"Comment
construire un univers
qui
ne s'écroule pas deux jours plus tard?"
Philip
K. Dick |
Au sens large,
le terme de particule désigne tout corps microscopique. Il prend également
en physique l'acception de corps élémentaire à partir duquel sont construits
tous les autres corps, y compris les atomes. On
parle alors de particules élémentaires. La matière est constituée
de telles particules, mais dans les conceptions actuelles de la physique,
les forces qui définissent les interactions entre les particules de matière
correspondent aussi à des particules élémentaires particulières, les
particules porteuses de forces. Toutes les particules connues, qu'elles
soient de matière ou porteuses des forces, possèdent un double, leur
antiparticule, de même masse qu'elles, mais qui leur est exactement les
opposée sur d'autres points, un peu comme leur reflet inversé dans un
miroir.
Particules
composites et particules fondamentales.
Certaines particules élémentaires sont
indécomposables en entités plus petites. Dépourvues de structure sous-jacente,
ces particules sont dites fondamentales et sont considérées comme
ponctuelles. Parmi elles, les quarks, les diverses sortes de leptons (électron,
muon, tauon et neutrinos) et les particules porteuses des forces (comme
le photon, par exemple, porteur de la force électromagnétique). D'autres
particules élémentaires, au contraire, possèdent, à l'image des atomes,
une sous-structure : elles sont formées, de particules fondamentales (les
quarks) fortement liées entre elles par des particules (les gluons) porteuses
d'une force particulière, très intense, la force forte : ce sont les
particules
composites, que l'on appelle aussi hadrons (du grec adros
= fort).
• Les particules composites
sont constituées de deux ou de trois quarks liés entre eux par la force
forte. Les hadrons composés de trois quarks sont appelées
baryons
(ce
mot signifie lourd en grec); ceux qui n'on que deux quarks
(en fait un quark et un antiquark) sont appelés
mésons (méso
= au milieu, en grec, référence à la masse moyenne de ces particules).
La taille de particules composites est de l'ordre du fermi (1 fermi = 1
femtomètre = 1 fm = 1×10-15 m), soit
quelques centaines de milliers de fois inférieure à celle d'un atome.
Les
nucléons,
c'est-Ã -dire les protons et les neutrons, qui sont les particules
qui constituent le noyau des atomes, sont
composés de trois quarks. La charge électrique
positive portée par les protons et la neutralité électrique des neutrons
résultent de leurs compositions en quarks.
• Autant qu'on puisse le savoir, les quarks,
dont il existe six types ou saveurs, n'ont pas de sous-structure :
ce sont des particules fondamentales de matière au même titre que les
leptons, dont les électrons et les neutrinos sont des exemples. Les électrons,
de charge électrique négative, se rencontrent ordinairement à la périphérie
des atomes; les neutrinos dont les premiers indices de l'existence ont
été révélés par l'étude de la radioactivité,
sont des particules électriquement neutres et n'interagissent que faiblement
avec le reste de la matière (ils sont sensibles à une force appelée
la force faible). Contrairement aux hadrons, les leptons ne sont pas sensibles
à la force forte.
• Les particules de matière interagissent
entre elles selon quatre modalités seulement, correspondant à l'échange
entre elles de quatre types de particules porteuses des quatre forces fondamentales.
Ces forces, définissant chacune un mode d'interaction, sont, à l'échelle
des particules élémentaires, la force nucléaire forte (portée par huit
sortes ou saveurs de gluons), la force nucléaire faible (portée par trois
particules nommées bosons intermédiaires ou bosons faibles) et
et la force électromagnétique (portée par le photon), auxquelles on
ajoute la force gravitationnelle, qui doit être traitée de façon quelque
peu distincte, mais que l'on suppose portée elle aussi par une particule,
le graviton.
• Les différentes particules porteuses
des forces sont appelées bosons de jauge (jauge = mesure, le terme
se référant à une classe particulière de théories mathématiques utilisées
pour décrire les interactions). On ajoute à cette collection une particule
spéciale, le boson de
Higgs, considéré comme responsable de la masse des particules.
Bosons
et fermions.
Le terme de boson (du nom de Satyendranath
Bose ,
1894-1974), utilisé pour qualifier les particules de forces, a une origine
statistique et s'applique aussi à certaines particules de matière. Il
s'oppose à celui de fermion (du nom de Enrico Fermi ,
1901-1954). Le rangement des particules dans la catégorie des bosons ou
des fermions dépend de leur comportement collectif, qui lui-même découle
de leur spin ( = l'analogue quantique de ce
qui, à l'échelle macroscopique, définirait la rotation des particules
sur elles-mêmes). Les bosons sont des particules de spin entier
(0, 1, 2,...); lorsque leur spin est demi-entier (1/2, 2/3,...), on range
les particules dans la catégorie des fermions.
• Les quarks, les leptons et
certains hadrons (les baryons) sont des fermions.
• Les particules porteuses de forces
et certains hadrons (les mésons) sont des bosons.
La
durée de vie des particules.
Il n'a que très peu de particules stables,
c'est-à -dire dont la durée de vie est illimitée (proton, éléctron,
photon, neutrinos). En général, les particules se désintègent sponanément
, et leur durée de vie est inférieure au cent-millionième de seconde;
elle peut même être encore des milliards de fois plus courte. La durée
de vie d'une particule dépend en grande partie de la force qui domine
les processus dans lesquels cette particule est impliquée.
L'antimatière.
Le monde auquel nous appartenons est composé
de particules dites de matière (ou du moins d'un petit sous-ensemble de
telles particules, les particules stables), ainsi que des diverses particules
responsables des interactions. Mais cela ne représente qu'une moitié
de la réalité. Pour chaque particule - qu'elle soit une particule de
matière ou une particule porteuse de force -, il existe une antiparticule
qui est son double d'une certaine manière. Une particule et son antiparticule
sont identiques, sauf pour quelques caractéristiques.
• L'antiparticule de l'électron
(e–), par
exemple, est l'antiélectron, positon ou positron (e+)
: il a la même masse que l'électron, mais sa charge électrique (et certaines
autres propriétés) est de signe opposé. Quelques particules, électriquement
neutres, peuvent être leur propre antiparticule. C'est le cas, par exemple
du photon ( ).
Ce qu'il y a de plus notable à propos des
antiparticules, c'est que lorsqu'elles interagissent avec leur particule,
elles s'annihilent mutuellement. Leur énergie
totale (énergie cinétique + énergie de masse) est convertie en énergie
de rayonnement (photons).
Le
zoo des particules élémentaires.
Le tableau suivant,
tout incomplet qu'il soit, donne une idée de l'univers dans lequel on
s'engage quand on s'intéresse aux particules élémentaires. Le vocabulaire
introduit ici et les principes de classification adoptés seront explicités
ou approfondis dans la suite de cette page.
|
Particules
fondamentales
Particules
supposées ponctuelles :
pas
de structure interne.
|
Fermions
Particules
de
spin demi-entier. |
Leptons
insensibles
à l'interaction forte. |
Electron,
muon,
tauon
et leurs neutrinos associés. Particules
de charge électrique négative ou nulle (dans le cas des neutrinos). |
Quarks
Constituants
des hadrons, sensibles à l'interaction forte. |
6 saveurs de
quarks
(u, d, c, t, s, b)
Particules toujours à l'état
lié (par l'interaction forte), et de charge électrique fractionnaire. |
Bosons
Particules
de spin entier ou nul. |
Bosons
de jauge
porteurs des forces d'interaction |
1
photon
( ),
vecteur de l'interaction électromagnétique.
8
gluons
(g), vecteurs de l'interaction forte.
3
bosons
intermédiaires (W+, W-
et
Z0),
vecteurs de l'interaction faible.
Graviton,
particule hypothétique supposée porteuse de l'interaction gravitationnelle. |
| Boson
scalaire |
Boson
de Higgs, impliqué dans le mécanisme
responsable de la masse des particules. |
|
Particules
composites
Particules
non ponctuelles et possédant une sous-structure.
|
Fermions |
Hadrons
Composés
de 2 ou 3 quarks; sensibles à l'interaction forte. On connaît plusieurs
centaines de hadrons. |
Baryons
Particules composées de
trois quarks. |
Baryons composés des quarks
u
et d :
Nucléons:
proton
(uud),
neutron (udd)
Résonances
delta+
et delta° (états
excités du proton et du neutron), etc.
Hypérons(baryons
étranges) : lambda,
xi, oméga, sigma, etc. |
| Bosons |
Mésons
Composés d'un quark et d'un anti-quark. |
Pions,
kaons, éta, J/psi, upsilon,
etc. |
| Sauf
indication contraire (et cas des particules qui sont leur propre antiparticule),
ce tableau comme les suivants, ne répertorie pas les antiparticules. L'exception
ici est le boson W- qui est l'antiparticule du boson W+. |
Vers
l'unification de la physique.
Au final, un assez petit nombre de composants
et de principes fondamentaux s'avère capable de rendre compte de toute
la diversité des phénomènes physiques. Quelques centaines de particules
élémentaires ont été identifiées, mais une douzaine seulement (auxquelles
s'ajoutent leurs antiparticules) sont fondamentales, et il n'existe que
quatre forces, responsables de quatre types d'interactions fondamentales.
Comme, dans une perspective empirique, une particule est entièrement définie
par la connaissance des interactions qu'elle a avec le reste de l'univers,
il n'est pas nécessaire d'avoir une théorie pour chaque particule : il
suffit de disposer de seulement quatre théories (une pour chaque type
d'interaction dans laquelle une particule de matière peut être impliquée).
La fusion en une seule théorie de la théorie de l'électromagnétisme
et de la théorie de la force faible, qui en fait les deux expressions,
à basse énergie, d'une seule force à très haute énergie, réduit aujourd'hui
à trois le nombre de théories fondamentales nécessaires. Les physiciens
pensent cependant qu'ils peuvent aller encore plus loin, et qu'ils pourront,
à terme, rendre compte de tous les phénomènes physiques dans le cadre
d'une unique théorie. Ils visent donc ce qu'ils appellent l'unification
de la physique.
La physique des particules se déploie
aujourd'hui dans un cadre général, appelé la théorie
quantique des champs, et dont le socle est constitué par la
théorie des quanta (physique quantique) et la relativité restreinte.
Un des premiers résultats de la théorie quantique des champs a été
comprendre les mécanismes à travers lesquels les particules interagissent
au travers de l'échange de particules de porteuses de forces. Cela a donné
naissance à un nouveau cadre formel dans lequel peuvent s'inscrire
les interactions, et que l'on appelle les théories
de jauge. A l'heure actuelle, l'électromagnétisme est décrit
par une telle théorie, l'électrodynamique quantique. Celle-ci,
réunie à la théorie de la force faible, dessine une autre théorie de
jauge, la théorie électrofaible. Et un même cadre a été produit
pour expliquer l'interaction forte qui soude entre eux les quarks (et secondairement
les particules composées de quarks), c'est la chromodynamique quantique.
Seule la théorie de la gravitation reste rétive à ce type d'approche.
La théorie électrofaible et la chromodynamique
quantique, qui malgré leurs ressemblances, sont deux théories distinctes,
forment ce que les physiciens appellent le modèle standard des particules.
Celui-ci réussit très bien et est largement accepté. Mais il n'est pas
complètement satisfaisant (par exemple, la valeur de quelques paramètres
sur lequel il repose n'est pas expliquée par la théorie et doit être
déterminée expérimentalement). Aussi les physiciens espèrent-ils être
capables de réunir la théorie électrofaible et la chromodynamique quantique
en une théorie unique, appelée théorie de grande unification,.
Une étape ultérieure serait l'unification de cette théorie et de la
théorie de la gravitation. Elle est envisageable dans le cadre de nouvelles
théories, pour l'heure hautement spéculatives, les
théories
des cordes et supercordes, qui renoncent à envisager les particules
fondamentales comme des objets ponctuels, mais y voient plutôt des objets
linéaires (cordes, supercordes) microscopiques.
Les règles du jeu
Avant de dire les principales
règles qui organisent le monde des particules, un mot des deux piliers
sur les sur lequel la physique des particules repose.
La
physique quantique.
Le premier, c'est
la physique du monde microscopique, autrement la physique quantique. La
théorie quantique a été intiée dès 1900 par Max Planck
(1858-1947). Elle permet de comprendre les règles très inhabituelles
qui régissent le monde ultramicroscopique et se fonde sur l'idée qu'Ã
cette échelle un objet doit être décrit soit comme une onde,
soit comme un corpsucule. Les deux descriptions ne pouvant être
utilisées simultanément.
• Lorsqu'on
parle de particule, on n'a souvent en tête qu'un versant de ce qu'est
un objet quantique, le corpuscule (lorsque, par exemple on dit que le proton
a un diamètre de 0,833 fm, on ne peut pas échaper à l'image mentale
d'une sphère microscopique, alors même qu'il y a derrière cette mesure
des concepts qui ne sont pas d'une appréhension aussi immédiate); mais
l'autre versant doit être considéré à égalité-:
l'onde. Dans le cadre de la théorie quantique des champs, chaque particule
est associée à un champ, qui lui-même absorbe ces deux aspects :
l'onde est une perturbation du champ; le corpuscule est un quantum
de ce champ.
• Quant à savoir
si une particule (ou le champ qui lui est associé) peut être abordée
sous l'aspect ondulatoire ou corspusculaire, cela dépend de ce que l'on
veut connaître à son sujet ou à propos du phénomène étudié. On dit
quelquefois qu'une particule se propage comme une onde et interagit comme
un corpuscule. Par exemple, le photon (la « particule de lumière »),
est décrit comme une onde ( = perturbation du champ électromagnétique)
lorsqu'on étudie étudie le phénomène d'interférences, et comme corspuscule
( = quantum du champ électromagnétique) lorsqu'on s'intéresse Ã
l'effet photo-électrique.
Puisque la description corpusculaire et la
description ondulatoire sont incompatibles, lorsqu'on étudie les aspects
ondulatoires d'un phénomène, on est obligé d'en
laisser de côté les aspects corpusculaires, et vice-versa. Tout ce qui
caractérise un phénomène n'est donc pas accessible à un instant donné.
La connaissance incomplète du phénomène étudié revêt ainsi un caractère
nécessairement probabiliste. C'est à quoi se réfèrent les relations
d'indétermination de Heisenberg
(1901-1976) : ces relations Heisenberg permettent cependant d'encadrer
à l'intérieur de certaines limites la part d'inconnu.
La
relativité restreinte.
