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Palenque
Palenque est une localité du Mexique, dans l'Etat du Chiapas, sur le Chacamas, affluent de l'Usumacinta; population : 36 700 habitants. A 14 km, au milieu d'un jungle dense, sont les ruines de l'antique cité maya de Lakamha' (Lakam Há) ou Huehuetlapallan, désignée aujourd'hui sous le nom de Palenque (ou de Bàak' en maya), et abandonnée au Xe siècle. 

Le coeur du site archéologique se déploie sur une série de terrasses artificielles aménagées à flanc de colline, dominant une plaine qui s'étend vers le nord jusqu'au golfe du Mexique.  Inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 1987, l'ancienne cité occupe une place à part dans le monde mésoaméricain, non pas tant par sa taille, modeste comparée à celle de Tikal ou Calakmul, que par le raffinement incomparable de son architecture, de sa sculpture sur stuc et de ses bas-reliefs en pierre calcaire. 

La sculpture sur stuc, art dans lequel les artistes de Palenque atteignirent une virtuosité inégalée, est partout présente : masques modelés sur les piliers, frises aux courbes sensuelles, portraits réalistes de dignitaires aux traits individualisés, gestes délicats des mains exprimant l'éloquence rituelle. Les visages allongés au front fuyant, au nez busqué et aux yeux obliques, conformes aux canons de beauté mayas obtenus par déformation crânienne, vous contemplent avec une sérénité presque troublante. Le site a également livré de nombreuses tablettes en pierre finement incisées, des encensoirs en céramique modelée représentant des divinités aux traits humains, des bijoux de jade et de coquillage, et des restes de textiles qui montrent la richesse des parures portées par l'élite.
Le Temple des Inscriptions.
Le Temple des Inscriptions (Templo de las Inscripciones) est le monument le plus célèbre de Palenque. Édifié au VIIe siècle sous le règne du roi Pakal, il se présente sous la forme d'une pyramide à degrés de neuf corps, correspondant aux neuf niveaux de l'inframonde maya, haute de près de vingt-sept mètres. Ce temple doit son nom aux six cent dix-sept glyphes répartis sur trois grandes dalles qui tapissent les murs de son sanctuaire sommital, récit dynastique et calendaire exceptionnel retraçant l'histoire des rois de Palenque et fixant des dates mythologiques prodigieusement reculées, dont la naissance du dieu GI en 3121 avant notre ère. 
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Representation du roi Pakal, a Palenque.
Le roi Pakal représenté sur la dalle fermant son tombeau, à Palenque.

C'est en 1952 que l'archéologue mexicain Alberto Ruz Lhuillier, intrigué par une dalle percée de trous au sol du sanctuaire, dégagea un escalier intérieur obstrué de gravats qui menait, après deux années de fouilles, à la crypte funéraire de roi Pakal (K'inich Janaab' Pakal). Là, au fond d'une chambre voûtée, gisait le squelette du grand souverain, le visage recouvert d'un masque de jade composé de plus de deux cents fragments, la poitrine ornée de pectoraux et de colliers de perles, le sarcophage fermé par une dalle de calcaire de sept tonnes sculptée de la célèbre représentation du souverain jaillissant des mâchoires du monstre terrestre, entouré de symboles cosmiques et du glissement du Soleil dans l'inframonde, scène qui décrit  la résurrection du roi en dieu du maïs.

Le Temple XIII (Temple de la Reine Rouge).
Le Temple XIII, situé à proximité du Temple des Inscriptions, a livré une découverte importante au cours des fouilles récentes. Une chambre funéraire contenant le squelette d'une femme recouvert de cinabre rouge y fut mise au jour. Cette personnalité, surnommée la Reine Rouge (Reina Roja), pourrait avoir appartenu à la famille royale de Pakal. Les riches objets retrouvés dans la tombe témoignent du prestige dont bénéficiaient les élites de Palenque.

