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Chichén Itzá
ChichĂ©n Itzá est un site archĂ©ologique situĂ© dans le Yucatan, au Mexique, et qui fut l'un des plus importants centres politiques, religieux et commerciaux de la civilisation maya. Son nom, qui signifie "Ă  l'embouchure du puits des Itzá", fait rĂ©fĂ©rence au vaste cĂ©note sacrĂ© qui en fut le coeur rituel et au peuple Itzá, dont la prĂ©sence est associĂ©e Ă  l'âge d'or du site. L'histoire de la citĂ© s'Ă©tend sur plus de six siècles, depuis ses premières occupations au cours de la pĂ©riode classique anciennne jusqu'Ă  son apogĂ©e entre 800 et 1100 après JC, avant un dĂ©clin progressif qui n'empĂŞcha pourtant jamais les pèlerins mayas de continuer Ă  y dĂ©poser des offrandes. 

Le site est le fruit d'une remarquable synthèse culturelle : on y distingue d'abord une phase de construction marquĂ©e par le style Puuc, aux façades ornĂ©es de mosaĂŻques de pierre et de masques du dieu de la pluie Chaac, puis l'Ă©mergence d'un art dit   maya-toltèque, caractĂ©risĂ© par le culte du Serpent Ă  plumes Kukulcán, des colonnades, des atlantes, des chac-mools et des reprĂ©sentations de guerriers et d'aigles dĂ©vorant des coeurs.

Les restaurations menées par l'Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique continuent de mettre au jour des structures enfouies, comme un petit temple dédié à Kukulcán révélé dans un état de conservation exceptionnel près du Monastère en 2024, ou les galeries souterraines et rivières cachées connectant les cénotes. L'équilibre entre les masses minérales et les espaces dégagés, la fusion des styles Puuc et toltèque, la précision des orientations solaires et planétaires, tout concourt à faire de cette ancienne cité un livre de pierre où se lisent les croyances, l'organisation sociale et les savoir-faire de l'ancienne civilisation mésoaméricaine.

La pyramide de Kukulcán (El Castillo).
Le monument le plus cĂ©lèbre, vĂ©ritable icĂ´ne du Mexique, est la pyramide de Kukulcán, souvent appelĂ©e El Castillo ( = Le Château). Cette construction massive de vingt-quatre mètres de haut est composĂ©e de neuf terrasses superposĂ©es et possède quatre escaliers orientĂ©s vers les points cardinaux. Chacune de ses quatre faces compte quatre-vingt-onze marches, qui, additionnĂ©es Ă  la plate-forme sommitale, donnent trois cent soixante-cinq degrĂ©s, soit les jours de l'annĂ©e solaire. Lors des Ă©quinoxes de printemps et d'automne, un jeu d'ombre et de lumière dessine sur la rampe de l'escalier nord le corps ondulant d'un serpent qui descend lentement jusqu'Ă  rejoindre la tĂŞte sculptĂ©e, symbolisant le dieu Kukulcán, au pied du soubassement, un spectacle qui attire des milliers de visiteurs. 

À l'intérieur, des fouilles ont révélé une pyramide plus ancienne abritant un temple où trône un jaguar rouge incrusté de jade et un chac-mool, et tout récemment, la découverte d'un cénote sous la structure a confirmé la symbolique d'un édifice délibérément construit au-dessus d'une ouverture vers l'inframonde.

Le Grand Jeu de balle.
Le Grand Terrain du Jeu de balle est le plus vaste connu en Mésoamérique. Long d'environ cent soixante-huit mètres, il est encadré par deux murs verticaux sur lesquels sont fixés des anneaux de pierre placés à plusieurs mètres de hauteur. Les reliefs sculptés montrent des scènes liées au jeu rituel et aux sacrifices par décapitation. L'acoustique remarquable du lieu permet à un son produit à une extrémité d'être entendu distinctement à l'autre.

Le Temple des Jaguars.
Le Temple des Jaguars, situé à proximité du terrain de Jeu de balle, doit son nom aux représentations de félins sculptées sur ses murs et à son trône en forme de jaguar. Ses décorations témoignent du prestige accordé à cet animal, symbole de puissance et d'autorité dans la culture maya.

