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Le
Telangana
est un État enclavé du centre-sud de l'Inde .
Il couvre une superficie d'environ 112 077 km² et partage ses frontières
avec le Maharashtra au nord et au nord-ouest,
le Chhattisgarh au nord-est, l'Andhra
Pradesh Ă l'est et au sud, et le Karnataka
Ă l'ouest.
Le relief du Telangana
est principalement constitué de plateaux
et de collines, faisant partie du vaste plateau du Deccan. L'altitude varie
entre 300 et 600 mètres, avec quelques collines isolées, notamment dans
les districts de Adilabad, Khammam et Nalgonda. Le sol y est dominé par
des formations anciennes (granit, gneiss), avec des sols noirs riches
en minéraux dans certaines régions, favorables à l'agriculture.
Le réseau hydrographique
est structuré principalement autour du fleuve
Godavari, qui traverse le nord de l'État, et de son principal affluent,
la rivière Manjira. Au sud, la rivière Krishna joue un rôle essentiel,
avec plusieurs affluents locaux comme la Musi, qui traverse Hyderabad,
la capitale. Le régime de ces rivières est essentiellement pluvial, avec
des crues pendant la mousson.
Le climat
est tropical semi-aride dans la majeure partie du territoire. Les températures
peuvent atteindre 45°C en été (mars à juin), tandis que l'hiver reste
doux avec des minimales autour de 15°C. Les précipitations annuelles
varient de 700 à 1100 mm. Elles sont concentrées entre juin et septembre
pendant la mousson du sud-ouest. Certaines zones du nord reçoivent moins
de pluie.
La couverture végétale
naturelle est composée de forêts sèches caducifoliées,
surtout concentrées dans les zones orientales et septentrionales. Le district
de Adilabad abrite une biodiversité notable,
avec des espèces forestières comme le teck, l'acacia et le neem. Toutefois,
une bonne partie du couvert forestier a été défrichée au profit de
l'agriculture, notamment pour la culture du coton, du sorgho, et du riz.
L'activité minière
est importante dans certaines zones du sud et du centre, notamment l'extraction
de charbon dans le bassin de Singareni. Parmi les autres ressources (souvent
extraites à petite échelle), on note le calcaire, la bauxite, et le quartz.
L'urbanisation est
centrée autour de Hyderabad, une mégapole qui constitue un pôle économique
et technologique majeur. Les autres villes importantes sont Warangal, Karimnagar,
et Nizamabad. Ces zones urbaines contrastent fortement avec les vastes
campagnes qui restent marquées par une économie agraire.
Quelques-unes
des principales villes du Telangana
| •
Hyderabad,
capitale du Telangana, est Ă la fois un centre historique et un pĂ´le
technologique majeur de l'Inde. Fondée en 1591 par Muhammad Quli Qutb
Shah, elle possède un riche héritage architectural marqué par des monuments
comme le Charminar, la mosquée Mecca Masjid, et le palais de Chowmahalla.
Aujourd'hui, Hyderabad est surnommée "Cyberabad" en raison de la présence
de parcs technologiques de grande envergure tels que HITEC City, oĂą se
concentrent des multinationales de l'informatique, de la biotechnologie
et de la pharmacie. La ville se signale également par son héritage gastronomique,
notamment le biryani de Hyderabad, et pour son cosmopolitisme. Avec
plus de 10 millions d'habitants, c'est une des plus grandes métropoles
de l'Inde.
• Warangal,
ancienne capitale des Kakatiya, se distingue par ses temples en pierre
et son passé médiéval florissant. Le fort de Warangal, les temples de
Thousand Pillar et Bhadrakali, ainsi que les inscriptions historiques témoignent
de la grandeur passée de la ville. Aujourd'hui, Warangal est un centre
éducatif et agricole, avec une production importante de riz et de coton.
Elle est aussi connue pour ses lacs artificiels anciens qui servent encore
Ă l'irrigation.
• Karimnagar
est située dans la région nord du Telangana, sur les rives de la rivière
Manair. Elle a connu un développement rapide grâce à l'exploitation
agricole et aux industries textiles, notamment le tissage traditionnel
de sarees. La ville a également une importance historique en tant qu'ancien
site du royaume Satavahana. Des sites comme Elgandal Fort témoignent de
cette richesse patrimoniale. Karimnagar se modernise autour d'un tissu
semi-urbain très dynamique.
