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| [ L'histoire du commerce ] / [ L'histoire de l'Espagne] |
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| Sauf au moment
de la brillante domination des Maures,
les Espagnols ont montré un intérêt faible pour l'activité commerciale,
si l'on excepte les Catalans. Ces derniers ont été, comme leurs voisins
du midi de la France ou de Gênes,
de hardis navigateurs, et Barcelone est
devenue une des grandes cités commerçantes de la Méditerranée Outre les régions minières du Mexique Il s'organise par la force des choses une
immense contrebande, la plus vaste que connaisse l'histoire du commerce.
Le gouvernement lui-même la tolère. Les négociants hollandais, français,
anglais viennent sur le Guadalquivir Pour l'Espagne non seulement les colonies espagnoles ne sont pas une richesse, mais elles précipitent la ruine de l'agriculture et de l'industrie; l'abondance subite des métaux précieux surélève les prix de tout et cause une crise terrible. Les négociants, n'important que ces métaux, négligent les matières premières dont les étrangers s'emparent pour alimenter à bon compte leurs fabriques, et celles d'Espagne sont doublement ruinées par la surélévation des prix, alors que l'étranger fabrique à bon marché. Les Espagnols ont même l'idée qu'il est regrettable de donner leurs produits en échange des métaux d'Amérique et qu'ils auraient tout bénéfice à les acquérir sans rien donner en échange. Non seulement ils restreignent le plus possible leurs exportations, mais ils prohibent celles du blé, du bétail, des draps, du cuir, achevant ainsi la ruine de la production locale. Les impôts prélevés sur le commerce intérieur dépassent ceux frappés sur le commerce extérieur; par exemple, les marchandises du pays arrivant à Cadix paient 8 à 10%, celles de l'étranger, 5%. Toutes les ressources de l'Espagne sont sacrifiées à la fois. Sous les Bourbons, il y a un peu d'amélioration : Alberoni et Charles III relèvent l'agriculture et l'industrie, affranchissent le commerce intérieur, améliorent les routes. Les galions sont remplacés par des navires plus légers qui peuvent échapper aux corsaires, et le trafic avec l'Amérique a lieu en toute saison; la contrebande perd ses bénéfices; Charles III fait plus : après avoir créé un service mensuel de paquebots de La Corogne à La Havane, il autorise en 1765 les douze principaux ports d'Espagne à commercer avec les colonies. (A.-M. B). En Amérique Au fil du XIXe siècle l'Espagne se transforme inégalement. Certaines régions s'industrialisent et mondialisent leur commerce : la Catalogne développe un tissu textile exportateur lié à la Liverpool et au marché latin, le Pays basque et les Asturies font émerger une industrie lourde (métallurgie, houille, construction navale) qui s'appuie sur des échanges réguliers d'entrants (charbon, machines) et d'exportations d'acier et de minerai. Les ports de Barcelone et Bilbao prennent une importance croissante, tandis que des villes comme Valence et Alicante se spécialisent dans l'export agricole (citrons, raisins secs, légumes) et que Séville et Cadix déclinent progressivement comme centres privilégiés du vieux commerce colonial. L'ouverture des réseaux ferroviaires et la modernisation des infrastructures modifient profondément la logistique commerciale : les rails raccourcissent les temps de transport, intègrent les bassins industriels au marché intérieur et facilitent l'exportation vers les ports. Mais la pénétration des produits manufacturés étrangers, notamment britanniques et français, freine la consolidation d'une industrie nationale homogène : une partie de la péninsule demeure agricole et exportatrice de produits primaires, tandis que l'appareil manufacturier se concentre sur quelques régions. L'État oscille entre libéralisme et protectionnisme, promulgue diverses lois douanières et tente par moments de protéger les industries naissantes, sans parvenir toutefois à bâtir une politique industrielle suffisamment cohérente pour rattraper les pays d'Europe du Nord. La dernière décennie
du XIXe siècle bouleverse encore la trajectoire
commerciale : la défaite de 1898 et la perte de Cuba Au début du XXe siècle le commerce international de l'Espagne se réoriente vers l'Europe et les marchés atlantiques proches. L'émigration massive vers les Amériques et le flux d'envois de fonds jouent un rôle dans la demande intérieure et les relations commerciales. La Première Guerre mondiale place l'Espagne dans une situation particulière : pays neutre, elle profite d'un boom des exportations agricoles, alimentaires et minérales vers les belligérants, et certains secteurs connaissent des profits importants grâce à la hausse des prix et à la demande extérieure. Ce boom améliore temporairement la balance commerciale, mais il expose aussi l'économie à la volatilité des prix internationaux et à des déséquilibres structurels une fois la guerre terminée. Les années 1920 voient une tentative de modernisation plus volontariste sous la dictature de Primo de Rivera (1923-1930) : l'État engage de grands chantiers d'infrastructures (routes, ports, modernisation des installations portuaires et foison d'investissements publics) qui visent à rendre l'économie plus compétitive internationalement. Les gouvernements favorisent l'implantation d'industries nécessitant capitaux et technologies importés, encouragent la création de compagnies maritimes et cherchent à stabiliser la monnaie pour faciliter les échanges. Ces politiques permettent des progrès logistiques et une augmentation des échanges, mais la structure même du commerce reste marquée par la prédominance des produits agricoles et des industries à faible intensité technologique, ainsi que par