|
|
| . |
|
||||||
| Les langues > Les langues sino-tibétaines |
|
Les langues sinitiques |
| L'usage
du terme unitaire chinois ou langue chinoise recouvre en
réalité un continuum de langues et de groupes linguistiques, que les
linguistes désignent sous le nom de langues sinitiques, et qui
sont d'une grande diversité et parfois mutuellement inintelligibles à
l'oral. Le chinois ( = les langues sinitiques, donc) appartient à
la famille des langues sino-tibétaines,
dans laquelle on range aussi, par exemple, le tibétain
et le birman. Cette langue est parlée
par plus d'un milliard de locuteurs natifs, principalement en Chine La variété officielle et la plus largement enseignée est le mandarin standard, basé sur la prononciation de Pékin et utilisé comme langue commune dans l'administration, l'éducation et les médias. D'autres variétés importantes sont le cantonais, le wu, le min, le hakka ou encore le xiang, qui possèdent leurs propres systèmes phonétiques et particularités lexicales. Malgré ces différences orales, ces variétés partagent en grande partie un même système d'écriture. Langue chinoise est étroitement liée à la littérature classique et à la philosophie, tout en jouant aujourd'hui un rôle croissant dans les échanges économiques, scientifiques et diplomatiques à l'échelle mondiale. Son apprentissage est exigeant, mais ouvre l'accès à un patrimoine culturel d'une exceptionnelle richesse. La phonologie
et l'écriture chinoise.
L'inventaire consonantique du mandarin comprend principalement des occlusives, des affriquées, des fricatives, des nasales et des liquides. Une caractéristique notable est l'opposition entre consonnes aspirées et non aspirées, qui joue un rôle phonémique fondamental, contrairement à l'opposition de voisement typique de nombreuses langues indo-européennes. Par exemple, les sons transcrits en pinyin par b et p se distinguent non par le voisement, mais par la présence ou l'absence d'aspiration. Certaines consonnes rétroflexes et palatales constituent également des traits distinctifs importants du système. Le système vocalique est composé de voyelles simples et de diphtongues, auxquelles s'ajoutent des combinaisons avec des consonnes nasales finales, principalement -n et -ng. Les finales vocaliques peuvent être relativement complexes et inclure des semi-voyelles comme j, w ou ɥ, ce qui enrichit la diversité syllabique malgré le nombre limité de syllabes possibles. En revanche, le mandarin ne possède pas de consonnes finales occlusives, contrairement à d'autres variétés chinoises comme le cantonais. L'élément le plus saillant de la phonologie chinoise est le système tonal. En mandarin standard, on distingue quatre tons lexicaux principaux, auxquels s'ajoute un ton neutre. Ces tons se définissent par des contours mélodiques précis, impliquant des variations de hauteur de la voix sur la syllabe. Le changement de ton entraîne un changement de sens lexical, même lorsque la structure segmentale de la syllabe reste identique. Les tons constituent ainsi une dimension phonologique à part entière, indispensable à l'identification des mots. La maîtrise des tons est essentielle, car une mauvaise intonation peut entraîner un changement complet de sens. La phonologie du chinois ne peut être dissociée de phénomènes prosodiques tels que la sandhi tonal, qui modifie la réalisation des tons en contexte. Le cas le plus connu est la transformation du troisième ton lorsqu'il précède un autre troisième ton. Ces ajustements tonals illustrent le caractère dynamique du système phonologique chinois et soulignent l'interaction étroite entre phonologie, morphologie et syntaxe dans l'usage réel de la langue. Ecriture.