• Nizamabad,
au nord-ouest du Telangana, est un important centre agro-industriel. Elle
tire son nom du Nizam d'Hyderabad, sous lequel elle faisait partie intégrante
du territoire princier. La ville se trouve dans une zone fertile propice
Ă la culture du riz, du maĂŻs, et du sucre, avec plusieurs moulins Ă
riz et sucreries industrielles. Elle est également connue pour son réservoir
de Nizamsagar, construit sur la rivière Manjira. L'industrie pharmaceutique
et les infrastructures éducatives s'y développent progressivement.
• Khammam,
située au sud-est, est dominée par une forte présence tribale et une
économie fondée sur l'agriculture et l'exploitation minière. La ville
est voisine du district charbonnier |
de Bhadradri
Kothagudem, qui accueille les mines de Singareni Collieries Company Limited
(SCCL). Khammam est aussi un centre de mouvements sociaux et politiques,
marqué par l'histoire du soulèvement de Telangana contre les grands propriétaires
terriens dans les années 1940. Le fort de Khammam, d'origine Kakatiya,
surplombe la ville.
• Mahbubnagar,
autrefois appelée Palamoor, est située au sud de l'État et a une longue
tradition agraire. Malgré un climat souvent aride, la région est connue
pour ses puits, ses citernes et ses réservoirs traditionnels. Historiquement
sous l'autorité des Nizams, la ville abrite encore des vestiges architecturaux
de cette époque. Aujourd'hui, elle évolue vers l'urbanisation et le développement
des infrastructures routières et hydrauliques, notamment avec le projet
de Palamuru-Ranga Reddy Lift Irrigation.
• Adilabad,
situé à l'extrême nord, est connu pour sa diversité culturelle, notamment
avec la présence significative de communautés tribales gond et lambadi.
Entourée de forêts et de collines, la ville est également un centre
de production de coton, d'huile et de bois. L'écosystème forestier abrite
des réserves comme Kawal Wildlife Sanctuary, importante pour la faune
locale. L'économie repose en grande partie sur l'agriculture de rente
et l'artisanat traditionnel, comme les peintures Nirmal.
• Siddipet,
plus récemment développée, a pris de l'importance politique en tant
que bastion du mouvement pour le Telangana. Elle est aujourd'hui un modèle
de planification urbaine dans la région. Son économie repose sur l'agriculture
irriguée, soutenue par les projets de transfert d'eau comme Kaleshwaram
Lift Irrigation. La ville devient un centre administratif moderne, avec
un accent sur les infrastructures vertes et numériques.
• Ramagundam
est un centre industriel clé du Telangana, connu principalement pour ses
centrales thermiques et ses mines de charbon. La ville abrite l'une des
plus grandes centrales thermiques du sud de l'Inde, exploitée par NTPC.
Sa proximité avec les gisements charbonniers de Singareni en fait un maillon
stratégique pour l'approvisionnement énergétique régional. Elle possède
également un pôle ferroviaire actif qui la relie aux marchés du Maharashtra
et de l'Andhra Pradesh.
• Jagitial,
enfin, combine tradition et croissance urbaine. Cette ville est un centre
d'échange agricole pour les zones rurales environnantes. Son importance
repose aussi sur son rôle dans les réseaux de transport et d'éducation.
Elle développe rapidement des infrastructures publiques tout en conservant
une vie communautaire très ancrée dans les traditions rurales du Telangana. |
Histoire du Telangana.
Des fouilles archéologiques
ont révélé des traces de peuplement de l'actuel Telangana dès la période
néolithique,
avec des outils en pierre, des peintures rupestres et des sites funéraires,
particulièrement dans les régions d'Adilabad et de Nalgonda. Ces populations
vivaient de chasse, de cueillette, puis d'agriculture primitive.
Vers le premier millénaire
avant notre ère, la région fait partie du territoire des Satavahana,
une des premières grandes dynasties à gouverner le Deccan. Les Satavahana,
qui ont régné entre le IIe siècle av.
