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L'hippocampe
est une structure cérébrale paire appartenant au système
limbique, enfouie dans la profondeur du lobe temporal médian de chaque
hémisphère. Son nom vient du grec hippokampos ( = cheval-marin)
en raison de sa forme incurvée qui évoque la silhouette d'un hippocampe
aquatique lorsqu'on l'observe en coupe. C'est une structure d'une complexité
et d'une importance fonctionnelle remarquables : pivot de notre vie mnésique,
boussole neurale de notre sens de l'espace, et noeud de vulnérabilité
de nombreuses pathologies neurologiques et psychiatriques, il demeure l'un
des objets d'étude les plus féconds des neurosciences
contemporaines.
Chez l'être humain
adulte, chaque hippocampe mesure environ 3 à 4 centimètres de long et
forme un renflement allongé sur le plancher de la corne temporale du ventricule
latéral. Sur le plan anatomique, l'hippocampe fait partie d'un ensemble
plus vaste appelé la formation hippocampique, qui comprend le gyrus denté,
le cornu ammonis (CA), le subiculum et le cortex entorhinal. Le cornu ammonis
est lui-même subdivisé en quatre sous-champs (CA1, CA2, CA3 et CA4) qui
se distinguent par la densité, la morphologie et la connectivité de leurs
neurones pyramidaux. Cette organisation laminaire très précise, avec
ses couches de cellules bien définies, en fait
l'une des régions corticales les plus étudiées en neurosciences.
La connectivité de l'hippocampe est remarquablement
organisée. Le principal flux d'information entrant emprunte la voie perforante,
qui relie le cortex entorhinal au gyrus denté, puis à CA3 via les fibres
moussues, et enfin à CA1 via les collatérales de Schaffer. CA1 projette
ensuite vers le subiculum, qui constitue la principale sortie de la formation
hippocampique vers le cortex entorhinal et d'autres structures sous-corticales.
Cette boucle trisynaptique est au coeur de la physiologie hippocampique.
L'hippocampe communique également avec le septum, l'hypothalamus
et l'amygdale via le fornix, un faisceau de
fibres arqué qui représente sa principale voie de sortie vers les structures
diencéphaliques.
La fonction pour laquelle l'hippocampe
est le plus notable est son rôle fondamental dans la mémoire
déclarative, c'est-à -dire la mémoire des faits (mémoire sémantique)
et des événements vécus (mémoire épisodique). Cette découverte a
été dramatiquement illustrée par le cas du patient H.M. (Henry Molaison),
à qui l'on avait retiré chirurgicalement les deux hippocampes en 1953
pour traiter une épilepsie sévère. Il en résulta une amnésie antérograde
profonde : H.M. était incapable de former de nouveaux souvenirs explicites,
tout en conservant intacte sa mémoire à long terme antérieure à l'opération
et ses capacités d'apprentissage procédural. Ce cas emblématique a établi
que l'hippocampe est indispensable à la consolidation des souvenirs, c'est-à -dire
au transfert des informations de la mémoire à court terme vers une représentation
stable à long terme, distribuée dans le néocortex.
Au niveau cellulaire, l'hippocampe est
le siège d'un phénomène crucial : la potentialisation à long terme
(LTP, long-term potentiation), découverte par Timothy Bliss et Terje Lømo
dans les années 1970. La LTP est un renforcement durable de la transmission
synaptique consécutif à une stimulation répétée à haute fréquence,
et elle constitue l'un des mécanismes moléculaires les plus plausibles
pour expliquer l'apprentissage et la mémorisation. Les récepteurs NMDA
au glutamate, particulièrement abondants
dans les synapses hippocampiques, jouent un rôle
central dans l'induction de ce phénomène en agissant comme de véritables
"détecteurs de coïncidence".
L'hippocampe joue également un rôle essentiel
dans la navigation spatiale et la représentation de l'espace.
En 1971, John O'Keefe découvrit dans l'hippocampe du rat des neurones
qui s'activent sélectivement lorsque l'animal se trouve dans un endroit
précis de son environnement : il les nomma cellules
de lieu (place cells). Ces neurones construisent une véritable
carte cognitive de l'environnement. Cette découverte, complétée plus
tard par celle des cellules de grille (grid cells) dans le cortex
entorhinal par Edvard et May-Britt Moser, valut à O'Keefe et aux Moser
le prix Nobel de physiologie ou médecine en 2014. L'hippocampe humain
participe de manière analogue à l'orientation spatiale, comme en témoigne
la célèbre étude montrant que les chauffeurs de taxi londoniens, dont
le métier exige une mémorisation intensive de la carte de la ville, présentent
un volume hippocampique postérieur significativement plus important que
la moyenne.
L'hippocampe est également l'une des rares
régions du cerveau adulte où se produit la
neurogenèse (la formation de nouveaux neurones) dans la zone sous-granulaire
du gyrus denté. Ce processus, bien documenté chez les rongeurs et probable
chez l'humain, est modulé par l'exercice physique, le stress,
les antidépresseurs et l'enrichissement de l'environnement. Son rôle
fonctionnel exact fait encore l'objet de recherches actives, mais il semble
impliqué dans la discrimination de souvenirs similaires et dans la régulation
de l'humeur.
Du point de vue clinique, l'hippocampe
est d'une vulnérabilité particulière. Il est l'une des premières structures
atteintes dans la maladie d'Alzheimer, où les dépôts de protéine
tau et les plaques amyloïdes s'y accumulent précocement, expliquant que
les troubles de la mémoire épisodique récente soient le symptôme inaugural
caractéristique de cette maladie. L'hippocampe est aussi très sensible
au stress chronique et aux glucocorticoïdes : une exposition prolongée
au cortisol entraîne une atrophie dendritique et une réduction du volume
hippocampique, observée notamment dans les états dépressifs sévères
et le syndrome de stress post-traumatique. Par ailleurs, l'hippocampe est
la zone d'origine la plus fréquente des crises d'épilepsie du lobe temporal,
et sa sclérose (cicatrice gliale consécutive à des épisodes d'hypoxie
ou de crises prolongées) est la lésion épileptogène la plus courante
chez l'adulte. |
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