Ces formes anciennes, dites jiǎgǔwén, étaient déjà hautement pictographiques et idéographiques. Au fil des siècles, les caractères ont évolué à travers plusieurs styles calligraphiques majeurs : le style des sceaux (zhuànshū), plus linéaire et régulier; le style des scribes (lìshū), qui marqua une transition capitale en cassant les formes curvilignes; le style régulier (kǎishū), norme actuelle claire et géométrique; et les styles cursifs comme le xíngshū et le cǎoshū, où le pinceau ne quitte quasiment plus le papier. Les caractères chinois sont construits à partir de traits élémentaires, tracés selon un ordre précis et normé. Cet ordre facilite la lisibilité, la mémorisation et l'apprentissage, tout en permettant une écriture fluide et équilibrée. Les traits se combinent pour former des structures plus complexes, organisées selon des schémas spatiaux stables, tels que la juxtaposition gauche-droite, haut-bas, ou l'encadrement. Cette dimension graphique confère à l'écriture chinoise une forte valeur visuelle et esthétique. La calligraphie occupe ainsi une place singulière dans la civilisation chinoise, où elle est considérée comme un art majeur, au même titre que la peinture ou la poésie. L'acte d'écrire y est perçu comme une expression du caractère moral, de la maîtrise technique et de la sensibilité esthétique de l'auteur. La structure du caractère, la pression du pinceau, le rythme des traits et l'équilibre de l'ensemble sont autant de critères d'évaluation artistique. La structure des caractères obéit à une logique interne complexe. Une minorité sont des pictogrammes simples (comme 山 pour "montagne"). Les caractères purement pictographiques ou idéographiques simples existent toujours, mais ils constituent une minorité et sont souvent très stylisés par rapport à leurs formes originelles. La majorité sont des idéogrammes composites, combinant souvent une clé sémantique (indiquant un champ de sens) et un composant phonétique (suggérant approximativement la prononciation). Par exemple, le caractère 妈 (mā, "maman") associe la clé féminine 女 (Nǚ, muet) et le composant phonétique 马 (mǎ). Il existe aussi des idéogrammes associatifs et des caractères empruntés phonétiquement. Le système compte environ 214 clés traditionnelles, fondamentales pour le classement et la compréhension. L'écriture chinoise est largement indépendante de la prononciation. Un même caractère peut être lu différemment selon les langues ou dialectes qui l'emploient, comme le mandarin, le cantonais, ou encore le japonais dans le cadre des kanji. Autrement dit, un lecteur de Canton et un de Pékin ne prononceront pas un texte de la même manière, mais en comprendront le sens identique. Au XXe
siècle, des réformes majeures ont eu lieu : la simplification des traits
de nombreux caractères (utilisés en Chine continentale et à Singapour,
tandis que Taïwan, Hong Kong La grammaire du
mandarin.
L'ordre canonique de la phrase déclarative est sujet-verbe-objet (SVO). Le sujet est souvent un thème discursif plutôt qu'un agent strict, et peut être omis lorsqu'il est pragmatiquement récupérable. Le mandarin est fréquemment décrit comme une langue à thème-commentaire, ce qui permet des structures où l'élément initial n'est pas syntaxiquement sujet du verbe principal, par exemple avec des objets ou des cadres spatiaux ou temporels placés en tête de phrase. Les compléments circonstanciels de temps précèdent généralement le verbe, tandis que les compléments de lieu peuvent apparaître avant ou après celui-ci selon leur degré d'intégration à l'action. Les
catégories de mots.
• Les mots pleins sont des unités lexicales porteuses d'un sens lexical autonome. Ils désignent des objets, des actions, des qualités ou des notions abstraites et peuvent, à eux seuls, constituer le noyau sémantique d'un énoncé. Cette catégorie comprend notamment les noms, les verbes, les adjectifs, les numéraux et certains adverbes. Les noms servent à désigner des êtres, des choses ou des concepts, sans marquage de genre ou de nombre. Les verbes expriment des actions, des états ou des processus et ne se conjuguent pas : le temps, l'aspect ou la modalité sont indiqués par le contexte ou par l'ajout de particules. Les adjectifs fonctionnent souvent comme des verbes d'état et peuvent constituer le prédicat d'une phrase sans verbe copule. Les numéraux et classificateurs jouent un rôle central dans l'expression de la quantité, le classificateur étant généralement obligatoire entre un nombre et un nom. L'ensemble de ces mots pleins peut être enrichi par la composition, mécanisme très productif en chinois moderne.Dans la tradition grammaticale chinoise, notamment dans certaines approches anciennes ou pédagogiques de l'analyse linguistique, on distingue parfois, parmi les mots pleins, les mots morts (sǐ zì) des mots vivants (shēng zì), également appelés termes de mouvement (huó zì). Cette terminologie, bien qu'elle ne corresponde pas exactement aux catégories grammaticales modernes, reflète une sensibilité particulière à la dynamique du langage. • Les mots morts sont les mots qui servent uniquement à nommer ou à qualifier les objets : ce sont principalement les noms et les adjectifs. Ils fixent l'être dans une identité ou une qualité stable, sans mouvement intrinsèque. Ce sont des étiquettes posées sur les choses du monde, permettant de les identifier ou de les décrire, mais incapables à eux seuls de rendre compte de leur activité ou de leur changement. Ils sont dits morts non pas parce qu'ils sont inutiles, mais parce qu'ils manquent d'élan vital, d'action propre.On a là l'expression d'une conception du langage où la vitalité ne réside pas dans la désignation, mais dans le verbe, non pas dans ce qu'une chose est, mais dans ce qu'elle fait ou devient. Elle illustre une vision du monde propre à certaines traditions chinoises, où l'être n'est pas une substance fixe, mais un flux constant, une danse de transformations. Ainsi, les mots vivants sont-ils considérés comme les véritables moteurs du sens, tandis que les mots morts n'en sont que les points d'ancrage provisoires. Ajoutons qu'il existe aussi des catégories intermédiaires ou transversales, comme les mots semi-vides ou les morphèmes liés, qui possèdent une valeur sémantique affaiblie mais participent encore à la formation de mots composés. De même, certains mots peuvent passer d'une catégorie à l'autre selon le contexte, un même élément pouvant fonctionner comme verbe, nom ou particule. Cette flexibilité catégorielle est une caractéristique fondamentale du chinois. Le
système verbal.