JC. et le IIIe siècle ap. JC, ont joué
un rôle décisif dans la diffusion du bouddhisme
et le développement du commerce à longue distance, notamment par les
routes reliant la côte Est à l'intérieur des terres. De nombreux stupas
et inscriptions bouddhistes ont été découverts à Phanigiri, Dhulikatta
et Nagarjunakonda.
Après le déclin
des Satavahana, plusieurs dynasties se succèdent, notamment les Ikshvaku,
les Vakataka et les Chalukya de Badami. Ces derniers, aux VIIe
et VIIIe siècles, construisent des temples
et favorisent un style architectural distinctif. Le Telangana passe ensuite
sous le contrôle des Kakatiya, qui établirent leur capitale à Warangal.
Du XIIe au XIVesiècle,
les Kakatiya développent un système sophistiqué d'irrigation, bâtissent
des forts, et affirment l'identité régionale du telugu, la langue dominante.
Leur règne est caractérisé par une relative autonomie et un développement
agricole, commercial et artistique notable.
La conquĂŞte de Warangal
par les armées du sultanat de Delhi en 1323
provoque une fragmentation politique. Plus tard, la région est absorbée
dans le royaume de Bahmani, puis devient une partie centrale du sultanat
du Golconde fondé par les Qutb Shahi au XVIe
siècle. Hyderabad, fondée en 1591 par Muhammad Quli Qutb Shah, devient
une ville prospère. L'héritage musulman et les traditions du Deccan fusionnent
à cette époque pour façonner une identité hybride, qui persiste encore
aujourd'hui.
En 1687, le royaume
de Golconde est conquis par l'Empire moghol sous
Aurangzeb.
Par la suite, Asaf Jah I, un ancien gouverneur moghol, se déclare Nizam
indépendant en 1724 et fonde la dynastie des Nizams de Hyderabad. Ce royaume
princier conserve son autonomie relative mĂŞme sous la domination britannique,
bien que sous suzeraineté indirecte. Les Nizams développent une administration
centralisée, soutiennent la culture, mais gouvernent également de manière
autoritaire. Leurs relations avec les populations rurales et hindoues sont
parfois tendues, en particulier dans le contexte de l'oppression féodale
et des disparités sociales.
En 1947, lors de
l'indépendance de l'Inde, le dernier Nizam refuse d'intégrer son État
à la fédération indienne. Cela mène à l'opération militaire "Polo"
en septembre 1948, où l'armée indienne annexe Hyderabad. Le territoire
est ensuite intégré à l'État d'Andhra Pradesh en 1956, malgré les
revendications linguistiques et culturelles distinctes des habitants de
la région du Telangana. Cette union imposée nourrit des tensions politiques
et sociales pendant des décennies.
Aalimenté par un
sentiment de marginalisation en matière de développement, d'emploi et
d'accès à l'éducation, le mouvement pour un Telangana séparé prend
forme dans les années 1960. Les protestations se multiplient, notamment
en 1969, puis de nouveau dans les années 1990 et 2000. Des leaders comme
K. Chandrashekar Rao émergent et structurent le mouvement autour d'une
identité régionale forte et d'un discours sur l'injustice historique.
Après de longues
négociations et de fortes mobilisations populaires, l'État du Telangana
est officiellement créé le 2 juin 2014, devenant le 29e
État de l'Union indienne, avec Hyderabad comme capitale partagée (temporairement)
avec l'Andhra Pradesh. Cette scission est perçue comme une reconnaissance
d'une identité historique, linguistique et socio-économique distincte,
clĂ´turant ainsi un long cycle de luttes politiques.
Principaux sites
archéologiques et historiques du Telangana
| •
Le
fort de Warangal est l'un des symboles les plus puissants de l'époque
des Kakatiya. Situé au cœur de l'ancienne capitale, ce complexe monumental
comprend des portes d'entrée massives appelées Kakatiya Kala Thoranam,
des vestiges de remparts, des temples, et un système défensif élaboré.
Le site reflète l'apogée de l'architecture telugu du XIIIe
siècle, avec des sculptures en granit finement taillées.
• Le temple
de Ramappa, situé à Palampet dans le district de Mulugu, est un chef-d'oeuvre
du style Kakatiya, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco.
