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L'Antiquité > le Croissant fertile > la Mésopotamie
Histoire de la Mésopotamie
Sumer et Akkad
La civilisation suméro-akkadienne
Vers le milieu du IVe millénaire, les Sumériens arrivent dans la plaine du bas Euphrate. Les Sumériens n'en sont pas les seuls habitants; ils occupent la partie méridionale; des hommes d'origine  différente, les Akkadiens, sémites apparentés aux Amorrites et aux Cananéens de la Syrie, se sont installés dans la partie septentrionale. Déjà leurs civilisations se sont compénétrées; s'ils se distinguent par la langue, ils ont en commun une même religion, beaucoup de traditions identiques. Il est donc difficile de distinguer ce qui appartient en propre aux uns ou aux autres, parce que les textes primitifs ont été maintes fois modifiés et adaptés aux idées nouvelles dans la suite des siècles.
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Carte de Sumer et Akkad.
Carte de Sumer et Akkad.

Les Sumériens de l'époque historique n'ont gardé aucun souvenir des migrations de leurs ancêtres avant l'établissement dans la basse vallée de l'Euphrate. Quelques données historiques apparaissent au milieu des mythes; on entrevoit non seulement des rapports civils et religieux entre les cités du Bas-Euphrate, mais des luttes avec des pays éloignés, notamment avec la région du Taurus, où commencent à s'exploiter des mines. Des expéditions s'organisent dont le but principal est la recherche des matières premières qui font défaut dans la plaine d'alluvions : les bois de construction, la pierre, les métaux. 

Gilgamesh, le cinquième roi, semi-légendaire, de la le dynastie d'Uruk, en devient le héros et le héros d'un d'une grande épopée littéraire, où on nous le montre à la poursuite du rêve de l'immortalité. Gilgamesh, figuré à profusion sur les cylindres-sceaux dès les débuts des temps historiques, devient dans la suite des âges un demi-dieu honoré en Babylonie, en Assyrie, en Asie Mineure et en Syrie. On lui attribue la construction de l'enceinte d'Uruk, l'érection de divers monuments; on conserve le souvenir de présages recueillis sous son règne et celui de son adversaire Humbaba.

L'ordre des dynasties suivantes témoigne de luttes non seulement entre cités mais aussi avec les pays voisins. Trois fois des princes étrangers, élamites d'Awan ou de Hamazi, ou sémites de Mari sur le Moyen-Euphrate, dominent sur la vallée d'alluvions et y imposent leurs lois. Plusieurs des dynasties classées comme successives dans les compilations tardives ont été entièrement ou en partie contemporaines.

Débuts des temps historiques en Sumer

Les plus anciens textes retrouvés dans les ruines des cités sumériennes sont des documents administratifs ou des contrats, précieux témoins d'une organisation sociale déjà fort évoluée.

Quelques-uns sont antérieurs à Mésilim, roi qui vers l'an 3000 domine sur tout le pays et intervient entre deux villes ennemies, Lagash et Umma, pour fixer entre elles une frontière réglée par la décision d'Enlil, le dieu souverain de Sumer. Au dieu de Lagash, Ningirsu, il offre une masse colossale sur laquelle est figuré en relief le symbole du dieu, un aigle aux ailes éployées liant des animaux. Cette scène, très répandue en Élam et en Sumer, d'où elle passe dans les régions occidentales de l'Asie antérieure, est ici traitée d'une façon originale : les animaux que domine l'aigle, des lions, sont au nombre de quatre et se poursuivent l'un l'autre, tout autour de la sphère.

Les plus anciens documents historiques connus proviennent pour la plupart de Lagash dont les ruines, appelées Tello par les Arabes, se trouvent sur la rive orientale du Shatt-el-Haï; c'est la première des villes sumériennes où des fouilles régulières ont été entreprises; elle a livré un grand nombre de monuments et de textes appartenant à la haute antiquité.

Ur-Ninâ.
La chronologie relative est déterminée à partir d'Ur-Ninâ, premier roi d'une dynastie de Lagash. La cité où il règne a déjà un long passé; sous un prince antérieur, Enhégal, une tablette de pierre porte l'acte de vente de diverses grandes propriétés et témoigne d'une organisation foncière très développée; l'influence de l'écriture sur argile s'y fait sentir dans la forme des signes et le style des images, encore toutes proches de la pictographie primitive, a beaucoup de ressemblance avec le style géométrique des vases susiens de la plus ancienne période. A cette époque Lagash possède un magasin pour les vivres de réserve et domine peut-être sur, une partie du pays sumérien car on y trouve des tablettes de Shuruppak, ville distante d'environ 80 kilomètres.

Ur-Ninâ est le plus ancien roi dont il nous soit parvenu de nombreuses inscriptions. Son activité est celle d'un chef de cité prospère, à une époque de paix et de tranquillité. Par ses soins la ville est entourée d'un mur d'enceinte, en terre crue; le temple du dieu local, Ningirsu, est rebâti; un grenier de réserve, des bassins en briques avec revêtement de bitume, de larges hangars supportés par des piliers en bois de cèdre sont construits, suivant un usage déjà ancien, sur une plate-forme recouverte d'épaisses dalles de gypse; bois et pierres proviennent des montagnes de Syrie et ont été amenés à grands frais par la voie de l'Euphrate. 

Les architectes sumériens ont déjà inventé la voûte à claveaux; les ingénieurs savent dresser des plans et ont créé pour augmenter la prospérité de la région un remarquable système de canaux. Les métallurgistes ne connaissent pas encore le bronze, mais ils travaillent l'or, l'argent et le cuivre selon des techniques variées et témoignent de goûts artistiques très développés. Des pièces de grandes dimensions sont souvent formées de plaques de cuivre travaillées au marteau et fixées par des clous sur des formes en bois, suivant un procédé qui se maintiendra en Babylonie et se transmettra à l'Assyrie. D'autres figures sont coulées en creux et ciselées; comme les statues de pierre elles s'ornent parfois de pièces rapportées, autres métaux, coquille, nacre, lapis, schiste, jaspe, dont les couleurs diverses rehaussent l'éclat de l'objet. 