Le Palais.
Le Palais (Palacio) constitue l'ensemble architectural le plus vaste de la cité. Il s'agit d'un complexe composé de plusieurs cours, galeries, salles et passages voûtés construits sur une immense plateforme artificielle longue de 92,3 m, large de 58,5 m et haute de 8,1 m. Il y a 4 cours intérieures et une tour carrée à quatre étages, qui constitue une singularité absolue dans l'architecture maya. Cette tour de guet du haut de laquelle on peut surveiller toute la plaine environnante et aux escaliers intérieurs voûtés, porte des glyphes du souverain K'inich Janaab' Pakal et s'élève au-dessus d'un labyrinthe de galeries et de chambres aux murs percés d'ouvertures en forme de T et d'ik, symbole du souffle et du vent. Les piliers du Palais sont ornés de reliefs en stuc représentant des captifs agenouillés, des dignitaires richement parés et des scènes d'hommage, tandis que les soubassements sont sculptés de frises continues où alternent masques du monstre de la terre et glyphes calendaires. 
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Le Palais et sa tour, a Palenque.
La Tour, au centre du Palais, à Palenque. Photo : © Serge Jodra

Le Groupe de la Croix.
Le Groupe de la Croix rassemble plusieurs temples majeurs, à commencer par le Temple de la Croix lui-même, le Temple de la Croix Feuillue, le Temple du Soleil et le Temple XIV. Ces édifices furent construits sous le règne de K'inich Kan Bahlam II, fils de Pakal, pour commémorer son accession au trône en 684 et abriter les cérémonies liées à la triade divine de Palenque, composée des dieux GI, GII et GIII. Chacun possède une pyramide supportant un sanctuaire décoré de panneaux sculptés d'une grande richesse. 

Les dieux GI, GII et GIII sont les trois divinités tutélaires de Palenque. Les chercheurs les regroupent sous le nom de Triade de Palenque. Comme leurs noms hiéroglyphiques n'étaient pas encore déchiffrés lorsque l'archéologue Heinrich Berlin les étudia dans les années 1960, il les désigna simplement comme God I, God II et God III, abrégés en GI, GII et GIII.
+ GI est généralement interprété comme une divinité céleste ou marine, reconnaissable à son ornement d'oreille en coquillage. Il est associé au Temple de la Croix et semble lié au monde supérieur et à certains aspects du Soleil.

+ GII, également identifié sous le nom d'Unen K'awiil ( = l'Enfant K'awiil), est la figure la mieux comprise. Il est associé à la pluie, à la fertilité et au maïs, ainsi qu'à la continuité dynastique des souverains de Palenque. Son sanctuaire est le Temple de la Croix Feuillue.

+ GIII est une divinité solaire et du feu prenant souvent l'aspect du jaguar du monde souterrain. Il est lié au Temple du Soleil et à la puissance guerrière et nocturne du Soleil.

Dans la mythologie de Palenque, ces trois dieux formaient une famille divine née dans un passé mythique très ancien. Les rois de la cité se présentaient comme leurs protégés et utilisaient leur culte pour légitimer leur pouvoir.
Les reliefs représentent des scènes religieuses et dynastiques ainsi que des symboles associés à la création du monde selon la mythologie maya. Les noms modernes de ces temples proviennent des motifs centraux gravés sur les panneaux, qui évoquent des formes ressemblant à des croix mais symbolisent en réalité l'arbre sacré reliant le ciel, la terre et le monde souterrain.
Le Temple de la Croix (Templo de la Cruz) est le plus septentrional et le plus élevé. Il est perché sur une pyramide dont le sanctuaire contient un panneau sculpté montrant le roi Kan Bahlam, enfant et adulte, face à un arbre-monde en forme de croix sur lequel est perché un oiseau céleste, symbole de l'axis mundi reliant le ciel, la terre et l'inframonde. 

Le Temple de la Croix Feuillue (Templo de la Cruz foliada), au centre, reprend ce schéma avec un arbre couvert de feuillages de maïs, symbole de fertilité et de prospérité. Les inscriptions qu'il contient apportent des informations précieuses sur la succession des souverains et sur les cérémonies d'intronisation.

Le Temple du Soleil (Templo del Sol), le plus petit et le mieux conservé, est particulièrement remarquable par son panneau intérieur représentant un bouclier de guerre et le dieu solaire Jaguar de l'Inframonde. Ce monument était lié aux rituels associés au pouvoir royal et aux divinités protectrices de la cité. Sa décoration met en évidence l'importance du Soleil dans les croyances mayas. La crête faîtière ajourée de ce dernier, qui se découpe sur le ciel en une dentelle de stuc, illustre à la perfection l'art de Palenque consistant à alléger les superstructures par des parois en nid d'abeille. 

