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Ambras.
- Célèbre château du Tyrol ,
situé à 4 kilomètres au Sud-Est d'Innsbruck, en Autriche .
Il a été construit au XIIIe siècle.
Il fut d'abord la résidence des comtes d'Andechs, puis, à partir de 1563,
de l'archiduc Ferdinand, fils de l'empereur Fernand Ier,
et lieutenant du Tyrol. Ce prince avait épousé une patricienne d'Augsbourg,
Philippine Welser; il embellit le château à son intention et y réunit
une remarquable collection d'objets d'art et d'armures. Transformé en
caserne et abandonné au point de vue artistique, le château d'Ambras
a été restauré au XIXe siècle et attire
depuis l'attention des touristes. On y remarque de merveilleuses boiseries,
le mobilier artistique de Philippine Welser, des portraits de princes autrichiens.
Le château est appelé dans les documents du Moyen âge
: Amras, Ambras, Omeras, Umanarusa.
-
Le
Château d'Ambras sur une ancienne gravure.
La collection d'Ambras (ou collection Ambrosienne),
est le musée fondé au XVIe siècle par
l'archiduc Ferdinand, prince régnant du Tyrol .
Elle comprend une série très précieuse de tableaux de différentes époques,
d'ouvrages en ivoire et en bois
sculpté, de bijoux, de pierres gravées
et de manuscrits
enluminés. Mais ce sont
les armes et armures qui constituent le principal attrait de cette galerie,
qui, sous ce rapport, peut rivaliser hardiment avec l'Armeria Real de Madrid
et avec celle de Turin .
Les pièces de cette dernière catégorie
qui ont sans contredit la plus grande valeur artistique sont :
1° l'armure de parade en métal
repoussé de l'archiduc Ferdinand du Tyrol ;
la décoration en est empruntée partie à la mythologie grecque ,
partie à la Bible .
Le bouclier, avec une tête de Méduse
au milieu, est particulièrement remarquable;
2° l'armure avec harnachement d'Alexandre
Farnèse, duc de Parme. Les ornements en reliefs, pleins de goût, sont
rehaussés d'or et d'argent. Cette pièce rappelle beaucoup l'école de
Fontainebleau et son fondateur Benvenuto
Cellini;
3° l'armure d'Etienne Bathory, roi de
Pologne ,
frappe l'attention par l'or que l'artiste a prodigué en couches épaisses;
-
Elément
d'armure de la collection d'Ambras
(bourguignote
à gorgerin et à mentonière,
Ã
visière mobile, XVIe siècle).
4° un bouclier rond fortement bombé,
travail repoussé avec incrustations de la meilleure époque de la Renaissance
italienne .
La bordure est richement ornée. A ce bouclier est joint un magnifique
heaume d'attaque dont les motifs décoratifs (Neptune ,
Amphitrite ,
Tritons ,
etc.), semblent indiquer qu'il a été fait pour un officier supérieur
de marine;
5° l'armure milanaise de l'archiduc Ferdinand
pour le cavalier et le cheval. C'est la pièce la plus importante de la
collection. Elle surpasse toutes les autres par la noblesse du style, l'habileté
d'exécution et la richesse d'ornementation. Elle date de la période florissante
de la Renaissance italienne. La cuirasse tout entière, le casque, le bouclier,
les gantelets, les étriers, la selle et la couverture du cheval sont très
somptueusement ornés de gracieuses arabesques, parmi lesquelles se détachent
de nombreux personnages empruntés à la
Bible ,
à l'histoire romaine
et à la mythologie
antique .
Les portraits,
les paysages et les tableaux d'histoire
de la collection Ambras sont d'une valeur artistique très inégale, Ceux
qui méritent une mention toute spéciale sont un arbre généalogique
de la dynastie des Habsbourg depuis Rodolphe
Ier jusqu'aux enfants de Maximilien Ier,
contenant 142 portraits, avec des animaux et des fleurs
dans le fond. Cette oeuvre, qui dénote une main très habile, est attribuée
à Hans Burgkmair. Du même, Blanche Marie Sforza, seconde femme
de Maximilien Ier.
Plusieurs portraits de l'Empereur Maximilien
Ier dont un des plus beaux est celui qui
porte la toison d'or
: il est daté de 1530 et est dû à Albrecht Dürer.
-
Maximilien
I, par Dürer, 1530.
