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| La
découverte du corps
Histoire de la physiologie |
De l'Antiquité à la RenaissanceL'Antiquité.L'étude du fonctionnement du corps, que nous appelons aujourd'hui physiologie, a des racines très anciennes. elle remonte aux premières civilisations qui ont cherché à comprendre la vie, la maladie et la guérison. Dans les cultures égyptiennes et mésopotamiennes, on observe des prémices de réflexions physiologiques, bien que mêlées à des conceptions magiques et religieuses. Le Papyrus Ebers égyptien (vers 1550 av. JC) et le Papyrus Edwin Smith (vers 1600 av. JC), bien que principalement axés sur la médecine pratique, révèlent une connaissance empirique de certaines fonctions corporelles, notamment la circulation du sang. Cette compréhension reste toutefois rudimentaire et souvent liée à des canaux mystérieux. La
Grèce.
L'approche hippocratique se caractérise par l'observation clinique minutieuse, le rejet des explications surnaturelles des maladies et l'importance de l'environnement et du mode de vie sur la santé. Bien que la physiologie hippocratique soit basée sur la théorie humorale, elle met l'accent sur l'équilibre des humeurs comme condition nécessaire à la santé. Le Corpus hippocratique aborde des sujets tels que la respiration, la digestion, la reproduction et le développement embryonnaire, même si ces descriptions restent parfois spéculatives et manquent de fondement anatomique précis. Cependant, l'importance accordée à l'observation et à la rationalité constitue un progrès méthodologique significatif. Les travaux d'Aristote (IVe siècle av. JC) en biologie, notamment De partibus animalium et De generatione animalium, contiennent des descriptions anatomiques et des spéculations physiologiques. Aristote, bien qu'il ait pratiqué la dissection animale (principalement d'animaux inférieurs), n'a pas réalisé de dissections humaines. Il considérait le coeur comme l'organe central de la vie et de l'âme, le cerveau ayant un rôle secondaire, principalement de refroidissement du sang. Il décrit le rôle du pneuma (souffle vital) dans la respiration et la circulation. Aristote introduit également le concept de la finalité (téléologie) dans l'étude de la nature, pensant que chaque organe a une fonction spécifique et que la nature agit toujours en vue d'une fin. Cette vision téléologique influencera la pensée physiologique pendant des siècles. Après Aristote, la période hellénistique, et en particulier l'école d'Alexandrie au IIIe siècle av. JC, marque une nouvelle avancée. Hérophile de Chalcédoine et Erasistrate de Céos, médecins à Alexandrie, sont réputés pour avoir pratiqué la dissection humaine, bien que les détails précis de leurs découvertes soient fragmentaires, principalement connus par des sources secondaires, notamment Galien. Hérophile est crédité de descriptions précises de l'anatomie du cerveau, des nerfs, du foie, du pancréas et de l'oeil. Il aurait distingué les nerfs sensoriels des nerfs moteurs et décrit les valves cardiaques. Erasistrate aurait étudié le coeur et les vaisseaux sanguins, décrivant les artères et les veines et les distinguant de par leur contenu (sang dans les veines, pneuma vital dans les artères). Il aurait également émis l'hypothèse que les maladies résultent d'un excès de sang (pléthore), et préconisait la saignée comme traitement. Malheureusement, les oeuvres originales d'Hérophile et d'Erasistrate ont été perdues, limitant notre connaissance directe de leurs découvertes. Rome.
Le Moyen âge.
La Renaissance.