Près d'Ur, à Tell el'Obeid, les archéologues ont découvert la très curieuse façade d'un temple archaïque écroulé. Il y a là des protomes de lions, en cuivre, aux grands veux tricolores, iris en jaspe rouge, blanc en coquille, paupières en schiste bleu; la langue est de jaspe rouge et les dents de coquille blanche. Aucune difficulté ne semble arrêter les artistes : sur un grand bas-relief qui ne mesure pas moins de 2,44 m de longueur les têtes de deux cerfs se détachent en ronde-bosse et portent des andouillers très développés, aux nombreuses ramifications; Hittites et Assyriens imiteront ce procédé qui consiste à unir dans une même oeuvre le bas-relief et la statue en ronde-bosse. Ce monument de Tell el'Obeid remonte au temps d'Aannipada, fils de Mesannipadda, de la première dynastie dUr; on peut conclure avec certitude de l'écriture et des données archéologiques que cette lignée de princes est de très peu antérieure à Ur-Ninâ et ne remonte pas aussi loin que le feraient supposer les listes chronologiques établies à la fin du deuxième millénaire.

Le régime politique en Sumer est la théocratie. Jadis les hommes avaient dû à Enki, le dieu d'Éridu, les bienfaits de la civilisation; au temps d'Ur-Ninâ, c'est Enlil, dieu de Nippur, qui possède les tablettes des destins et régit l'humanité. C'est lui le grand dieu de Sumer et il commande aux divinités locales. Celles-ci jouissent cependant d'une certaine autonomie, chacune dans le territoire qui lui a été concédé. A Lagash la divinité principale c'est Le-Seigneur-du-quartier-deGirsu, Ningirsu, identifié à Inurta, le fils d'Enlil. Le prince de Lagash roi ou ishakku, est son vicaire, l'intermédiaire entre les habitants de la cité et sa divine personne. Choisi par le dieu, ce prince doit agir suivant les directives qu'il reçoit de la divinité, directement en songe, ou indirectement par les devins observateurs des présages. Les devins, dont la charge est héréditaire, forment parmi le clergé une classe nombreuse et privilégiée, soigneusement instruite dans des manuels secrets qui à chaque génération se complètent d'observations patientes et méticuleuses dont les Grecs sauront, bien des siècles plus tard, faire sortir les premiers éléments des sciences exactes. L'examen du foie d'une victime pure, sacrifiée suivant les rites, est le moyen le plus ordinaire pour connaître les intentions de la divinité; les phénomènes atmosphériques, les mouvements des planètes, l'éclat des astres, occuperont dans les siècles suivants une place de plus en plus considérable. Ur-Ninâ invoque le dieu Enki, par l'intermédiaire du chef-devin, pour obtenir l'agrément de la divinité à la construction du temple de Ningirsu; son petit-fils Eanatum, attaqué par les gens d'Umma, veut avant d'appeler aux armes ses guerriers, avoir l'appui du dieu et va dormir sur le pavé du temple afin d'être favorisé d'un songe.

Les successeur d'Ur-Ninâ. 
Lagash semble avoir subi quelque revers à la fin du règne d'UrNinâ, car son fils Akurgal, dont le gouvernement est sans éclat, ne possède plus le titre de roi. Éanatum qui lui succède relève le prestige de la cité; il conquiert l'Élam, Uruk, Ur, Kish, Mari, mais son succès est éphémère et aux derniers jours de son règne il ne reste à peu près rien de ses brillants exploits. Ayant imposé un traité à la ville voisine d'Umma, il érige un monument de victoire aujourd'hui connue sous le nom de Stèle des Vautours, bloc de calcaire arrondi au sommet, portant sur la face une scène mythologique en l'honneur de Ningirsu, au revers des épisodes de la lutte contre Umma. Les fragments réunis au Louvre ont permis d'en reconstituer une importante partie; on y voit le dieu tenant dans son filet les ennemis vaincus; la phalange sumérienne, armée de longues lances, à l'abri de hauts pavois; l'infanterie légère; le sacrifice d'action de grâces, les honneurs rendus aux guerriers morts, les oiseaux de proie déchiqueter les cadavres des vaincus.

Entéména, 2e successeur d'Eanatum, sera honoré bien des siècles après sa mort; au temps d'Abéshu, 8e roi de la le dynastie de Babylone, alors que le peuple sumérien aura disparu, on lui élèvera encore des statues. Il impose un ishakku à Umma de nouveau révolté contre la domination de Lagash, construit un grand réservoir, creuse à partir du Tigre un canal qui permettra d'arroser le canton si les Umméens arrêtaient l'eau de l'Euphrate : ce canal est probablement le Shatt-el-Haï. Le plus ancien monument en diorite date de son règne; c'est le buste d'un haut officier d'Umma, nommé Lupad, sur lequel est gravé l'acte d'achat par ce personnage de terrains situés sur le territoire de Lagash. Les formules légales ne sont plus celles jadis en usage dans tout Sumer; on ne nomme plus le vendeur « le mangeur de l'argent » mais on dit « d'un tel il a acheté »; la coutume continue de donner des cadeaux au vendeur, à ses parents, à certains fonctionnaires; vers la même époque se répand l'usage d'imprimer sur les contrats l'ongle ou le sceau des témoins, usage qui deviendra obligatoire et au temps des rois d'Ur se sera répandu jusqu'en Asie Mineure.

Avant Ur-Ninâ les Sumériens avaient utilisé parfois des cachets plats, qui souvent se présentaient sous la forme d'animaux couchés, sculptés dans un petit bloc de marbre. De très bonne heure ils y avaient substitué un petit rouleau cylindrique, perforé suivant l'axe et orné de sujets gravés en creux sur la nappe. L'usage de ce cylindre-sceau se répandit dans toute la région. En Élam il fut immédiatement adopté; sur le plateau anatolien et en Syrie il fut employé concurremment avec le cachet plat; en Égypte il ne parvint pas à s'imposer et après avoir été utilisé sous les premières dynasties disparut à peu près complèement au temps de l'empire thébain.

