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| Chichén Itzá |
| Chichén
Itzá est un site archéologique situé dans le Yucatan,
au Mexique Le site est le fruit d'une remarquable synthèse culturelle : on y distingue d'abord une phase de construction marquée par le style Puuc, aux façades ornées de mosaïques de pierre et de masques du dieu de la pluie Chaac, puis l'émergence d'un art dit maya-toltèque, caractérisé par le culte du Serpent à plumes Kukulcán, des colonnades, des atlantes, des chac-mools et des représentations de guerriers et d'aigles dévorant des coeurs. Les restaurations menées par l'Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique continuent de mettre au jour des structures enfouies, comme un petit temple dédié à Kukulcán révélé dans un état de conservation exceptionnel près du Monastère en 2024, ou les galeries souterraines et rivières cachées connectant les cénotes. L'équilibre entre les masses minérales et les espaces dégagés, la fusion des styles Puuc et toltèque, la précision des orientations solaires et planétaires, tout concourt à faire de cette ancienne cité un livre de pierre où se lisent les croyances, l'organisation sociale et les savoir-faire de l'ancienne civilisation mésoaméricaine. La
pyramide de Kukulcán (El Castillo).
À l'intérieur, des fouilles ont révélé une pyramide plus ancienne abritant un temple où trône un jaguar rouge incrusté de jade et un chac-mool, et tout récemment, la découverte d'un cénote sous la structure a confirmé la symbolique d'un édifice délibérément construit au-dessus d'une ouverture vers l'inframonde. Le
Grand Jeu de balle.
Le
Temple des Jaguars.
Le
Temple des Guerriers.
Le
Groupe des Mille colonnes.
Le
Tzompantli.
El
Caracol.
Le
Monastère.
Juste à côté, la petite "Église" arbore une crête faîtière presque intacte et une profusion de masques superposés, quintessence du style Puuc. Le
Cenote Sacré.
Autres
vestiges.
Plan de Chichen Itza. Source : Source : © OpenStreetMap contributors. L'histoire de
Chichén Itzá.
C'est à cette époque que furent construits le complexe du Monastère, l'Église et l'Akab Dzib, formant le noyau méridional d'une cité qui portait alors peut-être le nom ancien de Uuc Yabnal. Le nom Chichén Itzá lui-même, "à l'embouchure du puits des Itzá", évoque le Cénote Sacré et le peuple Itzá, dont l'origine et la nature font débat : certains chercheurs les considèrent comme des Mayas Chontals venus des basses terres du golfe du Mexique, d'autres comme une branche des Mayas Yucatèques, tandis qu'une troisième hypothèse les identifie à des groupes mayas méridionaux ayant migré vers le nord. Leur nom, qui signifie peut-être "sorcier de l'eau" ou "parole enchantée", devint indissociable du destin de la cité. Le tournant majeur se produisit autour de 850-900, période marquée par l'effondrement de nombreuses cités mayas classiques et par l'émergence à Chichén Itzá d'un art hybride baptisé maya-toltèque. Selon les récits mayas du Chilam Balam et les chroniques de tradition orale, des étrangers venus de l'ouest, dirigés par un chef nommé Kukulcán (le Serpent à Plumes, équivalent du Quetzalcóatl toltèque) prirent le contrôle de la cité après des migrations ou conquêtes successives liées à la chute de Tula, capitale des Toltèques du Mexique central, vers 950-1000. L'archéologie confirme une transformation radicale : de nouveaux édifices imposants furent élevés au nord du site, dont la pyramide de Kukulcán, le Temple des Guerriers, le Grand Jeu de balle et le Tzompantli, intégrant un vocabulaire iconographique inédit où prédominent les aigles, les jaguars, les chac-mools, les atlantes et les processions de guerriers richement parés. Si l'idée d'une invasion pure et simple est aujourd'hui nuancée, les spécialistes reconnaissent une forte influence du Mexique central, portée par des échanges commerciaux et des migrations qui fusionnèrent avec les traditions mayas pour créer une cité cosmopolite et puissante. Entre 950 et 1100, Chichén Itzá devint la capitale incontestée du Yucatán, dominant un vaste réseau de routes, les sacbeob, qui la reliaient aux cités côtières et à d'autres centres comme Yaxuná, qu'elle