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Santa Cruz de Tenerife

Santa-Cruz de Tenerife est une ville d'Espagne, l'une des deux capitales des îles Canaries (l'autre étant Las Palmas de Gran Canaria), et chef-lieu de l'île de Ténériffe. Elle est située sur la côte nord-est de l'île de Tenerife, face à l'océan Atlantique. Sa position géographique est stratégique, marquant un point de contact important entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques, ce qui explique l'importance historique et actuelle de son port. Le Puerto de Santa Cruz de Tenerife est en effet un élément géographique majeur de la ville; il s'étend sur une large partie du littoral et ayant considérablement modifié la géographie côtière originelle. 

Santa Cruz est une ville moderne et cosmopolite, le principal centre administratif, économique et culturel de la province de Santa Cruz de Tenerife. Son paysage urbain est un mélange de l'architecture coloniale de ses débuts, de bâtiments éclectiques du XIXe siècle et de constructions modernes audacieuses, comme l'Auditorio de Tenerife ou le TEA (Tenerife Espacio de las Artes). Population : environ : 222 000 habitants. 

La ville s'étend autour d'une baie, mais le front de mer est aujourd'hui dominé par les infrastructures portuaires, les avenues côtières et les bâtiments. Au nord du centre-ville, la géographie côtière est marquée par la présence de la célèbre plage artificielle de Las Teresitas, créée avec du sable du Sahara, contrastant avec le littoral plus rocheux ou aménagé du centre. Sant Crue est bordée par les municipalités de San Cristóbal de La Laguna à l'ouest et au nord-ouest, s'étendant sur le plateau de La Laguna, et El Rosario au sud, qui marque la transition vers une zone plus aride et moins urbanisée.

La partie la plus ancienne de la ville et les zones basses proches du port se trouvent sur une bande côtière relativement plate. Cependant, la ville s'étend rapidement vers l'intérieur des terres et sur les contreforts des collines environnantes, ce qui confère à de nombreux quartiers résidentiels supérieurs une topographie escarpée avec des rues en forte pente et des niveaux d'altitude variant considérablement sur de courtes distances. L'altitude passe ainsi du niveau de la mer dans la zone portuaire à plusieurs centaines de mètres dans les quartiers élevés et les premières pentes du massif montagneux voisin. Cette topographie est découpée par de nombreux barrancos (ravins ou lits de rivière asséchés), caractéristiques du paysage canarien. Des barrancos importants, tels que le Barranco Santos, traversent la ville, et créent des coupures naturelles dans le tissu urbain. Ils servent ainsi de voies de drainage lors des rares épisodes de fortes pluies.

Au nord, la ville est littéralement adossée aux pentes du Massif d'Anaga, une chaîne de montagnes anciennes et érodées, caractérisée par un relief abrupt, des crêtes étroites et des vallées profondes. Le Massif d'Anaga, classé Réserve de biosphère, constitue une barrière géographique naturelle qui a longtemps limité l'expansion urbaine vers le nord et confère à la partie septentrionale de la municipalité (qui inclut des villages isolés dans le massif) un caractère rural et montagneux très différent du centre urbain. La proximité du massif influence également le climat local, en apportant une humidité accrue sur les hauteurs.

Le climat de Santa Cruz de Tenerife est de type subtropical océanique. Il se caractérise par des températures douces et stables toute l'année, avec des moyennes annuelles avoisinant les 21-22°C, de faibles variations saisonnières de température et une amplitude thermique diurne modérée. Les précipitations sont rares, concentrées principalement durant les mois d'hiver, et l'ensoleillement est très élevé. La ville est influencée par les vents alizés, qui apportent une certaine humidité et contribuent à maintenir des températures agréables.

La géologie de la zone est volcanique, comme le reste de l'île de Tenerife, formée par l'activité éruptive au fil des millions d'années. Le substrat rocheux est constitué de laves, de scories et de matériaux pyroclastiques. 

Histoire de Santa Cruz de Tenerife.
Avant l'arrivée des Castillans, la zone où se trouve aujourd'hui la ville était habitée par les Guanches, les populations autochtones de l'île. Ils occupaient principalement les zones de ravins et de grottes près de la côte, et utilisaient la zone comme un point de passage ou de campement temporaire. Il n'y avait pas de véritable noyau urbain avant la conquête.