une forte dépendance vis-à -vis des capitaux étrangers pour financer la modernisation. Sur le plan sectoriel, l'Espagne exporte massivement des produits agroalimentaires - vins, huiles, fruits - ainsi que des produits miniers et métallurgiques issus du Nord et du Nord-Ouest, tandis que le tissu industriel catalan fournit des textiles et des biens manufacturés vers l'Europe. Les importations comprennent des machines, du charbon, des produits manufacturés de consommation et des biens d'équipement nécessaires à l'industrialisation. Les compagnies maritimes et les banques commerciales jouent un rôle essentiel pour arrimer ces flux, mais leur capacité à soutenir une industrialisation accélérée reste limitée par la fragilité financière et par des marchés du crédit peu développés. La Guerre civile (1936-1939) brise les circuits commerciaux : les ports et les infrastructures subissent des destructions, les exportations chutent fortement et l'après-guerre voit l'État nouveau imposer des contrôles rigides sur les changes et sur les importations pour garantir l'approvisionnement interne. La politique du régime franquiste oriente d'abord l'Espagne vers l'autarcie et l'économie dirigiste, ce qui provoque pénuries de devises, une faible compétitivité industrielle et un repli sur des marchés protégés; ces années pèsent durablement sur la modernisation du commerce extérieur. À la fin des années 1950 le tournant est net : le Plan de stabilisation de 1959 abandonne progressivement l'autarcie, libéralise les échanges et ouvre l'économie aux investissements étrangers. Cette ouverture déclenche une intégration accélérée aux marchés internationaux dans les décennies suivantes, favorise l'industrialisation orientée vers l'export (biens d'équipement, automobile, produits chimiques) et initie le boom touristique qui transforme la balance des services du pays. Le redressement structurel se traduit par une hausse soutenue des exportations manufacturières et par une insertion progressive dans les chaînes de valeur européennes. La transition démocratique et l'intégration européenne redéfinissent profondément les contours du commerce extérieur : l'adhésion de l'Espagne à la Communauté économique européenne en 1986 multiplie les connexions avec l'Union, attire des flux massifs d'investissements directs étrangers et réoriente les exportations vers l'espace européen. Les entreprises espagnoles se mettent à produire pour des marchés plus vastes, et la part des échanges intra-européens augmente fortement, transformant la spécialisation sectorielle au profit de l'automobile, des biens d'équipement et des produits agroalimentaires transformés. L'introduction de l'euro et l'approfondissement du marché unique amplifient encore l'intégration commerciale : la réduction des coûts de transaction et la stabilité monétaire favorisent le commerce intra-zone, tandis que l'Espagne profite de la demande européenne pour consolider des filières exportatrices compétitives. Les gains de productivité et l'accès facilité aux marchés partenaires européens accentuent la dépendance stratégique de l'Espagne à l'Union Européenne tout en augmentant le volume et la sophistication de ses exportations. La crise financière mondiale de 2008 frappe l'Espagne par l'effondrement du crédit et la chute de la demande interne, provoquant un fort recul des importations et une pression sur la balance commerciale; la sortie de crise se fait en grande partie par la montée des exportations de biens et par la restauration du secteur touristique, ce qui transforme l'orientation de la croissance vers l'extérieur. Les réformes structurelles et la réorientation vers les marchés internationaux donnent aux exportations un rôle majeur dans la reprise économique des années suivantes. Depuis les années 2010 l'Espagne consolide une base exportatrice diversifiée : l'industrie automobile et ses composants figurent parmi les premières lignes d'exportation, les machines et biens d'équipement gagnent en poids, et le secteur agroalimentaire atteint des records d'exportation récents; parallèlement, le tourisme devient une source massive de recettes en devises, et contribue de manière structurelle à la balance des services. La pandémie de covid-19 en 2020 provoque une interruption brutale, surtout pour le tourisme, mais la reprise post-pandémique est forte : les arrivées et les recettes touristiques remontent rapidement et soutiennent la demande de services, tandis que les chaînes d'approvisionnement européennes permettent à certains secteurs exportateurs de maintenir des volumes proches de ceux de 2019. En 2023-2024 les exportations de marchandises atteignent des niveaux historiquement élevés et le secteur agroalimentaire bat des records. Cette dynamique met en lumière la double vulnérabilité et la force du modèle espagnol : sensibilité aux chocs externes sur le tourisme, mais résilience des exportations manufacturières intégrées à l'Europe. Aujourd'hui les défis persistent et structurent les choix commerciaux : monter en gamme technologique des exportations, réduire la dépendance aux secteurs cycliques (tourisme, construction), diversifier les marchés au-delà de l'Europe et sécuriser les chaînes d'approvisionnement face aux risques géopolitiques et climatiques. Les atouts restent une assise industrielle devenue robuste pour certains secteurs (automobile, agroalimentaire, biens d'équipement), des infrastructures logistiques modernisées et une offre touristique de premier plan qui continue d'attirer devises et investissements, tandis que la politique commerciale se conjugue désormais avec les objectifs européens de transition verte et de souveraineté industrielle. |
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