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localement sous le nom de Tell Hariri, Mari est un site archéologique
situé sur la rive occidentale du moyen Euphrate L'existence de cette métropole antique, tombée dans l'oubli depuis des millénaires, a été révélée au monde moderne par le plus pur des hasards en 1933. Des bédouins de la tribu des Ajarm, qui creusaient une tombe, ont mis au jour une statue antique et prévenu les autorités françaises du mandat. C'est ainsi que le jeune archéologue André Parrot a été dépêché sur place, lançant des fouilles qui allaient durer des décennies et être poursuivies par d'éminents spécialistes comme Jean-Claude Margueron et Pascal Butterlin. Ces campagnes successives ont permis de dégager une ville entière, offrant un instantané unique de l'urbanisme et de la civilisation mésopotamiennes. L'architecture de Mari se distingue d'abord par son plan urbain singulier. Contrairement à de nombreuses cités du Croissant fertile qui épousaient les méandres des fleuves, Mari s'organisait selon un plan parfaitement circulaire d'environ deux kilomètres de diamètre. Cette géométrie rigoureuse était protégée par un double système de remparts massifs en brique crue, une prouesse d'ingénierie défensive conçue pour résister aux assauts des armées rivales et aux crues du fleuve. À l'intérieur de cette enceinte, la ville était densément peuplée, avec des quartiers résidentiels, des ateliers d'artisans et de vastes espaces publics. Le coeur religieux de la cité abritait un quartier des temples d'une richesse inouïe, témoignant du profond attachement des Mariotes à leur panthéon. On y trouve les sanctuaires dédiés aux divinités majeures, notamment le temple d'Ishtar, la déesse de l'amour et de la guerre, celui de Shamash, le dieu soleil et juge suprême, ou encore le temple de Ninhursag et de Dagan, le dieu de l'Orage vénéré dans toute la région du moyen Euphrate. Ces édifices cultuels, souvent reconstruits les uns sur les autres au fil des siècles, ont livré des milliers d'objets de culte, dont des statues d'orants aux yeux exorbités, comme la statue d'Ebih-Il, destinées à représenter les fidèles en prière perpétuelle devant la divinité. Dominant l'ensemble de ce quartier sacré se dresse une immense ziggourat de vingt-cinq mètres de haut, construite tardivement, à l'époque amorrite, en réutilisant et en englobant les structures des temples plus anciens. Cependant, le principal centre d'intérêt du site est sans doute le palais royal de la dynastie amorrite, particulièrement celui développé sous le règne de Zimri-Lim au XVIIIe siècle av. JC. S'étendant sur près de deux hectares et demi et comprenant plus de trois cents pièces, cours et couloirs, ce complexe monumental servait à la fois de résidence royale, de centre administratif, de caserne militaire et d'atelier artisanal. L'architecture y est d'une sophistication extrême, avec des systèmes de drainage ingénieux, des puits de lumière et des murs autrefois recouverts de fresques éclatantes. La plus célèbre d'entre elles, la fresque de l'Investiture, retrouvée détachée dans une cour, illustre la légitimation divine du roi Zimri-Lim recevant les insignes du pouvoir des mains de la déesse Ishtar, au milieu d'un jardin paradisiaque peuplé d'animaux symboliques. C'est dans les archives de ce palais qu'a été faite la découverte la plus bouleversante pour l'histoire de l'Antiquité. Découvertes lors des fouilles dirigées par André Parrot entre 1933 et 1939 sur le site de Tell Hariri, elles constituent un fonds documentaire colossal, qui couvre tous les aspects de la vie du royaume. On y trouve des inventaires détaillés des richesses du palais, des lettres diplomatiques, des traités d'alliance, des rapports d'espions, des décisions de justice, mais aussi des textes littéraires et des lettres prophétiques. Ces archives révèlent le réseau diplomatique complexe de Mari, ses relations tantôt pacifiques, tantôt belliqueuses avec d'autres cités et dressent un portrait saisissant de la société, de l'économie et de la religion au début du deuxième millénaire. Vers le début du troisième millénaire avant notre ère, les premiers habitants s'installent sur une terrasse naturelle dominant le fleuve, attirés par la fertilité des terres et la position stratégique sur les routes commerciales reliant la Mésopotamie au Levant et à l'Anatolie. Mari n'est alors qu'un village, mais sa situation en fait rapidement un centre de négoce florissant. Vers 2900 av. JC, la cité entre dans l'histoire