André Vésale (XVIe siècle), professeur d'anatomie à Padoue, est considéré comme le fondateur de l'anatomie moderne. Son ouvrage De humani corporis fabrica (1543), illustré de magnifiques planches anatomiques, révolutionne l'étude de l'anatomie. Vésale, grâce à ses dissections humaines systématiques et à son esprit critique, corrige de nombreuses erreurs de Galien, basées sur la dissection animale. Il décrit avec précision les os, les muscles, les vaisseaux sanguins, les nerfs et les organes internes, mettant en évidence les différences entre l'anatomie humaine et celle des animaux disséqués par Galien. Vésale ne se contente pas de décrire l'anatomie, mais commence également à réfléchir aux fonctions des organes, bien que son approche reste principalement descriptive et anatomique. Au XVIe siècle, des progrès importants sont également réalisés dans la compréhension de la circulation sanguine, préparant le terrain pour la découverte de la circulation par William Harvey au XVIIe siècle. Michel Servet (XVIe siècle) décrit la circulation pulmonaire dans son ouvrage Christianismi Restitutio (1553), bien que cette découverte soit restée largement ignorée à l'époque en raison du contexte religieux et de la condamnation de Servet au bûcher pour hérésie. Realdo Colombo (XVIe siècle), successeur de Vésale à Padoue, redécouvre et décrit également la circulation pulmonaire, attribuant correctement le passage du sang du ventricule droit vers les poumons et de retour vers le ventricule gauche. Andrea Cesalpino (XVIe siècle) utilise le terme « circulation » pour décrire le mouvement du sang, bien qu'il n'ait pas encore compris le rôle central du coeur comme pompe. Girolamo Fabrici d'Acquapendente (XVIe-XVIIe siècles), professeur d'anatomie à Padoue et maître de Harvey, décrit les valves veineuses dans son ouvrage De venarum valvolis (1603), suggérant que le sang circule dans les veines en direction du coeur et empêchant son reflux. De 1600 à 1900Le XVIIe siècle.Au début du XVIIe siècle, la physiologie était encore fortement influencée par les idées de Galien, qui dominaient la pensée médicale depuis l'Antiquité. Galien, avec ses dissections animales (principalement de singes et de porcs), avait développé un système complexe expliquant le fonctionnement du corps humain, centré sur les esprits vitaux et naturels, la pneuma, et la transformation des aliments en sang dans le foie, puis la distribution de ce sang à travers le corps via un mouvement de flux et reflux. Cependant, les fondements de cette vision commençaient à être ébranlés. Un tournant majeur fut la publication en 1628 de De Motu Cordis par William Harvey, qui remettait en question la conception galénique de la circulation sanguine. Par des observations minutieuses et des expériences quantitatives (notamment en mesurant la quantité de sang pompée par le coeur), il démontra que le sang circulait en circuit fermé, propulsé par le coeur et retournant à celui-ci par les veines, et non pas produit continuellement par le foie et consommé par les organes. Cette découverte, bien qu'initialement controversée et lente à être pleinement acceptée, marqua une rupture épistémologique fondamentale. Elle introduisait une approche mécaniste dans la compréhension du corps, considérant le coeur comme une pompe et le système circulatoire comme un système hydraulique. L'oeuvre de Harvey encouragea l'observation directe et l'expérimentation. Le XVIIe siècle vit également le développement du microscope, qui ouvrit de nouvelles perspectives sur l'organisation microscopique des tissus et des organes. Marcello Malpighi, utilisant le microscope, fut le premier à observer les capillaires pulmonaires en 1661, complétant ainsi la théorie de la circulation de Harvey en montrant la connexion entre les artères et les veines au niveau des tissus. Malpighi et d'autres microscopistes, comme Anton van Leeuwenhoeck, étudièrent la structure fine de divers organes, révélant des détails invisibles à l'œil nu et posant les bases de l'histologie. Ces découvertes microscopiques, bien qu'essentielles, furent initialement plus descriptives qu'explicatives du point de vue fonctionnel. La physiologie du XVIIe siècle se concentra principalement sur la circulation, la respiration (bien que sa nature chimique restât encore largement incomprise), et les mouvements musculaires, souvent interprétés selon des principes mécaniques. Le XVIIIe
siècle.