Le point de départ de l'histoire de la ville en tant que telle remonte au 3 mai 1494. C'est à cette date qu'une expédition castillane commandée par Alonso Fernández de Lugo débarqua dans une crique située près de l'embouchure du Barranco de Santos, une zone connue sous le nom de Añazo. Pour marquer leur arrivée et leur prise de possession symbolique, ils plantèrent une croix, qui donna son nom à la future ville : Santa Cruz (Sainte Croix). Ce lieu de débarquement devint rapidement un campement militaire puis un petit établissement. Il servait de base logistique et de port pour les opérations de conquête menées par Lugo vers l'intérieur de l'île, notamment contre les Menceyatos (royaumes Guanches) de l'Anaga et de Taoro. Après la soumission de l'île en 1496, l'établissement initial conserva sa fonction portuaire, desservant principalement la nouvelle capitale, San Cristóbal de La Laguna, située sur les hauteurs à l'intérieur des terres. Santa Cruz était alors connue comme le Puerto de Añazo ou le Puerto de La Laguna.

Son développement fut d'abord lent, l'activité se concentrant autour du port et des modestes installations nécessaires au commerce maritime. La sécurité était une préoccupation constante. Sa position côtière en faisait une cible facile pour les pirates et les flottes ennemies des couronnes avec lesquelles l'Espagne était en conflit. Au fil des siècles, Santa Cruz dut faire face à de nombreuses attaques, ce qui nécessita la construction de fortifications. Des batteries côtières et des petits forts commencèrent à apparaître pour défendre l'entrée du port. Parmi les attaques les plus notables figurent celles de l'amiral anglais Robert Blake en 1657, qu'il réussit à repousser grâce à une défense acharnée et aux particularités du mouillage, et surtout celle de l'amiral Horatio Nelson le 25 juillet 1797. Cette attaque, qui visait à prendre la ville et s'emparer d'un important convoi espagnol, fut un échec retentissant pour Nelson. La défense menée par le général Antonio Gutiérrez parvint à repousser les Anglais, leur causant de lourdes pertes, blessant gravement Nelson (qui perdit son bras droit) et capturant certains de ses officiers, dont le capitaine Troubridge. Cette victoire, célébrée comme un acte de bravoure et de patriotisme, marqua profondément l'identité de la ville et renforça son prestige.

Parallèlement aux impératifs de défense, le port de Santa Cruz gagnait en importance économique. Il devenait une escale majeure pour le commerce transatlantique entre l'Espagne, l'Europe, l'Afrique et les Amériques. L'accroissement du trafic maritime entraîna une croissance démographique et urbaine du modeste port. Des entrepôts, des douanes, des églises (comme l'église de la Concepción) et des habitations permanentes se développèrent autour de la zone portuaire et le long du Barranco de Santos. Au XVIIIe siècle, Santa Cruz commença à rivaliser sérieusement avec La Laguna en termes d'activité et de population. Son dynamisme lié au commerce et à l'administration portuaire la rendait plus accessible et plus pratique pour les communications extérieures.

Cette importance croissante conduisit à un changement majeur dans son statut. En 1723, le Capitaine Général des Canaries, Lorenzo de Cervellón, décida de transférer sa résidence de La Laguna à Santa Cruz, ce qui constituait une reconnaissance de fait l'importance stratégique et économique du port. Bien que La Laguna conservât officiellement le titre de capitale, Santa Cruz devint le centre administratif et militaire de facto. Cette situation fut officialisée en 1803 lorsque Santa Cruz obtint le titre de ville par décret royal et qu'elle fut désignée comme la capitale de la province des Canaries, qui incluait alors toutes les îles de l'archipel. Ce statut de capitale provinciale fut confirmé en 1833 avec la nouvelle division territoriale de l'Espagne. Le XIXe siècle fut une période de consolidation pour Santa Cruz. La ville se développa au-delà de son noyau historique, de nouveaux quartiers furent créés, des infrastructures portuaires furent modernisées et des bâtiments administratifs et civils importants furent construits. Le port resta le moteur économique principal, soutenant l'exportation des produits agricoles de l'île (vin, cochinelle, bananes) et l'importation de biens.

Le XXe siècle apporta d'autres transformations. Santa Cruz joua un rôle particulier au début de la Guerre Civile espagnole; c'est de son poste de commandement militaire que le Général Franco rallia l'insurrection le 18 juillet 1936. Après la guerre, la ville connut une croissance rapide, marquée par l'urbanisation et le développement des infrastructures. L'activité portuaire s'est maintenue et adaptée aux évolutions du commerce mondial, devenant un important hub de conteneurs et un port de croisière majeur. Parallèlement, Santa Cruz a vu se développer le secteur tertiaire et, à partir de la seconde moitié du siècle, le tourisme a commencé à jouer un rôle de plus en plus important dans l'économie locale et insulaire. La ville est devenue le siège de nombreuses administrations, d'institutions culturelles et éducatives.

Avec l'établissement des Communautés Autonomes en Espagne, Santa Cruz de Tenerife a acquis le statut de co-capitale de la Communauté Autonome des Canaries, partageant ce rôle avec Las Palmas de Gran Canaria. Cette dualité reflète l'équilibre institutionnel de l'archipel. 