Le Temple des Guerriers.
Le Temple des Guerriers est un vaste édifice construit sur plusieurs niveaux. Il est précédé d'une forêt de colonnes sculptées représentant des guerriers et des personnages mythologiques. Au sommet se trouve un Chac Mool, statue allongée tenant un récipient destiné aux offrandes rituelles. L'architecture de ce monument révèle l'influence toltèque et souligne l'importance des cérémonies religieuses et militaires dans la société de Chichén Itzá.

Le Groupe des Mille colonnes.
Le Groupe des Mille Colonnes comprend de nombreuses rangées de piliers, ornés de représentations de guerriers, d'aigles et de jaguars, qui soutenaient autrefois de vastes galeries couvertes. Cet ensemble est probablement associé à des espaces de réunion, à des activités administratives ou à des marchés. Il illustre l'importance économique et politique de Chichén Itzá dans les échanges régionaux.

Le Tzompantli.
Non loin, la plate-forme des Crânes, ou Tzompantli, exhibe des rangĂ©es de tĂŞtes sculptĂ©es empalĂ©es, tandis que la Plate-forme de VĂ©nus et celle des Aigles et des Jaguars tĂ©moignent de l'importance des rituels guerriers et astronomiques. 

El Caracol.
L'un des Ă©difices les plus intrigants est El Caracol ( = L'Escargot). Il doit son nom Ă  l'escalier intĂ©rieur en spirale qu'il renferme et se distingue par sa forme circulaire inhabituelle dans l'architecture maya. Construit sur une plateforme Ă©levĂ©e, il comporte des ouvertures orientĂ©es vers certains phĂ©nomènes cĂ©lestes. Les chercheurs pensent qu'il servait Ă  marquer les positions du Soleil, de la Lune et de la planète VĂ©nus Ă  leurs levers et couchers, Ă©lĂ©ments essentiels pour Ă©tablir le calendrier et insĂ©rer les activitĂ©s religieuses et agricoles dans les grands cycles cosmiques. 

Le Monastère.
Ă€ l'opposĂ© mĂ©ridional du site se dĂ©ploie le groupe Puuc du Monastère (Las Monjas), un ensemble palatial aux façades couvertes d'entrelacs gĂ©omĂ©triques, de treillis et de masques du dieu Chaac au long nez recourbĂ©, portant des dates en Ă©criture hiĂ©roglyphique qui les situent autour de 880. 

Juste à côté, la petite "Église" arbore une crête faîtière presque intacte et une profusion de masques superposés, quintessence du style Puuc.

Le Cenote Sacré.
Le Cenote SacrĂ©, gouffre naturel circulaire d'une soixantaine de mètres de diamètre aux parois verticales et aux eaux vert sombre, constitue le pivot religieux de la citĂ©. Diego de Landa, Ă©vĂŞque du Yucatán au XVIe siècle, y dĂ©crivit des sacrifices humains, des offrandes d'or et de jade jetĂ©s dans l'abĂ®me pour apaiser les dieux de la pluie. Les dragages du dĂ©but du XXe siècle confirmèrent ces rĂ©cits en remontant des squelettes d'hommes, de femmes et d'enfants, des bijoux, des disques d'or provenant d'aussi loin que le Costa Rica ou la Colombie, et une multitude d'objets en jade, dĂ©montrant le rayonnement de ChichĂ©n Itzá comme centre de pèlerinage sur de très longues distances. 

Autres vestiges.
L'agencement de la cité s'articule autour de vastes chaussées sacrées, les sacbeob, qui relient les principaux ensembles architecturaux à travers la jungle environnante, et des relevés récents par télédétection laser ont montré que la zone résidentielle s'étendait sur des centaines d'hectares, avec des quartiers populaires, des ateliers et des plates-formes domestiques. Ce maillage révèle une société complexe capable de mobiliser une main-d'œuvre énorme pour l'édification de monuments calibrés avec une rigueur astronomique.
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Plan de Chichen Itza. Source : Source : © OpenStreetMap contributors.