La théorie de la
relativité restreinte, produite en 1905 par Albert Einstein
(1879-1955) est le second pilier sur lequel
repose la physique des particules. En postulant l'existence une vitesse
limite c (couramment appelée la « vitesse
de la lumière dans le vide ») pour la propagation des phénomènes
physiques, cette théorie a mis à bas la conception newtonienne
de l'espace du temps absolus, qui ont été remplacés par un nouvel absolu,
l'espace-temps. La physique qu'elle fonde,
la physique relativiste, a ainsi considérablement
enrichi la physique des particules. La notion d'antimatière,
par exemple, est directement issue d'une réécriture de la physique quantique
en des termes relativistes. Mais ce n'est là qu'une conséquence du résultat
le plus connu de la théorie de la relativité, l'équivalence de la masse
m
et de l'énergie E, que résume la formule E = mc². Cette
équivalence s'exprime partout dans la physique des particules et c'est
le concept qu'on va peut-être manipuler le plus, implicitement ou explicitement,
au fil des pragraphes qui suivent.
Comme une poignée
d'autres particules, le photon n'a pas de masse, mais il transporte une
énergie et toutes les particules possèdent une énergie. Dans le cas
des particules qui ont une masse au repos, une part de l'énergie qu'elles
transportent peut se manifester au travers de cette cette masse et une
autre part sous d'autres formes (énergie cinétique, notamment). La
masse n'est pas une forme d'énergie (équivalence ne signifie pas identité),
mais elle ne peut pas pas non plus être réduite simplement à lune certaine
«-quantité
de matière », comme la définissait Isaac Newton
(1643-1727). C'est quelque chose entre les deux : un des deux termes de
la notion de masse-énergie. (On pourrait faire une observation analogue
à propos de la notion d'espace-temps, qui n'identifie pas les deux termes,
mais les lie indissolublement).
D'une manière générale,
les processus dans lesquels sont engagées les particules (production,
destruction, interactions diverses) permettent à l'énergie de se manifester
sous ses différentes formes ou comme masse. Pour produire une particule
de masse m, il faut disposer d'une énergie E d'au moins
mc².
(Et en pratique souvent bien supérieure)
• Les masses des particules
s'expriment normalement en MeV/c² ou en Gev/c². Mais l'équivalence
masse-énergie explique qu'on utilise ordinairement (même si c'est abusivement)
comme unités de masse les seules unités d'énergie : le MeV (méga-électronvolts)
ou le Gev (giga-électronvolts). 1 MeV = 106
eV = 1,602 × 10-13 joules; 1 GeV
= 109; eV = 1,602 × 10-10
joules.
|
Les accélérateurs
de particules
L'étude des particules
élémentaires exige de disposer de très hautes énergies. L'une des raisons
en est, qu'en vertu de l'équivalence masse-énergie, on ne peut provoquer
la création de particules massives que dans le cadre de processus impliquant
une énergie suffisante. L'autre raison tient au caractère ondulatoire
des particules : pour sonder des distances très petites, il est nécessaire
que la longueur de l'onde associée à la particule utilisée à cet usage
soit le plus courte possible, autrement dit le plus énergétique possible
(le microscope électronique, par exemple, fonctionne sur ce principe).
Les termes physique des particules et physique des hautes énergies
sont synonymes.
Les physiciens ont
ainsi commencé à utiliser les collisions entre les rayons
cosmiques (particules ultra-énergétiques, venues
de l'espace et frappant la Terre) et des noyaux atomiques servant de cibles.
Quelques avancées majeures ont été réalisés par ce moyen, comme la
découverte des muons ou celles des pions. Mais
les technologies développées lors de la mise au point de la bombe atomique
pendant la Seconde Guerre mondiale
ont permis ensuite à la recherche civile de disposer d'accélérateurs
de particules, qui ont progressivement supplanté l'usage des rayons cosmiques
à partir des années 1950.
Le principe de ces
appareils est de provoquer des collisions de particules cibles avec des
particules chargées électriquement et accélérées jusqu'à de très
hautes vitesses.
• Les
accélérateurs linéaires accélèrent les particules le long d'une ligne
droite en les soumettant tout au long de leur parcours à une tension accélératrice.
• Les cyclotrons
et leurs successeurs (les cyclosynchrotrons et les synchrotons), plus efficaces
pour obtenir des énergies élevées, accélèrent également les particules
en les soumettant à une déifférence de potentiel, et les maintiennent
par ailleurs sur une trajectroire circulaire
grâce à une champ magnétique.
• Dans les collisionneurs,
au lieu de provoquer les collisions par le bombardement d'une cible immobile
par un faisceau de particules accélerées, on provoque la collision frontale
de deux faisceaux de particules de masses et d'énergies cinétiques égales
se déplaçant en sens opposé. Comme la quantité
de mouvement totale des particules au point d'impact est égale Ã
zéro, toute leur énergie cinétique est disponible pour la réaction.
C'est parmi les collisionneurs
que se rencontre aujourd'hui lesaccélérateurs les plus puissants.Citons
le le grand collisionneur circulaire (d'un diamètre de 27 km) électron-positon
(LEP) du CERN, qui a fonctionné entre 1989 et 2000, et le collisionneur
linéaire de Stanford (long de 3,2 km) utilisant la collision Ã
la fois des électrons et des positons. Le CERN a achevé en 2007 la construction
du Large Hadron Collider (LHC), un collisionneur proton-proton capable
de fournir une énergie au centre de masse de 14 TeV (cet accélérateur
est construit dans le circonférence du tunnel qui contenait le LEP).
Après le LHC, l'accélérateur de protons le plus énergétique au monde
est le collisionneur d'ions lourds relativistes (RHIC) du laboratoire national
de Brookhaven qui est utilisé pour provoquer la collision d'ions lourds.
Parallèlement, les
techniques de détection ont évolué devenant elles aussi de plus en plus
complexes. On s'en tiendra ici à mentionner les différentes chambres
à ionisation (chambre à bulles, chambres à brouillard, etc.). Leur principe
est le suivant : le passage d'une particule chargée électriquement y
provoque l'ionisation des atomes enfermés dans leur enceinte; cette ionisation
est ensuite à l'origine de divers processus visibles à l'échelle macroscopique
qui révèlent la trajectoire de la particule (la masse, la durée de vie,
le signe de sa charge, etc., peuvent en être déduits). Les particules
qui ne sont pas chargées électriquement ne sont pas visibles, mais, grâce
aux lois de conservation, on peut déduire leur existence et leurs propriétés
à partir de de celles des autres particules intervenant dans le processus
étudié. |
Etre
et disparaître.
Un petit nombre
de particules sont stables. Elles durent indéfiniment à moins d'avoir
une interaction avec une autre particule. Les photons, particules dépourvues
de masse, font partie des particules stables. Il en est de même du proton
et de l'électron, qui sont des constituants de l'atome. Le neutron est
stable lorsqu'il est lié à une autre particule du noyau atomique (Ã
un proton ou à des protons et d'autres neutrons); isolé, ill se désintègre
en environ un quart d'heure. Le neutron est une exception. La plupart des
autres particules instables (l'immense majorité) se désintègrent dans
des temps excessivement brefs (de l'ordre de 10-6
s à 10-23 s).
La notion de durée
de vie d'une particule a une valeur statistique; elle correspond
à une moyenne de son temps d'existence. Les durées de vie des particules
sont en relation avec la principale force à l'oeuvre dans le processus
dans lequel la particule est impliquée.
• Lorsque
des particules se désintègrent en engageant l'interaction nucléaire
faible, elles ont des durées de vie qui sont souvent comprise entre 10-6
et 10-13 secondes. La désintégration
du neutron, avec sa durée de vie exceptionnellement longue, implique aussi
l'interaction faible : en ce désintégrant, le neutron (n) fait apparaître
un proton (p), un électron (e-)
et un antineutrino ( ).
Ces deux dernières particules sont des leptons : la création de leptons
est un indice important de l'intervention de la force faible, qui s'ajoute
à ce que suggère la relative lenteur des processus que cette force génère.
• Les particules
se désintégrant via l'interaction électromagnétique (plus intense
que l'interaction faible) ont des durées de vie beaucoup plus courtes,
généralement d'environ 10-16 à 10-19
s, et impliquent la plupart du temps au moins un photon ( ).
• Quant
aux
particules qui se désintègrent sous l'effet de l'interaction nucléaire
forte, elles ont des durées de vie souvent encore plus courtes, pouvant
descendre au dessous de 10-20
s, voire
10-23 s (cas des résonances). Ce temps
peut être plus long, dans le cas de la désintégration de noyaux
atomiques. Ainsi la désintégration du noyau
de bérylium-8 (8Be) en deux particules
alpha ( ),
autrement dit en deux noyaux d'hélium (4He),
est-il un exemple de processus impliquant l'interaction forte. Il confère
au bérylium-8 une durée de vie de10-16
s. On peut noter qu'aucun lepton n'est créé dans un tel processus.
-
|
Les résonances
On connaît des particules
dont les durées de vie sont de l'ordre de 10-23
s. C'est un intervalle de temps trop court pour qu'elles puissent être
détectées directement, mais on déduit leur intervention dans le processus
étudié à partir de l'observation des particules produites par leur désintégration.
Les particules dont
la vie est si courte, sont interprétés comme des états excités d'autres
particules (on parle dans ce cas de résonances), qui reviennent
à leur état fondamental sous l'effet de l'interaction forte.
C'est Enrico Fermi
qui a découverte la première particule de ce type. Le physicien utilisait
le bombardement à diverses énergies de protons par un faiseau de pions
positifs ( +),
et constata un grand nombre d'interactions autour de 200 MeV. Il en déduisit
que les pions et les protons devaient se combiner brièvement pour
former une particule éphémère avant de se séparer à nouveau, ou devaient
du moins de résonner ensemble pendant une courte période.
Cette nouvelle entité,
qui peut être vue comme une particule composite (baryon) d'un type spécial,
est désormais connue sous le nom de particule .
Des centaines d'autres résonances du même genre (états excités de particules
de masse inférieure) ont été identifiées depuis. |
La désintégration
spontanée est une des modalité par lesquelles les particules peuvent
disparaître. On a vu plus haut que les particules peuvent disparaître
aussi selon un autre processus, l'annihilation d'une paire particule-antiparticule.
Ici, on a affaire à un cas particulier de collision, mais toutes les collisions
en général, à condition que l'énergie en jeu soit suffisante, peuvent
aboutir à disparition de la ou les particules impliquées.
Les lois de conservation
auxquelles sont soumises les particules font que si une particule disparaît
d'autres particules sont alors créées. Les trois forces fondamentales
agissant à l'échelle des particules, encadrées par ces lois de conservation,
sont la clé de l'apparition ( = création) des particules, de leur
disparition ( = annihilation) et des phénomènes qui peuvent les
affecter entre ces deux extrêmes.
• Dans le phénomène dediffusion
deux particules sont sensibles à leur présence mutuelle (effet de la
force qui s'exerce entre elles), mais seules leur masse-énergie et leur
quantité de mouvement (modification de leur trajectoire) sont affectées
par l'interaction.
Les
lois de conservation.
Parmi les lois de
conservation, certaines sont bien connues à notre échelle. Telles sont,
par exemple, la conservation de l'énergie, de l'impulsion ( = quantité
de mouvement), du moment cinétique,
etc. Ces lois restent impérieuses à l'échelle des particules. D'autres
lois, de caractère quantique doivent aussi être ajoutées. Les plus communes
sont sans doute la loi de conservation du spin et celle de conservation
de la charge électrique. Ainsi, par exemple, lorsqu'une particule porteuse
d'une charge électrique positive - disons un proton - disparaît, la charge,
elle, ne disparaît pas. Or une charge suspendue dans le vide, ça n'existe
pas (par définition, une propriété est toujours la propriété de quelque
chose...) : il faut qu'elle soit attachée à une nouvelle particule qui
succède d'une manière ou d'une autre au proton. La disparition d'une
particule s'accompagne donc toujours de l'apparition d'une ou de plusieurs
autres particules, qui ensemble pourront endosser des propriétés à conserver
de la particule disparue. On va voir que la conservation d'autres quantités
attachées aux particules élémentaires permettent de préciser encore
davantage les règles du jeu et de prédire, jusqu'à un certain point,
quelles seront les particules produites, et en tout cas d'écarter les
processus qui ne peuvent absolument pas avoir lieu.
Les processus dans
lesquels sont engagées les particules élémentaires peuvent se noter
selon des conventions analogues à celles que l'on utilise pour écrire
les réactions chimiques. Ainsi, l'annihilation de d'une paire électron-position
lors d'une collision pourra s'écrire : e- + e+
2 .
On voit que dans ce processus la charge électrique est conservée; la
conservation de l'énergie est assurée par l'existence des photons
(capables de transporter au moins une énergie équivalente à la masse
de l'électron et du positon).
La désintégration du neutron (n), quant
à elle produit un proton (p), un électron (e-) et un antineutrino
électronique ( )
selon le schéma n
p + e+ +
(désintégration ).
Des conclusions similaires peuvent être faites : la neutralité électrique
du neutron se retrouve dans celle des produits (l'antineutrino est neutre,
et la charge positive du proton est annulée par la charge négative de
l'électron). A ce stade on pourraît aussi invoquer la loi de conservation
de l'énergie et dire que l'antineutrino est utile pour transporter sous
forme d'énergie cinétique le petit surplus d'énergie de masse qui apparaît
à la fin du processus. Mais cela n'expliquerait pas tout. D'autres lois
de conservation sont à l'oeuvre, comme celle qui veut qu'on ait autant
de baryons avant et après le processus (on dit que le nombre baryonique
est conservé), ou celle encore qui veut qu'un nombre associé aux leptons
soit le même lui aussi avant et après : selon cette règle, le neutron
compte pour 0, l'électron compte pour +1 et un neutrino électronique
aurait aussi été compté pour +1, mais on a affaire ici à un antineutrino
qui compté pour -1. La somme des quantités associées aux leptons
(nombre leptonique électronique) est donc nulle à l'arrivée, comme
elle l'était au départ. (On peut vérifier que
le spin est également conservé : 1/2 = 1/2 + 1/2 - 1/2). Certaines autres
propriété existent, qui se conservent quand intervient la force forte,
mais pas quand le processus et commandé par la force faible. On
reviendra sur ces points de façon plus détaillée dans la suite de cette
page.
Les forces en présence
Le
mécanisme de Yukawa.
Champs
et particules de champ.
Les physiciens se
préoccupent depuis longtemps de la manière dont les forces sont transmises
à distance (un des principaux reproches faits par les Cartésiens à la
loi de l'attraction universelle de Newton relevait de ce questionnement).
Le concept de champ de forces, sans apporter de réponse véritable Ã
la question permet de la reformuler. Un tel champ, au sens de la physique
classique, est une entité s'étendant dans l'espace à partir d'un point
défini comme sa source, et qui permet de déduire en chaque point de l'espace
la valeur de la force exercée par cette source. Or, avec les concepts
physiques qui ont vu le jour dans les premières décennies du XXe
siècle, il est apparu qu'une particule pouvait aussi être représentée
par un champ. D'où l'hypothèse raisonnable qu'un champ de force
d'un type particulier pouvait aussi se voir associer une particule d'un
type qui soit propre à ce champ. C'est bien l'idée que se font aujourd'hui
les physiciens pour qui les forces fondamentales sont portées par des
particules spécifiques. Encore a-t-il fallu, aussi dire par quel mécanisme
l'action de la force pouvait se faire sentir.