Érigé au début du XIIIe siècle sous
le règne de Recherla Rudra, ce temple dédié à Shiva
se distingue par ses piliers finement ciselés, son plafond flottant en
briques légères et ses sculptures détaillées de figures célestes et
de scènes épiques.
• Le site de
Phanigiri est un ensemble bouddhiste majeur, datant du Ier
au IIIe siècle de notre ère, situé dans
le district de Suryapet. On y trouve un stupa central, des viharas (monastères),
des inscriptions en brahmi et plusieurs objets rituels en pierre. Le site
prouve l'importance du Telangana dans la diffusion du bouddhisme à l'époque
post-maurya.
• Dhulikatta,
situé près de Karimnagar, est un autre site bouddhiste significatif,
mentionné dans les récits gréco-romains. Il comprend un stupa, des remparts,
des poteries anciennes et des objets d'échange qui révèlent les liens
commerciaux de la région avec l'Occident. Des pièces de monnaie
romaines ont été retrouvées sur le site, attestant de ces contacts.
• Le fort de
Golconde, près de Hyderabad, est une structure impressionnante du
XVIe siècle construite par les Qutb Shahi.
Il est célèbre pour son acoustique stratégique, ses murs défensifs
massifs, et ses tunnels secrets. Le fort dominait autrefois une ville prospère
connue pour son commerce de diamants, notamment le légendaire Koh-i-Noor.
• Le Charminar,
au coeur de la vieille ville de Hyderabad, fut construit en 1591 comme
monument commémoratif et centre urbain. Il marque le centre géographique
de l'ancienne ville fortifiée et symbolise l'urbanisme indo-persan, avec
ses quatre arches, ses minarets et sa mosquée au sommet. Il est entouré |
de
bazars historiques comme Laad Bazaar, célèbre pour les bracelets en laque.
• Le site de
Nagarjunakonda, bien que partiellement submergé par le barrage de
Nagarjuna Sagar, conserve des éléments déplacés vers une île-musée.
Il fut un grand centre bouddhiste entre le IIe
et IVe siècle sous les Ikshvaku.
Des stupas, vihara, sculptures, et inscriptions y ont été découverts,
soulignant son importance dans la propagation du Mahayana.
• Elgandal Fort,
à proximité de Karimnagar, est un exemple de fortification médiévale
ayant servi à différentes dynasties, notamment les Kakatiya, Bahmani
et les Nizams. Le fort comprend des bastions, des mosquées, des temples
et des tombes musulmanes datant du XVIIe
siècle, qui montrent une superposition culturelle dans l'histoire régionale.
• Le site mégalithique
de Mudumal, dans le district de Nalgonda, est un cimetière préhistorique
avec des dolmens et des menhirs
datant d'environ 1500 av. JC. Ces monuments funéraires révèlent les
pratiques rituelles de communautés agricoles de l'âge
du fer dans le Deccan.
• Le temple
de Thousand Pillar Ă Hanamkonda, construit au XIIe
siècle par le roi Rudra Deva, est une prouesse architecturale de la période
Kakatiya. Il est célèbre pour ses colonnes sculptées, ses détails géométriques
et ses bas-reliefs représentant des scènes mythologiques, des danseuses
et des animaux.
• Le mausolée
des Qutb Shahi à Ibrahim Bagh (Hyderabad) constitue une nécropole
royale unique avec ses dĂ´mes, arches et ornements en stuc. Ces tombes
du XVIe et XVIIe
siècles représentent une fusion de styles indo-islamique et persan, qui
illustrent la grandeur artistique de la dynastie Qutb Shahi.
• Les grottes
de Bhongir, autour du fort éponyme, témoignent d'un usage stratégique
militaire. Le fort de Bhongir, perché sur un monolithe de granit, présente
un panorama unique sur les plaines environnantes. C'est un exemple de défense
naturelle exploitée par les souverains Chalukya et Kakatiya.
• Les temples
de Alampur, appelés Navabrahma temples, sont un ensemble de sanctuaires
du VIIe siècle dédiés à Shiva, construits
dans le style architectural chalukya. Ces temples témoignent d'un art
sculptural raffiné et sont considérés comme des prototypes de l'architecture
du sud de l'Inde. |
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