au jeu, on
dira qu'il ne peut en résulter que du gain ou de la perte, ce qui est
une manière de diviser le jeu; et l'on continuera : "Le gain n'a pas
d'attraits pour moi; la perte me chagrine donc le jeu ne saurait me plaire."
On a employé contre le scepticisme le dilemme
suivant : "Les scept iques sont certains de leur doute, ou ils ne le
sont pas; s'ils en sont certains, ils croient donc à quelque chose; s'ils
n'en sont pas certains, ils n'admettent pas leur propre système. Dans
les deux cas, que devient leur doctrine?"
La règle principale
du dilemme est qu'il n'y ait pas de milieu entre les partis offerts Ã
ceux qui argumentent. Une autre règle est que, si l'on propose à ses
adversaires deux ou plusieurs partis à choisir, ces partis soient nécessaires.
"Il
faut mépriser les richesses; car, si nous en possédons, ou nous craindrons
de les perdre, ou nous en ferons un mauvais emploi."
Aucune de ces deux
suppositions n'est admissible, car les humains riches peuvent faire un
bon usage de leurs biens, et encore ils peuvent ne pas être tourmentés
par la crainte d'en être dépouillé. Le dilemme est un argument d'une
grande force : dans les écoles de philosophie, on l'appelait autrefois
argumentum
cornutum, "argument cornu", comme pour dire que ceux qui l'employaient
frappaient leurs adversaires des deux côtés à la fois.
(M.). |
|