L'énigme
de la force forte.
L'explication est
venue quand il a fallu comprendre la nature de la force responsable de
la cohésion des noyaux atomiques. Au début des années 1930, les physiciens
avaient une conception simple de la structure de la matière et personne
ne pouvait répondre à la question suivante : puisque dans le noyau
atomique les protons se repoussent fortement du fait de leurs charges électriques
de même signe, quelle est la nature de la force qui maintient le noyau
uni? Cette force inconnue devait être beaucoup plus forte que tout ce
que l'on connaissait jusque-là , et elle ne devait s'exercer que sur de
très petites distances, car sinon on l'aurait déjà identifiée. La nature
de cette force, qui a gardé le nom de force nucléaire forte, a été
élucidée (au moins partiellement) grâce à la théorie proposée
en 1935 par Hideki Yukawa (1907-1981), qui recevra le prix Nobel pour cette
avancée en 1949.
La
particule de Yukawa.
Selon Yukawa, la
force forte devait pouvoir être dérivée d'un champ particulier associé
à une particule à très courte durée de vie, si courte que la force
ne pouvait alors avoir le temps de se propager très loin. La briéveté
de la durée de vie de la particule porteuse expliquait ainsi naturellement
la courte portée de la force forte; elle signifiait également que la
nouvelle particule, pour pouvoir se désintégrer et disparaître ainsi,
devait avoir une masse. (Une particule sans masse, comme le photon, par
exemple, ne peut se désintégrer spontanément en autre chose, et peut
donc parcourir une distance indéfiniment grande, donnant ainsi une portée
indéfiniment grande à la force électromagnétique). Sur ces bases, Yukawa
pouvait même calculer approximativement la masse que devait avoir la nouvelle
particule pour répondre aux conditions du problème. Cette masse, estimée
à environ 200 fois celle de l'électron, se situait donc entre celles
du proton et du neutron et celle de l'électron, et la particule de Yukawa,
effectivement découverte par la suite, est aujourd'hui connue sous le
nom de pion ou de méson .
Pour Yukawa, si un
proton ressentait la force qu'exerçait sur lui un autre proton, c'était
que celui-ci lui adressait une de ces particules nouvelles, un de ces pions.
La force s'exerçant dans les deux sens, des pions devaient aussi aller
dans le sens opposé, et, au final, le mécanisme expliquant la force
forte (et partant toutes les autres forces s'exerçant entre particules)
devait être vu comme un échange de particules porteuses de force.
Restait un problème : comment ces particules pouvaient-elle apparaître
et disparaître sans violer, dans l'intervalle, quelques lois impérieuses
de la nature, à commencer par la loi de conservation de l'énergie?
La solution apportée
par Yukawa et toujours acceptée aujourd'hui repose sur une notion clé
de la physique, les relations d'indétermination d'Heisenberg.
-
Violation
de la loi de conservation de l'énergie.
La dualité onde-corpuscule,
concept omniprésent à l'échelle quantique, empêche que certaines quantité
soient déterminées simultanément avec la même précision. C'est-ce
qu'expriment les relations d'indétermination de Heisenberg. On peut déduire
de l'une de ces relations que la loi de conservation de la masse-énergie
peut être violée d'une quantité
pendant un temps .
Au cours de cet intervalle de temps aucun processus ne peut détecter la
violation. Cela permet la création temporaire d'une particule de masse
m,
(m = /c²
). Plus la masse est grande (et plus le
est grand), plus la durée de vie de la particule doit être courte. Cela
signifie que la portée de la force est limitée, car la particule ne peut
parcourir qu'une distance limitée dans un laps de temps limité (le maximum
la distance est alors d
c , où
c
est la vitesse de la lumière). Le pion émis par un proton doit être
capturé par un autreproton avant d'atteindre cette limite. Par conséquent,
il ne peut pas être directement observé ( cela équivaudrait à une violation
permanente de la conservation de l'énergie de masse).
De telles particules
(comme le pion ci-dessus) sont appelées particules virtuelles,
car elles ne peuvent pas être directement observés. Leurs effets,
en revanche, sont bien réels.
La
découverte de la particule de Yukawa.
Dès 1936, une nouvelle
particule, d'une masse d'environ 106 Mev/c², a été soupçonnée d'être
la particule prédite par Yukawa. Mais il s'est bientôt avéré que cette
particule n'était pas sensible à la force forte et ne pouvait donc pas
jouer le rôle attendu. Il s'agissait du muon, une version plus massive
de l'électron. La particule de Yukawa a finalement été découverte
en 1947, par Carl Anderson en étudiant les collisions entre les rayons
cosmiques avec des noyaux atomiques terrestres.
Il est cependant
apparu plus tard que la particule de Yukawa, le pion (un méson),
n'est pas véritablement la particule médiatrice de l'interaction forte,
entendue comme interaction fondamentale. Cela tient à ce que les pions
comme les protons ou les neutrons sont des particules composites, et la
force qui réunit entre eux les nucléons n'est qu'un effet résiduel de
la véritable force forte qui agit, elle, entre les composants des nucléons
et des mésons, c'est-à -dire entre les quarks. Cette particule fondamentale
médiatrice de la force forte est le gluon. Il en existe huit variétés
ou saveurs.
S'il y avait eu méprise
sur l'identité du médiateur, le mécanisme invoqué par Yukawa n'en restait
pas moins valable. Il est toujours pertinent pour expliquer les forces
fondamentales : elles sont toutes transmises par l'échange d'une particule
porteuse (un boson), exactement. comme ce que Yukawa avait en tête pour
la force nucléaire forte. Chaque particule porteuse est une particule
virtuelle - elle ne peut pas être observée directement. On dit ainsi
que les photons (virtuels) «-transportent
» la force entre les particules chargées électriquement; de même, l'attraction
entre deux quarks dans une particule composite se produit lorsque deux
quarks échangent des gluons. Et l'on pourrait dire une chose similaire
à propos des bosons W et Z, qui transportent une force nucléaire faible.
Les
théories de jauge.
La première théorie
complète basée sur ces idées est celle de l'électromagnétisme (électrodynamique
quantique ou théorie quantique des champs électromagnétiques) élaborée
par Sin-Itiro Tomonaga (1906-1979), Julian Schwinger (1918-1994) et Richard
Feynman
(1918-1988) dans les années 1940. L'électrodynamique quantique et les
autres théories des interactions quantiques reposent d'un point de vue
mathématique sur des propriétés d'invariance (appelées invariance de
jauge ou symétrie de jauge) de certaines quantités sous l'effet de transformations
particulières que l'on fait subir aux équations. Ces invariances sont
l'expression mathématique des lois de conservation qui verrouillent les
phénomènes physiques. On donne le nom théories de jauge à ces approches.
Les bosons porteurs des forces décrites par ces théories ont reçu pour
la même raison le nom de bosons de jauge (on dit aussi particules de champ
ou encore particules d'échange).
A ce jour, seules
les théories de l'électromagnétisme, de la force faible et de la force
forte entrent véritablement dans ce cadre. Les tentatives pour exprimer
la gravitation dans le cadre d'une théorie de jauge (gravitation
quantique) se sont heurtées à des problèmes insurmontables (irruptions
intempestives de quantités infinies). Une particule hypothétique, dépourvue
de masse, le graviton, est toutefois postulée pour expliquer cette force.
Forces fondamentales
et bosons de jauge
|
Théorie
|
Interaction
(force)
|
Intensité
relative
|
Portée
(m)
|
Particules
porteuses
|
| Nom |
Masse
au repos (MeV/c²) |
Durée
de vie (s) |
Chromodynamique
quantique |
Forte |
1 |
< 10-15 |
Gluons |
0 |
 |
| Théorie
électrofaible |
Electro-
dynamique
quantique |
Electro-
magnétique |
10-2 |
 |
Photon |
0 |
 |
| - |
Faible |
10-13 |
< 10-18 |
W± |
80,39 x 103 |
1,6x10-25 |
| Z° |
91,19 x 103 |
1,32x10-25 |
| Gravitation
quantique |
Gravitation |
10-38 |
 |
Graviton |
0 |
 |
Ces particules
sont de spin égal à 1, sauf le graviton, particule hypothétique,
qui devrait avoir
un spin égal à 2.
L'antimatière
Particules et antiparticules.
Dans les années
1920, Paul Dirac
(1902-1984) a été le premier à développer une approche de la physique
quantique qui intégrait les principes de la relativité restreinte. En
1928, il donnaît ainsi un théorie complète de l'électron relativiste
qui expliquait l'origine de son spin et de son moment magnétique. Cette
théorie jetait les bases de l'électrodynamique quantique, qui est la
théorie actellement admise de l'électromagnétisme. Elle avait aussi
un versant inattendu : l'équation relativiste décrivant l'électron admettait
aussi des solutions correspondant à une particule identique mais de charge
positive. Dans un premier temps, Dirac a cru pouvoir l'identifier au proton,
mais bientôt, notamment grâce à la contribution de Robert Oppenheimer
(1904-1967), il a été en mesure d' affirmer qu'il s'agissait plutôt
d'une toute nouvelle particule : une particule de même masse que l'électron,
mais de charche électrique opposée, autrement dit un électron chargé
positivement. On a appelé cette particule l'anti-électron ou positon,
ou encore positron.
En 1932, Carl Anderson
(1905-1991), en utilisant les traces produite par les rayons cosmiques
dans une chambre à brouillard, a observé pour la première fois les traces
laissées par de particules de même masse que l'électron (e-),
mais déviées dans un sens opposé par un champ magnétique (donc de charge
positive), et qui pouvaient être identifiées comme provoquées par des
antiélectrons (e+). La découverte fut
confirmée et le positon apparut comme le premier exemple connu d'antimatière.
On montra aussi que le positon est la même particule que celle émise
dans la désintégration +.
On prédit alors que d'autres particules devaient avoir leur antiparticule.
Après la construction des accélérateurs de haute énergie dans les années
1950, de nombreuses autres antiparticules ont été découvertes. C'est
ainsi qu'en 1955 Emilio Segrè (1905-1989 ) et Owen Chamberlain (1920-2006)
découvrirent d'abord l'antiparticule du proton ou antiproton, similaire
au proton, mais de charge négative. Peu après l'antineutron fut découvert.
La matière et
son double.
On sait aujourd'hui
qu'il existe une antiparticule pour chaque particule, non seulement pour
les fermions comme l'électron, le proton ou le neutron, mais aussi pour
les bosons. Une particule et son antiparticule ont la même masse,
le même spin intrinsèque, la même durée de vie (du moins dans le modèle
standard), etc. Elles se distinguent par d'autres aspects :
• Lorsqu'on
considère une particules chargée électriquement, son antiparticule possède
la charge électrique opposée (par exemple, le positon est positif tandis
que l'électron est négatif).
Il existe une certaine variété dans la manière de nommer les antiparticules,
et en particulier les particules chargées : parfois, on utilise les signe
+ et - de la charge électrique pour distinguer la particule de son antiparticule
(l'électron e ou e- a pour antiparticule
le positon que l'on note e+; le muons µ-
a pour antiparticule l'antimuon que l'on note
µ+,
etc.), parfois, on utilise le symbole de la particule surmonté d'une barre
(le proton p a pour antiparticule l'antiproton noté )
et c'est la même convention qui est utilisée pour désigner les antiquarks
(par exemple le quark d a pour antiparticule
l'antiquark ).
Les signes + et - et la barre peuvent aussi se rencontrer ensemble (la
particule +
a
ainsi pour antiparticule -).
• L'antiparticule
d'une particule diffère aussi par son moment magnétique et par d'autres
caractéristiques qui seront mentionnés plus bas en parlant des lois de
conservation. Ainsi, les particules neutres électriquement ont aussi leur
antiparticule. Citons le neutron n dont l'antiparticule (antineutron) est
notée , ou
le kaon neutre K° dont l'antiparticule se note .
• Certaines particules
neutres électriquement sont leur propre antiparticule. C'est le
cas du photon ,
du boson intermédiaire Z°, des mésons °
et °.
Une des questions actuelles de la physique est de savoir si les neutrinos
appartiennent aussi à cette catégorie (les fermions qui sont leur propre
antiparticule sont appelées particules de Majorana).
Annihilations et
créations de paires.
Lorsqu'une particule
et son antiparticule interagissent, elles s'annihilent, convertissant généralement
totalement leurs masses en énergie pure sous forme de photons gamma (rayonnement
de haute énergie ). Telle est l'annihilation électron-positon. Dans ce
processus l'électron et le positron disparaissent complètement et deux
photons sont produits à leur place. La production d'un seul photon violerait
la conservation de la quantité de mouvement. Les deux photons se partagent
aussi toute l'énergie des deux électrons (leur énergie cinétique plus
leur énergie de masse 2mec², où me
est la masse au repos d'un électron).
• Antimatière
et médecine. L'annihilation électron-positon est utilisée dans une
technique imagerie médicale appelée tomographie par émission de positons
(TEP ou PET en anglais) couplée à un scanner (PET-scan). Le patient reçoit
une injection d'un radiotraceur (une solution de glucose contenant une
substance radioactive qui se désintègre en raison de l'émission de positons),
qui est transporté dans tout le corps par le sang. Chaque fois qu'un positon
émis par la désintégration +
dans l'un des noyaux radioactifs, il est annihilé par un électron dans
le tissu environnant, ce qui entraîne l'émission de deux photons gamma
dans des directions opposées. Un détecteur gamma qui entoure le patient
détermine alors avec précision la source des photons et, à l'aide d'un
ordinateur, affiche une image des sites où le glucose s'accumule. Le glucose
est rapidement métabolisé dans les tumeurs cancéreuses ou d'autres lésions
et s'accumule sur ces sites; il se concentre aussi dans les régions
actives du cerveau (comme celles qui sont impliquées dans les fonctions
du langage ou de la vue, par exemple). Le PET-scan peut être utilisé
comme outil de diagnostic de nombreuses maladies du cerveau, dont la maladie
d'Alzheimer.
La réaction e-
+
e+
2
peut également se dérouler dans le sens inverse : deux photons peuvent
s'annihiler pour produire une paire d'électrons et de positons ( +
e-+ e+
).
Il se peut aussi qu'un seul photon produise une paire électron-positon
dans un processus appelé production de paires.
• Dans
ce processus, un photon gamma d'énergie suffisamment élevée interagit
avec un noyau atomique A, et une paire électron-positon
est créée à partir de ce photon : +
A A + e-
+
e+
(la présence du noyau est nécessaire pour satisfaire le principe de conservation
de la quantité de mouvement). Pour créer une paire électron-positon,
le photon doit posséder au moins l'énergie totale au repos de cette
paire, soit, au moins, à 2 x mec² = 2 x 0,511.c²
MeV = 1,22 MeV (où me est la masse de l'électron).
