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Le
Chiapas
est un État fédéré du Mexique
situé à l'extrême sud du pays, à la frontière avec le Guatemala,
et limitrophe des Etats de Oaxaca, Veracruz
et Tabasco. Le Chiapas est caractérisé
par sa grande diversité culturelle, géographique et biologique. Population
: environ 5,5 millions d'habitans (2025). Superficie : environ 73 300 kilomètres
carrés.
Son relief est dominé
par une alternance de montagnes, de hauts plateaux,
de forêts tropicales, de vallées fertiles et de zones côtières, avec
des altitudes allant du niveau de la mer à plus de 2700 mètres.
La Sierra Madre de
Chiapas traverse l'État du nord-ouest au sud-est. Cette chaîne montagneuse
comprend des sommets élevés comme le Cerro La Mariquita, et elle forme
un couloir de hautes terres accidentées où les pentes abruptes et les
forĂŞts
nuageuses dominent le paysage. Elle est particulièrement sujette aux
éboulements et tremblements de terre, du fait de sa situation sur la ceinture
de feu du Pacifique.
Au nord de cette
sierra, on trouve le vaste Plateau central (Altiplano central), oĂą se
situe la capitale, Tuxtla Gutiérrez. Ce plateau,
plus sec et tempéré, est utilisé pour l'agriculture et l'élevage. La
ville de San Cristóbal de Las Casas, nichée à plus de 2000 mètres d'altitude,
en est le coeur culturel et historique, entourée de montagnes verdoyantes
et de villages indigènes.
La région des vallées
et des basses terres comprend la vallée de l'État de Chiapas, où coule
le fleuve Grijalva. Ce fleuve a été profondément
transformé par des barrages hydroélectriques, notamment le barrage de
Chicoasén, qui alimente une part significative du réseau électrique
national. La vallée fertile est également l'un des centres agricoles
majeurs de l'État.
Le nord du Chiapas
est recouvert de forêts tropicales humides, notamment dans la région
de Palenque, célèbre pour ses ruines mayas enfouies dans la jungle. Cette
zone, riche en biodiversité, est alimentée par de nombreux cours d'eau,
dont le fleuve Usumacinta, l'un des plus importants d'Amérique centrale,
qui marque en partie la frontière avec le Guatemala.
La Selva Lacandona,
à l'est, est une forêt dense et emblématique du Chiapas. Elle est l'un
des écosystèmes les plus importants d'Amérique
latine et abrite une biodiversité exceptionnelle
ainsi que plusieurs communautés indigènes comme les Lacandons. Malgré
les efforts de conservation, cette forêt est menacée
par la déforestation illégale, l'exploitation agricole et les conflits
fonciers.
Les
Lacandons, qui se désignent eux-mêmes sous le nom de Hach Winik,
ce qui signifie le « peuple véritable », constituent une communauté
indigène maya vivant au coeur de la jungle, dans l'État du Chiapas. Historiquement,
ils ont maintenu un mode de vie remarquablement isolé, préservant ainsi
de nombreux aspects de leur culture ancestrale face aux vagues de colonisation
et de modernisation qui ont transformé la région. Leur société, leur
cosmogonie et leurs traditions offrent un aperçu unique sur un monde profondément
lié à la forêt tropicale. Traditionnellement, l'organisation sociale
des Lacandons reposait sur des unités familiales étendues et des groupes
de résidences dispersés dans la jungle. Ces derniers fonctionnaient de
manière largement autonome, sans autorité politique centralisée. La
parenté jouait un rôle central dans la structuration des relations sociales
et des alliances. L'agriculture de subsistance, principalement la culture
sur brûlis du maïs, des haricots et des courges en polyculture, constituait
la base de leur alimentation, complétée par la chasse, la pêche et la
cueillette. La vie religieuse des Lacandons s'articulant autour d'un
panthéon de divinités étroitement liées aux forces de la nature et