Le Temple XIV est un petit édifice qui abritait une tablette sculptée découverte en 1993, d'une extraordinaire finesse, montrant une reine de Palenque, Ix Sak K'uk', remettant les insignes du pouvoir à son fils Pakal, scène dynastique capitale qui prouve le rôle éminent des femmes dans la transmission de la légitimité royale.

Bas-relief du temple du Soleil (Palenque).
Panneau intérieur du Temple du Soleil, à Palenque.

Le Temple du Comte.
Le Temple du Comte (Templo del Conde) doit son nom à un voyageur du XIXe siècle qui y séjourna plusieurs années. Ce bâtiment élevé sur une pyramide à degrés possède un sanctuaire à plusieurs ouvertures et offre une vue dominante sur l'ensemble du site. Bien que moins décoré que d'autres monuments, il illustre les caractéristiques classiques de l'architecture de Palenque.

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Les autres vestiges.
Les aqueducs et les systèmes de canalisations constituent également une réalisation remarquable. Les habitants de Palenque maîtrisaient parfaitement l'écoulement des nombreux cours d'eau traversant la cité. Des conduits en pierre permettaient de canaliser l'eau sous les bâtiments et de protéger les constructions contre les inondations.

Comme l'ont révélé les campagnes de relevés par lidar effectuées ces dernières années, Palenque s'étendait sur plus de deux mille hectares (20 km²) de collines boisées. Les archéologues ont ainsi découvert que la densité de l'habitat et l'aménagement des terrasses agricoles étaient bien supérieurs à ce que l'on imaginait, avec des centaines de plates-formes domestiques, des quartiers artisanaux et des temples secondaires reliés par des chaussées. 
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Palenque : plan du site archologique (ruines mayas).
plan des ruines mayas dans la zone archéologique de Palenque.
Source : © OpenStreetMap contributors.

Vivre et mourir à Palenque.
Les vestiges de Palenque permettent de reconstituer avec une grande précision la vie de ses habitants entre le IIIe et le IXe siècle. La ville était organisée autour du centre cérémoniel composé des temples, des palais et des places publiques évoqués ci-dessus, tandis que les habitations ordinaires s'étendaient sur les collines environnantes. Cette disposition révèle une société hiérarchisée dans laquelle l'élite politique et religieuse occupait les secteurs monumentaux, alors que la majorité de la population vivait dans des maisons plus modestes construites en matériaux périssables sur des plateformes de pierre.

Les nombreuses inscriptions gravées sur les monuments montrent que Palenque était gouvernée par une dynastie royale puissante. Les souverains exerçaient à la fois des fonctions politiques, militaires et religieuses. Ils étaient entourés de nobles, de prêtres, de scribes et d'administrateurs chargés de gérer la cité et les territoires qui en dépendaient. Les représentations sculptées et les tombes témoignent du prestige accordé à cette élite et de l'importance des cérémonies publiques destinées à affirmer son pouvoir.

L'agriculture constituait la base de l'économie. Les habitants cultivaient principalement le maïs, les haricots, les courges et le piment. La présence de terrasses agricoles, de systèmes de gestion de l'eau et d'outils en pierre indique qu'ils savaient adapter leurs techniques aux conditions de la forêt tropicale. L'élevage était limité, mais la chasse, la pêche et la collecte de ressources naturelles complétaient l'alimentation. Des restes d'animaux et de végétaux retrouvés lors des fouilles montrent une alimentation variée.

Les objets découverts, tels que les céramiques décorées, les bijoux en jade, les sculptures en stuc et les outils en obsidienne, témoignent d'un savoir-faire développé. Certaines matières premières provenaient de régions éloignées, ce qui prouve l'existence de réseaux d'échanges avec d'autres cités mayas et avec des populations plus lointaines. Ces échanges permettaient l'acquisition de produits prestigieux destinés principalement aux élites.

Le Palais de Palenque, avec ses nombreuses salles et ses cours intérieures, suggère l'existence d'une administration complexe et d'une vie de cour active. Les nobles y organisaient probablement des réunions politiques, des cérémonies et des réceptions. Les places ouvertes situées devant les temples servaient aux rassemblements collectifs, aux marchés et aux rituels religieux auxquels participait une partie de la population.