L'énergie d'un photon (E=h )
est convertie en énergie au repos (ER = mc²) de
l'électron et du positon (équivalence masse-énergie). Et si le photon
gamma possède un excès d'énergie en plus de l'énergie au repos de la
paire électron-positon, ce surplus s'exprimera comme l'énergie cinétique
des deux particules.
Les
anti-atomes.
Lorsque une antiparticule
est crée (et a fortiori lorsqu'un édifice d'antimatière est constitué)
elle s'annihile très rapidement car notre environnement est constitué
presque exclusivement de matière. Cependant, il est possible de contenir
des particules d'antimatière à grande échelle telles que les antiprotons
en utilisant des pièges électromagnétiques qui confinent les particules
dans un champ magnétique afin qu'elles ne s'annihilent pas avec d'autres
particules. Cela reste difficile. Les particules de même charge se repoussent,
donc plus il y a de particules contenues dans un piège, plus il faut d'énergie
pour alimenter le champ magnétique qui les contient. Il n'est actuellement
pas possible de stocker une quantité importante d'antiprotons, par exemple.
Les mêmes forces
qui maintiennent ensemble la matière ordinaire assurent la cohésion de
l'antimatière. Dans les bonnes conditions, il est possible de créer des
anti-atomes. Dans les anti-atomes, les positons évoluent autour d'un noyau
chargé négativement composé d'antiprotons et d'antineutrons. Des atomes
d'anti-hydrogène, constitués d'un antiproton
et d'un antiélectron, ont également été observés en 1995 au CERN.
L'anti-oxygène et même l'anti-molécule d'anti-eau ont aussi pu être
créés.
Où
est passée l'antimatière?
L'univers que nous
pouvons observer est presque exlusivement composé de matière. Comment
expliquer l'extrême rareté de l'antimatière? Après tout, autant qu'on
puisse le savoir, chaque fois que de la matière est créée, une quantité
égale de d'antimatière l'est aussi. Un processus existe-t-il qui, au
début de l'histoire cosmique, a séparé spatialement la matière et l'antimatière,
éloignant cette dernière au-delà de la région actuellement accessible
à l'observation? Ne faut-il pas plutôt, comme les physiciens le pensent
généralement, invoquer un mécanisme, intervenant lui aussi au tout début
de l'histoire cosmique, et introduisant une dissymétrie entre la matière
et l'antimatière? Si certaines particules d'antimatière se désintègrent
légèrement plus rapidement que leur contrepartie de matière, un excédent
de matière est possible. Certaines théories autorisent effectivement
ce scénario.
Classifications des
particules élémentaires
Les particules élémentaires
peuvent être classées de différentes manières. On se réfère
ordinairement à leur classification selon leur propriété de spin et
à celle selon leur sensibilité aux forces fondamentales.
Classification
selon le spin.
Les particules de
matière peuvent être divisées en fermions et bosons en fonction de leur
spin.
• Le
spin d'une particule est un nombre quantique abstrait attaché à chaque
particule et qui s'interprête comme son moment cinétique intrinsèque
(c'est l'analogue quantique de la mesure de la rotation d'un objet macroscopique
autour de son axe; le concept s'applique non seulement aux particules composites,
mais aussi aux leptons et aux quarks que l'on suppose sans extension spatiale
et donc pour lesquels on ne pourrait pas, avec les concepts macroscopiques,
parler de « rotation »).
La
valeur du spin s'exprime en unités -=
h/2 ;
où h est le symbole de la constante de Planck. le symbole
(h barre), d'usage très courant en physique, car permettant d'écrire
des formules plus lisibles, désigne la constante de Planck réduite, ou
constante de Dirac. Ajoutons qu'il est fréquent que
sous sous-entendue lorsqu'on parle du spin d'une particule, ainsi dira-t-on
simplement, par abus de langage, que telle particule a un spin de 1/2 ou
telle autre d'un spin de 2.
Fermions
et bosons.
Fermions et les
bosons ont des comportements collectifs différents.
• Les
fermions. - Les fermions ont un spin demi-entier (1/2. ,
3/2. ,
...). Les électrons, les protons et les neutron sont des fermions. Ces
particules obéissent à la statistique de Fermi-Dirac. Lorsque les fermions
sont confinés dans une petite région de l'espace, le principe d'exclusion
de Pauli (1900-1958) stipule que deux fermions ne peuvent occuper le même
état quantique (une propriété quelconque doit permettre de les différencier).
• Les
bosons. - Les bosons ont un spin entier (0. ,
1.h, 2.
...). Le photon, Ã l'instar des autres particules responsables des interactions,
est un exemple de boson. Certaines particules de matière (les mésons)
sont aussi des bosons. Ces particules obéissent à la statistique de Bose-Einstein.Contrairement
à ce qu'il advient avec les fermions, les bosons peuvent se trouver dans
le même état quantique alors qu'ils sont dans une même région exiguë
de l'espace. La technologie du laser, par exemple,
exploite cette propriété du photon. La superfluidité de l'hélium
à très basse température ( < 2,15 K) résulte elle aussi du fait
que le noyau hélium (deux protons [spin : 1/2 + 1/2] et deux neutrons
[spin : 1/2 + 1/2]) est un boson (spin total : [1/2 + 1/2] + [1/2 + 1/2]
= 2).
L'indiscernabilité
des particules.
Le comportement
des fermions et des bosons en groupes peut être compris en termes de propriété
d'indiscernabilité.
Les particules sont
dites indiscernables si elles sont identiques les unes aux autres.
Par exemple, les électrons sont indiscernables parce que chaque électron
de l'univers a exactement la même masse et le même spin que tous les
autres électrons.
Si l'on permute deux
particules indiscernables dans la même petite région de l'espace, le
carré du module de la fonction d'onde (| |²)
, qui décrit ce système et qui peut être mesuré est inchangé. Si ce
n'était pas le cas, nous pourrions dire si les particules avaient été
commutées ou non et la particule ne serait pas vraiment indiscernable.
Les fermions et les bosons diffèrent selon que le signe de la fonction
d'onde ( )
- qui elle n'est pas directement observable - change ou non :
'
- (fermions
indiscernables),
'
+ (bosons indiscernables).
Les fermions sont dits
« antisymétriques par permutation » et les bosons sont «-symétriques
par permutation ».
Le principe d'exclusion
de Pauli est une conséquence de la symétrie par permutation des fermions.
La structure électronique
des atomes est fondée sur le principe d'exclusion de Pauli et est donc
directement liée à l'indiscernabilité des électrons.
Classification
selon les interactions.
Les fermions peuvent
aussi être divisés selon les interactions auxquelles ils participent,
c'est-Ã -dire selon les forces auxquelles ils sont sensibles. Ils sont
tous sensibles à la gravitation (même lorsqu'une particule n'a aucune
masse, elle possède une énergie...). Ils peuvent aussi participer Ã
l'interaction électromagnétique (même dans le cas de particules sans
charge électrique, comme le neutron, qui possède un moment magnétique)
et à l'interaction faible. Mais le critère discriminant le plus pertinent
apparaît être la sensibilité à l'interaction nucléaire forte.
On distingue alors
les hadrons, qui sont les particules sensibles à la force forte et les
leptons, qui n'y sont pas sensibles.
Les
hadrons.
Les hadrons sont
des particules composites. Ils sont constitués de quarks liés entre eux
par une force dont la force nucléaire forte qui s'exerce entre hadrons
est une expression. Le lien qui unit les quark est tellement solide qu'ils
ne s'observent jamais à l'état libre. Les quarks sont considérés comme
des particules fondamentales.
• Les
quarks. - Il existe six quarks (on dit aussi : six saveurs
de quarks), divisés en deux groupes. Il s'agit des quarks u (up),
c (charm) et t (top ou truth), d'une part, et des
quarks d (down), s (strange) et b (bottom ou beauty),
de l'autre. Les membres d'un même groupe de particules partage les mêmes
propriétés mais diffère en masse. Par exemple, la masse du quark top
est beaucoup plus grande que celle du quark charm, et la masse du
quark charm est beaucoup plus grande que celle du quark up.
La
charge électrique des quarks est fractionnaire (±1/3 ou ±2/3 charges
élémentaires qe). Mais il n'y a pas de quark libre
: les quarks sont toujours liés entre eux de telle sorte que dans la particule
composite qu'ils forment la somme des charges électriques soit toujours
entière (positive ou négative) ou nulle.
Selon que les hadrons
sont composés de deux où trois quarks, on les range respectivement dans
la catégorie des mésons ou dans celle des baryons.
• Les
mésons sont des hadrons formés d'un quark et d'un anti-quark. Par
exemple, le méson +
est composé d'un quark up et d' un quark antidown ( +
=
u ).
Citons encore dans cette famille : les deux autres mésons
ou pions ( -
et °),
qui sont les moins massifs que le premier (masses d'environ 1,4 X 10²
MeV/c²), les trois mésons K, les particules upsilon et J/ .
Les mésons peuvent se désintégrer en leptons (électrons, positrons,
neutrinos) et photons, et ne laisser aucun hadron. Ils ont un spin égal
à zéro ou un (0 ou 1); contrairement aux autres hadrons, ce sont donc
des bosons.
• Les baryons
sont composés de trois quarks. La matière ordinaire (protons, neutrons)
se compose de seulement deux types de quarks différents (réunis par trois)
: le quark up (charge électrique : q = + 2/3) et le quark down
(q = -1/3). Ainsi, un proton (p) est-il composé de deux quarks up
et d'un quark down (p = uud, q = +1); quant au neutron (n), il est
composé d'un quark
up et de deux quarks down (n = udd, q
= 0).
Les
protons et les neutrons, qui sont les constituants du noyau des atomes,
sont appelés nucléons. On connaît aussi des baryons appelés
hypérons.
Parmi ceux-ci, on peut mentionner les particules lambda ( ),
sigma, xi ( ) et
oméga ( ).
Le proton est le baryon
qui a la masse la plus faible. Ainsi, Ã l'exception du proton, tous les
baryons se désintègrent de telle sorte que les produits finaux comprennent
un proton. Par exemple, le
se désintègre en °
en 10-10 s environ. Le °
se désintègre ensuite en un proton et en -
en environ 3.10-10 s.
Le spin des baryons
prend toujours une valeur demi-entière (1/2 ou 3/2).
Les
leptons.
Les leptons (du
grec leptos, qui signifie « petit » ou « léger ») sont considérés
comme des particules fondamentales (particules indécomposables). Ils participent
aux interactions faible, électromagnétique et gravitationnelle, mais
ne participent pas à l'interaction forte.
On connaît six leptons,
qui correspondent à deux types de particules :
• Le premier
comprend l'électron (e), et deux autres particules de charge électrique
négative qui lui sont similaires, mais qui sont plus massives :
le muon (µ) et tau ou tauon ( ).
e muon est plus de 200 fois plus lourd qu'un électron, le tauon, découvert
en 1975, est environ 3500 fois plus lourd que l'électron (ou environ deux
fois la masse du proton). Seul l'électron est stable. Une fois créés,
le muon et le tau se désintègrent rapidement en particules plus légères
via la force faible.
• Le second se
compose de trois particules très élusives, qui n'interagissent que par
l'interaction faible, les neutrinos (on parle de trois saveurs de
neutrinos). Il y a un neutrino associé à l'électron, le neutrino électronique
( ),
un neutrino associé au muon, le neutrino muonique ( )
et une neutrino associé au tauon, le neutrino tauique ( ),
découvert en 2000. Les études actuelles indiquent que les neutrinos ont
une masse excessivement faible mais non nulle.
Tous les leptons ont
un spin 1/2.
Les leptons sont
considérées comme des particules fondamentales parce qu'ils n'ont pas
de structure sous-jacente apparente. Ils n'ont pas non plus de taille discernable
au-dessus de celle que définit leur longueur d'onde, soit au-dessus d'environ
10-18 m.
Récapitulatif
des particules fondamentales.
Si l'on range Ã
part le boson de Higgs, les particules fondamentales se répartissent en
deux groupes, les particules de matière, qui sont des fermions, et les
particules médiatrices des interactions, qui sont des bosons, et parmi
lesquelles ont pourrait aussi ranger le graviton, médiateur hypothétique
de la gravitation.
On distingue parmi
les particules de matière deux types de particules, les six quarks et
les six leptons (et leurs antiparticules respectives), qui eux-mêmes peuvent
s'organiser en trois familles analogues (colonnes verticales de la rubrique
des fermions dans le tableau ci-dessous). Chaque famille comporte deux
quarks, un lepton chargé électriquement et un lepton neutre (neutrino).
La première famille est celle de la matière ordinaire, dont la plupart
des choses sont composées. Les deux autres (dont les particules sont de
plus plus massives en allant de la gauche vers la droite du tableau) représentent
ce qu'on appelle la matière exotique.
Aucune logique sous-jacente
n'est à chercher dans la manière dont on a rangé dans le tableau les
différentes particules porteuses des forces. L'interaction électromagnétique
concerne les leptons chargés électriquement (electron, muon, tauon) et
les quarks; l'interaction forte ne concerne que les quarks. Les neutrinos
ne sont sensibles qu'à l'interaction faible (et à la gravitation). Toutes
les particules sont sensibles à la gravitation.
|
Fermions
(particules
de matière)
|
Bosons
(particules
médiatrices des interactions)
|
| Quarks |
up
(u) |
charmé
(c) |
top
(t) |
photon
( )
Interaction
électromagnétique |
| down
(d) |
étrange
(s) |
bottom
(b) |
gluon
(g)
Interaction
forte |
| Leptons |
neutrino
électronique ( ) |
neutrino
muonique ( ) |
neutrino
tauique ( ) |
Boson
intermédiaire
neutre
(Z°)
Interaction
faible |
| électron
(e) |
muon
( ) |
tauon
( ) |
Bosons
intermédiaires
positif
et négatif (W+,
W-)
Interaction
faible |
Lois de conservation
des particules
Une des idées les plus
importantes de la physique est que chaque fois que quelque chose est possible,
cela se produit immanquablement. Et si toutes les choses possibles ne se
produisent pas en même temps (l'univers, dans ce cas, se serait écroulé
en bien mois que deux jours...), c'est parce que que certaines sont plus
probables que d'autres. Les choses les plus probables tendent à se produire
plus tôt, les autres se produisent plus tard. Si quelque chose ne se produit
pas, c'est que c'est interdit par une règle. Les lois de conservation
font partie de ces règles. Lorsqu'une particule est impliquée dans un
processus, ce sont les règles de conservation qui disent ce qui est possible
(avec un degré de probabilité déterminé par la théorie et le calcul)
et ce qui est impossible.
La physique classique
obéit déjà à certaines certaines lois de conservation. Par exemple,
la charge est conservée dans tous les phénomènes électrostatiques.
La charge perdue à un endroit est gagnée dans un autre car la charge
est transportée par des particules. Aucun processus physique connu ne
viole la conservation de la charge. Il existe aussi des preuves solides
que l'énergie, la quantité de mouvement et le moment angulaire obéissent
à des lois de conservation. Toutes ces lois régissent aussi le monde
des particules élémentaires, qui ajoute à sa législation la nécessité
de conserver des quantités, appelées nombres quantiques, qui ne concernent
que les particules, tels sont les nombres leptoniques L, le nombre baryonique
B, ou l'étrangeté S, pour ne citer que les plus importantes.
