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Moslins
est une commune du département de la Marne,
arrondissement d'Epernay; entre Épernay
et Reims, au coeur de la plaine champenoise.
Le paysage autour de la commune est dominé par des champs cultivés (plaine
céréalière et vignoble) et des zones boisées dispersées entre des
vallons peu profonds. Deux petits cours d'eau et des ruisseaux convergent
vers la vallée locale, alimentés par les pentes environnantes, ce qui
a historiquement favorisé l'implantation de moulins. Moslins possède
un habitat dispersé et est principalement un village agricole et viticole
au sein de l'arrondissement d'Épernay. Sa population est d'environ 300
habitants.
L'histoire documentée de Moslins remonte
au XIe siècle, avec des mentions des formes
anciennes Molin, Molendina et Moulins attestant l'origine
toponymique liée aux moulins. Durant le Moyen Âge, Moslins, comme beaucoup
de villages champenois, dépendait étroitement d'ordres religieux et féodaux.
La proximité de l'abbaye d'Argensolles a
influencé l'organisation sociale, économique et religieuse du territoire.
L'abbaye et les domaines associés exerçaient souvent des droits seigneuriaux,
assuraient la gestion des terres et des ressources hydrauliques, et servaient
de centre de pouvoir religieux et économique pour les habitants des environs.
L'abbaye
Notre-Dame d'Argensolles, était une abbaye cistercienne de moniales
dépendait de la filiation de Clairvaux,
l'un des centres majeurs de l'ordre cistercien, et relevait du diocèse
de Soissons. Fondée au début du XIIIe
siècle, elle fut active jusqu'à la Révolution
française avant d'être définitivement supprimée et ses biens vendus
comme biens nationaux. La création de l'abbaye remonte à une initiative
de Blanche de Navarre, comtesse de Champagne,
qui fit acquérir entre 1220 et 1222 un domaine à Argensolles pour y établir
une communauté religieuse féminine suivant la règle cistercienne. La
première mention documentaire connue apparaît dans une charte de novembre 1229
établie par Thibaut IV de Champagne, fils de Blanche, confirmant la fondation
et les dons accordés à la communauté. La première abbesse fut la bienheureuse
Ide, venue de l'abbaye du Val Notre-Dame d'Antheit (près de Liège)
avec un groupe d'une trentaine de religieuses pour reprendre une " grange"
(terme cistercien désignant une ferme ou une dépendance agricole) de
la future abbaye. La création reçut l'accord de l'archevêque de Reims
et fut reconnue lors du chapitre général de l'ordre de Cîteaux. Blanche
de Navarre fut ensuite inhumée sur place après son décès en 1229.
Durant le Moyen Âge, l'abbaye d'Argensolles connut des périodes de prospérité
et de difficultés. Elle bénéficiait de dons et d'acquisitions de terres,
moulins et bois pour soutenir sa communauté et assurer son autonomie économique,
et elle exerçait certains droits seigneuriaux sur les bois communaux environnants
au XIIIe siècle. Toutefois, la guerre
de Cent Ans (1337-1453) porta un dur coup à la communauté : diminution
des revenus, pillages et difficultés de maintien de la discipline monastique
entraînèrent un relâchement de la vie conventuelle, si bien que l'abbaye
fut abandonnée pendant une centaine d'années avant d'être rétablie
avec l'arrivée de nouvelles moniales en 1465.À la fin du XVe
siècle et au début du XVIe, sous l'abbatiat
d'Adrienne Roze, des efforts furent entrepris pour relever l'abbaye, notamment
la réparation de l'église. Malgré ces initiatives, la communauté resta
fragile, sollicitant des aides financières lors de chapitres généraux
de l'ordre. Après le siège de Saint-Dizier
en 1544, l'abbaye fut pillée par des troupes espagnoles, ce qui accentua
les difficultés. À partir de 1560, la gouvernance de la communauté fut
assurée par des abbesses commendataires, c'est-à -dire nommées par des
autorités séculières ou ecclésiastiques sans forcément appartenir
à la vie monastique. Aux XVIIe et XVIIIe
siècles, l'abbaye continua d'exister, portée par des abbesses issues
de familles nobles, ce qui reflétait une tendance générale dans plusieurs
maisons religieuses féminines de l'époque. Certaines abbesses tentèrent
des réformes ou des projets, comme imaginer le transfert de l'abbaye Ã
un autre lieu, et d'autres contribuèrent à assurer des revenus complémentaires,
par exemple par la production et la vente de vin. La Révolution française
mit un terme définitif à l'abbaye : ses biens furent vendus comme biens
nationaux. Après cette dissolution, l'abbaye tomba progressivement en
ruine et son vaste ensemble architectural disparut : aujourd'hui il ne
subsiste pratiquement rien des bâtiments, bien que certains éléments
comme des caves ou des traces d'implantations puissent être identifiés
sur le site ancien.
Aux périodes plus récentes, la commune a
évolué comme de nombreuses communes rurales françaises, avec un déclin
progressif de certaines activités traditionnelles (moulins d'antan, agriculture
de subsistance) au profit d'une agriculture modernisée et d'une diversification
des activités rurales. |
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