aux cycles astraux. Leurs rituels se déroulaient dans des "maisons des
dieux", des structures sacrées où l'on déposait des offrandes dans des
brûle-parfums en argile à l'effigie de leurs dieux. Les sites archéologiques
mayas environnants, tels que Bonampak et Yaxchilán, n'étaient pas considérés
comme des ruines inertes, mais comme des lieux de pèlerinage sacrés,
des demeures ancestrales de leurs divinités où ils se rendaient pour
prier et accomplir des rites. L'art et l'artisanat lacandons sont une expression
directe de leur culture et de leur environnement. Les hommes portaient
traditionnellement de longues tuniques de coton blanc, tandis que les femmes
se paraient de jupes et de chemisiers colorés. Ils sont également connus
pour leur habileté dans la fabrication d'arcs et de flèches, autrefois
outils de chasse essentiels et aujourd'hui objets d'artisanat vendus aux
visiteurs (par exemple à l'entrée du site de Palenque). Leur langue,
une variante du maya yucatèque, constitue un pilier de leur identité
culturelle. Au cours du XXe siècle, le
monde extérieur a commencé à pénétrer de manière plus insistante
dans leur territoire. L'arrivée de missionnaires chrétiens, protestants
pour la plupart, a entraîné des changements profonds dans leurs croyances
et pratiques religieuses, menant à un déclin du système cosmogonique
traditionnel. De plus, l'avancée de la déforestation, l'exploitation
forestière, et la colonisation de leurs terres par d'autres groupes indigènes
et des métis ont engendré des conflits et exercé une pression considérable
sur leurs ressources et leur mode de vie. Aujourd'hui, la communauté lacandone
est confrontée à un dilemme complexe : comment préserver son héritage
culturel tout en s'adaptant aux réalités du monde moderne. Le tourisme,
bien qu'il représente une source de revenus, apporte également son lot
de défis culturels et environnementaux. La jeune génération est de plus
en plus exposée à l'éducation formelle, aux technologies et à des modes
de vie différents, ce qui crée une tension avec les savoirs et les pratiques
des aînés. Malgré ces défis, les Lacandons continuent de lutter pour
la reconnaissance de leurs droits territoriaux et la préservation de la
jungle qui est au coeur de leur identité et de leur survie en tant que
peuple.
Au sud-ouest s'étendent
les plaines côtières du Pacifique, une bande étroite et chaude, traversée
par de nombreux ruisseaux et lagunes, notamment la Laguna de Mar Muerto.
La côte, longue de près de 270 kilomètres, donne sur l'océan
Pacifique et comprend des plages, des mangroves,
et des zones humides essentielles à l'écosystème.
C'est une zone propice à la culture du cacao, de la banane, du café et
Ă la pĂŞche.
Le climat
du Chiapas varie considérablement selon l'altitude. Les zones de haute
montagne connaissent un climat tempéré à frais, avec des hivers relativement
froids et une saison des pluies marquée. Les basses terres sont soumises
à un climat tropical humide, avec des températures élevées toute l'année
et des précipitations abondantes, notamment entre mai et octobre.
La richesse hydrologique
du Chiapas est impressionnante : en plus du Grijalva et de l'Usumacinta,
de nombreux autres cours d'eau et lacs alimentent la région, comme le
RĂo La Venta, qui a creusĂ© le spectaculaire Cañón del Sumidero, l'un
des sites naturels les plus visités. Les rivières sont également vitales
pour l'agriculture, la pêche et la production d'électricité.
Ajoutons que les
nombreuses chaînes de montagnes et forêts isolent les communautés indigènes,
ce qui a permis la préservation de langues, coutumes et structures sociales
autonomes. Mais cela a aussi contribué à un certain isolement économique
et à des disparités régionales marquées en termes de développement
et d'accès aux services.
