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Quand
les Romains envahirent la Bretagne ,
en 43 ap. J.-C.,
le territoire qui correspond aujourd'hui au Pays de Galles
(Wales en anglais) ,
était habité par un peuple d'origine celtique,
divisé en trois tribus, les Ordovices au Nord, les Demètes et les Silures
au Sud. Ces derniers étaient les plus nombreux et les plus puissants.
Les Romains firent de vains efforts pour les soumettre. Suetonius Paulinus
occupa un instant le nord de la contrée; mais les Silures attaquèrent
les Romains, et, sous la conduite de Caractacus,
ils résistèrent courageusement aux efforts d'Agricola.
L'héroïsme de Caractacus toucha les conquérants eux-mêmes, et
a été immortalisé.
Après que Romains
aient quitté la Grande-Bretagne (411),
les habitants des Galles formèrent une sorte de monarchie
fédérative, qui se concentrait aux jours du danger aux mains d'un chef
appelé pendragon, et revêtu momentanément d'un pouvoir dictatorial.
Pendant neuf siècles cette organisation subsista, et l'histoire du pays
de Galles fut remplie par une suite de guerres sanglantes entre les chefs
des diverses populations, entre celles-ci et leurs voisins. Ils repoussèrent
successivement les Pictes, les Scots, les Merciens,
les Saxons, les Danois
et les Vikings, même après la conquête
de Guillaume. C'est une longue période
d'obscurité profonde dans laquelle la légende a voulu faire briller comme
un éclair Arthur ,
fils d'Uther.
Leurs petits royaumes
furent réunis au IXe
siècle sous Rhodri Mawr (843-877),
qui les divisa en trois principautés pour ses trois fils. Vers 930,
Athelstan, roi
d'Angleterre, réduisit le pays et l'obligea de payer un tribut annuel.
Cela n'empêcha pas une période de redressement pendant laquelle on retiendra
l'oeuvre législative de Dyfnwall et de Howell Dda (907-948),
et les poésies de quelques bardes célèbres
( La littérature
galloise). Les Gallois refusèrent le tribut à Guillaume
le Conquérant, qui les soumit. A partir de ce moment les rois anglais
réclamèrent la Galles comme faisant partie de leur royaume; mais leurs
prétentions furent constamment repoussées. Les Gallois, qui avaient résisté
aux Saxons firent dès lors une guerre continuelle
aux lords Marchers, chargés de les maintenir moyennant concession
de terres.
En 1267,
Llewellyn ap Gryffyth fut reconnu par Henri
III comme prince de Galles; mais sous son succésseur, Édouard
Ier,
la situation changea. Édouard, qui était un guerrier habile et un profond
politique, voulut mettre fin une fois pour toutes à cette indépendance
du Pays de Galles ,
qui écornait la puissance des rois
d'Angleterre .
Il fit déclarer félon par le parlement Lewellyn, qui régnait alors sur
les Gallois, et il marcha contre lui.
Lewellyn fut obfigé d'accepter un traité
par lequel il perdit toute sa principauté à l'exception de l'île d'Anglesey ,
qui encore dut revenir à Édouard, dans le cas où Lewellyn mourrait sans
postérité mâle. Le prince gallois s'engagea en outre à payer 50.000
livres sterling, somme énorme en ce temps-là . Bientôt Lewellyn se reprocha
d'avoir sacrifié son pays. Tout le poussait à la révolte, son peuple
mécontent, son frère David (Dafydd), les anciens chants des bardes,
dans lesquels on n'eut pas de peine à trouver des prédictions relatives
à Lewellyn. Il se révolta donc, et bientôt l'armée d'Edouard pénétra
dans l'île d'Anglesey. Elle fut vaillamment repoussée par les Gallois,
conduits par Lewellyn et son frère; mais quelque temps après le noble
chef fut tué par trahison : on lui coupa la tête et on l'envoya au roi
Édouard,
qui la fit placer sur la tour de Londres,
où chacun la vit dérisoirement couronnée d'une guirlande de saule.
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L'origine
du nom Wales (Galles)
Les peuples germaniques
donnèrent le nom de Walah (Welches) à toutes les populations celtiques
ou romaines avec lesquels ils se trouvèrent en contact. Cette expression
est très probablement empruntée an mot Volcoe, nom d'un peuple
gaulois qui résida longtemps dans le Sud de la Germanie, et avec lesquels
les Germains se trouvèrent en contact pendant plusieurs siècles.