Les temples et les sculptures représentent de nombreuses divinités liées au Soleil, à la pluie, à la fertilité et au monde des ancêtres. Les inscriptions montrent que les souverains étaient considérés comme des intermédiaires entre les humains et les dieux. Des traces de sacrifices, d'offrandes et de rites de sang révèlent l'importance des pratiques religieuses dans le maintien de l'ordre cosmique selon les croyances mayas.

La pratique des sacrifices à Palenque. - Comme dans d'autres cités mayas, les sacrifices faisaient partie des rites destinés à honorer les dieux, à assurer l'équilibre du monde et à légitimer le pouvoir des souverains. Les bas-reliefs et les panneaux sculptés montrent fréquemment des membres de l'élite accomplissant des rituels d'autosacrifice. Ces cérémonies consistaient à percer certaines parties du corps, notamment la langue ou les oreilles, à l'aide d'épines de raie, d'obsidienne ou d'autres objets tranchants. Le sang recueilli était offert aux divinités et aux ancêtres. Des instruments correspondant à ces pratiques ont été retrouvés lors des fouilles, ce qui confirme les scènes représentées sur les monuments. Les textes gravés dans les temples évoquent plusieurs cérémonies religieuses au cours desquelles les souverains accomplissaient des actes de pénitence et d'effusion de sang. Ces rituels étaient considérés comme indispensables pour entrer en communication avec les êtres surnaturels. Les représentations de la reine Sak K'uk' et de la reine Tz'akbu Ajaw, par exemple, illustrent l'importance de ces pratiques au sein de la famille royale.

Certaines découvertes archéologiques suggèrent également l'existence de sacrifices humains, bien que les preuves soient moins abondantes qu'à d'autres sites mayas, comme Yaxchilán ou Chichén Itzá. Des restes humains retrouvés dans des contextes rituels, associés à des offrandes ou à des constructions religieuses, laissent penser que certaines personnes pouvaient être mises à mort lors de cérémonies particulières, notamment lors de dédicaces de bâtiments ou de rites liés aux funérailles royales. Toutefois, les chercheurs restent prudents, car il est parfois difficile de distinguer un sacrifice d'une simple inhumation. La tombe de Pakal contenait de nombreuses offrandes et plusieurs squelettes de jeunes individus découverts dans les abords du monument. Certains archéologues ont proposé qu'ils aient pu être sacrifiés pour accompagner symboliquement le souverain dans l'au-delà, mais cette interprétation fait encore l'objet de discussions. 

Les sépultures découvertes à Palenque fournissent de précieuses informations sur les conceptions de la mort. Les défunts étaient généralement enterrés avec des objets personnels, des bijoux et des offrandes destinées à les accompagner dans l'au-delà. La tombe de Pakal montre le soin apporté aux funérailles des dirigeants et la croyance en une survie après la mort. Les différences observées entre les tombes révèlent également les inégalités sociales existant au sein de la population.

Les inscriptions hiéroglyphiques et les calendriers gravés témoignent de ce que certains habitants maîtrisaient l'écriture, les mathématiques et l'astronomie. Les scribes jouaient un rôle essentiel dans la conservation de la mémoire dynastique et dans l'organisation des cérémonies religieuses. L'observation des cycles célestes permettait notamment de déterminer les dates des fêtes et des activités agricoles.

Les systèmes sophistiqués d'aqueducs et de canalisations montrent que les habitants accordaient une grande importance à la maîtrise de l'eau. Ces aménagements assuraient l'approvisionnement de la ville, limitaient les risques d'inondation et contribuaient au développement d'une importante population urbaine. Cette maîtrise de l'hydraulique revêtait également une dimension politique et cosmologique fondamentale. À Palenque, l'eau était considérée comme une manifestation du sacré, une porte d'entrée vers l'inframonde et le domaine des divinités de la pluie. Le contrôle de l'eau par l'élite dirigeante légitimait son pouvoir : elle démontrait sa capacité à protéger la population des inondations tout en assurant la fertilité des terres et la pérennité de la cité. 