avec l'émergence de la première dynastie urbaine. Les fouilles mettent au jour les vestiges de la ville II, où s'élèvent déjà des temples imposants dédiés à des divinités locales comme Ishtar, Dagan ou le dieu-soleil Shamash. C'est l'époque d'une prospérité éclatante, portée par le commerce du cuivre, du bois, de l'étain et des textiles. Les rois de Mari contrôlent un vaste territoire et entrent en rivalité avec les cités-États sumériennes du sud. Leurs noms, transmis par des listes royales, résonnent encore : Iblul-Il, Išhtup-Šar, Enna-Dagan. Ce dernier se vante, dans une inscription, d'avoir vaincu la puissante cité d'Ebla et d'avoir imposé sa domination sur toute la région. Mari est alors la capitale d'un véritable empire commercial et militaire. Mais cette première splendeur prend fin brutalement. Vers 2300 av.JC, Sargon d'Akkad, le fondateur du premier empire sémitique, lance ses armées contre la ville. Mari est conquise, ses palais incendiés, ses temples pillés. La cité ne disparaît pourtant pas. Intégrée à l'empire d'Akkad, elle devient une capitale provinciale gouvernée par des gouverneurs militaires, les shakkanakkus. Ceux-ci prennent progressivement leur autonomie à mesure que l'empire d'Akkad s'effondre sous les coups des Gutis. Dès lors s'ouvre une période de renaissance, dite des shakkanakkus, qui dure près de trois siècles. Mari se reconstruit avec faste. On édifie de nouveaux temples et un vaste palais, tandis que les scribes perpétuent les traditions administratives et littéraires. Les shakkanakkus portent des titres royaux et entretiennent des relations diplomatiques avec les royaumes voisins. Leur pouvoir s'appuie sur une économie agricole et artisanale florissante, dont les archives commencent à témoigner. Le destin de la ville bascule une nouvelle fois au début du deuxième millénaire. Une dynastie amorrite, originaire des steppes syriennes, s'empare du trône. Le plus célèbre de ces rois est Zimri-Lim, qui monte sur le trône vers 1775 av. JC après avoir chassé un usurpateur allié au royaume rival d'Ekallatum. Avec lui, Mari connaît son apogée. Le palais royal s'étend sur plus de deux hectares et compte près de trois cents pièces, cours intérieures, salles d'audience et appartements privés. Ses murs sont ornés de fresques colorées représentant des scènes de culte, des défilés de dignitaires et des combats mythologiques. La vie politique et diplomatique y est intense. Zimri-Lim entretient une correspondance suivie avec les souverains voisins, dont le célèbre Hammurabi de Babylone, son allié puis son ennemi. Il reçoit des messagers, négocie des mariages dynastiques, organise des campagnes militaires et supervise l'administration d'un royaume qui s'étend le long de l'Euphrate et du Khabur. Les archives du palais révèlent, on l'a dit, une société complexe où cohabitent des populations aux origines diverses, où les femmes peuvent gérer des domaines, où les devins consultent les entrailles des agneaux pour conseiller le souverain. Zimri-Lim y apparaît comme un monarque soucieux de sa légitimité, mais aussi un fin diplomate qui tisse des alliances mouvantes dans le jeu politique complexe de la Mésopotamie. Cette brillante civilisation s'écroule pourtant en quelques années. Hammurabi, devenu maître d'une grande partie de la Babylonie, se retourne contre son ancien allié. Vers 1761 avant JC, après une guerre éclair dont les détails nous échappent en partie, les troupes babyloniennes prennent Mari d'assaut. La ville est mise à sac, le palais dévasté, les murailles abattues. Zimri-Lim disparaît, sans doute tué dans la tourmente. Hammurabi ordonne la destruction systématique de la cité, voulant effacer de la carte politique cette rivale trop puissante. Mari n'est plus. Elle ne renaîtra jamais. Aujourd'hui, le site de Mari, bien que partiellement dégagé et étudié, fait face à de tragiques menaces. Les années sombres de la guerre civile syrienne ont vu le site être abandonné aux pillards d'antiquités, causant des dégâts irréparables aux zones non encore fouillées. De plus, l'érosion naturelle des berges de l'Euphrate, accentuée par la construction du barrage de Tabqa en amont qui a modifié le régime du fleuve, ronge lentement les vestiges de la cité antique. Malgré ces vicissitudes, Mari demeure, à travers ses milliers de tablettes et les vestiges de son palais, une fenêtre irremplaçable ouverte sur l'aube de l'histoire humaine et l'âge d'or des royaumes amorrites. |
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