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| Les langues > Indo-européen > langues indiennes |
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et la littérature hindi |
| Le
hindi
est une langue indo-aryenne issue du sanscrit,
parlée principalement dans le nord et le centre de l'Inde Le hindi est la langue
maternelle d'environ 350 à 400 millions de personnes, ce qui en fait l'une
des langues les plus parlées au monde. Il sert également de lingua
franca dans de nombreuses régions d'Inde, bien que son statut puisse
être politiquement sensible dans les États non hindiophones. La langue
joue un rôle culturel majeur : elle est la langue dominante du cinéma
de Bollywood ( L'écriture devanagari utilisée par le hindi est un système alphasyllabaire où chaque consonne porte une voyelle implicite et peut être modifiée par des signes diacritiques. L'écriture se lit de gauche à droite et se caractérise par sa barre horizontale continue au-dessus des lettres. Sur le plan phonologique, le hindi possède une distinction systématique entre consonnes aspirées et non aspirées, ainsi qu'entre consonnes dentales et rétroflexes, ce qui lui donne une richesse articulatoire typique des langues du sous-continent indien. Les voyelles existent en versions courtes et longues, et la langue n'est pas tonale. L'accent est généralement faible et tombe sur la première syllabe ou avant-dernière selon la structure. La grammaire du
hindi.
Les adjectifs se divisent en deux classes : les adjectifs variables, qui adaptent leur terminaison au genre et au nombre du nom (achchhā/achchhī/achchhe), et les adjectifs invariables, qui conservent la même forme en toutes circonstances. L'accord suit le nom auquel se rapporte l'adjectif, mais dans certaines constructions perfectives, l'accord verbal dépend de l'objet, ce qui peut amener à des ajustements dans la phrase. Les pronoms personnels distinguent la première, la deuxième et la troisième personne, et présentent des formes honorifiques, comme āp pour le vouvoiement. Les pronoms obliques servent de base aux formes composées lorsque des postpositions sont ajoutées. Le système démonstratif oppose généralement un proximal yeh et un distal voh, qui servent également de pronoms personnels de troisième personne. Le verbe hindi repose sur une distinction forte entre temps, aspect et mode. Le coeur du système verbal est aspectuel : perfectif (karnā → kiyā), imperfectif/progressif (kar rahā hai), et habituel (kartā hai). Les temps grammaticaux comme le présent, le passé ou le futur se construisent avec des auxiliaires, en particulier honā ( = être), ajouté aux participes aspectuels. L'ergatif joue un rôle important : dans les formes perfectives transitives, le sujet prend la postposition ne, et l'accord verbal se fait alors généralement avec l'objet direct, pour autant qu'il ne soit pas lui-même marqué par ko. Le futur se forme principalement par des suffixes verbaux ajoutés à la base verbale (karū̃gā/karū̃gī), tandis que le conditionnel et les nuances modales utilisent soit des suffixes spécifiques soit des particules (śāyad, śartī). Les verbes composés sont extrêmement fréquents : un verbe principal combine son radical avec un verbe auxiliaire lexical comme lenā ( = prendre), denā (= donner), jānā ( = aller), chacun ajoutant une nuance aspectuo-modale (permission, complétion, implication). Les adverbes restent relativement invariables, tandis que les postpositions expriment relations spatiales, temporelles ou abstraites. L'ordre des mots suit généralement SOV. Le verbe final accueille fréquemment les marques aspectuelles et l'auxiliaire. La phrase hindi est flexible grâce à l'usage systématique des postpositions, mais le placement de certains éléments, comme les adverbes de temps ou les particules interrogatives, obéit à des patterns réguliers. Les interrogations totales se forment par l'intonation ou avec kyā en tête de phrase, tandis que les interrogations partielles utilisent des pronoms interrogatifs (kaun, kyā, kab, kahā̃) placés à la position de l'élément questionné. La négation se forme principalement avec nāhī̃, placé avant le verbe lexical ou avant l'auxiliaire, selon qu'il s'agit d'une forme simple ou composée. Le hindi contemporain intègre de nombreux emprunts lexicaux, mais la morphologie s'adapte généralement au système existant, notamment pour les verbes où l'emprunt entre dans un composé avec karnā. La syntaxe reste relativement stable, mais l'influence du registre parlé et du contact avec l'anglais produit des variations dans l'usage des postpositions, la formation des temps et l'ordre des constituants. Malgré ces évolutions, la structure fondamentale de la langue repose sur l'équilibre entre postpositions, distinctions aspectuelles et accord contrôlé par les règles ergatives et nominales. Les variantes
dialectales du hindi.
Traditionnellement, les linguistes distinguent deux grands ensembles au sein de ce continuum : • Le hindi occidental, parlé principalement dans les États de l'Uttar Pradesh occidental, du Rajasthan, de l'Haryana, du Pendjab oriental (Inde), de l'Himachal Pradesh et du nord du Madhya Pradesh.Ces deux groupes partagent une base grammaticale et lexicale commune, mais divergent nettement en phonologie, morphologie et vocabulaire, au point que certains dialectes des extrémités (par exemple le braj au sud-ouest et le magahi à l'est) ne sont plus directement compréhensibles entre eux. Hindi
occidental.