• Les
nombres quantiques peuvent être des grandeurs dimensionnées, c'est-à -dire
s'exprimant en certaines unités. C'est le cas du spin exprimé en unités
( = constante de Planck réduite) ou de la charge électrique s'exprimant
en unités qe (= charge de l'électron ou charge élémentaire).
On sous-entend couramment
et qe. D'autres nombres quantiques n'ont pas de dimensions
(ce sont des nombres purs), comme par exemple le nombre baryonique (= nombre
de baryons) ou les différents nombres leptoniques.
Conservation du nombre
leptonique.
Il n'existe
que six leptons (et leurs six antiparticules). Trois leptons sont chargés
électriquement (e, µ, )
et trois sont neutres (neutrinos). L'électron est associé au neutrino
électronique ( ),
le muon au neutrino muonique ( )
et le tauon au neutrino tauique ( ).
Ces associations définissent trois familles ou générations de leptons
dont les membres peuvent être caractérisés par un paramètre particulier
intervenant lors des interactions faibles et appelé nombre leptonique.
Il y a ainsi trois nombres leptoniques différents : Le nombre leptonique
électronique ,
le nombre leptonique muonique
et le nombre leptonique tauique
•
= 1 pour l'électron et le neutrino électronique, =
-1 pour leurs antiparticules, et
= 0 pour toutes les autres particules.
•
= 1 pour le muon et le neutrino muonique,
= -1 pour leurs antiparticules et 0 pour toutes les autres particules.
•
= 1 pour le tauon et le neutrino tauique;
= - 1 pour leurs antiparticules, et
= 0 pour toutes les autres particules.
La conservation des
nombres leptoniques stipule que lorsqu'une réaction ou une désintégration
se produit, la somme de chacun des nombres leptoniques avant le processus
doit être égale à la somme de chacun des nombres de leptoniques après
le processus. Chacune de ces quantités doit être conservée séparément.
Les six leptons
Nom
(et
symbole) |
Masse
au
repos
(MeV/c²) |
Charge |
 |
 |
 |
Durée
de vie
(s) |
| Electron
(e-) |
0,511 |
-1 |
1 |
0 |
0 |
(*) |
Neutrino
électronique ( ) |
<
0,09 eV/c² |
0 |
1 |
0 |
0 |
 |
|
Muon
( -) |
105,7 |
-1 |
0 |
1 |
0 |
2,2
x 10-6 |
Neutrino
muonique ( ) |
<
0,27 |
0 |
0 |
1 |
0 |
 |
|
Tauon
( -) |
1777 |
-1 |
0 |
0 |
1 |
2,91
x 10-13 |
Neutrino
tauique ( ) |
<
0,31 |
0 |
0 |
0 |
1 |
 |
Spin
= 1/2 (ce sont des fermions);Nombre baryonique B = 0; Etrangeté S = 0.
(*)
Le symbole
signale les particules stables. Les leptons sont divisés en trois familles
(ou trois générations), chacune composée d'un lepton chargé électriquement
et du neutrino qui lui est associé.
Pour illustrer cette
loi de conservation, considérons le processus de désintégration en deux
étapes suivant :
+
µ+ +
µ+
e+ +
+ 
Dans la première désintégration,
tous les nombres leptoniques pour +
sont égaux à 0, puisque les les pions ne sont pas des leptons. Mais pour
les produits de cette désintégration, on a :
= -1 pour µ+ et
= 1 pour .
La somme de ces deux nombres (-1) + (1) est égale à 0. Par conséquent,
le nombre leptonique muonique est conservé. Aucun électron ou tauon n'est
impliqué dans cette désintégration, donc
= 0 et
= 0 pour la particule initiale et tous les produits de désintégration.
Ainsi, les nombres leptoniques électronique et tauique sont également
conservés.
Dans la seconde désintégration,
µ+ a pour nombre leptonique muonique
= -1, alors que le nombre leptonique muonique net des produits de désintégration
est 0 + 0 + (-1) = -1. Ainsi, le nombre leptonique muonique est conservé.
Le nombre leptonique électronique est également conservé, puisque
= 0 pour µ+, alors que le nombre leptonique électronique net
des produits de désintégration est (-1) + 1 + 0 = 0.
Enfin, comme aucun
tauon n'est impliqué dans ce désintégration, le nombre leptonique tauique,
nul au départ comme à l'arrivée, est également conservé.
-
|
Oscillation
et masse des neutrinos
Dans les années
1980, quand les astrohysiciens se sont rendu compte qu'ils détectaient
moins de neutrinos en provenance du Soleil que ce que prédisaient leurs
modèles. Le tiers de ce qui était attendu.
Une possibilité
était que les neutrinos, au cours de leur parcours entre le Soleil et
la Terre, oscillaient. Produits en tant que neutrinos électroniques, ils
se transformaient sans cesse en l'une au l'autre saveur possible. Ainsi
la probabilité de détecter un neutrino de saveur donnée (neutrino électronique,
neutrino muonique, neutrino tauique) à un un moment donné était
d'un tiers. L'oscillation des neutrinos expliquait qu'on ne capte donc
au final qu'un tiers des neutrinos électroniques produits.
Or la théorie prévoit
qu'une telle oscillation n'est possible que si au moins un des types de
neutrinos possède une masse. Longtemps, il avait été admis que les neutrinos
en sont dépourvus. Et, même si, l'hypothèse que cette masse soit très
faible, mais non nulle, a avait déjà été émise à la fin des années
1950 par Bruno Pontecorvo (1913-1993), la question revêtait une pertinence
nouvelle.
De nombreuses expériences
menées depuis ont conclu effectivement à l'oscillation des neutrinos.
La détermination de leur masse est cependant restée difficile, mais il
semble admis aujourd'hui que la somme des masses des trois neutrinos pourrait
se situer, en ordre de grandeur, au maximum autour de 0,1 eV/c². Au moins
un type de neutrino devrait avoir une masse supérieure à 0,04 eV/c².
De tels résultats
impliquent que, dans certaines circonstances, les nombres leptoniques ne
sont pas conservés. La somme des trois nombres leptoniques reste, elle,
conservée. |
D'autres
exemples.
On pourra vérifier
sur les trois exemples suivants que les nombres leptoniques sont conservés.
• Prédit
dès 1931 par Wolfgang Pauli, le neutrino (en fait l'antineutrino électronique
dans le cas présent) a été découvert expérimentalement en 1956 Ã
partir de l'étude de la désintégration du neutron, selon le schéma
n
p + e +
(désintégration ).
• Lorsque le muon
a été découvert dans les rayons cosmiques; son mode de désintégration
s'est avéré être µ-
e- +
+ .
• De même, lorsque
les particules
sont créées, elles se désintègrent d'une manière similaire aux
muons : un de leurs modes de désintégration répond à la formule -
µ- +
+ . Le tauon
est connu depuis 1975, mais le neutrino tauique n'a pu être observé qu'en
2000.
Conservation du nombre
baryonique.
On vient de voir
le mode de désintégration du neutron responsable de la radioactivité .
A ce point, on pourait envisager d'autres modes de désintégration, tels
que, par exemple celle qui suivrait le schéma n
e+ + e-.
Aucune loi de conservation considérée jusqu'à présent ne s'oppose Ã
ce processus : la charge électrique et les nombres leptoniques sont conservés
(et on peut imaginer un contexte dans lequel l'énergie et l'impulsion
le sont aussi). Une telle réaction n'a cependant jamais été observée.
Pour rendre compte de cela, on introduit une nouveau nombre quantique,
celui-ci attaché aussi à toutes les particules, mais qui prend une valeur
non-nulle seulement pour les baryons. Il s'agit du nombre baryonique B
:
• B =
1 pour les baryons; B = -1 pour les anti-baryons, et donc B= 0 pour toutes
les autres particules.
Loi de conservation
stipulera que le nombre baryonique est conservé (en plus de tous les autres
nombres) lors de tous les processus (réaction nucléaire, désintégration)
dans lesquels sont impliquées les particules. On peut vérifier que la
désintégration du neutron selon n p
+ e +
conserve le nombre baryonique. De même pour le processus de collision
proton-antiproton p + 
p + p +
+
qui satisfait lui aussi la loi de conservation du nombre baryonique
(nul avant et après l'interaction) : 1 + (-1) = 1+1 + (-1) + (-1)
= 0.
•
Si le nombre baryonique est conservé, le proton, qui est le baryon le
moins massif, doit être absolument stable (= il ne peut pas se désintégrer
spontanément). Cependant, certaines théories actuellement élaborées
afin d'unifier les différentes les interactions fondamentales (V. plus
bas le paragraphe sur les théories supersymétriques) admettent que le
nombre baryonique puisse ne pas être absolument conservé. Le proton serait
alors instable.
Conservation de l'étrangeté.
À la fin des années
1940 et au début des années 1950, des expériences sur les rayons cosmiques
ont révélé l'existence de particules qui n'avaient jamais été observées
sur Terre. Ces particules étaient produites lors de collisions de pions
avec des protons ou des neutrons dans l'atmosphère. Leur production et
leur décomposition étaient inhabituelles.
• Ces
particules étaient produites dans les interactions nucléaires fortes
entre des pions et des nucléons, et l'on pouvait en déduire qu'on
avait affaire à des hadrons; cependant, leur désintégration était médiée
par l'interaction nucléaire faible à action beaucoup plus lente. Leur
durées de vie étaient de l'ordre de 10-10
secondes (cas, par exemple, des particules , +,
et ) Ã
10-8 s (exemple : kaon positif K+),
alors que la durée de vie typique d'une particule qui se désintègre
via l'interaction nucléaire forte est plutôt de l'ordre de 10-23
s à 10-20 s.
• Ces particules
étaient également inhabituelles car elles étaient toujours produites
par paires dans les collisions pion-nucléon.
Voici
un exemple de ce qu'on observe ordinairement : la production via
l'interaction forte de la paire 0
et K0 résulte de la collision d'un pion
négatif et d'un proton : -+
p  0
+ K0. Chacune des particules produite
se désintègre ensuite par l'interaction nucléaire faible, l'une selon
le schéma : 0  -+
p, pour l'une; et pour l'autre, selon K0  +
+ -.
Or, si l'on ne devait prendre en compte que les lois de conservation connues
jusqu'ici, rien ne s'opposerait à ce que la réaction suivant puisse s'observer-: -
+
p n + K0
(on
peut vérifier que la charge électrique et les nombres leptoniques et
baryonique sont conservés). Or cela n'arrive jamais.
Pour ces raisons, et
aussi parce qu'aucun processus physique ne semblait les rendre nécessaires
(les processus auxquels elle participaient aurait pu se produire à l'identique
sans elles), ces particules nouvellement découvertes ont été décrites
comme étranges. Si une réaction telle que -+
p n + K0
n'est
jamais observée, c'est parce qu'il doit exister une loi qui assure la
conservation d'un nouveau nombre quantique appelé l'étrangeté,
dont le sympole est S.
-
Les particules étranges
sont toutes des particules composites (hadrons). On verra plus loin que
leur étrangeté tient à ce qu'elles contiennent toutes au moins
un quark particulier, que l'on a nommé en toute logique le quark s ou
quark étrange ( = strange en anglais). Ainsi le nombre quantique
S est-il défini comme le nombre de quark s contenus dans la particule,
assorti des signes plus ou moins selon que l'on a affaire à une particule
ou à son antiparticule.
•
S = 0 pour toutes les particules qui ne contiennent pas de quark étrange.
Il
existe un cas particulier, où la particule est bien composée de quarks
s, mais où l'étrangété S n'apparaît pas : c'est le cas du méson ,
découvert en 1962, composé du quark étrange s et de l'antiquark étrange :
(
= s et donc S =
(-1) +1 = 0...).
• S = ±1 pour les
mésons étranges (kaons).
• S = ±1,
±2 ou ±3 pour les baryons étranges (S = ±1 pour les
particules
et ; S =
±2 pour les particules ,
et S = ±3 pour les ).
L'étrangeté est conservée
par la force nucléaire forte, qui régit la production de la plupart de
des particules étranges, mais elle n'est pas conservée par la force nucléaire
faible.
Ainsi,
par exemple dans la réaction : -+
p  0
+ K0, l'état initial correspond-il Ã
S = 0 et l'état final à (-1) + (+1) = 0. En revanche pour-
:
0  -
+
p, on a S = 1 pour l'état initial et S =0 pour l'état final; et pour
K0  +
,
on a de la même façon même a S = - 1 pour l'état initial et S = 0 pour
l'état final.
Historiquement, la conservation
de l'étrangeté a été le premier exemple connu d'une loi de conservation
dont le champ d'application est seulement partiel. On va voir qu'un autre
nombre quantique, appelé le charme, se conserve lui aussi seulement
partiellement. La première
particule charmée (c'est-à -dire
de charme non nul) a été identifiée en 1974. Cette découverte a joué
un rôle important dans la consolidation de la théorie des quarks dont
il va être question maintenant.
Exemples de hadrons
|
Catégories
|
Nom |
symbole |
Masse
au
repos
(MeV/c²) |
Charge |
B |
S |
Durée
de
vie (s) |
| Mésons
Spin
entier : 0
ou
1 (J/Psi et Upsilon) |
Pions |
+ |
139,6 |
+1 |
0 |
0 |
2,60
x 10-8 |
° |
135,0 |
0 |
0 |
0 |
8,4 x 10-17 |
| Kaons |
K+ |
493,7 |
+1 |
0 |
0 |
1,24
x 10-8 |
| K° |
497,6 |
0 |
0 |
0 |
0,9
x 10-10 |
| Eta |
° |
547,9 |
0 |
0 |
0 |
2,53
x 10-19 |
| J/Psi |
J/ |
3100 |
0 |
0 |
0 |
7,1
x 10-21 |
| Upsilon |
 |
9460 |
0 |
0 |
0 |
1,2
x 10-20 |
| Baryons
Spin
demi-entier :
1/2
ou 3/2 ( -). |
Nucléons |
Proton |
p |
938,3 |
+1 |
1 |
0 |
 |
| Neutron |
n |
939,6 |
0 |
1 |
0 |
882 |
| Hypérons |
Lambda |
° |
1115,7 |
0 |
1 |
-1 |
2,63
x 10-10 |
| Sigma |
+ |
1189,4 |
+1 |
1 |
-1 |
0,8 x 10-10 |
° |
1192,6 |
0 |
1 |
-1 |
7,4 x 10-20 |
- |
1197,4 |
-1 |
1 |
-1 |
1,48 x 10-10 |
| Xi |
° |
1314,9 |
0 |
1 |
-2 |
2,9 x 10-10 |
- |
1321,7 |
-1 |
1 |
-2 |
1,64 x 10-10 |
| Oméga |
- |
16,72,5 |
-1 |
1 |
-3 |
0,84 x 10-10 |
Nombres leptoniques
=
=
= 0
Les quarks
Au début des années 1960, les physiciens
avaient découvert de nombreuse nouvelles particules (les hadrons) et se
trouvaient dans une situation similaire à celle qu'avaient connu avant
eux les chimistes devant la profusion de corps simples. Les chimistes avaient
réussi, à travers la classification périodique des éléments, à découvrir
un principe d'ordre qui trouvait son explication dans la structure des
atomes. Il s'agissait désormais de découvrir Ã
quel principe d'ordre obéissaient les particules élémentaires. La solution
a été élaborée en 1963, indépendamment par Murray Gell-Mann (1929-2019)
et George Zweig (né en 1937), qui ont découvert l'équivalent de leur
« classification périodique », en inscrivant les relations qui existaient
entre hadrons alors connus dans un schéma offert par la la théorie mathématique
des groupes. Cet ordonancement suggérait (mais on s'en doutait déjà )
que les hadrons n'étaient pas vraiment fondamentaux et qu'ils étaient
constitués à partir de combinaisons de seulement trois particules ponctuelles,
plus fondamentales, auxquelles Gell-Mann a donné le nom de quarks,
d'après un mot tiré d'un roman de James Joyce.