Au cours du XVIIIe siècle, la chimie commença à jouer un rôle croissant dans la compréhension des processus physiologiques. Antoine Lavoisier, en collaboration avec Pierre-Simon Laplace, réalisa des expériences cruciales sur la respiration. Ils démontrèrent que la respiration était un processus de combustion lente, similaire à la combustion d'une bougie, consommant de l'oxygène et produisant du dioxyde de carbone et de la chaleur. Cette découverte, bien qu'encore imparfaite dans sa compréhension des échanges gazeux au niveau cellulaire, marqua une étape importante vers une vision chimique de la physiologie. Lazzaro Spallanzani, quant à lui, étudia la digestion, réfutant l'idée d'une simple trituration mécanique des aliments dans l'estomac. Il démontra que la digestion était un processus chimique, agissant grâce à un "suc gastrique" capable de dissoudre les aliments. La fin du XVIIIe siècle fut également marquée par les découvertes de Luigi Galvani et Alessandro Volta sur l'électricité animale. Galvani observa des contractions musculaires dans des pattes de grenouilles disséquées lorsqu'elles étaient mises en contact avec deux métaux différents. Il interpréta ce phénomène comme une "électricité animale" intrinsèque aux tissus vivants. Volta, quant à lui, démontra que l'électricité était produite par le contact des métaux et développa la pile voltaïque, la première pile électrique. Bien que leurs interprétations initiales différassent, leurs travaux ouvrirent la voie à l'étude de l'électricité nerveuse et musculaire, un domaine qui allait se développer considérablement dans les décennies suivantes. Le XIXe
siècle.
Claude Bernard, souvent considéré comme le plus grand physiologiste du XIXe siècle et le fondateur de la médecine expérimentale, apporta des contributions majeures à de nombreux domaines de la physiologie. Dans son Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865, texte en ligne), il exposa les principes de la méthode expérimentale appliquée à la physiologie et à la médecine. Bernard réalisa des expériences élégantes et rigoureuses pour étudier la digestion, le système nerveux, la glycogénèse hépatique, et la régulation de la température corporelle. Il introduisit le concept de "milieu intérieur", soulignant l'importance du maintien de la constance des conditions internes du corps (homéostasie) pour le fonctionnement des cellules. Ses travaux sur le système nerveux vasomoteur révélèrent les mécanismes de contrôle de la circulation sanguine. D'autres physiologistes éminents du XIXe siècle contribuèrent à l'avancement de la discipline. Johannes Müller eut une influence considérable sur la physiologie allemande et européenne. Son Manuel de physiologie humaine (1833-1840) fut un ouvrage de référence pendant des décennies. Müller et son école (dont firent partie Helmholtz, Du Bois-Reymond, Schwann et Schleiden) insistèrent sur l'importance de l'expérimentation et de la rigueur scientifique. Hermann von Helmholtz apporta des contributions majeures à la physiologie des sens (vision, audition), à la mesure de la vitesse de l'influx nerveux, et à la thermodynamique biologique. Emil Du Bois-Reymond étudia l'électrophysiologie nerveuse et musculaire, utilisant des instruments de mesure de plus en plus précis. Au cours du XIXe siècle, des branches de la physiologie se développèrent, telles que la physiologie nerveuse, musculaire, digestive, respiratoire, circulatoire, rénale, endocrinienne, etc. L'étude des organes des sens connut également des progrès importants. Les méthodes d'investigation physiologiques se sophistiquèrent, avec le développement d'instruments tels que le kymographe, le sphygmomanomètre, et divers appareils d'enregistrement et de mesure. L'expérimentation animale resta une méthode essentielle, bien qu'elle suscitât déjà des débats éthiques. La fin du XIXe siècle vit l'émergence de la bactériologie, grâce aux travaux de Louis Pasteur et Robert Koch. La découverte des micro-organismes comme agents pathogènes eut un impact profond sur la compréhension des maladies infectieuses et ouvrit de nouvelles perspectives pour la physiologie pathologique. La physiologie ne se limitait plus à l'étude du fonctionnement normal du corps, mais s'étendait à l'étude des dysfonctionnements et des mécanismes des maladies. Le XXe siècleLa première moitié de XXe siècle.Au début du XXe siècle, la physiologie était fermement établie comme une discipline expérimentale, s'appuyant sur l'observation précise et la manipulation contrôlée des organismes vivants. Les fondations posées par Claude Bernard au XIXe siècle, avec son concept de milieu intérieur et l'importance de l'homéostasie, continuaient d'influencer la recherche. Les physiologistes de cette