Ce terme fut appliqué
par ceux-ci sur le continent aux Gallo-Romains de Belgique (Wallons), aux
Romains de Dacie (Valaques), aux populations romanes demeurées dans une
partie de l'Helvétie, dans le pays dont Coire est la capitale (Kurwelsch)
( d'Arbois de Jubainville, Introduction
à l'étude de la littérature celtique; Paris, 1883, in-8, pp. 10-12).
Les Germains qui
envahirent l'île de Bretagne l'appliquèrent aux indigènes (d'où l'anglais
Welsh) et appelèrent leur territoire Wealas (angl. moderne Wales).
C'est par ce mot que les Français désignèrent les Bretons insulaires
quand ils conquirent l'Angleterre au XIe siècle. Ils les appelèrent Guallois,
rendant, selon une règle bien connue, le W germanique initial par Gu,
et en donnant au mot un suffixe roman. |
Lewellyn avait été tué en 1282.
Son frère David fut fait prisonnier quelque temps après. Il fut jugé
par un parlement siégeant à Shrewsbury, et condamné, comme coupable
de haute trahison, à être écartelé d'abord, puis décapité. A partir
de ce moment les habitants du Pays de Galles
furent complètement soumis, mais l'esprit de résistance persista comme
en témoignent les chants des bardes, qui appelaient
sans cesse la nation à reconquérir son indépendance. Edouard commença
d'ailleurs contre ces poètes des persécutions qui furent continuées
par les rois ses successeurs. Mais Édouard
ne fut pas coupable du massacre en masse des bardes, dont le chargent plusieurs
historiens.
Depuis la mort de
Lewellyn la principauté de Galles n'eut plus d'existence politique. Elle
fut réunie à l'Angleterre
par le statut de Rhuddlen (12 Edouard ler,
c. 5).
Après le rattachement
à l'Angleterre.
Soumise à la couronne
d'Angleterre, la principauté fut traitée en pays conquis, et subit
toutes les exactions qu'entraîne cette condition. Des révoltes contre
les Anglais, éclatèrent en 1287,
en 1294
et en 1315,
mais elles furent réprimées et leurs chefs furent exécutés. En 1400,
les Gallois, conduits par Owain Glyndwr (Owen Glendower), firent un dernier
effort pour recouvrer leur indépendance. Par la suite, de dures lois furent
promulguées qui réussirent à décourager les candidats à la révolte.
Cette situation dura jusqu'à l'avénement des Tudor,
où ce pays entra dans le droit commun de la Grande-Bretagne
(1536).
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Le
château de Caernarfon, au Pays de Galles. Sa construction, initiée
par Edouard I après la conquête de Gwynedd, remonte à 1283. La tradition
d'investir l'héritier du trône de Grande-Bretagne avec le titre de Prince
de Galles a été inaugurée en 1301 lorsque le roi Edouard Ier a investi
son fils aîné avec ce titre. L'actuel prince Charles est le dernier Ã
avoir été investi dans ce ce lieu (1969).
La réunion du Wales à l'Angleterre ne
devait pas supprimer le titre de prince de Galles, mais désormais les
fils aînés des rois d'Angleterre
(depuis Édouard VI, fils de Henri
VIII et de Jane Seymour, né en 1537)
possédèrent la principauté par droit de naissance sans avoir besoin
d'en être investis. En réalité, ce ne fut plus qu'un vain titre. L'acte
de 1536 avait séparé du Pays de Galles
proprement dit le Monmouthshire et, par contre, augmenté de quatre les
comtés créés par Édouard
Ier;
ce furent ceux de Radnor, Brecknock, Montgomery, Denbigh. Chacun de ces
douze comtés envoyait un député au Parlement. En 1547
les comtés furent répartis entre les quatre doyennés (deaneries)
de Bangor, Saint-Asaph, Saint-Davids, Llandaff sous l'autorité de quatre
grands juges. Le même statut rétablit la cour des Marches, supprimée
quelques années auparavant sous le titre de Court of the council of
Wales. Elle siégeait à Ludlow et comprenait, outre les conseillers,
le secrétaire, l'attorney, le solicitor, les quatre grands
juges des comtés purement gallois. Le lord président qui était à la
tête de cette cour était le maître véritable de la principauté et
des comtés voisins (les Marches). Cette organisation ne disparut qu'en
1689. Tous ces fonctionnaires étaient
nommés par le roi et par suite assurés à peu près de l'impunité.
Le Pays de Galles aurait peut-être partagé
le sort lamentable de l'Irlande
s'il n'avait eu le bonheur d'embrasser la Réforme. A l'antipathie multiséculaire
qui séparait Gallois et Anglais ne vint pas s'ajouter la haine religieuse.