Quelques-unes
des principales villes du Chiapas
| •
Tuxtla
Gutiérrez est la capitale de l'État du Chiapas et sa ville la plus
peuplée. Située dans une vallée au centre-ouest de l'État, elle constitue
le principal centre administratif, politique et économique. Son urbanisation
rapide a entraîné une expansion importante des services, des infrastructures
et du commerce. Bien qu'elle soit souvent perçue comme une ville moderne,
Tuxtla conserve des éléments culturels forts, notamment à travers la
musique traditionnelle marimba et des festivals comme celui de la Feria
Chiapas. Elle est également un centre de santé et d'éducation, avec
plusieurs universités et hôpitaux régionaux. À proximité immédiate
se trouve le Cañón del Sumidero, un des sites naturels les plus emblématiques
du Mexique, ce qui fait de la ville une porte d'entrée pour le tourisme
d'aventure.
• San Cristóbal
de Las Casas, perchée à plus de 2100 mètres d'altitude dans les
hautes terres du centre du Chiapas, est l'une des villes coloniales les
plus charmantes du pays. Fondée au XVIe
siècle, elle possède un riche patrimoine architectural, notamment des
églises baroques, des rues pavées, des marchés artisanaux et des musées
dédiés aux cultures indigènes. C'est un centre culturel et intellectuel
important, oĂą se croisent universitaires, artistes, militants et voyageurs.
La ville est également un foyer majeur des communautés indigènes tzotziles
et tzeltales, dont la présence et les traditions enrichissent la vie locale.
San Cristóbal a été un épicentre symbolique du mouvement zapatiste
en 1994 et conserve un esprit critique et engagé.
• Tapachula
est la deuxième plus grande ville du Chiapas et le centre économique
du Soconusco, une région fertile au climat tropical, proche de la frontière
avec le Guatemala. Elle est marquée par une forte activité commerciale,
notamment transfrontalière, et par l'agriculture d'exportation, en particulier
le café, la banane, le cacao et le caoutchouc. Tapachula accueille aussi
une population diverse, notamment des migrants d'Amérique centrale et
des communautés asiatiques, principalement chinoises et japonaises, installées
depuis le XIXe siècle. La ville est un
important carrefour logistique et dispose d'un aéroport international.
Son environnement naturel est riche, avec des volcans, des plages et des
zones protégées à proximité.
• Comitán de
DomĂnguez, aussi appelĂ©e simplement Comitán, se trouve au sud-est
de San Cristóbal, près de la frontière avec le Guatemala. C'est l'une
des villes historiques les plus importantes de l'État, qui se signale
par son architecture coloniale bien préservée, son calme provincial
et son importance culturelle. Comitán fut la ville natale de Belisario
DomĂnguez, mĂ©decin et sĂ©nateur, devenu martyr de la libertĂ© d'expression
pendant la Révolution mexicaine. Elle constitue aussi un point de départ
pour visiter des sites naturels comme les Lagunas de |
Montebello,
les cascades d'El ChiflĂłn et les ruines de Tenam Puente.
• Palenque,
dans le nord du Chiapas, est surtout connue pour son site archéologique
majeur de l'époque maya, classé au patrimoine mondial de l'Unesco
(V. plus bas). La ville moderne elle-mĂŞme est plus modeste, mais elle
s'est développée autour du tourisme culturel et écologique. Palenque
est entourée de forêts tropicales humides, de rivières et de cascades,
comme celles de Misol-Ha et d'Agua Azul. C'est aussi une porte d'entrée
vers la Selva Lacandona et les communautés autochtones de la région,
ainsi qu'un point de passage vers le Tabasco et le Guatemala.
• Ocosingo
est située entre San Cristóbal et Palenque, au coeur des hautes terres
orientales. C'est une ville d'importance stratégique, en particulier pour
les échanges entre les zones montagneuses et les forêts de la région
orientale. Elle est également un centre agricole important, notamment
pour la production de maïs, de haricots et de bétail. Ocosingo a été
l'un des foyers du soulèvement zapatiste de 1994, et garde une forte présence
indigène. La ville se trouve à proximité des ruines mayas de Toniná,
un site impressionnant par sa pyramide en terrasse et ses sculptures en
pierre.
• Villaflores,
dans la région centrale de Frailesca, est un centre agro-industriel dynamique,
spécialisé dans la culture du maïs, du sorgho et de la canne à sucre.