époque se consacraient à déchiffrer les mécanismes fondamentaux des grandes fonctions organiques : la digestion, la respiration, la circulation, l'excrétion et le système nerveux. Le travail d'Ivan Pavlov sur les réflexes conditionnés, récompensé par le prix Nobel en 1904, illustre parfaitement cette approche, explorant les bases physiologiques du comportement et de l'apprentissage. Parallèlement, les études sur la digestion continuaient de progresser, avec la découverte de nouvelles enzymes et la clarification des processus d'absorption intestinale. La physiologie respiratoire bénéficiait également des avancées de la chimie et de la physique, permettant une meilleure compréhension des échanges gazeux et du rôle de l'hémoglobine. Une avancée majeure de cette première moitié du siècle fut la découverte et l'exploration du système endocrinien. Au début du siècle, les hormones étaient encore un concept relativement nouveau, mais des figures comme Ernest Starling et William Bayliss ont joué un rôle important dans leur reconnaissance et leur caractérisation. La découverte de la sécrétine en 1902, la première hormone identifiée, a ouvert la voie à la compréhension de la communication chimique inter-organes. Puis vinrent l'insuline, isolée par Frederick Banting et Charles Best en 1921, une découverte salvatrice pour les diabétiques, et de nombreuses autres hormones, thyroïdiennes, surrénaliennes, sexuelles, chacune révélant un aspect nouveau de la régulation physiologique. L'endocrinologie est rapidement devenue un champ de recherche florissant, avec des implications cliniques majeures. Un autre domaine en pleine expansion était celui des vitamines. Dès la fin du XIXe siècle, des observations avaient suggéré l'existence de "facteurs alimentaires accessoires" essentiels à la santé. Le XXe siècle a vu l'identification et la caractérisation de ces vitamines, de la vitamine A à la vitamine K, et leur rôle crucial dans le métabolisme cellulaire et la prévention de maladies de carence comme le scorbut, le béribéri et le rachitisme. Cette découverte a non seulement révolutionné la nutrition mais a également souligné l'importance de la biochimie dans la compréhension des processus physiologiques. La physiologie du système nerveux a également connu des progrès significatifs. Les travaux de Santiago Ramón y Cajal et Camillo Golgi à la fin du XIXe siècle avaient établi la doctrine neuronale, reconnaissant le neurone comme l'unité fondamentale du système nerveux. Au XXe siècle, les physiologistes se sont attachés à comprendre comment les neurones communiquent entre eux. La découverte de la transmission synaptique chimique par Otto Loewi et Henry Dale dans les années 1920 et 1930, avec l'identification de l'acétylcholine comme premier neurotransmetteur, a été une avancée fondamentale. Cette découverte a ouvert la voie à l'étude des nombreux autres neurotransmetteurs et neuromodulateurs, et a permis de comprendre les bases chimiques de la communication neuronale et de la fonction cérébrale. L'électrophysiologie a également connu des développements importants, avec l'invention de l'électrocardiographe par Willem Einthoven au début du siècle, permettant l'enregistrement de l'activité électrique du coeur et le diagnostic des maladies cardiaques. La période de l'entre-deux-guerres et de l'après-guerre a été marquée par une transformation profonde de la physiologie, sous l'impulsion de la biologie moléculaire et des progrès technologiques. La seconde moitié
de XXe siècle.
L'étude du métabolisme cellulaire a été révolutionnée par la découverte du cycle de Krebs par Hans Krebs dans les années 1930, et par la compréhension de la chaîne respiratoire et de la phosphorylation oxydative, mécanismes fondamentaux de la production d'énergie cellulaire. Ces travaux ont permis de comprendre comment les cellules extraient l'énergie des nutriments et la convertissent en une forme utilisable, l'ATP (adénosine triphosphate). La biochimie métabolique est devenue un pilier de la physiologie, permettant de comprendre les bases moléculaires de la nutrition, de l'exercice, du jeûne et de nombreuses maladies métaboliques. L'avènement de la microscopie électronique a permis de visualiser la structure fine des cellules et des organites intracellulaires, révélant la complexité de l'organisation cellulaire. Les travaux de George Palade sur le ribosome et la synthèse des protéines, récompensés par le prix Nobel en 1974, ont éclairé les mécanismes de la production des protéines, les molécules clés de la vie cellulaire. L'étude des membranes cellulaires, des canaux ioniques et des transporteurs membranaires a permis de comprendre comment les cellules régulent leur environnement interne et communiquent