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Le
kilogramme
(kg) est l'unité de base de masse dans le Système
international d'unités (SI). Jusqu'en 2019, il était défini par
un objet matériel : le prototype international du kilogramme, un cylindre
en alliage de platine et d'iridium
conservé au Bureau international des poids et mesures. Depuis le 20 mai
2019, le kilogramme est défini à partir de la constante
de Planck, notée h, dont la valeur a été fixée exactement à h=6,62607015×10−34
J.s. Cette nouvelle définition relie la masse aux constantes fondamentales
de la mécanique quantique et permet d'éviter les variations possibles
d'un étalon matériel. En pratique, cette définition est mise en oeuvre
grâce à des instruments de très haute précision, notamment la balance
de Kibble, qui établit une relation entre masse, énergie électrique
et constantes physiques fondamentales. La transformation opérée en 2019
marque l'achèvement d'un rêve des Lumières
: un système d'unités entièrement fondé sur les lois intangibles de
l'univers, où le kilogramme, humble mesure des pommes et des galaxies,
devient aussi fondamental et inaltérable qu'une vibration atomique.
Jalons
historiques.
Dernière des sept
unités de base du Système international à s'être affranchie d'un objet
physique, le kilogramme a longtemps incarné un paradoxe : unité de masse
universelle dont l'étalon était un unique cylindre de métal précieusement
gardé à Sèvres, près de Paris. Son symbole officiel, "kg" (toujours
en minuscules, le "k" pour kilo, le "g" pour gramme), est le seul à intégrer
un préfixe multiplicateur pour des raisons historiques, la masse de référence
ayant été jugée plus pratique que le gramme originel. C'est une unité
fondamentale, car elle intervient dans la définition de nombreuses autres
grandeurs, de la force (le newton) à l'énergie
(le joule) en passant par la pression (le
pascal) , etc.
Depuis l'adoption
du système métrique en 1795, la définition du kilogramme a d'abord reposé
sur un objet concret. En 1799, on créa un prototype en platine, le "kilogramme
des Archives", censé représenter la masse d'un décimètre cube d'eau
pure à la température de sa densité maximale (environ 4 °C). Pour gagner
en stabilité, la Conférence générale des poids et mesures (CGPM) fit
fabriquer en 1889 un nouveau prototype, le célèbre Grand K : un cylindre
de platine iridié de 39,17 millimètres de diamètre et de hauteur, conservé
sous trois cloches de verre dans un coffre au Bureau international des
poids et mesures (BIPM) à Sèvres. Ce prototype
international du kilogramme (IPK) devint la référence mondiale unique,
et des dizaines de copies officielles furent distribuées aux États membres
pour servir d'étalons nationaux.
Le problème est
apparu progressivement. Lors des comparaisons périodiques des copies avec
le Grand K, on constata que leurs masses dérivaient au fil des décennies,
d'environ 50 microgrammes par siècle. L'IPK lui-même, ne pouvant être
comparé qu'à ses propres copies, perdait ou gagnait inévitablement de
la matière par contamination, nettoyage ou dégazage. Ainsi, la masse
de l'étalon de référence n'était pas rigoureusement constante, ce qui
devenait intenable pour la science moderne. Une dérive de quelques dizaines
de microgrammes suffisait à fausser les mesures de force
ou d'énergie exigeant une exactitude extrême,
par exemple pour les balances de précision ou les semi-conducteurs.
Le tournant eut lieu
le 16 novembre 2018, lorsque la CGPM vota une redéfinition historique
entrée en vigueur le 20 mai 2019. Désormais, le kilogramme n'est plus
un objet, mais une valeur numérique fixée de la constante de Planck,
h, l'une des constantes fondamentales de la
physique
quantique. La valeur exacte adoptée est h = 6,626 070 15 × 10-34
joule-seconde (le joule étant lui-même le kilogramme mètre carré par
seconde carrée). Puisque le mètre et la seconde sont déjà définis
avec une précision extrême par la vitesse
de la lumière et la transition atomique du césium,
fixer h revient à définir directement le kilogramme. La clé est que
la masse m peut être exprimée par la relation E = mc² et par l'énergie
d'un
photon E = hν, si bien que le kilogramme
se trouve lié à une fréquence. En pratique, on le réalise par deux
méthodes distinctes et concordantes, véritables prouesses de métrologie.
• La
première est la balance de Kibble (anciennement appelée balance du
watt). Son principe consiste à équilibrer une masse mécanique avec une
force électromagnétique en deux étapes : en mode statique, le poids
d'une masse m (mg) est compensé par la force de Laplace produite par une
bobine plongée dans un champ magnétique
et parcourue par un courant; en mode dynamique, la même bobine se déplace
à vitesse constante dans le même champ, générant une tension induite.
En combinant ces deux mesures, les grandeurs électriques (tension et courant)
s'annulent, et l'on obtient une relation directe entre la masse m, la constante
de Planck h, et des fréquences (via l'effet Josephson et l'effet
Hall quantique utilisés pour mesurer tension et résistance avec une
précision quantique). La masse est ainsi déterminée sans aucun étalon
de masse préalable.
• La seconde
méthode, dite de la sphère de silicium, repose sur le comptage direct
des atomes. Un monocristal de silicium
28 enrichi, quasi parfait, est usiné en une sphère d'une rondeur exceptionnelle.
Connaissant le volume de la sphère par interférométrie (elle est mesurée
en fonction du mètre), et la distance interatomique du réseau cristallin
par diffraction de rayons X, on détermine le nombre exact d'atomes de
silicium qu'elle contient, donc sa masse à l'échelle atomique. La constante
de Planck relie ensuite cette masse microscopique au kilogramme macroscopique.
La concordance entre
les deux méthodes, dans des limites d'incertitude
de l'ordre du millionième de millionième, a validé la nouvelle définition.
Cette redéfinition
a bouleversé la philosophie même de la mesure. Auparavant, le kilogramme
était une exception anthropocentrique, le dernier vestige d'un artefact
unique et matériel. Désormais, comme le mètre
ou la seconde, il s'ancre dans un invariant de
la nature. N'importe quel laboratoire suffisamment équipé peut en théorie
réaliser le kilogramme chez lui, sans se référer à un objet central.
Cela garantit une stabilité absolue sur des échelles de temps cosmiques,
libérée des aléas matériels. Pour le quotidien, l'impact est intentionnellement
nul : au moment du basculement, la masse de l'ancien Grand K a été mesurée
avec la meilleure exactitude possible, et la valeur de h a été choisie
pour que le nouveau kilogramme soit strictement continu avec l'ancien.
Les balances de commerce, les marchés et les emballages alimentaires n'ont
donc subi aucun changement perceptible. |
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