Les plus anciennes intailles portent en Sumer, comme en Elam, un répertoire géométrique, identique à celui des vases peints, et comme lui dérivé par stylisation de la représentation d'objets inanimés, d'animaux, de figures humaines. Des semis de quadrupèdes grossièrement gravés à la bouterolle, des luttes d'animaux réels ou fantastiques soit entre eux soit contre des héros, tels Gilgamesh et Enkidu. Le champ du cylindre est plus grand qu'aux si/ècles suivants; la matière est le plus souvent la columelle de certains gastéropodes, le marbre ou d'autres calcaires.

Ce n'est pas seulement sur la pierre et sur la columelle ni même sur de la nacre découpée en petites plaques que les graveurs sumériens exercent leur talent; le monument le plus célèbre du règne d'Entéméena est un vase en argent dont la panse est ornée, au trait, de quatre aigles léontocephales qui lient des lions, des cerfs et des bouquetins; cette variante d'une scène si fréquente est un des meilleurs témoins de l'exactitude atteinte à cette époque dans la représentation des animaux de profil, des difficultés quasi insurmontables que rencontre alors l'artiste quand il veut représenter des figures de face.

L'inscription gravée sur ce vase unit au nom du prince celui du grand-prêtre de Ningirsu. Depuis le règne précédent ce haut personnage de la cité, administrateur de l'importante fortune du temple, a pris une influence considérable dans les affaires publiques; maintenant son nom est mentionné dans la date des événements et sur les poids officiels; il remplit le rôle de maire du palais, bientôt c'est à lui et non au souverain qu'il sera rendu compte des événements politiques les plus importants, et le jour n'est pas éloigné où un grand-prêtre va s'emparer du pouvoir, devenir ishakku de Lagash.

Les habitants n'ont pas à se féliciter du nouveau régime; les biens des dieux sont sécularisés et deviennent biens particuliers du prince; les impôts, les exactions de toute sorte écrasent le peuple; une réaction se produit et Lugalanda, le troisième des grands-prêtres souverains, est déposé par un certain Urukaghina qui rétablit l'ordre et la justice, réforme l'administration et les moeurs. Les documents, officiels ne sont pas seuls à en témoigner; de nombreuses tablettes de comptabilité montrent combien profonde est la réaction et renseignent en même temps sur la vie quotidienne de la cité, sur l'organisation des grandes fortunes, sur la culture dans les fermes, l'importance, des troupeaux dont la laine est tissée par des groupes de femmes dont le salaire est proportionel au nombre de leurs enfants, le contrôle de la pêche dans les eaux douces et dans la mer, l'une des principales ressources pour l'alimentation dans ce canton maritime, la fabrication de plusieurs sortes de bières et de boissons fermentées que l'on met en réserve dans des celliers avec les vins si appréciés des coteaux à l'Est du Tigre; on y rencontre aussi des renseignements sur les emplois publics et sur les divers métiers. 

Deux femmes éminentes, les épouses de Lugalanda et d'Urukaghina possèdent l'une et l'autre de grands domaines administrés par un intendant; toutes deux s'intéressent aux affaires de l'État et entretiennent des relations avec les princesses des cités voisines; toutes deux ont leurs statues auxquelles on présente des offrandes.

Dès la première année de son principat Urukaghina s'est proclamé roi; l'année suivante il se dit roi de Sumer et envoie des cadeaux aux divinités de Nippur, la capitale religieuse. Il réforme la justice et l'administration, entreprend de nombreuses constructions. Sous son règne se fixe le style littéraire des documents historiques. Son oeuvre est interrompue subitement par l'attaque d'un prince ambitieux, Lugalzaggisi, ishakkou d'Umma. Lagash est détruite et ses pieux habitants, étonnés du triste sort qui leur échoit, appellent la colère des dieux sur le prince d'Umma. La Lamentation sur la ruine de leur cité est l'une des plus belles oeuvres de la littérature sumérienne. Une autre lamentation, composée pour le culte de la déesse Baü épouse de Ningirsu, a été conservée et est restée populaire dans l'hymnologie babylonienne.

Quelques-unes des principaux sites suméro-akkadiens

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La domination akkadienne

Sargon et Narâm-Sin.
Vainqueur de Lagash, Lugalzaggisi étend bientôt son pouvoir sur tout le pays de Sumer et fait des raids jusqu'en Syrie. Après 25 ans de domination, il est détrôné par Sargon, homme de basse extraction, élevé par un jardinier, devenu libateur d'Ur-Zababa roi de Kish. Sargon s'est proclamé roi, il s'empare d'Uruk, capitale de Lugalzaggisi, saisit plus tard ce prince et le fait déposer solennellement dans le temple de Nippur. En la troisième année de son règne il guerroie déjà sur le plateau d'Anatolie, dans la région du mont Argée, pour porter secours à des marchands sémites établis près des mines d'argent et de plomb, richesse de cette contrée; il en rapporte dans la vallée de l'Euphrate des arbres et des arbustes qu'il se propose d'acclimater : cette expédition est chantée dans un poème qui dix siècles plus tard est encore répandu dans tout l'Orient asiatique et jusqu'en Egypte. A l'est, Sargon fait au moins deux campagnes et subjugue l'Elam; dans le golfe Persique il arme une flotte pour la conquête du riche pays de Dilmun. Il tente d'organiser son empire, le divise en districts, y installe des gouverneurs akkadiens. De nombreux monuments élevés à sa gloire portaient des inscriptions dont il ne reste que des copies; les monuments eux-mêmes semblent avoir péri. De ce prince, l'un des plus célèbres de l'Antiquité, on possède seulement un fragment de stèle de victoire, érigée par lui-même à Suse ou transporté dans cette ville comme butin par le conquérant élamite Shutruk-Nahhunté. Le roi y est représenté vêtu de l'étoffe à larges boucles appelée kaunakès, comme les princes de la dynastie d'Ur-Ninâ, mais il n'a pas comme eux la tête rasée, il porte au contraire de longs cheveux et une grande barbe soigneusement ondulée.