avec leur environnement extérieur. Les travaux d'Alan Hodgkin et Andrew Huxley sur le potentiel d'action des neurones, utilisant la technique du voltage clamp, ont permis de décrypter les mécanismes ioniques de l'excitabilité membranaire et de la transmission de l'influx nerveux. La physiologie s'est également diversifiée en de nombreux sous-domaines : la physiologie cardiovasculaire, la physiologie rénale, la physiologie respiratoire, la physiologie digestive, la physiologie endocrinienne, la neurophysiologie, la physiologie musculaire, la physiologie de l'exercice, la physiologie environnementale, la physiologie comparée, la physiologie du développement. Toutes ces disciplines ont connu des avancées majeures au cours du XXe siècle. La fin du XXe siècle a été marquée par l'émergence de nouvelles approches et de nouvelles technologies. La génomique, la protéomique et la bio-informatique ont permis d'étudier les systèmes biologiques à une échelle globale et intégrative. Le séquençage du génome humain, achevé au début du XXIe siècle, a ouvert de nouvelles perspectives pour la compréhension des bases génétiques des maladies et des variations physiologiques individuelles. Les techniques d'imagerie médicale, comme l'IRM fonctionnelle et la tomographie par émission de positons (TEP), ont permis d'étudier l'activité cérébrale en temps réel chez l'humai vivant, révolutionnant la neurophysiologie et les neurosciences cognitives. Les techniques de manipulation génétique, comme la transgénèse et l'édition génomique (CRISPR-Cas9), ont permis de créer des modèles animaux de maladies et d'étudier la fonction de gènes spécifiques in vivo, ouvrant de nouvelles voies pour la thérapie génique et la médecine personnalisée. La physiologie contemporaineL'achèvement du séquençage du génome humain au tournant du siècle a ouvert des perspectives inédites pour comprendre les bases génétiques des fonctions physiologiques et des dysfonctionnements pathologiques. L'étude des "omiques" – génomique, transcriptomique, protéomique, métabolomique – est devenue centrale, permettant d'analyser des systèmes biologiques complexes à une échelle sans précédent. Ces approches systémiques ont révolutionné la compréhension de la régulation des gènes, de l'expression des protéines, du métabolisme cellulaire et des interactions moléculaires, apportant un éclairage nouveau sur les processus physiologiques normaux et pathologiques.Parallèlement, les techniques d'imagerie ont connu des progrès spectaculaires. L'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) s'est imposée comme un outil incontournable en neurophysiologie : elle permet de visualiser l'activité cérébrale en temps réel et d'explorer les réseaux neuronaux impliqués dans des fonctions cognitives complexes. La microscopie confocale, la microscopie biphotonique et la microscopie super-résolution ont permis d'observer les processus cellulaires et moléculaires avec une précision spatiale et temporelle accrue, révélant des détails insoupçonnés sur le fonctionnement des cellules et des tissus. L'imagerie optique in vivo, combinée à des sondes fluorescentes toujours plus sophistiquées, a ouvert la voie à l'étude des processus physiologiques directement dans l'organisme vivant, en temps réel et de manière non invasive. La neurophysiologie a été un domaine particulièrement dynamique. La décennie 2000 a vu une explosion des recherches sur la plasticité neuronale, la capacité du cerveau à se remodeler en réponse à l'expérience. Les mécanismes de la mémoire, de l'apprentissage, des émotions et de la conscience ont été étudiés avec une profondeur croissante. Les neurosciences cognitives, à l'interface de la psychologie et de la physiologie, ont permis de mieux comprendre les bases neuronales des fonctions mentales supérieures. Les techniques de stimulation cérébrale, comme la stimulation magnétique transcrânienne (TMS) et la stimulation cérébrale profonde (SCP), ont progressé, offrant de nouvelles perspectives pour le traitement des troubles neurologiques et psychiatriques. L'optogénétique, une technique révolutionnaire combinant génétique et optique, a permis de contrôler l'activité neuronale avec une précision spatiale et temporelle inégalée, ouvrant des voies inédites pour l'étude des circuits neuronaux et le développement de thérapies ciblées. Dans le domaine cardiovasculaire, la physiologie a continué de progresser dans la compréhension des mécanismes de régulation de la pression artérielle, de la fonction cardiaque et de la microcirculation. L'importance du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) et du système nerveux autonome dans le contrôle cardiovasculaire a été affinée. Les recherches sur l'athérosclérose, la