Pour situer une action dans le temps, on utilise principalement des particules aspectuelles, qui indiquent non pas le moment absolu de l'action, mais son état d'avancement ou son rapport au moment de l'énonciation. La particule 了 (le) marque ordinairement l'accompli, signalant qu'une action est achevée ou qu'un changement d'état est intervenu. La particule 着 (zhe) indique le progressif ou le duratif, décrivant une action en cours ou un état résultant qui persiste. La particule 过 (guo) exprime l'expérientiel, signifiant que l'action a été vécue au moins une fois dans le passé. Le temps absolu (passé, présent, futur) est en général implicite : il est déduit du contexte. Quand il faut le préciser, on a recours à des marqueurs de temps comme 昨天 (zuótiān, hier), 现在 (xiànzài, maintenant) ou 明天 (míngtiān, demain). Pour le futur, on emploie aussi fréquemment la particule modale 会 (huì), qui indique une prédiction ou une volonté. La négation utilise des adverbes pré-verbaux. 不 (bù) est la négation générale pour le présent et le futur, tandis que 没 (méi) ou 没有 (méiyǒu) nient l'accompli, souvent en conjonction avec l'absence de 了. Les verbes peuvent se combiner en série dans une même phrase, partageant le même sujet. Cette construction permet d'exprimer des relations de but, de résultat, de direction ou de manière. Par exemple, un premier verbe indique l'action principale et un second en précise le résultat ou la direction. Les compléments verbaux sont une caractéristique essentielle. Le complément de résultat, formé en ajoutant un second élément au verbe, indique l'issue de l'action. Le complément de direction, simple ou composé, précise le mouvement. Le complément de durée et le complément de quantité (fréquence ou durée) se placent après le verbe. La voix passive est moins fréquente qu'en français. Elle peut être formée avec 被 (bèi), mais son emploi implique généralement un sens adversatif, une conséquence négative ou inattendue pour le sujet. Il existe d'autres constructions pour exprimer des idées passives, comme l'utilisation de 让 (ràng) ou 给 (gěi), ou des formes impersonnelles actives. Les auxiliaires modaux, placés devant le verbe principal, expriment la capacité, la permission, la nécessité ou la volonté. 能 (néng) et 可以 (kěyǐ) pour la capacité ou la permission, 应该 (yīnggāi) pour la déduction ou le conseil, 想 (xiǎng) pour le désir, en sont des exemples courants. Le
système nominal.
L'élément central de la syntaxe nominale est l'utilisation massive des classificateurs, également appelés spécificatifs ou mots-mesures. Chaque nom, lorsqu'il est précédé d'un déterminant numérique ou démonstratif, requiert l'emploi d'un classificateur spécifique. Ce dernier opère une classification sémantique des noms en fonction de leur forme, nature, fonction, ou d'autres critères. Par exemple, 个 (gè) est un classificateur très général et fréquent, 张 (zhāng) pour les objets plats, 本 (běn) pour les livres, 只 (zhī) pour les animaux. La structure canonique est la suivante : déterminant (numéral/démonstratif) + classificateur + nom. Ainsi, "trois livres" se dit 三本书 (sān běn shū), où 三 est le chiffre, 本 le classificateur, et 书 le nom. Les démonstratifs sont 这 (zhè, ceci) et 那 (nà, cela), formant 这本书 (zhè běn shū, ce livre). La possession est marquée par la particule 的 (de), placée entre le possesseur et l'objet possédé, comme dans 我的书 (wǒ de shū, mon livre). Cette particule est un marqueur générique de subordination et peut aussi lier un nom à un qualificatif, un complément, ou former des adjectifs à partir de verbes. Les noms n'ont pas d'article défini ou indéfini. La définitude et l'indéfinitude sont déterminées par la position dans la phrase, l'usage de démonstratifs, du numéral 一 (yī, un) avec un classificateur, ou par le contexte discursif. La syntaxe place le nom au centre d'un groupe nominal qui peut être précédé par divers éléments (déterminants, quantificateurs, adjectifs) et suivi par des compléments ou des relatives introduites par 的. L'adjectif, souvent perçu comme une sous-classe de verbes, peut directement qualifier un nom sans copule, mais il peut aussi être suivi de 的 pour marquer une qualification plus forte ou permanente. L'histoire du
chinois.