A la fin du règne de Sargon est attristée par une révolte générale des peuples vassaux; ses successeurs, Urumush, puis Manishtusu, luttentt énergiquement et parviennent à rétablir leur domination. Celui-ci fait une expédition maritime dans le golfe Persique pour s'assurer l'exploitation de mines d'argent et de carrières de diorite sur la côte élamite; son autorité est fortement établie à Suse dont l'ishakku dédie en son honneur une statue et fait adopter les usages suméro-akkadiens notamment dans la glyptique et la rédaction  de documents d'intérêt privé. Un important monument de ce règne est un obélisque en diorite sur lequel est inscrite l'acquisition d'importants domaines dans la région d'Akkad : les constructions se paient à part, comme jadis il est fait des cadeaux aux témoins et au vendeur; celui-ci, contrairement à l'usage de Lagash, est encore « le mangeur de l'argent ».

Narâm-Sin recueille le fruit de l'administration de son père. Pendant son long règne
56 ans; il doit cependant faire diverses expéditions dont l'ordre est incertain. L'une d'elles a pour objectif la région de Diarbékir; sur le flanc de la montagne, à Pir-Hussein, il se fait représenter, vêtu comme Sargon de kaunakès. Une autre campagne est dirigée contre les montagnards à l'Est du Tigre; au retour le roi fait ériger une stèle de grès, monument le plus artistique de l'antiquité suméro-akkadienne et dont le style tout particulier a fait supposer des influences étrangères, venues peut-être de l'Égypte. Une troisième expédition importante a pour but de s'assurer l'exploitation de mines de cuivre et de carrières de diorite au pays de Magan.

Chaque cité de Sumer et d'Akkad doit fournir au prince une importante contribution en grains, bétail, métaux précieux, lui procurer des manoeuvres et des artisans. Les Sémites ne se sont pas très répandus en Sumer, mais leur influence s'y est développée et des mots sémitiques s'introduisent de plus en plus nombreux dans le vocabulaire des cantons méridionaux. Les ishakkè toutefois gardent une certaine autonomie, ils peuvent se permettre d'avoir un calendrier spécial, de désigner les années d'après les événements locaux. Il n'en est pas partout de même; dans les régions éloignées la sémitisation a été poussée plus loin, des gouverneurs d'origine akkadienne ont été imposés et avec eux les moeurs et les coutumes d'Akkad. Là où les anciens princes ont été maintenus, ils ont dû accepter des traités d'alliance : un fragment en langue anzanite en est le plus ancien témoin, il est rédigé suivant le formulaire qui sera imposé au XIVe siècle par les Hittites à leurs alliés et à leurs vassaux.

Narâm-Sin, grand constructeur de temples, est divinisé de son vivant; sur sa stèle de victoire il porte la tiare à cornes, insigne réservé aux êtres divins; on l'appelle « dieu de son pays », « dieu d'Akkad ». Son culte, répandu dans tout l'empire, demeure en honneur plusieurs siècles durant dans la région syrienne.

Sous son règne et celui de son successeur Sharkalisharri, la glyptique de Sumer et d'Akkad atteint son apogée. Jamais le choix des sujets n'a été aussi varié; les luttes de Gilgamesh sont encore en honneur, mais le lapicide traite plus volontiers d'autres mythes, ceux de Shamash le dieu-soleil, de Zou qui a tenté de ravir les tablettes des destins, d'Étana, de l'arbre enchanté, etc.

Sharkalisharri, le dernier grand roi de la dynastie d'Akkad, doit deux fois lutter contre les barbares de Gutium cantonnés dans les hautes vallées à l'Est du Tigre, vers la région de Kirkuk. La fin de son règne est marquée par la mauvaise fortune et les présages annoncent : la désagrégation d'un empire qui pendant plus d'un siècle et demi s'est maintenu, non sans difficultés. Quarante ans plus tard la dynastie disparaît; cinq rois règnent à Uruk pendant 26 ans puis les hordes de Gutium se répondent dans la vallée de l'Euphrate.

Sumer, Goudéa et la troisième dynastie d'Ur.
Depuis 125 ans, de Gutium, « la demeure de la peste », des hordes de barbares s'étaient répandues dans la plaine de Sumer et d'Akkad. Les sanctuaires avaient été dévastés, les prêtres répétaient leurs lamentations sur leurs ruines. Les princes des envahisseurs n'avaient rien changé cependant à l'administration locale, et en Sumer tout particulièrement les ishakké agissaient presque en princes indépendants. A Lagash, Ur-Baou utilise encore les moules à brique en usage au temps de Narâm-Sin; son gendre, Nammahni, les modifie et adopte une dimension un peu supérieure au pied carré, qui sera encore usitée au temps de l'empire néo-babylonien.

Un roi d'Uruk avait été détrôné par les gens de Gutium; un roi d'Uruk rétablira l'indépendance. Un peu avant cette époque, au XXVIe siècle, paraît à Lagash Gudéa, le prince sumérien dont il existe le plus grand nombre de monuments. Par suite des circonstances politiques il doit se confiner dans la littérature et dans les oeuvres de paix; aussi s'occupe-t-il surtout de choses religieuses et à ce titre il est divinisé. Il restaure tous les lieux de culte, mais son ambition principale est de reconstruire sur un plan grandiose, pour le dieu Ningirsu, un temple pouvant rivaliser en beauté et en luxe avec le sanctuaire d'Enlil à Nippur. Deux grands cylindres de terre cuite rapportent cette oeuvre magnifique depuis la révélation du plan dans un songe fameux jusqu'aux fêtes splendides de la dédicace. L'Élam et Magan fournissent des bois de charpente; l'Amanus, des cèdres incorruptibles; la montagne de Magda, près de la Diyala, du cuivre; Meluhha, de l'or et du porphyre; le Taurus, de l'argent. Les bois forment des radeaux sur lesquels les autres matériaux sont chargés et le tout est convoyé jusqu'à un quai spécialement construit sur un canal près du mur de la ville. De ce temple il ne reste presque rien; les briques ont été utilisées au IIe siècle avant notre ère par le dynaste Adad-nadin-ahê et réemployées dans le gros oeuvre de son palais. Les statues du dieu et des membres de sa cour ont disparu; les sept stèles érigées par l'ishakku ont été brisées et n'ont pu être reconstituées; mais il reste plus d'une douzaine de statues, la plupart malheureusement décapitées, qui représentent l'ishakkou dans une attitude respectueuse devant les divinités de sa ville; ces statues témoignent d'un grand souci de marquer la musculature, d'indiquer le jeu naturel des draperies : c'est la caractéristique de l'art sumérien à son apogée, ce qui le distingue de l'art hittite et de l'art assyrien où domine la recherche de l'effet décoratif extérieur.