Elle se distingue par son climat plus chaud et ses terres plates, idéales
pour l'élevage et l'agriculture mécanisée. C'est une ville en développement
qui cherche Ă moderniser ses infrastructures tout en maintenant un fort
enracinement rural.
• Pichucalco,
au nord-ouest du Chiapas, joue un rôle dans l'exploitation pétrolière
et gazière de la région. Située dans une zone de transition entre les
basses terres tropicales et les premières pentes montagneuses, elle est
exposée aux glissements de terrain et aux précipitations intenses. Bien
que relativement petite, la ville est un centre administratif important
pour la région Norte.
• Berriozábal,
proche de Tuxtla Gutiérrez, a connu une croissance rapide ces dernières
décennies grâce à l'expansion urbaine de la capitale. Elle conserve
cependant une ambiance semi-rurale, avec des traditions festives bien vivantes,
notamment lors de la Semaine Sainte. Elle devient progressivement une ville-dortoir
pour les habitants qui travaillent Ă Tuxtla.
•Tonalá,
sur la cĂ´te Pacifique, est une ville portuaire modeste, connue pour ses
plages comme Puerto Arista, très fréquentées durant les vacances. Elle
joue un rĂ´le dans la pĂŞche, la culture de la noix de coco, et le tourisme
balnéaire régional. Elle est également exposée aux aléas climatiques,
en particulier les tempĂŞtes tropicales. |
Histoire
du Chiapas.
Le Chiapas a été
un foyer majeur de la culture maya, dont
les traces sont encore visibles dans les sites archéologiques de Palenque,
Bonampak, Yaxchilán et Toniná. Ces cités-États florissaient entre 300
et 900 de notre ère. Palenque, en particulier, a laissé des inscriptions
précises sur l'histoire de ses souverains, dont le plus célèbre fut
Pakal le Grand.
Avec l'effondrement
progressif des grandes cités mayas à la fin de l'époque classique, la
région s'est fragmentée en petits royaumes et communautés autonomes,
dont certaines subsistèrent jusqu'à l'arrivée des Espagnols au XVIe
siècle. La conquête fut difficile : les peuples du Chiapas, dont les
Tzeltals, les Tzotzils, les Zoques et les Lacandons, ont opposé une résistance
farouche à l'invasion. Le dominicain Bartolomé
de Las Casas, défenseur des droits des indigènes, joua un rôle clé
en y imposant une évangélisation relativement pacifique, notamment dans
la région de San Cristóbal de Las Casas. Il est également intervenu
contre les abus des colons espagnols et a obtenu en 1545 l'instauration
d'une région partiellement autonome où les indigènes étaient protégés
par la loi, du moins en théorie.
Durant la période
coloniale, le Chiapas fut une région périphérique, peu développée
économiquement, mais intégrée à la capitainerie générale du Guatemala .
Il dépendait donc administrativement de l'Audience de Guatemala et non
directement du vice-royaume de la Nouvelle-Espagne (le Mexique actuel).
Cette particularité allait influencer son destin politique à l'époque
de l'indépendance.
Au moment des luttes
d'indépendance au début du XIXe siècle,
le Chiapas s'est trouvé dans une position ambivalente. En 1821, l'Amérique
centrale déclare son indépendance vis-à -vis de l'Espagne. Le Chiapas,
partagé entre tendances pro-guatémaltèques et pro-mexicaines, organisa
un référendum en 1824, à l'issue duquel la majorité de la population
choisit de rejoindre le Mexique. Cet événement marqua l'intégration
officielle du Chiapas comme État fédéré, bien que la région de Soconusco,
frontalière avec le Guatemala, soit restée longtemps contestée. Le Guatemala
ne reconnut définitivement l'annexion mexicaine de cette région qu'en
1882.
Tout au long du XIXe
siècle, le Chiapas a connu de profondes tensions entre les élites terriennes
créoles et la majorité indigène. La structure agraire s'est consolidée
autour de grandes propriétés rurales, souvent au détriment des communautés
indigènes dépossédées. Ces conflits s'aggravèrent à la fin du XIXe
et au début du XXe siècle, avec l'expansion
du capitalisme
agraire, notamment dans la culture du café dans le Soconusco, une région
fertile prisée par les investisseurs étrangers.