L'histoire de Chichén Itzá.
Les premières traces d'occupation remontent Ă  la pĂ©riode maya classique ancienne, entre 300 et 600 après JC, lorsque des groupes mayas s'Ă©tablirent près du CĂ©note Xtoloc, attirĂ©s par l'accès Ă  l'eau dans cet environnement karstique dĂ©pourvu de rivières. Ces premiers habitants Ă©difièrent des structures modestes, mais le site ne se distinguait pas encore des autres centres de la pĂ©ninsule du Yucatán. La vĂ©ritable ascension commença Ă  la fin du Classique, vers 750-800, avec l'arrivĂ©e probable de populations mayas migrant depuis le sud, peut-ĂŞtre en lien avec le dĂ©clin des grandes citĂ©s du PetĂ©n, qui apportèrent le style architectural Puuc, caractĂ©risĂ© par des façades en mosaĂŻque de pierre finement taillĂ©e et le culte du dieu Chaac. 

C'est à cette époque que furent construits le complexe du Monastère, l'Église et l'Akab Dzib, formant le noyau méridional d'une cité qui portait alors peut-être le nom ancien de Uuc Yabnal. Le nom Chichén Itzá lui-même, "à l'embouchure du puits des Itzá", évoque le Cénote Sacré et le peuple Itzá, dont l'origine et la nature font débat : certains chercheurs les considèrent comme des Mayas Chontals venus des basses terres du golfe du Mexique, d'autres comme une branche des Mayas Yucatèques, tandis qu'une troisième hypothèse les identifie à des groupes mayas méridionaux ayant migré vers le nord. Leur nom, qui signifie peut-être "sorcier de l'eau" ou "parole enchantée", devint indissociable du destin de la cité.

Le tournant majeur se produisit autour de 850-900, pĂ©riode marquĂ©e par l'effondrement de nombreuses citĂ©s mayas classiques et par l'Ă©mergence Ă  ChichĂ©n Itzá d'un art hybride baptisĂ© maya-toltèque. Selon les rĂ©cits mayas du Chilam Balam et les chroniques de tradition orale, des Ă©trangers venus de l'ouest, dirigĂ©s par un chef nommĂ© Kukulcán (le Serpent Ă  Plumes, Ă©quivalent du QuetzalcĂłatl toltèque) prirent le contrĂ´le de la citĂ© après des migrations ou conquĂŞtes successives liĂ©es Ă  la chute de Tula, capitale des Toltèques du Mexique central, vers 950-1000. L'archĂ©ologie confirme une transformation radicale : de nouveaux Ă©difices imposants furent Ă©levĂ©s au nord du site, dont la pyramide de Kukulcán, le Temple des Guerriers, le Grand Jeu de balle et le Tzompantli, intĂ©grant un vocabulaire iconographique inĂ©dit oĂą prĂ©dominent les aigles, les jaguars, les chac-mools, les atlantes et les processions de guerriers richement parĂ©s. Si l'idĂ©e d'une invasion pure et simple est aujourd'hui nuancĂ©e, les spĂ©cialistes reconnaissent une forte influence du Mexique central, portĂ©e par des Ă©changes commerciaux et des migrations qui fusionnèrent avec les traditions mayas pour crĂ©er une citĂ© cosmopolite et puissante. 

Entre 950 et 1100, Chichén Itzá devint la capitale incontestée du Yucatán, dominant un vaste réseau de routes, les sacbeob, qui la reliaient aux cités côtières et à d'autres centres comme Yaxuná, qu'elle avait conquis militairement. Son port stratégique sur la côte nord, Isla Cerritos, lui assurait le contrôle du commerce maritime et des importations de matières précieuses : jade du Guatemala, turquoise du Nouveau-Mexique, or et cuivre du Costa Rica, de Colombie et du Mexique central, obsidienne et céramique de régions lointaines. Le Cénote Sacré devint le centre d'un pèlerinage qui attirait des fidèles de toute la Mésoamérique venus jeter des offrandes, mais aussi des êtres humains sacrifiés, comme l'ont confirmé les dragages du début du XXe siècle en remontant des squelettes d'hommes, de femmes et d'enfants accompagnés de milliers d'objets.