La gestion de l'eau à Palenque. - La cité bénéficiait d'un climat tropical humide avec des précipitations annuelles dépassant souvent les trois mille millimètres. Cependant, cette abondance d'eau masquait un défi géographique majeur : la ville était construite sur un paysage karstique, un terrain calcaire très poreux où l'eau de pluie s'infiltre rapidement dans le sous-sol, rendant la création de réserves d'eau de surface naturelles presque impossible. De plus, la topographie accidentée et les fortes pentes de la zone exposaient la cité à une érosion sévère et à des crues soudaines dévastatrices pendant la saison des pluies, tandis que l'approvisionnement devenait critique durant la saison sèche. Pour relever ce double défi de captation, de canalisation et de stockage, les ingénieurs et architectes mayas ont profondément modifié le paysage naturel. Ils ont commencé par maîtriser les nombreux ruisseaux et sources qui traversent le site, dont le río Otulum. Ils l'ont intégrée au plan de la ville grâce à un réseau sophistiqué d'aqueducs et de canaux. L'un des ouvrages les plus remarquables est l'aqueduc de Piedras Bolas. Fait unique dans le monde maya et même dans toute l'Amérique précolombienne, cet aqueduc a été conçu pour créer un flux sous pression. En rétrécissant délibérément le canal de sortie sur une pente très raide, les Mayas ont forcé l'eau à jaillir sous pression, ce qui servait peut-être à alimenter une fontaine monumentale ou à contrôler l'énergie destructrice de l'eau avant qu'elle ne rejoigne les zones basses.

Les Mayas ont aussi construit d'imposants réseaux de drainage souterrain qui serpentaient sous les grandes places, les palais et les temples, y compris sous le Temple des Inscriptions. Ces tunnels et drains étaient construits en pierre calcaire et couverts par la technique de la fausse voûte maya (voûte en encorbellement). Ces systèmes permettaient d'évacuer efficacement les eaux de ruissellement des toits des temples et des places pavées, protégeant ainsi les fondations des monuments contre l'humidité et l'effondrement. L'eau était ainsi canalisée hors des zones sacrées et résidentielles pour être dirigée vers les vallées ou des zones de stockage. Pour garantir la survie de la population pendant les mois sans pluie, la cité s'est dotée de réservoirs artificiels et de bassins de rétention. Les constructeurs ont exploité les dépressions naturelles du terrain, les modifiant avec des digues et des murs de contention pour y piéger l'eau de ruissellement. Ces réservoirs, fréquemment situés à proximité des zones d'habitation denses, étaient soigneusement entretenus pour fournir une eau vitale. Parallèlement, pour lutter contre le ruissellement rapide sur les collines, les habitants de Palenque ont aménagé des systèmes de terrasses agricoles et de retenues qui ralentissaient le flux de l'eau, favorisant l'infiltration vers les nappes phréatiques locales et prévenant la perte de la précieuse couche arable.

L'histoire de Palenque (Lakamha').
L'histoire de Lakamha', la "Grande Eau" (en référence aux neuf cours d'eau qui jaillissent des flancs de la montagne et traversent la cité et alimentent le système d'aqueducs et de canaux voûtés) commence modestement sur les premières terrasses aménagées au bord du ruisseau Otulum, où des céramiques et des traces d'habitat attestent une présence humaine dès la période maya préclassique récente, autour de 300 av. JC. Durant les siècles suivants, une petite communauté maya s'y développe à l'abri des contreforts de la Sierra Madre de Chiapas, profitant de sources abondantes et d'une position défensive naturelle. 

La transition vers une cité-État structurée s'amorce durant le Classique ancien, et les inscriptions hiéroglyphiques, remarquablement préservées sur les temples, nous livrent une chronique dynastique d'une précision exceptionnelle. La lignée officielle de Palenque débute le 10 mars 431, date de l'intronisation de K'uk' Bahlam Ier, le "Jaguar Quetzal", seigneur fondateur dont on ne sait presque rien sinon qu'il inaugure une liste de souverains qui se transmettent le pouvoir pendant près de quatre siècles. Ses successeurs immédiats, comme Ch'a […] (nom partiellement perdu) et Ahkal Mo' Nahb Ier, consolident le royaume et entreprennent les premiers grands travaux. Le Ve siècle voit naître une cité tournée vers le culte des dieux protecteurs, et le nom même de Lakamha' apparaît dans les textes pour désigner non seulement la ville mais aussi son territoire.