(Source
: Kunsthistorisches Museum
Vienna).-
Alphonse II, duc de Ferrare,
peut-être du Tintoret. Un excellent portrait
de Philippe II, roi
d'Espagne ,
attribué à Giovanni Batista Moroni. Charles IX,
roi de France ,
ainsi que Henri II et Catherine
de Médicis, deux belles miniatures
de Janet. Quantité de petits portraits de princes et de personnages de
distinction du temps. Deux d'entre eux, d'une forme ronde, peints sur bois
et représentant un homme et une femme sans nom, passent pour être de
Hans Holbein. Parmi les autres
peintures
il convient de citer : un Paul Veronèse (la
Vierge, d'Enfant et sainte Catherine), un
paysage
de Salvator Rosa, plusieurs Matthias Grünewald, quelques spécimens de
l'école de Raphaël, un Hans
Memling (le Péché originel), etc.
Il nous est impossible de décrire et même
de mentionner tous les autres trésors artistiques de la collection Ambras.
Nous nous contenterons de signaler à l'attention du lecteur ceux qui ont
une valeur exceptionnelle. Une Mise au tombeau,
bas-relief
en bronze sur fond d'or, rappelle la manière de Donatello.
La Charité avec deux enfants et la Justice les yeux bandés,
pierre de Kehlheim, admirablement sculptée;
l'influence d'Albrecht Dürer est visible dans
le dessin et dans la composition. Les ivoires,
très nombreux, datent pour la plupart d'une époque assez récente : il
y a cependant quelques pièces hors ligne des XIVe,
XVe, XVIe
siècles, surtout de provenance flamande. Telle est, par exemple, l'Adoration
des Rois Mages, tel encore un Saint Sébastien attaché à un tronc
d'arbre. A noter aussi dans cette catégorie une Cassette avec bayadères
dansant, singes et éléphants; travail indien extrêmement soigné.
La sculpture
sur bois est représentée par des spécimens
très précieux de la période allemande
la plus florissante (à voir notamment l'Enlèvement des Sabines,
bois de cèdre, cinq pouces de haut sur trois de large, d'Alexandre Colin,
auteur du tombeau de Maximilien Ier, et
un Combat d'Amazones ,
attribué au même sculpteur). Deux échiquiers méritent une mention spéciales
: l'un incrusté de bois et de métaux
polychromes;
il porte le monogramme de Repfi et la
date de 1575. L'autre est un mélange merveilleux d'ébène et d'ivoire.
La section céramique
ne comprend qu'une cinquantaine d'objets; dans ce nombre les majoliques
italiennes sont les plus importantes. Quant aux pièces de joaillerie
et de bijouterie dont quelques-unes (notamment
tous les présents offerts par le roi de
France -
Charles
IX à l'archiduc Ferdinand) ont une valeur tout à fait exceptionnelle.
S'ajoutent à cela deux coupes magnifiques en cristal, une superbe boîte
à ouvrage de l'archiduchesse Claudia de Médicis,
travail très fin, rehaussé de grenats, de chrysolithes,
de malachites et de cristaux, et une
cassette en argent dont le couvercle et les quatre faces se distinguent
par une riche ornementation empruntée au règne animal et végétal. Ce
travail est attribué à Wenzel Jammitzer, orfèvre célèbre qui vivait
au XVIe siècle à Nuremberg.
Avec le temps, la collection Ambras s'est
dépouillée d'un grand nombre de manuscrits à miniatures;
certains des plus beaux transférés, au XVIIe siècle, à la
Bibliothèque de Vienne par Peter Lambeck, pour
le compte de l'empereur. Elle en a cependant conservé quelques-uns qui
appartiennent pour la plupart à l'école allemande : les autres sont néerlandais,
français ou italiens. Nous croyons devoir citer dans cette catégorie
:
1° un psautier de 203 feuillets,
in-4, sur très beau parchemin, orné de magnifiques initiales et miniatures.
Ce document semble remonter à la fin du XIIIe
siècle;
2° un livre d'astronomie, 22 feuillets,
petit in-folio, milieu XIVe siècle;
3° un grand in-fol. de 421 feuillets,
exécuté en 1387 pour l'empereur Venceslas, roi de Bohème;
4° un missel, gr. in-fol. composé
également de plus de 400 feuillets, terminé en 1492. Ces deux derniers
documents, dus à des artistes tchèques, sont à coup sûr plus importants
de toute la série;
5° trois in-fol. reliés en velours noir
avec garnitures d'argent doré, contenant la représentation des pièces
d'artillerie et autres armes de Maximilien Ier;
6° la Légende de saint Adrien,
manuscrit français de la première moitié au XVe
siècle, écrit pour Louis XI;
7° deux volumes in-fol. contenant chacun
sept messes dont la musique est écrite par
les plus célèbres compositeurs hollandais, notamment par Petrus de la
Rue;
8° poésies latines dédiées au roi Robert
de Sicile de la maison d'Anjou
(36 feuillets in-f.).
(L. L. / F.
Trawinski).
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