La Révolution mexicaine
(1910-1920) n'a pas eu un impact immédiat très fort au Chiapas, en raison
de son isolement géographique. Toutefois, les décennies suivantes virent
des tentatives de réforme agraire, des luttes sociales croissantes, et
la montée en puissance des mouvements indigénistes. Le gouvernement post-révolutionnaire
mit en place des politiques d'intégration nationale et d'éducation, perçues
comme assimilatrices par les communautés autochtones.
Dans la seconde moitié
du XXe siècle, le Chiapas est resté l'un
des États les plus pauvres et les plus inégalitaires du Mexique. Malgré
des investissements dans les barrages hydroélectriques, l'agriculture
et les infrastructures, la marginalisation persistait. C'est dans ce contexte
de pauvreté extrême, d'exclusion sociale et de dépossession des terres
qu'émergea l'un des événements les plus marquants de l'histoire contemporaine
du Chiapas : le soulèvement zapatiste de 1994, un mouvement, fondé par
des militants indigènes et des intellectuels progressistes, qui visait
à défendre les droits des populations autochtones face aux injustices
structurelles, à la marginalisation et à l'exclusion économique et politique.
Le
soulèvement zapatiste. - Le 1er janvier
1994, jour de l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain
(ALENA), l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), composée
majoritairement de de Tzotziles et Tzeltales, fit irruption sur la scène
nationale et internationale en prenant le contrĂ´le de plusieurs villes
du Chiapas, dont San CristĂłbal et Ocosingo, avant de se retirer dans les
montagnes après des négociations avec le gouvernement fédéral. Le mouvement,
dirigé par le sous-commandant Marcos, dénonçait la mondialisationnéolibérale,
la répression étatique, l'exclusion des peuples autochtones et l'injustice
sociale.
Depuis cette insurrection,
le mouvement zapatiste a adopté une stratégie non-violente basée sur
l'établissement de zones autonomes autogérées dans diverses régions
rurales du Chiapas, dotées de leurs propres systèmes de santé, d'éducation
et de justice. Ces caracoles ou juchitán sont des centres
administratifs locaux dirigés par des conseils autochtones, où les habitants
gèrent leurs propres affaires sans recourir aux institutions gouvernementales.
Ces zones autonomes couvrent une partie significative du Chiapas et offrent
une alternative autogestionnaire à l'État mexicain.
Le mouvement zapatiste
a également joué un rôle clé dans la promotion des droits des femmes,
des jeunes et des personnes LGBTIQ+. Il a mis en place des structures de
participation démocratique et inclusive, permettant à chacun de s'exprimer
et de contribuer aux décisions collectives.
Bien que l'EZLN ne
soit plus aussi visible sur la scène internationale qu'à ses débuts,
son influence demeure importante dans le Chiapas et dans le reste du Mexique.
Le mouvement continue de défendre les droits des peuples autochtones et
de promouvoir des alternatives à l'ordre néolibéral.
L'histoire récente
du Chiapas est marquée par une tension permanente entre les modèles de
développement imposés par l'État fédéral ou les entreprises privées,
et les revendications d'autonomie, de justice et de reconnaissance culturelle
des populations indigènes. Malgré certaines avancées en matière de
droits des populations autochtones, l'État continue de connaître des
conflits fonciers, des violences politiques, des migrations internes et
une forte inégalité entre les zones urbaines et rurales.
Quelques-uns des
principaux sites archéologiques du Chiapas
| •
Palenque
est sans conteste le site le plus célèbre et le plus étudié de Chiapas.
Situé dans la jungle du nord de l'État, Palenque a été un puissant
royaume entre 400 et 800 ap. JC, particulièrement sous le règne du roi
Pakal le Grand (603–683). Le Temple des Inscriptions, qui abrite la tombe
monumentale de Pakal, est un chef-d'oeuvre de l'architecture funéraire
maya. Le Palais, avec ses galeries, sa tour d'observation, et ses bas-reliefs
détaillés, témoigne d'une maîtrise architecturale exceptionnelle. Les
stèles et tablettes sculptées de Palenque offrent un récit dynastique
complet, qui a joué un rôle déterminant dans le déchiffrement des hiéroglyphes
mayas.