Le VIe siècle est marqué par une alternance de périodes brillantes et de crises profondes. Sous K'an Joy Chitam Ier, qui règne de 529 à 565, Palenque affirme sa puissance et multiplie les monuments. Mais en 583, une première catastrophe frappe le royaume : la cité ennemie de Calakmul, l'immense puissance du Yucatán central alliée à la dynastie du Serpent, lance une attaque contre Palenque et y inflige une défaite humiliante. La reine Yohl Ik'nal, souveraine montée sur le trône en 583, parvient à maintenir l'indépendance du royaume, puis son fils Ajen Yohl Mat lui succède, mais en 599 puis en 611, Calakmul et ses alliés, dont la ville de Sak Tz'i', infligent de nouveaux raids dévastateurs à Lakamha'. Les temples sont profanés, une partie de l'élite est massacrée ou exilée, et la cité entre dans une période de vide dynastique d'une dizaine d'années. Les inscriptions officielles se taisent, laissant deviner un traumatisme profond et une désorganisation politique presque fatale.

C'est de Ix Sak K'uk', "Dame Blanche Quetzal", fille de Yohl Ik'nal, que va renaître la grandeur de Palenque. En 612, elle assume probablement la régence dans une ville affaiblie, en attendant qu'un héritier mâle soit en âge de régner. Son fils, K'inich Janaab' Pakal, naît en 603, et le 26 juillet 615, à douze ans, il ceint la couronne royale sous le nom de Pakal le Grand. Ce jeune souverain va réaliser l'un des règnes les plus longs de l'histoire maya, soixante-huit années qui métamorphoseront Lakamha' en joyau du monde classique. Les premières décennies de son gouvernement sont consacrées à panser les plaies, à rétablir l'autorité royale et à repousser les menaces extérieures, notamment celles des cités de Tortuguero et de Toniná.

Pakal instaure un culte dynastique puissant, fait de sa mère la gardienne des légitimités anciennes, et lance un programme architectural sans précédent : il reconstruit le Palais sur une échelle monumentale, y ajoutant des galeries, des cours et la fameuse tour à quatre étages, qui devient la tour de guet et le symbole du pouvoir. Il fait sculpter dans la pierre et le stuc le récit des origines cosmiques de sa lignée, reliant ses ancêtres aux dieux et aux dates mythologiques antérieures de plusieurs milliers d'années. Mais son oeuvre la plus personnelle est le Temple des Inscriptions, pyramide qu'il destine secrètement à abriter sa propre sépulture.
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Le masque funéraire en jade du roi Pakal.

Lorsque Pakal s'éteint le 28 août 683, à l'âge de quatre-vingts ans, Palenque est une cité puissante, riche d'alliances et de conquêtes, rayonnant sur la région de l'Usumacinta. Son fils aîné, K'inich Kan Bahlam II, le "Serpent Jaguar", monte sur le trône en 684 et entame un règne de dix-huit années marqué par une ferveur religieuse intense. Il parachève le Temple des Inscriptions, y fait graver les six cent dix-sept glyphes qui retracent l'histoire dynastique et mythologique de son peuple, puis scelle à jamais la crypte de son père sous l'escalier intérieur comblé de gravats. Surtout, il conçoit et édifie le Groupe de la Croix, trois temples adossés à la montagne qui abritent des panneaux sculptés montrant Kan Bahlam enfant puis adulte, officiant devant l'arbre-monde en croix. Ces reliefs, parmi les plus beaux de l'art maya, réaffirment la filiation divine du souverain et sa fonction d'intercesseur entre les hommes et les dieux.

Le règne suivant, celui de K'inich K'an Joy Chitam II, frère cadet de Kan Bahlam, débute en 702. Ce roi poursuit l'embellissement de la cité et agrandit encore le Palais, où il fait sculpter de nouvelles tablettes de stuc aux élégantes figures. Mais la menace qui couve au sud se concrétise brutalement en 711 : Toniná, rivale acharnée, lance une attaque foudroyante contre Palenque, capture K'an Joy Chitam II et le ramène enchaîné dans sa propre capitale. Ce désastre militaire et politique est un choc immense, même si le roi captif n'est peut-être pas exécuté immédiatement : certaines hypothèses suggèrent qu'il aurait été maintenu en vie comme otage, paralysant la vie politique de Lakamha' pendant une décennie.