Gudéa n'est plus vêtu de kaunakès, comme l'étaient Ur-Ninâ ou Narâm-Sin; il porte un
châle uni, frangé, qui couvre tout le corps sauf l'épaule et le bras droits. Une coiffure nouvelle couvre sa tête, le turban, formé d'une pièce d'étoffe posée sur le crâne et dont une extrémité s'en roule en couronne. Tel sera l'accoutrement des rois d'Ur et même celui de; rois amorrhéens de la dynastie hammourabienne.

En glyptique, art populaire où à chaque époque on saisit le mieux les tendances actuelles de l'esprit religieux, le rôle de Gilgamesh est plus effacé; on préfère les scènes de prière et d'adoration dans lesquelles un fidèle est mis en relation par son dieu personnel avec une puissante divinité; ce sera le thème favori des graveurs pendant toute la troisième dynastie d'Ur et bien souvent la divinité à qui s'adresse l'hommage sera le roi lui-même, dieu dont le culte prend à cette époque une extension considérable. Non seulement Shulgi, par exemple, aura son temple et ses statues, mais un mois tu entier lui sera consacré et abondante collection d'oeuvres liturgiques sera composée en son honneur; dans chaque ville un temple ou au moins une chapelle lui sera consacré.

Si l'on adopte la chronologie généralement acceptée, c'est dans la première moitié du XXVe siècle que le roi Ur-Nammu, fondateur de la troisième dynastie d'Ur, devient roi de Sumer et d'Akkad par droit de conquête. Des fouilles, en 1923, ont mis au jour dans les ruines d'Ur les restes de l'enceinte construite par ce roi, enceinte rectangulaire et orientée par les angles, mesurant environ 400 mètres du nord-ouest au sud-est, sur une largeur de moitié moindre. Sur chacun des grands côtes s'ouvrent deux portes; une seule sur les petits côtés; sauf celle qui est en face de la ziggurat, toutes sont en retrait et protégées par des bastions. Ce système de défense sera mainte fois restauré dans le cours des siècles. Le temple du dieu-lune, en briques crues au temps d'Ur-Nammu, sera pour la première fois construit en briques cuites quelques siècles plus tard, sous Kudur-Mabug. Au centre du côté septentrional s'élevait le sanctuaire, composé d'un vestibule et de quatre chambres, symétriquement disposes. Un corridor le sépare des autres pièces qui ont vraisemblablement servi de magasins. De la ziggurat primitive reste le premier étage et les trois escaliers d'accès; c'est la mieux conservée de toutes les tours à escaliers d'accès; c'est la mieux conservée de toutes les tours à étages. ur-Nammu laisse le souvenir d'un prince juste. Shulgi, son fils, étend sa puissance sur l'Élam; à Suse où l'élément sémitique domine comme au temps de la dynastie d'Agadé (Akkad), il entreprend d'importantes constructions; vers l'an 42 de son règne il divise l'empire en quatre régions, Sumer et Akkad, l'Élam à l'Est, Subarti (la Mésopotamie) au Nord, Amurru à l'ouest. Tout un système de courriers le tient en rapports réguliers avec les cités les plus éloignées. Des liens religieux unissent les gouverneurs des villes au pouvoir central; les principaux doivent fournir des offrandes fixes pour le temple d'Enlil et ces offrandes sont centralisées dans un grand entrepôt non loin de Nippur. La bureaucratie est tout aussi développée qu'au temps de Lugalanda; dans chaque centre c'est par milliers que sont rédigées des tablettes de comptabilité, des relevés, des inventaires, des répertoires. La littérature religieuse se développe; les anciens chants sont réunis, de nouveaux sont composés; le rituel est modifié, les offices allongés. Nippur domine dans toutes les questions religieuses et il en sera ainsi jusqu'au temps de l'hégémonie babylonienne.

La culture et la religion sumériennes s'imposent aux régions les plus diverses, en Élam, à Ashnunnak (Kirkuk?), à Assur, sur le plateau d'Anatolie. Dans cette dernière région, une colonie de marchands sémites adorateurs d'Ashur (Assur), peut-être les descendants de ceux qui ont jadis demandé l'appui de Sargon d' Akkad, subit cette influence dans les méthodes commerciales, la procédure juridique, l'emploi des tablettes d'argile et des enveloppes. Ils ont leurs usages particuliers dont quelques-uns se retrouveront en Assyrie; il ont leur dialecte, nettement apparenté à l'akkadien; ils utilisent l'écriture cunéiforme mais l'ont  adaptée à leur prononciation particulière: dans la gravure des cylindres-cachets ils s'inspirent des sujets sumériens mais les traitent différemment, abandonnent le modelé des figures pour y substituer la recherche du décor extérieur et ajoutent des sujets fournis par le culte et les usages locaux. Ces marchands, qui font le commerce des métaux précieux et des y étoffes avec la Babylonie et la Mésopotamie, semblent disparaître, sous la poussée des Hittites, vers le temps de la ruine de la dynastie hammurabienne.

Shoulgi disparu, la cohésion se maintient entre les diverses parties de l'empire pendant le règne de Bur-Sin, son fils, et c'est seulement vers le Zagros que des opérations de police sont alors nécessaires. Le culte de ce prince dure longtemps après sa mort : au VIIe siècle on le retrouve en Assyrie dans le cortège du dieu-lune. Sous Gimil-Sin d'autres régions s'agitent; les Amorrites deviennent un pressant danger et le roi est obligé de construire entre le Tigre et l'Euphrate une muraille, le Mur d'Amurru, probablement dans la région où plus tard s'élèvera la Muraille de Médie au nord de Sippar. Les vassaux éloignés échappent de plus en plus au contrôle du pouvoir central. Le premier ministre, dont la fonction est devenue héréditaire depuis trois générations, réunit dans son protocole les titres d'ishakku et de gouverneur de toutes les villes où le roi n'a plus d'influence effective.