Zweig appelait
as (aces en anglais) ces mêmes particules.
-
. Le
passage du roman de James Joyce Finnegans Wake (1939),
dans
lequel Murray Gell-Mann a puisé le mot quark,
qui
serait une forme ancienne du verbe to croak = croasser.
A l'époque trois
types (ou saveurs) de quarks seulement (auxquels s'ajoutaient leurs trois
antiquarks) permettaient de rendre compte de tout le « zoo des particules
» connues, en tout cas de tous les baryons et de tous les mésons. Il
s'agissait des quarks appelés up (u),
down (d) et strange
(s).
La théorie confère
aux quarks un spin demi-entier : ce sont donc des fermions. Tous les mésons
ont un spin entier tandis que tous les baryons ont un spin demi-entier.
Par conséquent, les mésons doivent être constitués d'un nombre pair
de quarks tandis que les baryons doivent être constitués d'un nombre
impair de quarks. De fait, les mésons sont constitués d'un quark (spin
1/2) et d'un antiquark (spin -1/2) et le spin total est donc 0. Le proton,
qui est un exemple de baryon, est composés de trois quarks, deux de même
spin (1/2+1/2) et un troisième de spin opposé (-1/2); au total
cela fait un spin de 1/2.
Puisque les baryons
sont composés de trois quarks, le nombre baryonique d'un quark doit être
fractionnaire : B = 1/3. Mais, la proposition la plus radicale de Gell-Mann
et Zweig était que les quarks avaient en outre des charges électriques
fractionnaires (± 2/3 et ±1/3), alors que toutes les particules directement
observées ont des charges entières ou nulles (multiples entiers la charge
de l'électron, qe, l'unité de charge).
• La valeur
fractionnaire du quark ne viole pas le fait que qe
(la charge de l'électron) soit la plus petite unité de charge observée,
car un quark isolé ne peut pas exister, du moins aux températures ordinaires.
• Le neutron est
constitué de charges dont la somme est égale à zéro mais qui, en se
déplaçant en son sein, produisent son moment magnétique. (Le moment
magnétique du neutron, connu depuis longtemps, a été une des raisons
qui avaient déjà fait soupçonner son caractère composite)
Les
six quarks.
La théorie à trois
saveurs de quarks (u, d, s) de Gell-Mann et Zweig est appelée le modèle
original des quarks. Les découvertes faites depuis 1963 ont nécessité
trois saveurs de quark supplémentaires : les quarks charmé (c), bottom
(b) et top (t).
• De même
qu'un quark u pouvait être associé a un quark d, après la découverte
du quark s, la théorie prédisait l'existence d'un quark qui pourrait
lui être associé, le quark c (quark charmé). La première particule
contenant un tel quark a été découverte indépendamment et presque simultanément
en novembre 1974, par deux groupes (l'un dirigé par C. C. Ting au Brookhaven
National Laboratory et l'autre par Burton Richter à l'accélérateur linéaire
de Stanford (SLAC). Il s'agissait d'un méson dont la sous-structure était
clairement .
Il a été nommé J par un groupe et psi ( )
par l'autre, et il est maintenant connu sous le nom de méson J/ .
Depuis, de nombreuses particules contenant le quark charmé ont été découvertes.
• L'histoire s'est
rapidement répétée. En 1975, des chercheurs de l'Université de Stanford
ont apporté des preuves de l'existence d'un nouveau lepton, le tauon ( ),
suggérant l'existence d'une troisième famille de leptons, à laquelle
aurait correspondu une troisième famille de quarks. C'est ainsi qu'a émergé
l'hypothèse de l'existence de deux nouveaux quarks, les quarks, t (top
= sommet ou truth = vérité) et b (bottom = fond ou beauty
= beauté).
• En 1977, la preuve
de l'existence du quark b a été apportée par les chercheurs du Fermilab,
qui ont signalé la découverte d'un nouveau méson très lourd, l'upsilon
( )
dont il a été démontré qu'il était composé d'un d'un quark
bottom et d'un quark antibottom ou
(la configuration était tout à fait analogue à celle du J/
qui lui aussi est composé d'un quark et de son antiquark : le fait de
n'impliquer qu'une saveur unique de quarks permet une mise en évidence
plus facile des caractéristiques de ces quarks). En mars 1995, des
chercheurs du même laboratoire, utilisant le Tévatron (un accélérateur
circulaire fermé en 2011), ont annoncé la découverte du quark t complétant
le tableau actuel de six quarks, tel qu'il apparaît ci-dessous.
--
Les six quarks
Nom
(et symbole) |
Charge
(e) |
S |
c |
b |
t |
Masse
(Gev/c²) |
| Down
(d) |
-1/3 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0,008 |
| Up
(u) |
+2/3 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0,005 |
|
| Etrange
(s) |
-1/3 |
-1 |
0 |
0 |
0 |
0,50 |
| Charmé
(c) |
+2/3 |
0 |
1 |
0 |
0 |
1,6 |
|
| Bottom
ou Beauty (b) |
-1/3 |
0 |
0 |
-1 |
0 |
5 |
| Top
ou Truth (t) |
+2/3 |
0 |
0 |
0 |
1 |
173 |
• Tous
les quarks ont un spin s = 1/2 et un nombre baryonique B = 1/3. Ils ont
aussi tous leur antiparticule (de mêmes spin et masse et de charge électrique
opposée) caractérisée par des nombres quantiques (charge, B, S, c, b
et t) de signes opposés.
• Le quarks u est
stable; le quark d a une durée de vie d'environ 900 s (= la durée de
vie du neutron). les autres sont instables, mais leurs durée de vie sont
estimées être de l'ordre de 10-8 s pour
le quark s et de 10-12 s pour les quarks
c et b; le quark t a une durée de vie de l'ordre de 10-25
s.
• Les masses des
quarks ne sont connues qu'approximativement, car elles ne sont pas mesurables
directement. Elles doivent être déduites des masses des particules que
ces quarks forment en se combinant.
Des
preuves! on veut des preuves!
Lorsque Gell-Mann
et Zweig ont proposé les trois saveurs originales de quark, les particules
correspondant à toutes les combinaisons de ces trois n'avaient pas été
observées. Tout comme cela avait été le cas dans le tableau périodique
des éléments, toutes les cases n'étaient pas remplies. Ainsi, manquait-il,
par exemple, la particule composée de trois quarks étranges (sss), que
l'on connaît aujourd'hui sous le nom de particule -.
Mais la théorie des quarks permettait de prévoir, non seulement son étrangeté,
mais aussi son spin, sa charge électrique, sa masse et sa durée de vie
approximatives. Il devait donc être possible de l'identifier expérimentalement,
et sa découverte n'a d'ailleurs pas tardé (1964, Bookhaven National Laboratory).
Ce n'était pourtant là qu'une preuve indirecte de l'existence des
quarks.
-
Des indications
expérimentales plus solides de l'existence de quarks sont ont été produites
grâce à une série d'expériences réalisées avec l'accélérateur linéaire
de Stanford (SLAC) et au CERN. Dans les deux cas, il s'agissait
de sonder la structure du proton par des expériences de difffusion, Ã
la manière dont Rutherford
(1871-1937), une soixantaine d'années plus tôt, avait étudié la structure
interne du atome avec ses expériences de diffusion de particules .
Les expériences du SLAC, menées dès 1967, reposaient sur le bombardement
des protons par des électrons hautement accélérés. Elles ont montré
que certains électrons étaient déviés à de très grands angles, indiquant
l'existence de trois petits centres de diffusion dans le proton. La distribution
des déviations constatées était cohérente avec la dispersion des électrons
à partir de sites ayant un spin 1/2, le spin des quarks. Les observations
menées dans la foulée au CERN, ont quant à elles, concerné la diffusion
de neutrinos à la place des électrons, et elles ont elles ont aussi mis
en évidence l'existence de minuscules centres de diffusion. Dans les deux
cas, les résultats suggèraient pour les particules diffusantes des charches
électriques en accord avec le modèle des quarks.
Les expériences
menées depuis, impliquant des énergies beaucoup plus élevées
et donc des résultats beaucoup plus précis, n'ont fait que confirmé
les résultats précédents. Mais il notable, qu'à ce jour et peut-être
encore pour longtemps, il n'a pas été possible d'observer un quark isolé.
Aux énergies aujourd'hui accessibles, les quarks restent toujours liés
à d'autres quarks. La force forte est vraiment forte : dans la théorie
dont elle relève et qui rend compte de cette propriété, on parle du
confinement
des quarks. Les interactions entre quarks les maintiennent dans une
très petite région de l'espace, dans laquelle, cependant, ils sont libres
de ce déplacer. La théorie connaît cette deuxième propriété
sous le nom de liberté asympotique.
Ajoutons qu'il existe
aussi des preuves indirectes de l'existence de gluons dans les nucléons.
Lorsque des électrons de haute énergie sont diffusés par des nucléons,
révélant ainsi la présence des quarks, les impulsions de ces quarks
sont plus petites qu'elles ne le seraient s'il n'y avait pas de gluons.
Cela signifie que les gluons transportant la force entre les quarks portent
également une certaine quantité de mouvement.
• A défaut,
de pouvoir observer des quarks véritablement libres, les physiciens
du CERN pensent avoir avoir mis en évidence, en 2000, grâce à des collisions
de noyaux de plomb, un plasma formé de quarks et de gluons, dans lequel
les quarks ne forment donc aucun hadron. Les études et du plasma quark-gluons
continuent d'être réalisées, notamment grâce au collisionneur d'ions
lourds relativistes (RHIC) de Brookhaven.
Les combinaisons
de quarks.
Comme on l'a dit,
les quarks se lient par trois pour former les baryons ou par deux (paire
quark-antiquark) pour former les mésons.
Les
baryons.
Les baryons constituent
ce qu'on appelle la matière baryonique. La matière baryonique ordinaire,
celle qui forme les noyaux des atomes, est représentée par les nucléons
(proton et neutron). Les autres baryons constituent la matière baryonique
exotique (catégorie dans laquelle on range aussi des particules hypothétiques
qui possèdent au moins un baryon dans leur composition). Le reste de la
matière (leptons et éventuellement particules, dites exotiques, prévues
par certaines théories) forment la matière non-baryonique.
Exemples de baryons
Nom
(et symbole) |
Sous-structure
(Quarks) |
Charge
(e) |
Spin
( ) |
Masse
(GeV/c²) |
Durée
de vie
(s) |
| Proton
(p) |
uud |
1 |
1/2 |
0,938 |
 |
| Neutron
(n) |
udd |
0 |
1/2 |
0,940 |
886 |
Delta++
( ++) |
uuu |
2 |
3/2 |
1,232 |
0,6 x 10-23 |
Delta+( +) |
uud |
1 |
3/2 |
1,232 |
0,6 x 10-23 |
Delta°( °) |
udd |
0 |
3/2 |
1,232 |
0,6 x 10-23 |
Delta-( -) |
ddd |
-1 |
3/2 |
1,232 |
0,6 x 10-23 |
Lambda°( °) |
uds |
0 |
1/2 |
1,116 |
2,63 x 10-10 |
Sigma+( +) |
uus |
1 |
1/2 |
1,189 |
0,8 x 10-10 |
Sigma°
( °) |
uds |
0 |
1/2 |
1,192 |
7,4 x 10-20 |
Sigma-
( -) |
dds |
-1 |
1/2 |
1,197 |
1,48 x 10-10 |
Xi-
( -) |
dss |
-1 |
1/2 |
1,321 |
1,64 x 10-10 |
Xi°
( °) |
uss |
0 |
1/2 |
1,315 |
2,9 x 10-10 |
Oméga-
( -) |
sss |
-1 |
3/2 |
1,672 |
0,82 x 10-10 |
Lambda
charmé ( c+) |
udc |
1 |
1/2 |
2,285 |
2,0 x 10-13 |
Lambda
bottom( b°) |
udb |
0 |
1/2 |
5,620 |
1,2 x 10-12 |
Oméga-
bottom ( b-) |
ssb |
-1 |
1/2 |
6,054 |
1,13 x 10-12 |
• La matière
baryonique ordinaire (protons, neutrons) est constituée des seuls quarks
u et d.
• Un seul
baryon est stable, le proton. Le neutron, stable lorsqu'il est lié au
proton dans les noyaux atomiques, se désintègre spontanément en un peu
moins d'un quart d'heure. Les autres baryons ont une durée de vie beaucoup
courte, souvent d'un dix-milliardième de seconde, ou bien plus courte
encore.
• Parmi les particules
dont l'existence est la plus brève, on remarque les particules delta.
Les baryons delta plus ( +)
et delta neutre ( °)
ont la même structure sous-jacente que le proton et le neutron, respectivement.
Ces particules se distinguent des nucléons par leur spin total qui est
de 3/2 et non de 1/2, aussi bien que par leur masse : la masse du +
est 1,3134 fois la masse du proton, et celle du delta zéro ( 0)
avec un spin 3/2 est 1,3106 fois la masse du neutron. C'est l'énergie
associée au spin (ou moment cinétique) de la particule qui contribue
à son énergie de masse. Pour le reste, ces particules apparaissent comme
des variantes (états excités) des nucléons. On a vu plus haut que de
telles particules sont appelées résonances.
• Certaines
particules ont des masses identiques ou très proches et même spin et
ne semblent différer que par la charge. C'est le cas, par exemple, du
proton et du neutron (doublet) ou encore, dans notre tableau, des particules
sigma (triplet) ou delta (quadruplet). Ce constat conduit à introduire
un nouveau nombre quantique, l'isospin (aussi appelé spin isotopique ou
spin isobare), noté I, qui permet alors de différencier les particules
appartenant à un même multiplet. Selon Heisenberg, à l'origine
de cette notion, le proton et neutron pouvaient être considérés comme
deux états d'isospin différent d'une unique particule; nommée nucléon.