Durant la dynastie
Zhou
(XIe-IIIe
siècle
av. JC), notamment à l'époque des Printemps
et Automnes et des Royaumes combattants,
le chinois ancien se développe davantage, notamment à travers les textes
classiques comme les Entretiens de Confucius
ou le Livre des Mutations Sous la dynastie Han (206 av. JC-220 ap. JC), le chinois classique atteint sa pleine maturité et devient le véhicule de la pensée, de l'administration et de la littérature. C'est à cette époque que se développe également le chinois médiéval, dont les traces sont perceptibles dans les rimes de la poésie et les glossaires phonétiques. La prononciation du chinois évolue considérablement : on assiste à la simplification du système consonantique, à l'émergence des tons, et à une réduction progressive du nombre de syllabes distinctes. Cette transformation se poursuit à travers les dynasties suivantes, notamment sous les Tang (618-907) et Song (960-1279), où le chinois médiéval, aussi appelé chinois tardif, devient la base des parlers modernes. À partir de la dynastie
Yuan
(1271-1368), sous l'influence mongole, et surtout sous les Ming
(1368-1644) et Qing (1644-1912), le chinois vernaculaire
commence à s'imposer dans la littérature. Des romans comme Le Rêve
dans le Pavillon Rouge ou Au bord de l'eau Le mouvement du 4 mai 1919 marque un tournant décisif : les intellectuels chinois, soucieux de moderniser le pays, critiquent la langue classique comme un obstacle à l'éducation et au progrès. Ils promeuvent alors le baihua, une forme écrite basée sur le mandarin parlé, en particulier le dialecte de Pékin. En 1932, le gouvernement nationaliste adopte officiellement cette forme comme langue nationale, appelée guoyu (= langue nationale). Après 1949, la République populaire de Chine poursuit cette politique linguistique en promouvant le putonghua (= langue commune), fondée sur le mandarin de Pékin, avec une prononciation standardisée, un vocabulaire commun et une grammaire unifiée. Cette langue devient l'outil de l'instruction nationale, des médias et de l'administration. Parallèlement, une réforme de l'écriture est entreprise : les caractères traditionnels sont simplifiés pour faciliter l'apprentissage et l'alphabétisation. Ces caractères simplifiés sont adoptés en Chine continentale, tandis que Taïwan, Hong Kong et Macao conservent les formes traditionnelles. Dans les années 1950, le système de transcription pinyin, basé sur l'alphabet latin, est introduit pour noter la prononciation du mandarin standard, et devient un outil essentiel pour l'enseignement et la romanisation. Classification
interne des langues sinitiques.
Sur le plan structurel, toutes les langues sinitiques partagent certaines caractéristiques fondamentales, notamment une morphologie essentiellement analytique, un recours massif à la composition lexicale, un ordre des mots majoritairement de type sujet-verbe-objet et un rôle central de la tonalité dans la distinction lexicale. Mandarin.
Wu.
Yue.
Min. Le groupe min (闽语) est considéré comme l'un des plus hétérogènes et archaïques. Il est principalement parlé dans le Fujian, à Taïwan et dans certaines régions du Guangdong, de Hainan et d'Asie du Sud-Est. Il se subdivise en plusieurs branches majeures, notamment le min du Sud (hokkien, teochew), le min du Nord, le min de l'Est, le min central et le pu-xian. Les différences entre ces sous-groupes sont souvent si importantes qu'elles empêchent toute intercompréhension. Le min conserve de nombreux lexèmes et traits phonologiques très anciens, parfois absents des autres groupes sinitiques. Hakka.
Xiang.
Gan.
Autres
variétés.
|
| . |
|
|
|
||||||||
|