principale cause de maladies cardiovasculaires, ont mis en évidence le rôle crucial de l'inflammation chronique et des facteurs de risque comme le cholestérol LDL et l'hypertension. De nouvelles approches thérapeutiques ciblant ces mécanismes ont été développées. L'étude de la physiologie vasculaire, notamment de l'endothélium, la couche interne des vaisseaux sanguins, a révélé son rôle essentiel dans la régulation du tonus vasculaire, de la coagulation et de l'inflammation. La physiologie respiratoire a bénéficié des avancées dans la compréhension des mécanismes de contrôle de la ventilation et de la régulation de l'équilibre acido-basique. Les recherches sur les maladies respiratoires chroniques, comme l'asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), ont progressé, notamment en identifiant de nouvelles cibles thérapeutiques. L'étude de la physiologie de l'exercice a continué d'apporter des éclairages importants sur les adaptations cardiovasculaires, respiratoires et métaboliques à l'effort physique, soulignant les bénéfices de l'activité physique régulière pour la santé. La physiologie rénale a approfondi sa compréhension des mécanismes de filtration glomérulaire, de réabsorption tubulaire et de sécrétion. Le rôle du rein dans la régulation de l'équilibre hydro-électrolytique, de la pression artérielle et de l'homéostasie acido-basique a été mieux caractérisé. Les recherches sur les maladies rénales chroniques, en constante augmentation dans le monde, ont progressé, notamment en identifiant les mécanismes de progression de la maladie rénale et en développant de nouvelles stratégies de néphroprotection. La physiologie endocrinienne a continué de s'intéresser aux mécanismes de régulation hormonale et leurs effets sur l'ensemble de l'organisme. La découverte de nouvelles hormones et de nouveaux récepteurs hormonaux a enrichi notre compréhension du système endocrinien. Les recherches sur le diabète, l'obésité et les troubles métaboliques ont connu un essor considérable, en raison de l'augmentation alarmante de ces pathologies à l'échelle mondiale. L'étude de l'insulino-résistance, du rôle du tissu adipeux comme organe endocrinien et des interactions entre le système endocrinien et le système nerveux ont permis de mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques de ces maladies et de développer de nouvelles approches thérapeutiques. La physiologie gastro-intestinale a connu une véritable révolution avec la prise de conscience de l'importance du microbiote intestinal, l'ensemble des micro-organismes qui peuplent notre intestin. Le microbiote intestinal est désormais considéré comme un véritable "organe" à part entière, jouant un rôle essentiel dans la digestion, l'immunité, le métabolisme et même le comportement. Les recherches sur les interactions entre le microbiote intestinal et l'hôte, notamment l'axe intestin-cerveau, ont ouvert de nouvelles perspectives pour la compréhension et le traitement de nombreuses maladies, allant des troubles digestifs aux maladies neurologiques et psychiatriques. La transplantation fécale, le transfert de microbiote intestinal d'un donneur sain à un receveur malade, est devenue une approche thérapeutique prometteuse pour certaines pathologies. La physiologie cellulaire et moléculaire a continué de progresser dans la compréhension des mécanismes fondamentaux de la vie cellulaire, comme la signalisation cellulaire, le transport membranaire, le métabolisme cellulaire, le cycle cellulaire et l'apoptose (mort cellulaire programmée). La découverte de nouvelles voies de signalisation, de nouveaux transporteurs membranaires et de nouveaux acteurs du métabolisme a enrichi notre connaissance du fonctionnement cellulaire. L'étude des canaux ioniques, des protéines membranaires qui contrôlent le flux d'ions à travers la membrane cellulaire, a continué d'être un domaine de recherche très actif, notamment en raison de leur rôle essentiel dans l'excitabilité cellulaire, la contraction musculaire et la neurotransmission. La physiologie du vieillissement est devenue un domaine de recherche de plus en plus important, face au vieillissement démographique mondial. Les mécanismes moléculaires et cellulaires du vieillissement sont étudiés avec une attention croissante, dans l'espoir de développer des interventions pour ralentir le processus de vieillissement et prévenir les maladies liées à l'âge. L'étude des télomères, des radicaux libres, du stress oxydatif, de l'inflammation chronique de bas grade (inflammaging) et des sirtuines, une famille de protéines impliquées dans la longévité, a permis de mieux comprendre les processus complexes du vieillissement. |
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