Cette conception a évolué : aujourd'hui, l'isospin est des éléments
qui permettent la classification des hadrons, et, partant, la détermination
des propriétés de l'interaction forte.
• De même, qu'il
existe des baryons possédant deux quarks identiques par leur saveur, il
n'y a pas d'inconvénient à ce qu'un baryon puisse aussi être constitué
de trois quarks de même saveur (ils ont tous un spin de 3/2). On connaît
le ++
(uuu), le -(ddd)
ou l' -(sss).
On n'a cependant pas encore observé l' -bbb
(bbb)
et l' ++ccc
(ccc).
• Aucun baryon
n'existe possédant un quark top. Ces quarks se désintègrent trop rapidement
pour que cela arrive.
Les
mésons.
Les mésons sont
des particules instables composés d'un quark et d'un antiquark. En voici
quelques exemples :
Exemples de mésons
Nom
(et symbole) |
Sous-structure
(Quarks) |
Charge
(e) |
Spin
( ) |
Masse
(GeV/c²) |
Durée
de vie
(s) |
Pion
positif ( +) |
 |
1 |
0 |
0,140 |
2,6 x 10-8 |
Pion
négatif ( -) |
 |
-1 |
0 |
0,140 |
2,6 x 10-8 |
Pion
neutre ( °) |
Superposition
 |
0 |
0 |
0,135 |
0,83 x 10-16 |
Eta
neutre ( °) |
Superposition
 |
0 |
0 |
0,547 |
5 x 10-19 |
Rhô
positif ( +)
(Etat
excité du pion) |
 |
1 |
1 |
0,768 |
0,4 x 10-23 |
Rhô
négatif ( -) |
 |
-1 |
1 |
0,768 |
0,4 x 10-23 |
| Kaon
positif (K+) |
 |
1 |
0 |
0,494 |
1,24 x 10-8 |
| Kaon
négatif (K-) |
 |
-1 |
0 |
0,494 |
1,24 x 10-8 |
Kaon
neutre (K° / )
Existe
selon deux
superpositions
d'états. |
(Kaon
neutre long, KL) |
0 |
0 |
0,498 |
5,12 x 10-8
s |
(Kaon
neutre court, KS) |
0 |
0 |
0,498
(± m?) |
8,95 x 10-11 |
J/Psi
(J/ ) |
 |
0 |
1 |
3,097 |
7,2 x 10-21 |
| D
positif (D+) |
 |
1 |
0 |
1,87 |
10,6 x 10-13 |
| D+
étrange (Ds+) |
 |
1 |
0 |
1,97 |
4,7 x 10-13 |
Phi
( ) |
 |
0 |
1 |
1,02 |
20 x 10-23 |
| B
neutre (B°) |
 |
0 |
0 |
5,26 |
1,5 10-12 |
Upsilon
( ) |
 |
0 |
1 |
9,46 |
1,3 x 10-20 |
• Le méson +
(l'un des trois pions) est composé d'un quark up plus un quark antidown,
ou u .
Sa charge totale est donc +2/3 + 1/3 = 1. Son nombre baryonique est 0,
car il a un quark et un antiquark avec des nombres baryoniques +(1/3) -
(1/3) = 0. La demi-vie du +
est relativement longue car, bien qu'il soit composée de matière et d'antimatière,
les quarks sont de différentes saveurs et la force faible a à provoquer
la décomposition en changeant la saveur de l'un en celle de l'autre. Les
spins des quarks u et
sont antiparallèles, ce qui permet au pion d'avoir un spin zéro. (La
même combinaison quark-antiquark donne le méson rho ( )
de spin 1. Ce méson a une masse environ 5,5 fois celle du méson +).
• Le méson -
est l'antiparticule du méson +,
et il est composé des antiquarks correspondants. Autrement dit, le méson +
est u ,
tandis que le méson -
est d.
Commeleurs quarks constitutifs sont les antiparticules l'un de l'autre,
ces deux pions s'annihilent rapidement.
• Certains mésons
sont leur propre antiparticule. Exemples : pion neutre, éta neutre (et
les autres particules éta), rhô neutre, phi, J/psi et upsilon).
• La notion d'isospin,
que l'on a introduite ici à propos des baryons, s'applique aussi aux mésons
( particules pi, K, D). Tous les hadrons
peuvent être organisés en multiplets d'isospin.
• Les particules
rhô+ et rhô- sont des résonances
des pions positif et négatif respectivement. La situation est la même
que celle déjà évoqué dans le cas des baryons : mêmes structures sous-jacentes,
mais spins différents (et, partant, masses et durées de vie différentes).
• Certains mésons
se présentent comme des mélanges (ou des superpositions d'états
d'autres mésons) d'autres mésons. Ceux-ci, comme dans le cas du pion
neutre et de l'éta neutre sont des mésons composés d'un quark et de
son propre antiquark. Les mésons répondant une telle combinaison
est parfois appelés quakoniums, même si le terme est plutôt utilisé
pour les combinaisons J/ (charmonium)
et
(bottomonium).
Note
: en physique quantique, l'état d'un système (ce système pouvant se
réduire à une unique particule) est représenté mathématiquement par
un vecteur. Or un vecteur peut être décomposé sous la forme d'une combinaison
linéaire d'autres vecteurs. C'est ce que l'on exprime par exemple en écrivant,
sous forme abrégée : °
= .
Comme toute combinaison linéaire, la superposition
peut être additive (+) ou soustractive (-) et faire intervenir des facteurs
multiplicatifs (ici, pour être moins simpliste, il aurait fallu aussi
diviser le second terme de l'équation par la racine carrée de 6).
• Le méson K neutre
résulte
aussi d'un mélange (celui du K° et de son antiparticule ),
qui peut se présenter aussi bien sous forme additive
(Kaon neutre long) que sous forme soustractive (kaon neutre court). Les
termes long et court se réfèrent ici à des temps de désintégration
différents (ils diffèrent d'un facteur de l'ordre de 1000). Une très
petite différence de masse m
est également soupçonnée entre les deux formes.
• Les durées
de vie des mésons correspondent aux différentes situations rencontrées.
Ordinairement, elles sont de l'ordre de 10-8
s. Les résonnances sont excessivement courtes (de l'ordre de 10-23
s). Même chose pour les mésons composés d'un quark et de son propre
antiquark (quarkonium), 10-20 s pour l'upsilon,
10-21 s pour le J/psi (on pouvait s'attendre
à ce que la particule s'annihile rapidement avec son antiparticule). Les
mélanges, enfin correspondent à des durées de vie intermédiaires (on
a vu que le pion, le rhô et le kaon neutres sont aussi leurs antiparticules)
.
.
• Pas plus qu'il
n'existe de baryon contenant un quark t, il n'existe aucun méson composé
de quark t, trop instable.
La
force faible change la saveur des quarks.
L'interaction faible
transforme n'importe quel quark en n'importe quel autre. Non seulement
pouvons-nous avoir d
u, mais aussi aussi obtenir u
d, ou encore s
u et s d (ce
qui constitue une violation de la loi de conservation de l'étrangeté
par la force faible), b
u, etc.
Voici
par exemple ce que qui se produit en termes de quarks lors de la désintégration
du neutron (désintégration -)
: n p + -+
, soit :
udd
uud + -+ .
Autrement dit, un quark down change de saveur pour devenir un quark up
: d u + -
+ .
La force nucléaire
forte ne peut pas, quant à elle, changer la saveur d'un quark. En revanche,
elle change sa couleur...
La couleur des
quarks.
On a remarqué plus
haut que certains baryons pouvaient être composés de quarks de même
saveur. Les quarks étant des fermions, ils obéissent au principe d'exclusion
de Pauli, il peut donc être surprenant d'apprendre que des quarks identiques
(même charge, même spin), par exemple deux quarks u, peuvent exister
et se lier pour former une particule, éventuellement aussi stable que
le proton. Comment deux quarks up peuvent-ils exister dans la même petite
région de l'espace au sein d'un proton? Surtout, comment des particules
telles que l'oméga moins (composé de trois quark s) peuvent-ils
exister? La réponse à cette question est assez banale en physique des
particules : il suffit poser l'existence d'une propriété nouvelle qui
permettrait de distinguer chacun des quarks up en présence.
Cette propriété,
qui conduit à multiplier par trois le nombre de quarks, est un nouveau
nombre quantique, appelée couleur. Chaque quark, de la même façon
qu'il a une charge électrique qui peut être positive ou négative, a
donc aussi une couleur (ce nombre quantique ne concerne que les quarks,
les lepton sont neutres du point de vue de la couleur). La couleur joue
le même rôle dans l'interaction nucléaire forte que la charge électrique
dans les interactions électromagnétiques. Pour cette raison, la couleur
des quarks est parfois appelée charge forte. Bien que le concept
de couleur dans le modèle des quarks ait été conçu à l'origine pour
satisfaire le principe d'exclusion, il fournit également une meilleure
théorie pour expliquer certains résultats expérimentaux. Par exemple,
la théorie modifiée prédit correctement la durée de vie du méson pi°.
Chaque type de quark
(u, d, c, s, b, t) peut posséder chacune des couleurs. Par exemple, trois
quarks étranges existent : un quark étrange rouge, un quark étrange
vert et un quark étrange bleu. Les antiquarks possèdent des anticouleurs.
La théorie de la
façon dont les quarks interagissent les uns avec les autres est connue
sous le nom de chromodynamique quantique, appellation qui fait pendant
à celle d'électrodynamique quantique donnée à la théorie de l'interaction
entre particules chargées électriquement. La couleur est à la force
forte ce que la charge électrique est à la force électromagnétique.
Mais alors que la charge électrique ne peut prendre que deux valeurs (+1
et -1), la couleur peut en prendre trois : le rouge (R), le vert (G pour
green)
et le bleu (B). Les antiquarks ont trois valeurs que nous appelons antirouge
ou cyan ( ), antivert
ou magenta ( ) et
antibleu ou jaune ( )
par analogie avec ces couleurs secondaires visibles. En électrodynamique
quantique, on dit que chaque quark porte une charge de couleur, analogue
à une charge électrique. La force forte entre les quarks est souvent
appelée force de couleur.
Ces noms ont été
choisis de sorte, que par analogie avec les couleurs visuelles, la
combinaison de trois couleurs primaires ou la combinons d'une couleur et
son complémentaire, sont vue par l'oeil comme du blanc. Entendons bien
que les couleurs ici ne sont que des étiquettes : les quarks ne sont pas
réellement colorés. La couleur des quarks n'a rien à voir avec que nous
ressentons avec la lumière visible, mais ses propriétés sont analogues
à celles de trois couleurs primaires et de trois couleurs secondaires
: lorsqu'une particule combine un quark rouge, un quark vert et un quark
bleu (baryon), on pourra dire qu'elle est incolore, ce qui pour la charge
forte correspond à la neutralité pour la charge électromagnétique.
Les
hadrons sont incolores... pas les gluons.
Le confinement des
quarks, en termes de couleurs, s'exprime en disant que les quarks qui se
lient pour former des hadrons (baryons et mésons) doivent toujours être
tels que leur composé soit incolores (on dit aussi de couleur neutre ou
blanc). Ainsi, un baryon doit contenir un quark rouge, bleu et vert. De
même, un méson contient une paire de quark antirouge, bleu-antibleu ou
vert-antivert. Ainsi, deux quarks peuvent être trouvés dans le même
état de spin dans un hadron, sans violer le principe d'exclusion de Pauli,
car leurs couleurs sont différentes.
Les gluons, les particules
de champ médiatrices de l'interaction forte, sont, comme les photons,
des particules sans masse et de spin 1. Mais ces deux types de particules
diffèrent grandement sur d'autres points. On sait que le photon, médiateur
de la force électromagnétique entre particules chargées électriquement
ne porte pas lui-même de charge. Deux des huit gluons sont dans une situation
similaire : ils ne portent pas de charge de couleur (ils sont incolores),
mais les six autres sont, eux, porteurs chacun d'une couleur et d'une anticouleur.
Autrement dit, les gluons sont sensibles à l'interaction forte comme les
quarks. Cela complique sensiblement la chromodynamique quantique.
Tétraquarks
et pentaquarks.
Des particules incolores
à quatre quarks (tétraquarks) ou à cinq quarks (pentaquarks) sont également
prévues par la théorie. Il semble que certaines de ces particules, Ã
l'existence excessivement fugace, aient déjà été observé. En mars
2021, par exemple, le CERN a publié la découvert par le LHC de deux tétraquarks 
et  ;
les premiers candidats tétraquarks et pentaquarks on été découverts
au Japon en 2003. Il est possible cependant que ces détections correspondent
plutôt de sorte de «-molécules
» de type méson-méson (2 +2) ou méson-baryon (2 + 3).
L'unification des forces
Un des principaux sujets
d'étonnement lorsqu'on étudie la physique est que l'immense multiplicité
des phénomènes connus peut être ramenée en dernière analyse à l'action
de seulement quatre forces fondamentales. Mais il est peut-être possible
d'aller plus loin et d'imaginer que ces quatres forces ne sont que les
expressions d'une force unique qui se manifesterait à très haute énergie.
Si l'on excepte la
gravitation, les autres trois forces - celles qui sont abordées en termes
quantiques - sont aujourd'hui comprises au sein d'un même cadre théorique
général (celui des théories de jauge). Il n'est pas absurde de
penser qu'une théorie de jauge « plus grande » puisse « contenir »
les théories existantes et rendre compte des différentes d'interactions
observées à partir d'un seul principe.
L'effort de la physique
vise au même objectif depuis les spéculations des anciens Grecs sur la
matière ( La matière dans l'Antiquité ,
les Présocratiques ),
déjà à la recherche d'un principe (archè) susceptiple de rendre
compte de la multiplicité des phénomènes. La science moderne, qui a
tardé à se constituer, a fini par produire, grâce aux Galilée ,
Newton, Faraday ,
etc., les outils conceptuels capables d'aller plus loin. Ainsi, a-t-il
fallu attendre les travaux de James Clerk Maxwell
(1831-1879) pour que soient réunis dans dans un même cadre théorique
l'électricité et le magnétisme, qui correspondaient auparavant à deux
ordres de phénomènes différents. Au début du XXe
siècle, la relativité restreinte d'Einstein a permis de comprendre les
raisons physiques profondes qui rendaient possibles cette unification.
Avec la réécriture en termes quantiques de l'électromagnétisme et la
découverte des deux forces nucléaires pouvant se formuler dans une même
langue, recourant à aux mêmes concepts physiques et mathématiques, il
est devenu tentant de chercher s'il n'était pas possible de fondre
à l'intérieur d'une théorie unique toutes les forces fondamentales.