Au début du règne suivant le pays de Sumer lui-même s'agite; Ibi-Sin, dont le nom demeurera dans la littérature des présages synonyme de désastre, est vaincu par un amorrhéen de Mari qui fonde une dynastie à Isin et par les Élamites qui l'emmènent en captivité. Avec lui se termine l'histoire politique du « pays de Sumer et d'Akkad ». Mais la culture suméro-akkadienne s'impose aux peuples qui héritent de sa puissance; la religion continue à se développer jusqu'au temps de Hammourabi, son influence et celle de la littérature survivent en Babylonie et en Assyrie presque jusqu'à l'ère chrétienne, elles agissent sur l'Elam, sur les Hittites et sur les habitants de la Syrie.

Les royaumes d'Isin et de Larsa

A peu près en mène temps que Ishbi-Ira s'établit à Isin, Naplanoum se fait proclamer roi à Larsa. Les deux royaumes demeurent en paix pendant près d'un siècle (vers 2357-2204); les princes s'occupent d'édifier ou de restaurer des temples, d'y ériger des statues en pierre ou en métal, de creuser des canaux pour développer la fertilité de leur territoire. Pendant une seconde période, d'environ un demi-siècle (v. 2263-2215), où des princes d'origine sumérienne occupent le trône d'Isin, Larsa attaque et s'attribue la royauté sur Sumer et Akkad. Un troisième partenaire surgit : en 2225, l'amorriteSumou-abum se déclare indépendant à Babylone. Sa dynastie lutte d'abord pour étendre son pouvoir sur les cités voisines, puis après une période de paix pour ruiner les royaumes rivaux: elle réalise enfin l'unité des deux régions de Sumer et d'Akkad et fait de sa cité une capitale religieuse et politique que, dix-huit siècles plus tard, Alexandre le Grand proclamera capitale de tout l'Orient.

Ce nouveau royaume faillit être ruiné par Ilushurna, ishakku d'Assur, qui l'attaque. C'est pour Sumou-abum l'occasion de fortifier la ville, de chercher à étendre son territoire: les princes voisins résistent, il s'allie au roi de Larsa et avec son concours s'empare de Kish. Sumu-la-ilum (2211-2176) doit reconquérir deux fois cette ville qui a recouvré son indépendance; il achève la conquête d'Akkad et occupe une faible partie du territoire de Nippur; et cependant il emploie la plus grande partie de son règne à des travaux d'utilité publique, fortifications, canaux, restauration et ornement de temples, érection de statues. Ses deux premiers successeurs, Zabium (21752162) et Abil-Sin (2161-2144) ne s'occupent guère que d'oeuvres de paix. A Larsa, Sin-iqisham (2173-2169) étale un luxe extraordinaire et érige dans les temples plusieurs statues en or. Il est renversé par le roi de Kazallou, qui est lui-même vaincu par l'adda (Père) d'Émutbal, Kudur-Mabug, fils du roi d'Élam Simti-Shilhak. Kudur-Mabug établit son fils Warad-Sin sur le trône de Larsa. 

Alors commence la dernière période de la lutte entre Isin et Larsa. Trente-cinq ans plus tard, Rim-Sir, frère et successeur de Warad-Sin, aura ruiné la puissance d'Isin (2132), mais en face de lui se dressera le roi de Babylone, Sin-mouballit (2143-2124), Isin tombe aux mains des Babyloniens (2128), est reprise par Rim-Sin (2126): Hammurabi (2123-2081) succède à son père, occupe Isin en 2118 et en 2095, la 231e année de la dynastie, met en fuite Rîm-Sin. Deux ans plus tard les derniers partisans de Larsa sont définitivement vaincus.

Dans cette lutte entre l'élément amorrhite et I'élément élamite pour la domination dans la plaine du bas Euphrate; l'élément sumérien subit un dommage absolu. Il disparaît. Les fouilles ont révélé que les villes ont été détruites et brûlées; plusieurs ne se sont pas relevées de leurs cendres. En même temps la population sumérienne qui subsiste se trouve assimilée soit dans les lieux qui restent habités, soit là où elle se trouve déportée; désormais il n'y a plus de peuple sumérien; la langue sumérienne devient langue morte, langue sacrée.

Cette ruine des Sumériens est due au fait que depuis leur arrivée dans la plaine ils n'ont plus eu de relations avec leur habitat d'origine et n'ont pu réparer leurs pertes après les luttes inévitables avec leurs voisins. Au contraire, les Sémites, qui dès Sargon gagnent vers le sud, ont continué à se développer par l'immigration. Ils profitent de l'établissement du royaume amorrhéen d'Isin pour s'étendre de plus en plus et en moins de deux siècles ils parviennent à occuper toute la basse vallée de l'Euphrate, la côte du golfe Persique et à remonter le long du Tigre jusqu'au voisinage de l'Elam. Les derniers venus sont des nomades, des bédouins qui vont vivre en tribus plutôt qu'en cités. Il y a régression de la civilisation dans les territoires qu'ils occupent; cela sera très nettement établi un peu plus tard, à l'époque des Kassites.

Les Elamites, les Amorrites n'ont pas été les seuls à se jeter sur Sumer. L'ishakku d'Assur a tenté lui aussi de s'y tailler un royaume. D'après un texte assyrien il aurait bataillé jusqu'à Ur; la chronique babylonienne parle seulement de la lutte contre Sumou-abum. En fait il n'obtient pas grand résultat, car par la suite c'est Babylone qui donne le ton à Assur : les textes assyriens sont en écriture babylonienne, les cylindres-cachets identiques à ceux de la Babylonie; des garnisons babyloniennes occupent Assur et Ninive au temps de Hammurabi. (L. Delaporte).

