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Les langues cananéennes
Les langues cananéennes constituent une branche du groupe sémitique central au sein de la famille des langues sémitiques. Ces langues étaient autrefois parlées dans le Levant sud, une région couvrant grosso modo l'actuel Israël, la Palestine, la Jordanie occidentale, le Liban méridional et certaines parties de la Syrie méridionale. Elles présentent des traits phonologiques, morphologiques et lexicaux communs qui permettent de les distinguer clairement des autres sous-groupes sémitiques comme les langues araméennes ou arabes.

Ces langues partagent plusieurs innovations par rapport au sémitique commun. Par exemple, elles présentent une tendance à la perte de certaines consonnes pharyngales ou à leur affaiblissement, ainsi qu'une évolution spécifique du système verbal. Une particularité bien connue est la transformation de la consonne sémitique *ā (un son probablement pharyngal ou vélaire) en *ō, ce qui distingue les langues cananéennes des langues araméennes, où ce son devient plutôt *ā. Cette évolution est visible dans le mot hébreu shālōm ( = paix), qui contraste avec le mot araméen shlāmā.

Les langues cananéennes ont progressivement disparu en tant que langues vernaculaires à la suite des conquêtes assyriennes, babyloniennes, perses, grecques et romaines, qui ont favorisé l'araméen d'abord, puis le grec et plus tard l'arabe comme langues dominantes de la région. Seul l'hébreu a survécu en tant que langue liturgique, savante et, plus tard, comme langue nationale revitalisée.

Aujourd'hui, si l'hébreu moderne est une langue vivante et dynamique, toutes les autres langues cananéennes sont éteintes. Leur étude repose entièrement sur des sources épigraphiques, bibliques et archéologiques. Grâce à ces témoignages, les linguistes et historiens peuvent reconstituer en partie leur structure, leur vocabulaire et leur évolution, éclairant ainsi non seulement l'histoire linguistique du Levant ancien, mais aussi les contextes culturels, religieux et politiques dans lesquels ces langues ont été utilisées.

Hébreu.
Parmi les langues cananéennes les plus connues figure l'hébreu, qui est aujourd'hui, on l'a dit, la seule langue vivante de cette branche. L'hébreu ancien, attesté dès le premier millénaire avant notre ère, était la langue des royaumes d'Israël et de Juda. Utilisé principalement comme langue liturgique et savante après sa disparition comme langue vernaculaire vers le IIe siècle de notre ère, il a été revitalisé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, notamment grâce aux efforts de Eliezer Ben Yehuda. L'hébreu moderne, parlé aujourd'hui par plus de neuf millions de personnes en Israël et dans la diaspora, conserve un noyau linguistique cananéen tout en intégrant de nombreux emprunts lexicaux et structures syntaxiques influencées par des langues européennes, slaves et sémitiques.

Phénicien.
Le phénicien est une autre langue cananéenne majeure, parlée principalement le long de la côte levantine, dans les cités-États comme Tyr, Sidon et Byblos, à partir du IIe millénaire avant notre ère. Le phénicien se distingue par son usage comme langue de commerce maritime et par son alphabet, qui a servi de base à de nombreux systèmes d'écriture, y compris l'alphabet grec et, indirectement, l'alphabet latin. Une variante régionale du phénicien, le punique, s'est développée en Afrique du Nord, notamment à Carthage, et a été utilisé jusqu'à la destruction de cette cité par Rome en 146 avant notre ère, bien que des traces de son usage subsistent jusqu'au Ve siècle de notre ère.

Moabite.
Le moabite, attesté principalement par la stèle de Mesha datant du IXe siècle avant notre ère, est une autre langue cananéenne. Découverte en 1868 en Jordanie actuelle, cette inscription royale relate les exploits du roi Mesha de Moab contre Israël. Le moabite partage de nombreuses caractéristiques avec l'hébreu ancien, bien qu'il présente quelques particularités orthographiques et grammaticales.

Ammonite.
L'ammonite, parlé dans l'ancien royaume d'Ammon (région de l'actuelle Amman), est moins bien documenté, avec seulement quelques inscriptions et noms propres conservés. Néanmoins, les indices disponibles suggèrent qu'il était très proche de l'hébreu et du moabite.

Edomite.
L'édomite, langue du royaume d'Édom au sud de la mer Morte, est encore plus mal attesté, principalement à travers des noms de lieux et de personnes relevés dans des textes hébreux bibliques et dans quelques inscriptions épigraphiques. Malgré le manque de corpus textuel substantiel, les chercheurs le considèrent généralement comme une langue cananéenne, probablement très proche de l'hébreu.

Ougaritique.
La langue ougaritique était parlée dans la ville d'Ougarit (auj. Ras Shamra, en Syrie), située sur la côte de la Méditerranée. Elle est généralement rangée dans le groupe des langues cananéennes, même si cette classification est débattue. Au moins, pourra-t-on noter, cette langue possède une structure typiquement sémitique, avec une morphologie basée sur des racines consonantiques de trois lettres, qui peuvent former des verbes, des noms et d'autres catégories grammaticales en ajoutant des préfixes, des suffixes ou des modifications internes. Les textes ougaritiques datent principalement de la fin du IIe millénaire avant notre ère, période où Ougarit jouissait d'une prospérité économique et culturelle importante grâce à son rôle central dans les échanges commerciaux avec d'autres civilisations de la région.

Les documents écrits en ougaritique sont pour la plupart conservés sous forme de tablettes d'argile, généralement inscrites en cunéiforme alphabétique. Ce système d'écriture, inventé par les habitants d'Ougarit, est considéré comme l'un des plus anciens exemples d'écriture alphabétique connus. Il utilise une série de signes graphiques représentant des consonnes, ce qui permet de transcrire des sons avec une grande précision. Les textes ougaritiques couvrent un large éventail de sujets, allant des comptes rendus administratifs et économiques aux poèmes mythologiques et religieux. Parmi ceux-ci figurent notamment des fragments de poèmes épiques tels que le Récit de Kirta et le Récit d'Athtar, ainsi qu'un corpus de chants liturgiques dédiés aux dieux locaux, tels que Dagon, Baal et El. Ces textes fournissent des informations précieuses sur la société, la religion et la culture d'Ougarit, tout en offrant des perspectives nouvelles sur la littérature et la pensée religieuse de la région méditerranéenne à cette époque. 
Langues cananéo-araméennes.
Certaines inscriptions découvertes en Syrie méridionale et en Jordanie, comme celles de Deir Alla, montrent des formes linguistiques hybrides, parfois appelées "langues cananéo-araméennes", qui témoignent d'une zone de contact linguistique entre les parlers cananéens et araméens. Ces textes, datant du IXe-VIIIe siècle avant notre ère, présentent des caractéristiques mixtes, illustrant la fluidité des frontières linguistiques dans l'Antiquité proche-orientale.
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