Le mode de gouvernement Ă  l'apogĂ©e de ChichĂ©n Itzá paraĂ®t avoir Ă©tĂ© original. Les inscriptions ne mentionnent aucun souverain unique divinisĂ©, contrairement aux citĂ©s classiques, mais Ă©voquent un conseil ou gouvernement collectif, le multepal, que les textes postĂ©rieurs du Chilam Balam dĂ©crivent comme une confĂ©dĂ©ration rĂ©unissant les lignages Itzá, Xiu et Cocom, avec pour siège principal ChichĂ©n Itzá. Ce système oligarchique, plus tolĂ©rant que les royautĂ©s antĂ©rieures, pourrait expliquer l'absence de stèles glorifiant un seul personnage. 

La prospérité reposait sur l'agriculture autour des cénotes, la production de sel, le commerce à longue distance et la perception de tributs. Cependant, la rivalité entre les lignages finit par miner cette stabilité. D'après les annales mayas, Hunac Ceel, chef de la lignée Cocom, trahit les Itzá, s'empara du pouvoir et provoqua la destruction et l'abandon de Chichén Itzá comme capitale majeure vers 1200-1250, au profit de Mayapán, nouvelle cité fortifiée qui reproduisit en miniature la pyramide de Kukulcán et domina le Yucatán jusqu'à sa propre chute vers 1440.

Le déclin de Chichén Itzá ne signifia pourtant pas un oubli total : le site demeura un lieu de pèlerinage, où des Mayas du Postclassique tardif continuèrent à apporter des offrandes au Cénote Sacré et à entretenir certains temples. Lorsque les Espagnols, menés par Francisco de Montejo le Jeune, pénétrèrent dans la région en 1532, ils trouvèrent la cité encore partiellement habitée et envisagèrent un temps d'y établir une capitale coloniale, mais la résistance maya les força à renoncer après une révolte en 1535.

Sous la colonie espagnole, le site retourna lentement Ă  la jungle, mĂŞme si des voyageurs et religieux le visitèrent sporadiquement. L'Ă©vĂŞque Diego de Landa, dans sa Relation des choses du Yucatán Ă©crite vers 1566, dĂ©crivit le CĂ©note SacrĂ©, la pyramide et le marchĂ©, transmettant les premiers tĂ©moignages europĂ©ens. Il fallut attendre le XIXe siècle pour que ChichĂ©n Itzá sorte vĂ©ritablement de l'oubli : en 1839-1842, l'explorateur amĂ©ricain John Lloyd Stephens et le dessinateur Frederick Catherwood visitèrent le site, produisant des gravures qui Ă©blouirent le public occidental. En 1894, l'AmĂ©ricain Edward Herbert Thompson acheta l'Hacienda ChichĂ©n, qui englobait la citĂ©, et entreprit de 1904 Ă  1910 le dragage systĂ©matique du CĂ©note SacrĂ© Ă  l'aide de scaphandriers, extrayant un trĂ©sor archĂ©ologique envoyĂ© au Peabody Museum de Harvard, ce qui fit connaĂ®tre mondialement la richesse du site mais dĂ©clencha Ă©galement des controverses juridiques avec le Mexique qui rĂ©clamait son patrimoine. 

Les fouilles scientifiques dĂ©butèrent vĂ©ritablement dans les annĂ©es 1920 sous l'Ă©gide de l'Institut Carnegie de Washington, dirigĂ©es par Sylvanus Morley, qui dĂ©gagea le Temple des Guerriers et de nombreux Ă©difices. Ă€ partir de 1924, l'Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique (INAH) mena des campagnes massives de restauration, dĂ©gageant El Castillo de sa gangue de vĂ©gĂ©tation et reconstruisant en partie ses façades. Depuis, les dĂ©couvertes n'ont cessĂ© d'enrichir la comprĂ©hension du site : pyramide intĂ©rieure d'El Castillo abritant un temple et un jaguar rouge en 1935, cĂ©note cachĂ© sous la pyramide rĂ©vĂ©lĂ© par tomographie Ă©lectrique en 2015, et plus rĂ©cemment en 2024, un petit temple Ă  Kukulcán mis au jour près du Monastère. 
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Kukulcán. - Bas-relief de la période Toltèque à Chichén Itzá.
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Dictionnaire Villes et monuments
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