Un argument supplémentaire
apparaît lorsqu'on compareles intensités intrinsèques des différentes
forces. Ces intensités sont mesurés par un paramètre propre à chaque
théorie et appelé la constante
de couplage. On sait ainsi que la force électromagnétique est
10-2 fois plus faible que la force forte;
la force faible est 10-13 fois plus faible
que cette dernière, et la force gravitationnelle est 10-38
fois plus faible. Mais ces ordres de grandeurs ne valent qu'aux échelles
d'énergie qui caractérisent l'univers actuel. Dans les accélérateurs
de particules, des énergies beaucoup plus élevées peuvent être atteintes,
correspondant aux températures qui régnaient dans les premières fractions
de seconde après le début de l'expansion cosmique. Or, on constate alors
que plus la distance sondée est petite, plus la température est élevée,
plus l'énergie impliquée est grande, et plus les constantes de couplage
caractérisant chaque force, loin d'être de vraies constantes, tendent
à converger vers une valeur unique. Les technologies actuelles ne permettent
pas d'atteindre les conditions où elles pourraient se confondre. Mais,
ici encore, il n'est pas absurde de supposer qu'à une époque très précoce
de l'histoire cosmique, une unique constante de couplage rendait les différentes
forces indiscernables. Dans une telle situation, tous les phénomènes
peuvent s'expliquer comme les effets de l'action d'une force unique, d'un
unique principe d'interaction.
La théorie électrofaible.
La théorie qui
unifie l'électromagnétisme (reformelé dans le cadre de la l'électrodynamique
quantique) et l'interaction faible a été développée dans les années
1960 par Steven Weinberg (né en 1933), Sheldon Glashow (né en 1932)
et Abdus Salam (1926-1996). Cette théorie, dite théorie électrofaible,
postule que les interactions faible et électromagnétique ont la même
intensité lorsque les particules impliquées ont des énergies très élevées.
Les deux interactions sont considérées comme des manifestations différentes
d'une seule interaction électrofaible unificatrice.
La théorie électrofaible
faisait de nombreuses prédictions concrètes, mais la plus spectaculaire
a été peut-être la prédiction des masses des particules porteuses de
la force faible, les bosons W+, W–
et Z0 , qui devaient être d'environ 82
GeV/c² et 93 GeV/c², respectivement. En 1983, ces particules ont éffectivement
été observées au CERN avec les caractéristiques attendues (masses,
spin, etc.). Cette découverte expérimentale, a valu le prix Nobel 1984
aux chefs de l'expérience, Carlo Rubbia (né en 1934) et Simon van der
Meer (1925-2011). Les théoriciens Weinberg, Glashow et Salam avaient déjÃ
reçu en 1979 le prix Nobel pour leurs travaux.
Le
boson de Higgs.
Une question des
questions laissées en suspens par la théorie était de savoir pourquoi,
des différents médiateurs de l'interaction électrofaible, le photon
est sans masse, contrairement aux bosons W et Z. En raison de cette différence
de masse, aux basses énergies les forces électromagnétiques et faibles
sont assez différentes mais à très hautes énergies (disons au-delÃ
de d'énergies de l'ordre de 100 GeV), elles se ressemblent, lorsque l'énergie
au repos est négligeable par rapport à l'énergie totale. le Z0
en particulier ressemble au photon de spin 1 sans masse et sans charge.
En fait, il y a suffisamment d'énergie lorsque les choses sont poussées
à des distances encore plus petites (soit à des énergies plus élevées)
pour les transformer , et Z0 en particules
porteuses sans masse plus similaires aux photons et aux gluons.
Le comportement lorsque
l'on passe des énergies supérieures aux énergies inférieures est connu
sous le nom de brisure de symétrie, car les forces sont similaires, ou
symétriques, aux hautes énergies, mais sont très différentes aux basses
énergies. A partir des énergies de repos des bosons W et
Z qui ne sont pas égales à zéro, se pose la question de l'origine des
masses des particules. Pour résoudre ce problème, un mécanisme capable
de briser la symétrie électrofaible a été proposé dès 1964 par Robert
Brout (1928-2011), puis approfondi principalement par François Englert
(né en 1932) et Peter Higgs (né en 1929). Ce mécanisme impliquait
l'intervention d'un champ d'un genre nouveau, associé à une particule
connue aujourd'hui sous le nom de boson de Higgs (une appellation qui,
en toute justice, aurait du se référer à Brout, si une erreur de date,
entérinée par d'autres, n'avait pas été commise par S. Weinberg dans
un article sur le sujet...).
Le modèle standard
modifié comprend le boson de Higgs, qui fournit une explication logique
et cohérente de la masse des bosons W et Z. Il est possible, de plus,
que la masse de toutes les particules massives puisse être comprise comme
l'effet de leur interaction avec le champ de Higgs.
• On qualifie
le boson de Higgs de boson scalaire. Cela tient à la nature du
champ qui lui est associé; un champ scalaire est un champ dont la valeur
qu'il prend en chaque point de l'espace est un simple nombre (= scalaire).
Les expériences au
LHC (Grand collisionneur de hadrons) du CERN ont présenté en 2012 des
preuves d'un boson de Higgs d'une masse de 125 Ã 126 GeV, et il
y a une possibilité d'une découverte directe en 2012. Cette découverte,
confirmée l'année suivante, a assis la validité de la théorie électrofaible.
Les deux des théoriciens du mécanisme de la brisure de symétrie électrofaible
encore vivants (Englert et Higgs) ont réçu le prix Nobel de physique
dès 2013.
-
La grande unification.
Reste encore Ã
unifier la chromodynamique quantique et la théorie électrofaible. Une
théorie répondant à cet objectif est appelée théorie de grande
unification (une théorie plus ambitieuse encore rallierait à ce schéma
la gravitation). L'unification de la force forte est attendue à des énergies
si élevées qu'elle ne peut pas être testée directement, seules des
conséquences observables à relativement basse énéergie peuvent être
espérées.
Les
théories supersymétriques.
La supersymétrie,
développée par Bruno Zumino (né en 1923) et Julius Wess (1934-2007),
prédit qu'à des énergies très élevées (de l'ordre de 1016
GeV),
il existe des interactions qui transformeraient les fermions en bosons
et vice versa, et que chaque fermion connu aurait un boson partenaire supersymétrique,
ou superpartenaire, de même masse.
Ainsi, pour chaque
quark (un fermion), il y aurait un squark (un boson) ou quark «-supersymétrique
». Pour chaque lepton, il y aurait un slepton. De même, pour chaque boson
de force connu (photons et gluons, par exemple), il y aurait un fermion
supersymétrique (photinos et gluinos).
Les particules supersymétrique
sont des candidates pour la « matière sombre
» de l'Univers. Mais pourquoi cette composante matérielle majoritaire
de l'Univers n'a-t-elle pas été détectée? Il faut probablement
admettre que les particules supersymétriques sont beaucoup plus massives
que leurs homologues conventionnelles, peut-être trop massives (masses
typiquement de l'ordre du Tev (1 téraélectronvolt = 1012
eV) pour être produites dans les accélérateurs actuels. La recherche
de particules supersymétriques est cependant déjà au programme des travaux
du LHC.
• Puisque
dans les théories supersymétriques les fermions peuvent se transformer
en bosons, le nombre baryonique n'est pas conservé. Il s'ensuit que la
survie du proton n'est plus garantie. Il pourrait se désintégrer par
exemple selon le schéma : p  0
+ e+, qui violerait ainsi à la fois la
loi de conservation du nombre baryonique B et celle de conservation du
nombre leptonique .
À l'heure actuelle, une telle désintégration n'a jamais été observée
et tout ce que l'on peut dire, sur la base d'observations expérimentales,
c'est que les protons ont une durée de vie d'au moins 1033
ans (pour mémoire l'âge estimé de l'univers n'est que de 1010
ans).
Si
rien n'interdit la désintégration du proton, alors elle devient, à terme,
nécessaire. Cela signifie que toute la matière ordinaire de l'univers
est condamnée à disparaître : un avenir de l'univers à ajouter à ceux
qu'envisage la
théorie du big bang.
• Les
théories supersymétriques prévoient en outre toutes l'existence d'une
classe de particules spéciales, appelées axions (l'axion proprement
dit et d'autres particules qui lui sont apparentées), qui y jouent un
rôle dans ces théories analogue d'un certain point de vue avec le rôle
joué par le boson de Higgs dans la théorie électrofaible. Les axions
ont ceci d'intéressant (s'ils sont présents en masse dans l'univers)
de pouvoir interagir avec les photons du milieu
intergalactique et donc de manifester ainsi leur existence. Des recherches
actives sont menées actuellement pour détecter les indices de telles
interactions.
La production de particules
supersymétriques en laboratoire, l'observation de la désintégration
du proton ou la détection d'effets, à l'échelle des amas de galaxies,
des axions sur les photons constitueraient une avancée considérable dans
la validation de l'hypothèse supersymétrique.
En associant la supersymétrie
à la relativité générale on obtient une nouvelle théorie quantique
de la gravitation (la supergravité ou supergravitation, élaborée dans
les années 1970), dans laquelle le graviton, qui transmet la force
de gravitation, a pour partenaire, le gravitino. La théorie de la supergravité
conduit à envisager un espace à 11 dimensions. Mais cette approche semble
encore plus plus productive dans le cadre d'un nouveau type de théorie,
les théories des supercordes, qui change radicalement l'idée qu'on s'est
faite jusqu'ici de la notion de particule.
Les supercordes
Les énergies et
les distances auxquelles la gravité est censée s'unifier avec les autres
forces ont encore plus extrêmes. A l'heure actuelle, les théories les
plus prometteuses capables de réaliser l'unification de la gravitation
et des autres forces conduisent à renoncer à l'idée que les particules
fondamentales sont des objets ponctuels; elles seraient plutôt des objets
unidimensionnels, appelés cordes ou, mieux, pour rendre compte de leurs
propriétés dites supersymétriques, supercordes. Les fondements
de ces théories ont été jetés dès 1974 par Joël Scherk (1946 -1980)
et John Henry Schwarz (né en 1941) : elle ont connu depuis de nombreux
perfectionnements, surtout à partir de la seconde moitié des années
1990.
Une corde ou une
supercorde se présente comme un petit segment linéaire possédant deux
extrémités, ou comme une boucle fermée, cela dépend des théories.
Dans tous les cas, ces objets doivent avoir des longueurs de l'ordre de
10-35 m ( = longueur de Planck) et vibrer
selon un modèle d'ondes stationnaires. Chaque mode de vibration quantifié
d'une corde correspond à une particule élémentaire différente du modèle
standard. On pourrait alors dire que chaque particule est une note différente
sur une petite corde tendue - la tension de la corde étant ici le paramètre
clé. Il n'y a plus de multiples espèces de particules : elles sont toutes
remplacées par une seule sorte de corde. il n'y a qu'un seul type de corde.
L'un
et le multiple.
Pour rendre compte
de la diversité des particules connues à partir d'une seule entité,
il faut non seulement jouer sur la tension des cordes, mais aussi, comme
dans le cas de la supergravité, sur les dimensions de l'espace dans
lequel elles vibrent. Les cinq théories des cordes aujourd'hui élaborées
envisagent ainsi toutes l'existence de dimensions spatiales s'ajoutant
aux trois dimensions spatiales que nous connaissons. Le nombre total des
dimensions spatiales requises (de 10 à 26) dépend ici encore de la théorie
des cordes concernée. L'une d'elles (l'héritière directe de la supergravitation)
a besoin de faire l'hypothèse d'une espace à 11 dimensions. Sept d'entre
elles seraient enroulées sur elles-même à l'échelle de Planck, soit
sur des distances trop petites pour nous être accessibles, et les trois
autres (en même temps que la dimension temporelle de l'espace-temps) auraient
commencé à se dérouler au début de l'histoire cosmique, donnant alors
lieu à ce qu'on désigne comme l'expansion de l'univers.
La
théorie M et ses avatars.
Les perspectives ouvertes, d'abord par
la supergavitation, puis par les théories des cordes, ont quelque chose
de grisant, tant l'ouverture à des dimensions supplémentaire offre des
possibilités inédites. La théorie M, proposée en 1995 par Edward Witten,
qui se veut une forme de synthèse (qui s'en tient aux 11 dimensions de
la supergravitation) des différentes théories des cordes en même temps
qu'une extension de leurs postulats, envisage des entités non plus seulement
linéaires, comme les cordes, mais à deux dimensions, appellées membranes.
On a là le point de départ de nouvelles pistes reposant sur la notion
de brane (le mot est extrait de celui de membrane). On parle de
p-branes selon les dimensions de ces entités. Une corde ouverte (entité
unidimensionnelle possédant deux extrémités), peut se greffer par ses
deux extrémités à une même p-brane ou se relier par chacune de ses
extrémités à deux p-branes différentes. Une 0-brane est l'entité ponctuelle
qui se réduit à l'extrémité d'une corde, une 1-brane est une entité
linéaire sur laquelle vient se greffer l'extrémité d'une corde, une
membrane est une 2-brane (entité bidimensionnelle) à laquelle s'attache
par l'une ou par les deux de ses extrémités une corde , etc.
Reste encore à ces théories, hautement
mathématiques et peu contraintes par l'expérience, à prouver qu'elles
disent aussi quelque chose du monde physique.
Les
scientifiques aimeraient notamment savoir si et combien de dimensions spatiales
supplémentaires existent, et aussi comment et pourquoi elles sont cachées.
Ils espèrent que indications indirectes pourront être fournies par le
LHC ou ses successeurs immédiats.
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François
Vannucci, Le vrai roman des particules élémentaires,
Dunod,
2010. - Etienne Klein, Sous l'atome les particules, Flammarion, 1993.
Philippe
Miné, A la découverte de l'antimatière, Ellipses Marketing,
2010.
Gabriel
Chardin, L'antimatière : La matière qui remonte le temps,
Editions le Pommier, 2010. - Apparue avec la découverte
de la structure de la matière, la notion d'antimatière soulève quantité
d'interrogations. Pourquoi la Nature a-t-elle créé un monde miroir du
nôtre? Pourquoi en a-t-on perdu la trace? Dans cet ouvrage qui fait référence,
Gabriel Chardin nous aide à approcher cette « matière qui remonte le
temps » ! La rencontre des mondes de matière et d'antimatière amènerait
à une conflagration d'une extrême violence et à l'élimination totale
d'au moins un des protagonistes ! Ce scénario catastrophique est heureusement
irréaliste car l'antimatière ne peut exister dans notre voisinage qu'en
très faibles quantités! Mais que savons-nous de cet étrange élément?
L'Univers contient-il autant de matière que d'antimatière? Où donc est
passée toute l'antimatière qui était présente au début de l'Univers?
(couv.).
Principales
sources de cette page : S.J. Ling et al, University physics, vol.
3, 2018; I. Lyublinkaya et al., College Physics, 2017; R Serway
et C. Vuille, College physics, vol. 2, 2012; R. Serway et J. Jewett,
Physics
for scientists and engineers, vol. 2, 2008; D. Giancoli,
Physics
for scientists and engineers, vol. 2, 2008.
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