La Réforme empêcha aussi leur langue celtique
de disparaître complètement comme leur langue littéraire. En qualité
de protestants, les Gallois durent lire
la Bible
et la Bible traduite dans leur langue. C'est en 1588
que parut la traduction de William Morgan (le premier livre imprimé en
gallois est une sorte de calendrier
publié à Londres, en 1546, par William
Salesbury).
Le XVIIe
siècle et la première moitié du XVIIIe
furent une période de décadence profonde de la vie nationale. La langue
galloise ne fut presque plus cultivée qu'au point de vue religieux. Le
XVIIIe siècle
fut marqué par une double renaissance, religieuse et littéraire. Les
Gallois abandonnant l'Eglise anglicane,
aristocratique, despotique, à demi papiste, se rallièrent en masse Ã
la réforme des méthodistes. Les Gallois
précédèrent même John Wesley dans cette voie. Dès 1735,
Howell Harris, Daniel Rowlands, Howel Davies, prêchaient la réforme indépendamment
l'un de l'autre. Ces trois courants parallèles qui s'ignoraient finirent
par se réunir. En 1742, eut lieu la
première conférence calviniste méthodiste
à Waterford (Glamorganshire) sous la présidence de Whitefield.
La première conférence de Wesley n'eut
lieu en Angleterre que,
dix-huit mois plus tard, et Wesley n'a pas eu grande action sur le méthodisme
gallois. De 1791 date la deuxième
période de celui-ci qui fut d'abord sous l'influence de Thomas Charles.
Les méthodistes gallois prennent depuis lors le nom de Welsh presbyterians.
La création d'écoles, le mouvement d'éducation développa non seulement
la ferveur pieuse, mais l'instruction générale des Gallois et prépara
ainsi d'une manière indirecte la renaissance littéraire. Cette dernière
fut également suscitée par est éveil des études archéologiques qui
se produisit alors tant en Angleterre que sur le continent. Dans les dernières
années du XVIIIe
siècle, une société remit en honneur les Eistedfoddau
(sessions de poésie et d'éloquence) du Moyen
âge dont le dernier paraît avoir eu lieu en 1567.
A partir de 1819 ils ont été
tenu annuellement. La publication par Owen Jones, Edward Williams et William
Owen (Pughe) d'un corpus de la littérature galloise sous le titre de Myfyrian
Archaiology of Wales (Londres, 1804-1807,
3 vol. in-8 ; réimprimé en 1870 en
1 fol. in-4) contribua également à développer le goût de la littérature
nationale.
Le XIXe
siècle a été une époque de prospérité pour
les Gallois. Associés indissolublement à l'Angleterre, ils ont partagé
au dehors sa gloire et ses profits. Leur pays en lui-même s'est énormément
enrichi, grâce à la découverte des splendides mines de houille du Sud.
Le Wales n'était plus seulement une pauvre contrée agricole au sol pittoresque,
mais ingrat. Il est devenu un pays de grande industrie et de commerce.
Des hameaux, des bourgs, comme Merthyr Tedfil, Swansea
et Cardiff, sont devenus de grandes villes.
La population, qui était de 500.000 habitants au début du XIXe
siècle (1804), a triplé
en cent ans (et elle est de 3 millions d'abitants en 2010).
A la fin du XIXe
siècle, la vieille haine contre l'Angleterre
a graduellement disparu. Mais, au point de vue politique, il subsiste un
gros nuage noir, non pas précisément entre le Pays de Galles et l'Angleterre,
mais entre le méthodisme presbytérien
et l'Eglise anglicane. Celle-ci perçoit
toujours les dîmes sur les Gallois comme si ceux-ci n'étaient pas depuis
longtemps dissenters. Le conflit revient de temps à autre à l'état aigu.
La séparation de l'Eglise et de l'Etat est devenue à l'époque la plate-forme
électorale de la majorité des Gallois. Le parlement britannique finira
par voter en 1914 le Welsh Church
Act (entré en vigueur en 1920),
qui reconnaîtra la séparation du Wales d'avec l'Eglise d'Angleterre.
(G. / F. Lot).
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Hervé
Abalain, Histoire du pays de Galles, Jean-Paul Gisserot,
1993.
Sylvie
Ferdinand, Au Royaume du dragon rouge : contes et légendes du Pays
de Galles, Terre de brume, 2001
Edwige
Camp-Pietrain, La devolution : Ecosse-pays de Galles, Atlande,
2006.
Didier
Revest, Le Leurre de l'ethnicité et de ses doubles : Le cas du Pays
de Galles et de l'Ecosse, Editions L'Harmattan, 2006.
Joseph
Rogues de Fursac, Un mouvement mystique contemporain; le réveil
religieux du Pays de Galles, 1904-1905, BiblioBazaar, 2009.
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