Le Carnaval de Santa Cruz de Tenerife
Le Carnaval de Santa Cruz de Tenerife est sans conteste l'une des célébrations les plus spectaculaires et les plus renommées au monde, rivalisant en faste et en popularité avec celui de Rio de Janeiro. Chaque année, la capitale de l'île de Tenerife, dans l'archipel des Canaries, se transforme en une scène géante, une explosion de couleur, de musique et de joie qui attire des centaines de milliers de visiteurs et de locaux. Déclaré Fête d'intérêt touristique international, il est bien plus qu'une simple fête; c'est un phénomène culturel profond, ancré dans l'histoire et l'identité de la ville et de ses habitants. Le Carnaval de Santa Cruz de Tenerife est une expérience immersive, un tourbillon d'énergie, de créativité et de participation populaire. C'est un moment où les conventions sociales s'estompent derrière les masques et les costumes, où la joie collective prend le dessus, et transforme la ville en un espace de liberté et de fantaisie pure. C'est une tradition vivante, un héritage culturel célébré avec passion par les Chicharreros (surnom des habitants de Santa Cruz) et partagé généreusement avec le monde entier.

Ses origines remontent loin dans le temps, marquant un moment de liberté et d'excès avant la période de Carême. Malgré les tentatives d'interdiction et de répression au cours de l'histoire, notamment sous la dictature de Franco où il fut rebaptisé Fiestas de Invierno pour masquer son identité carnavalesque, l'esprit du carnaval a toujours survécu, se manifestant clandestinement pour resurgir avec d'autant plus de force après la mort du dictateur. Aujourd'hui, il est célébré avec une intensité inégalée.

Le carnaval de Santa Cruz se déploie sur plusieurs semaines, mais les moments les plus intenses se concentrent généralement dans les dix jours précédant le mercredi des Cendres. Il alterne des événements officiels, souvent compétitifs, avec l'effervescence spontanée de la fête de rue. Parmi les moments clés figurent les concours des Murgas, des groupes de chanteurs qui, avec humour et satire, commentent l'actualité politique et sociale de l'année écoulée, armés de leurs instruments à percussion et de leurs voix perçantes. Les Comparsas sont des groupes de danseurs et musiciens qui défilent avec une énergie débordante, et combinent rythmes afro-cubains et brésiliens dans des chorégraphies élaborées et des costumes scintillants.

Un autre événement majeur, d'une importance capitale, est l'élection de la Reine du Carnaval. Ce concours est un spectacle grandiose où les candidates défilent vêtues de fantasías (fantaisies), des costumes monumentaux pesant souvent plusieurs centaines de kilogrammes et mesurant plusieurs mètres de haut et de large. Ces créations sont le fruit d'un travail artistique et artisanal de plusieurs mois, véritables oeuvres d'art portées par des structures complexes. Il existe des concours similaires pour élire la Reine Infantile et la Reine des Aînés, impliquant également des costumes spectaculaires, bien que de taille plus réduite.

Le carnaval atteint son apogée avec la Cabalgata anunciadora, un défilé spectaculaire qui marque le début officiel de la fête dans la rue. Des chars décorés, les Murgas, Comparsas, Reines et leurs cours défilent dans les rues de la ville, entraînant la foule dans une liesse générale. Après la Cabalgata, la ville devient une immense discothèque à ciel ouvert pour plusieurs nuits, avec des scènes et des orchestres installés sur les places principales, proposant de la musique pour tous les goûts, du merengue à la salsa en passant par les rythmes électroniques. Les habitants et les visiteurs se déguisent, ou plutôt s'habillent de disfraces, généralement créés de toutes pièces, et dansent jusqu'au petit matin. Le Carnaval de día, une célébration en journée introduite plus récemment, permet également de profiter de la musique et de l'ambiance festive dans une atmosphère différente, plus familiale.

Un autre défilé emblématique est le Coso apoteosis, le grand défilé final qui a lieu le mardi gras. C'est le point culminant visuel, un torrent de couleur, de son et de mouvement, où tous les groupes participants et la foule déguisée se rassemblent pour un dernier grand spectacle. Le carnaval "officiel" se termine le mercredi des Cendres avec l'Entierro de la sardina (l'Enterrement de la sardine), une parodie de cortège funèbre où une énorme sardine en carton est portée en procession, accompagnée par des "veuves" inconsolables et souvent des hommes déguisés en femmes qui pleurent à chaudes larmes. Cet événement, plein d'humour noir et de satire, symbolise la fin des plaisirs et l'entrée dans la période de Carême.

Malgré la conclusion de l'Entierro, l'esprit du carnaval ne s'éteint pas immédiatement. La fête se prolonge souvent le week-end suivant avec la Piñata chica, qui offre une dernière occasion de profiter de l'ambiance carnavalesque. 

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Dictionnaire Villes et monuments
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