• Toniná,
situé dans la vallée d'Ocosingo, est un autre site majeur. Sa structure
pyramidale, haute de 74 mètres, est l'une des plus imposantes de Mésoamérique.
Toniná a Ă©tĂ© un rival de Palenque, qu'elle a vaincu militairement Ă
plusieurs reprises. Contrairement Ă Palenque, dont l'architecture est
raffinée, celle de Toniná est massive, brutale, ce qui souligne la nature
militariste de cette cité-État. Le site est célèbre aussi pour ses
sculptures monumentales en ronde-bosse et ses reliefs dynastiques détaillés.
• Yaxchilán,
perché sur une boucle du fleuve Usumacinta à la frontière du Guatemala,
était une cité stratégique, accessible uniquement par voie fluviale.
Elle est renommée pour ses linteaux en pierre, fixés au-dessus des entrées
des temples, qui représentent avec une grande finesse des scènes rituelles,
souvent impliquant des reines dans des rites sanglants de sacrifice. Le
roi Bouclier-Jaguar II (Itzamnaaj BĘĽalam II) est l'une des figures historiques
les plus marquantes du site. L'abondance d'inscriptions a permis de reconstruire
avec précision la chronologie des dynasties locales.
• Bonampak,
bien que de taille modeste, est célèbre pour ses fresques murales, exceptionnellement
bien conservées. Ces peintures, situées dans le Temple des Murailles,
datent du VIIIe siècle et illustrent des
scènes de guerre, de cérémonies et de musiciens. Elles ont révolutionné
la compréhension du monde maya, en montrant une société guerrière,
hiérarchisée et riche en rituels complexes. Bonampak dépendait politiquement
de Yaxchilán, dont elle suivait la lignée dynastique. |
•
Chiapa
de Corzo, situé dans les basses terres centrales, est un site préclassique,
l'un des plus anciens de Chiapas. Il fut un carrefour culturel entre les
cultures olmèque, maya et zapotèque.
On y a découvert la stèle la plus ancienne portant une date en compte
long (7.31.14.10.4), datant de 36 av. JC, un élément fondamental dans
l'histoire du calendrier maya. Le site possède aussi une série de tombes
riches en offrandes, dont certaines ont révélé des masques en mosaïque
de jade.
• Izapa,
au sud de l'État près de la frontière guatémaltèque, est considérée
comme un lien entre les civilisations olmèque et maya. Le site est célèbre
pour ses stèles sculptées, dont plusieurs montrent des scènes mythologiques
associées au Popol Vuh, le livre sacré des Mayas quichés. Le
site est également l'objet de théories liant son alignement astronomique
au calendrier maya à longue période.
• Lagartero,
situé près de la lagune Metzabok, est un site moins connu mais stratégiquement
important. Il a joué un rôle d'intermédiaire entre les cultures des
Hautes Terres et celles de la région du Petén. On y a découvert des
céramiques fines, des objets en jade, et des vestiges d'architecture cérémonielle,
notamment une place entourée de pyramides.
• Tenam Puente,
dans la région montagneuse centrale, est remarquable pour son urbanisme
en terrasses, construit sur une colline naturelle. Le site comprend plus
de 60 structures, dont des temples et des plateformes. Son architecture
témoigne d'un effort d'adaptation à un terrain difficile et offre une
perspective unique sur l'organisation des cités mayas de montagne.
• Chinkultic
est un autre site de montagne, célèbre pour sa lagune sacrée appelée
cenote.
Les fouilles ont mis au jour des structures cérémonielles, des stèles,
et des objets jetés rituellement dans les eaux profondes du cenote, ce
qui suggère une importante fonction religieuse. Le site offre également
une vue imprenable sur la vallée de Comitán. |
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