Les principaux sites archéologiques suméro-akkadiens

Les premières cités-États de Mésopotamie méridionale ont laissé des vestiges d'une richesse exceptionnelle, dispersés sur les tells de l'Irak actuel et de ses marges. Eridu, le site aujourd'hui appelé Tell Abu Shahrain, incarne aux yeux des Sumériens la plus ancienne ville, celle où la royauté serait descendue du ciel. Les fouilles y ont mis au jour une séquence continue de temples superposés, remontant au début de l'époque d'Obeid, vers le milieu du VIe millénaire avant notre ère. Le temple le plus archaïque, simple chapelle en brique crue à peine un mètre carré, évolue progressivement vers un sanctuaire monumental sur plate-forme, annonçant la future ziggurat. Le caractère sacré du lieu, dédié au dieu des eaux douces Enki, se lit dans les dépôts d'offrandes de poissons et dans la masse des cendres sacrificielles. Eridu apparaît ainsi comme le laboratoire de l'architecture religieuse mésopotamienne, même si son importance politique déclina au profit d'Uruk toute proche.

Chacun de ces sites compose le visage de la première civilisation urbaine. Les tells de Sumer et d'Akkad ne sont pas des monades isolées, mais les pièces d'un système politique et religieux en constante recomposition, où les rivalités entre cités, l'émergence de l'empire et le prestige des sanctuaires ont modelé le paysage matériel. L'écriture, née dans les bureaux d'Uruk, s'est répandue à Lagash, Nippur, Sippar et au-delà, y tissant la trame d'une culture commune qui survécut à l'effondrement des dynasties. L'étude de leurs ruines, de leurs archives et de leurs œuvres d'art continue d'affiner notre compréhension de l'innovation politique, de la pensée mythologique et des structures sociales qui, il y a cinq millénaires, ont jeté les fondations du Proche-Orient historique.

Uruk.
Uruk, la Warka des textes arabes, constitue le site emblématique de la révolution urbaine. Sur une surface de plus de cinq cents hectares, les couches archéologiques de la période d'Uruk (IVe millénaire) ont livré les premiers témoignages massifs de l'écriture, sous forme de tablettes proto-cunéiformes, de sceaux-cylindres et de bulles comptables. Le quartier sacré de l'Éanna, consacré à la déesse Inanna, frappe par son architecture monumentale aux façades décorées de mosaïques de cônes d'argile polychromes, par ses cours à portiques et ses temples à plan tripartite. Non loin, le complexe du dieu Anu couronne une haute terrasse artificielle, ancêtre de la ziggurat, sur laquelle se dressait le "Temple blanc". Parmi les objets les plus spectaculaires découverts à Uruk figurent le grand vase sculpté en albâtre, narrant une procession d'offrandes, et la célèbre tête féminine en marbre dite "dame de Warka", chef-d'œuvre de la statuaire de la fin du IVe millénaire. Uruk resta une métropole de premier plan sous les dynasties archaïques, puis sous l'empire d'Ur III et jusqu'à la période séleucide, ce qui explique que les fouilles allemandes continuent d'y exhumer des quartiers d'habitation, des ateliers et des bibliothèques entières.

Ur.
Tell al-Muqayyar, l'antique Ur, a acquis une renommée mondiale grâce aux fouilles de Leonard Woolley dans les années 1920 et 1930. Le site est surtout connu pour son cimetière royal du Dynastique archaïque III (vers 2500 av. JC), qui a révélé des tombes à puits contenant un mobilier d'une opulence inouïe : orfèvrerie, armes incrustées, lyres décorées de têtes de taureau en or et lapis-lazuli, et le célèbre étendard mosaïqué aux scènes de guerre et de paix. La présence de dizaines de serviteurs sacrifiés, accompagnant leur souverain dans la mort, témoigne de pratiques funéraires uniques. Ur est également dominée par la ziggurat dédiée au dieu-lune Nanna, érigée par le roi Ur-Nammu au XXIe siècle av. JC., dont la masse à trois étages, partiellement restaurée, reste le symbole de la renaissance néo-sumérienne. Les quartiers résidentiels du IIe millénaire fouillés par Woolley, avec leurs maisons à cour centrale et leurs chapelles domestiques, ont en outre fourni une documentation incomparable sur la vie quotidienne à l'époque de la chute de la troisième dynastie d'Ur et de la période paléo-babylonienne.

Lagash.
Le territoire de Lagash, qui englobait les tells d'al-Hiba (la capitale religieuse), de Telloh (l'ancienne Girsu) et de Surghul, a livré un pan considérable de l'histoire archaïque sumérienne. Les fouilles françaises menées à Telloh dès la fin du XIXe siècle par Ernest de Sarzec ont exhumé une série de statues du roi-prêtre Goudéa, vers 2120 av. n. è., en diorite noire, d'une finesse d'exécution et d'une expressivité remarquables, portant des inscriptions qui éclairent le renouveau architectural et religieux de la période de la seconde dynastie de Lagash. La célèbre stèle des Vautours, découverte en fragments, illustre quant à elle le conflit frontalier entre Lagash et Umma au Dynastique archaïque III, et constitue l'un des plus anciens documents historiques figurés. Les archives cunéiformes issues des palais et des temples de Girsu ont renseigné sur l'administration des champs, des troupeaux et du personnel, révélant une économie palatiale extrêmement centralisée. Le site d'al-Hiba, capitale religieuse dédiée à la déesse Nanshe, a lui révélé un vaste temple ovalaire, le Ibgal, dont l'enceinte courbe entoure un sanctuaire surélevé. La région de Lagash constitue donc un laboratoire privilégié pour comprendre l'État sumérien avant l'unification territoriale.

Nippur.
Nippur, l'actuel Nuffar, n'a jamais exercé de domination politique directe, mais sa place dans le paysage suméro-akkadien est capitale. Sanctuaire du dieu suprême Enlil, elle était le centre religieux par excellence, où les rois de toutes les cités venaient chercher la légitimité divine. La ziggurat et le temple d'Enlil, au cœur de la ville, ont été reconstruits à de multiples reprises, de la période d'Uruk jusqu'à l'époque parthe. Les fouilles américaines de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle y ont extrait des dizaines de milliers de tablettes cunéiformes, constituant l'un des plus grands corpus de littérature sumérienne et akkadienne. C'est à Nippur qu'ont été retrouvées les copies des mythes de la création, des épopées de Gilgamesh, des lamentations et des listes lexicales, qui formaient le cœur du cursus des écoles de scribes. Le quartier dit du Tablet Hill, avec ses salles de classe et ses banquettes en brique crue, donne un aperçu concret de la transmission du savoir en Mésopotamie pendant plus de deux millénaires.