En 721, un nouveau souverain, Ahkal Mo' Nahb III, parvient à restaurer la dignité de la dynastie. Il ordonne des constructions au Groupe du Nord et fait graver des inscriptions qui insistent sur la continuité du lignage royal en dépit des revers. Sous son règne et celui de ses successeurs, K'inich Janaab' Pakal II et K'inich K'uk' Bahlam II, Palenque connaît un ultime regain de vitalité, mais les indices de déclin s'accumulent : les chantiers sont moins ambitieux, les inscriptions se raréfient, et la population du centre urbain commence à décroître. La dernière date en compte long enregistrée à Palenque correspond à 799, sous le roi Wak Kimi Janaab' Pakal III, et marque la fin de l'histoire officielle de la cité.

L'abandon du centre cérémoniel se produit progressivement au cours du IXe siècle, en écho à l'effondrement général des cités mayas classiques du sud. Les élites cessent d'ériger des monuments, l'entretien des temples n'est plus assuré, et la forêt tropicale, nourrie par l'humidité incessante des montagnes, entame la reconquête de la pierre. Des groupes mayas continuent d'occuper les vallées alentour, cultivant les terrasses et utilisant les cénotes, mais Lakamha' en tant que centre politique et religieux n'existe plus. La mémoire des grands rois s'estompe, même si le site n'est jamais totalement oublié des populations locales. 

En 1524, le conquistador Hernán Cortés passe à quelques dizaines de kilomètres sans avoir connaissance des ruines. L'administration coloniale espagnole finit par être informée de l'existence d'une antique cité enfouie, et en 1746, un prêtre du nom de Solís en fait une première mention écrite. En 1787, le capitaine Antonio del Río mène une expédition pour le compte de la couronne espagnole, dégage à la hâte quelques bâtiments et rédige un rapport qui dormira dans les archives jusqu'à sa publication en 1822 à Londres, accompagnée de gravures fantaisistes.

La renommée internationale de Palenque éclate véritablement avec la visite de John Lloyd Stephens et Frederick Catherwood en 1840. Leurs descriptions enthousiastes et les dessins précis de Catherwood, publiés dans Incidents of Travel in Central America, Chiapas, and Yucatán, bouleversent les cercles érudits d'Europe et des États-Unis, imposant l'idée que les ruines de la jungle ne sont pas d'origine égyptienne ou phénicienne, mais bien l'oeuvre d'une civilisation amérindienne avancée. Le photographe français Désiré Charnay se rend sur place en 1858 et en rapporte les premiers clichés, avant que des générations de chercheurs mexicains et étrangers, Alfred Maudslay (qui, dans les années 1890, réalise des moulages et des relevés d'une qualité scientifique inégalée pour l'époque), Frans Blom, Miguel Ángel Fernández et tant d'autres, ne se succèdent pour fouiller, consolider et restaurer les monuments. Alberto Ruz Lhuillier, en juin 1952, après avoir désobstrué l'escalier secret du Temple des Inscriptions, comme on l'a vu plus haut, pénètre dans la crypte inviolée de Pakal le Grand. La découverte du sarcophage, du masque de jade et du mobilier funéraire est un événement mondial, qui place Palenque au panthéon des grands sites archéologiques de la planète.

Depuis lors, les campagnes épigraphiques et archéologiques n'ont jamais cessé. Le déchiffrement de l'écriture maya, accéléré dans les années 1970, a permis de lire presque intégralement les récits gravés sur les temples de la Croix, du Soleil et des Inscriptions, reconstituant avec une précision stupéfiante les généalogies, les dates de batailles et les rituels d'intronisation. 

Les prospections au XXIe siècle ont révélé que sous la canopée se cachent des milliers de plates-formes domestiques, des canaux, des réservoirs et des fortifications, démontrant que Lakamha' était une véritable métropole étendue sur plus de deux mille hectares. En 2022, un masque en stuc du dieu du maïs a encore émergé de terre dans un secteur marginal du site, rappelant que l'histoire de Palenque continue de s'écrire au présent, chaque strate exhumée ajoutant un paragraphe au long récit d'une cité qui, surgie des eaux de la montagne, a su incarner comme nulle autre la splendeur, la fragilité et la résilience de la civilisation maya classique.



Sheila Dorantes, La Princesa de la Luna (roman); éd. Universidad Juarez autonoma de Tabasco, 2011.
Serpent à Plumes. Bas-relief du Temple de la Croix Feuillue, à Palenque.
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Dictionnaire Villes et monuments
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