avait conquis militairement. Son port stratégique sur la côte nord, Isla Cerritos, lui assurait le contrôle du commerce maritime et des importations de matières précieuses : jade du Guatemala, turquoise du Nouveau-Mexique, or et cuivre du Costa Rica, de Colombie et du Mexique central, obsidienne et céramique de régions lointaines. Le Cénote Sacré devint le centre d'un pèlerinage qui attirait des fidèles de toute la Mésoamérique venus jeter des offrandes, mais aussi des êtres humains sacrifiés, comme l'ont confirmé les dragages du début du XXe siècle en remontant des squelettes d'hommes, de femmes et d'enfants accompagnés de milliers d'objets. Le mode de gouvernement à l'apogée de Chichén Itzá paraît avoir été original. Les inscriptions ne mentionnent aucun souverain unique divinisé, contrairement aux cités classiques, mais évoquent un conseil ou gouvernement collectif, le multepal, que les textes postérieurs du Chilam Balam décrivent comme une confédération réunissant les lignages Itzá, Xiu et Cocom, avec pour siège principal Chichén Itzá. Ce système oligarchique, plus tolérant que les royautés antérieures, pourrait expliquer l'absence de stèles glorifiant un seul personnage. La prospérité reposait sur l'agriculture autour des cénotes, la production de sel, le commerce à longue distance et la perception de tributs. Cependant, la rivalité entre les lignages finit par miner cette stabilité. D'après les annales mayas, Hunac Ceel, chef de la lignée Cocom, trahit les Itzá, s'empara du pouvoir et provoqua la destruction et l'abandon de Chichén Itzá comme capitale majeure vers 1200-1250, au profit de Mayapán, nouvelle cité fortifiée qui reproduisit en miniature la pyramide de Kukulcán et domina le Yucatán jusqu'à sa propre chute vers 1440. Le déclin de Chichén Itzá ne signifia pourtant pas un oubli total : le site demeura un lieu de pèlerinage, où des Mayas du Postclassique tardif continuèrent à apporter des offrandes au Cénote Sacré et à entretenir certains temples. Lorsque les Espagnols, menés par Francisco de Montejo le Jeune, pénétrèrent dans la région en 1532, ils trouvèrent la cité encore partiellement habitée et envisagèrent un temps d'y établir une capitale coloniale, mais la résistance maya les força à renoncer après une révolte en 1535. Sous la colonie espagnole, le site retourna lentement à la jungle, même si des voyageurs et religieux le visitèrent sporadiquement. L'évêque Diego de Landa, dans sa Relation des choses du Yucatán écrite vers 1566, décrivit le Cénote Sacré, la pyramide et le marché, transmettant les premiers témoignages européens. Il fallut attendre le XIXe siècle pour que Chichén Itzá sorte véritablement de l'oubli : en 1839-1842, l'explorateur américain John Lloyd Stephens et le dessinateur Frederick Catherwood visitèrent le site, produisant des gravures qui éblouirent le public occidental. En 1894, l'Américain Edward Herbert Thompson acheta l'Hacienda Chichén, qui englobait la cité, et entreprit de 1904 à 1910 le dragage systématique du Cénote Sacré à l'aide de scaphandriers, extrayant un trésor archéologique envoyé au Peabody Museum de Harvard, ce qui fit connaître mondialement la richesse du site mais déclencha également des controverses juridiques avec le Mexique qui réclamait son patrimoine. Les fouilles scientifiques débutèrent
véritablement dans les années 1920 sous l'égide de l'Institut Carnegie
de Washington, dirigées par Sylvanus Morley, qui dégagea le Temple des
Guerriers et de nombreux édifices. À partir de 1924, l'Institut national
d'anthropologie et d'histoire du Mexique (INAH) mena des campagnes massives
de restauration, dégageant El Castillo de sa gangue de végétation et
reconstruisant en partie ses façades. Depuis, les découvertes n'ont cessé
d'enrichir la compréhension du site : pyramide intérieure d'El Castillo
abritant un temple et un jaguar rouge en 1935, cénote caché sous la pyramide
révélé par tomographie électrique en 2015, et plus récemment en 2024,
un petit temple à Kukulcán mis au jour près du Monastère.
Kukulcán. - Bas-relief de la période Toltèque à Chichén Itzá. |
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