Kish.
Kish, représenté aujourd'hui par l'ensemble de tells d'Uhaimir et d'Ingharra, occupe une position charnière entre le pays sumérien et la région akkadienne. Selon la tradition, la première dynastie post-diluvienne y aurait exercé le pouvoir, et le titre de roi de Kish conférait une autorité symbolique qui dépassait les frontières de la cité. Les fouilles anglo-américaines y ont mis au jour des vestiges remontant au Dynastique archaïque, notamment des palais et des temples, ainsi que des tombes à char et des dépôts d'armes en cuivre. Le temple dédié à Zababa, divinité tutélaire de la ville, a connu une longue séquence de reconstructions. Kish est également associée à la figure de Sargon d'Akkad, qui, selon les légendes, aurait débuté sa carrière comme échanson du roi de Kish avant de fonder sa propre dynastie. Cette connexion rappelle que la charnière entre le monde sumérien et l'élément sémitique akkadien s'est d'abord nouée dans cette région septentrionale de la plaine alluviale.

Akkad.
La capitale impériale d'Akkad, Agadé, constitue l'un des plus grands mystères de l'archéologie proche-orientale. En dépit des efforts des chercheurs, sa localisation exacte demeure inconnue, sans doute sous un tell non fouillé ou sous les alluvions de la région de confluence du Tigre et de la Diyala. L'empire fondé par Sargon au XXIVe siècle av. JC a pourtant profondément remodelé la Mésopotamie en imposant une administration bilingue, une bureaucratie palatiale centralisée et un art de cour aux proportions nouvelles. Les traces de cette domination akkadienne sont visibles sur de nombreux sites secondaires : à Tell Brak en Syrie, où un palais-forteresse de Naram-Sîn a été dégagé, à Suse où les stèles de victoire des rois d'Akkad furent emportées comme butin, ou encore à Tell Asmar (l'ancienne Eshnunna) où le palais des gouverneurs akkadiens illustre l'emprise territoriale de la dynastie. L'absence du site central ne diminue pas l'importance historique de la période, que l'on perçoit plutôt par l'impulsion donnée à l'art, à la glyptique et aux techniques administratives.

Tell Abu Habbah.
Tell Abu Habbah, l'antique Sippar, se situe au nord de Babylone et constitue un centre majeur du culte du dieu-soleil Shamash. Les fouilles conduites à la fin du XIXe siècle par Hormuzd Rassam, puis par des équipes irakiennes et belges plus récemment, ont dégagé un vaste temple dédié à Shamash ainsi qu'une ziggurat. Le site est surtout célèbre pour la découverte de plusieurs bibliothèques paléo-babyloniennes et néo-babyloniennes comprenant des milliers de tablettes, notamment des copies de lois, des textes mathématiques, des lamentations et une version de la tablette de Shamash représentant le dieu trônant devant un autel. Sippar occupait une position stratégique à la tête de canaux permettant d'irriguer la partie septentrionale de la Babylonie; ses archives révèlent les mécanismes de l'agriculture intensive, du commerce et de la gestion des terres du temple sur plus d'un millénaire.

Tell Jokha.
Tell Jokha, l'ancienne Umma, est indissociable du long conflit frontalier qui l'opposa à Lagash pendant le Dynastique archaïque III. La stèle des Vautours et les inscriptions des rois de Lagash documentent avec précision les empiétements territoriaux, les arbitrages royaux et les batailles autour du champ fertile du Gu-Edin. Du point de vue archéologique, Umma a été fouillée de manière moins systématique et a souffert de pillages massifs au cours des dernières décennies. Des milliers de tablettes provenant de ses archives administratives ont néanmoins abouti sur le marché des antiquités, témoignant d'une économie locale hautement structurée autour des domaines du temple du dieu Shara. Les listes de rations, les contrats agraires et la comptabilité du bétail éclairent la vie d'une grande cité sumérienne classique, souvent dans l'ombre de rivaux plus explorés.

Adab.
Adab, le site de Bismaya, fouillé au début du XXe siècle, a lui aussi livré un temple dédié à la déesse Ninhursag, ainsi que des lots de tablettes et des objets d'art du Dynastique archaïque. Moins spectaculaire que d'autres capitales, Adab n'en demeure pas moins un jalon important pour comprendre l'urbanisation du centre de l'alluvium. De même, Shuruppak, la Fara des textes, doit sa célébrité à l'histoire du Déluge, dont l'héroïque roi Ziusudra serait originaire selon la tradition sumérienne. Les fouilles allemandes menées à Fara au début du XXe siècle ont mis au jour un habitat du Dynastique archaïque I-II, avec des maisons en brique crue et un lot très ancien de tablettes archaïques, où figurent les premiers exemplaires connus des listes lexicales et des contrats de vente de terres. Le site offre ainsi un précieux instantané de la société sumérienne avant l'épanouissement des grands centres.

Tell Senkereh.
Tell Senkereh, l'antique Larsa, brille surtout à la période d'Isin-Larsa, au début du IIe millénaire avant notre ère, lorsque la cité devint la puissance dominante de la Babylonie méridionale. Les fouilles françaises y ont révélé le palais de Nur-Adad, avec ses briques estampillées, ainsi qu'un temple de Shamash édifié sur une plateforme à gradins. Les inscriptions de fondation et les statues des rois de Larsa illustrent l'intensité de la construction monumentale dans une période de morcellement politique précédant l'unification par Hammurabi. Isin, quant à elle, le site d'Ishan al-Bahriyat, a donné son nom à la première dynastie de la période d'Isin-Larsa. On y a retrouvé, en plus des temples et des palais, une copie du code de lois du roi Lipit-Ishtar, qui préfigure par sa structure le célèbre code de Hammurabi. Isin fut aussi un centre de production de textes littéraires et médicaux, dont les tablettes, dispersées dans des fouilles régulières et clandestines, continuent d'alimenter l'étude de la pensée mésopotamienne.

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