Le khari boli (littéralement « parole droite » ou « parole debout »), originaire de la région de Delhi-Meerut-Saharanpur, constitue la base du hindi standard moderne, langue officielle de l'Union indienne. Ce parler, relativement récent dans l'histoire littéraire (il ne supplante le braj et l'awadhi comme langue littéraire qu'au XIXe siècle sous l'influence des réformateurs comme Bhartendu Harishchandra) se caractérise par une phonologie simplifiée (par exemple, conservation de /s/ là où d'autres dialectes ont /h/ ou /ś/), une syntaxe analytique accrue, et une ouverture aux emprunts persans, arabes et anglais. Le braj bhasha, parlé dans la région de Mathura-Agra (Braj Bhumi), fut pendant des siècles la langue privilégiée de la poésie dévotionnelle krishnaïte, notamment chez Sūrdās (XVIe siècle); il présente des traits archaïques comme la diphtongaison de /ā/ en /au/ (gau pour gāy « vache »), la métathèse fréquente et un système verbal riche en formes archaïques. L'awadhi, parlé dans le centre et l'est de l'Uttar Pradesh (région d'Ayodhya, Lucknow), est célèbre pour avoir été la langue du Rāmcaritmānas de Tulsīdās (XVIᵉ siècle), épopée dévotionnelle dédiée à Rāma; il distingue le genre neutre (disparu en khari boli), conserve des formes verbales en -ahu pour le futur, et utilise des pronoms spécifiques comme mō ( = moi), tō ( = toi). Le bundeli, parlé dans le Bundelkhand (sud de l'Uttar Pradesh et nord du Madhya Pradesh), présente une nasalisation marquée, un /l/ souvent vocalisé en /u/, et une tendance à la chute des consonnes finales; il partage avec le bagheli (voir plus bas) des traits orientaux, comme l'usage de hau pour « je suis ». Enfin, le haryanvi, le rajasthani (souvent considéré comme une langue à part entière, avec des dialectes comme le marwari, le mewati, le dhundhari) et le kanauji (parlé autour de Kanpur) forment des variétés périphériques, fortement influencées par les langues environnantes (panjabi à l'ouest, bagheli au sud-est), avec des systèmes tonals naissants dans certaines zones rurales du Haryana et du Rajasthan. Hindi
oriental.
Le bhojpuri, parlé
dans le Bihar occidental, le Purvanchal (est de l'Uttar Pradesh) et le
nord-est du Jharkhand, ainsi que par d'importantes diasporas (Fiji Le magahi, parlé autour de Patna et Gaya (Bihar central), partage avec le bhojpuri de nombreux traits, mais conserve mieux les consonnes initiales /h-/ et présente une nasalisation plus étendue; il utilise souvent hau comme verbe « être » à la 1re personne (ham hau = je suis), forme absente en hindi standard (maiṁ hū̃). Le maithili, bien que traditionnellement classé comme dialecte hindi jusqu'au milieu du XXe siècle, est aujourd'hui reconnu comme une langue indépendante (avec statut officiel en Inde depuis 2003), dotée d'une littérature ancienne et d'un système scriptural propre (tirhuta, kaithi); il présente des traits particuliers comme la conservation du duel en grammaire, un système verbal hautement flexionnel, et des voyelles longues très différenciées. Enfin, le bagheli, parlé dans le Baghelkhand (est du Madhya Pradesh et sud-est de l'Uttar Pradesh), constitue une variété de transition entre le hindi occidental et le hindi oriental : il utilise hau comme verbe « être », comme en magahi, mais conserve des structures verbales proches du bundeli et de l'awadhi. Autres
dialectes et variétés.
Le chhattisgarhi, parlé dans l'est du Madhya Pradesh et la majeure partie du Chhattisgarh, est aujourd'hui largement considéré comme une langue à part entière (reconnue comme telle par le recensement indien), avec une phonologie caractérisée par la métathèse (kamara → karama « taille »), la nasalisation des voyelles finales, et un lexique fortement influencé par les langues dravidiennes et munda locales. Le sansi, le bhilodi, ou encore les parlers des communautés nomades (comme les gaduliya lohar) présentent des innovations lexicales et grammaticales spécifiques, souvent liées à des stratégies de discrétion linguistique (argots semi-cryptiques). Par ailleurs, dans les zones urbaines, notamment à Delhi, Mumbai ou Kolkata, émergent des variétés hybrides comme l'hinglish, mélange fluide de hindi et d'anglais, avec des emprunts syntaxiques, des calques sémantiques (time dena pour “donner du temps”, au lieu de samay dena), et des alternances codiques (codeswitching) constantes, qui, bien que décriées par les puristes, constituent la réalité quotidienne de millions de locuteurs jeunes et urbains. Il faut également
mentionner les variétés diasporiques, qui, en s'éloignant de leur terre
d'origine, ont développé des évolutions propres. Le fiji hindi, par
exemple, est principalement issu du bhojpuri et de l'awadhi, mais a perdu
la plupart des distinctions de registre (sanscritique vs persan), simplifié
la morphologie verbale, intégré des emprunts au fidjien et à l'anglais,
et développé une intonation distincte; il est aujourd'hui la première
langue de plus de la moitié de la population indo-fidjienne, bien que
non officiellement reconnu. Le caribéen hindi (à Trinidad, Guyana Ajoutons à ce tableau
le hindoustani, terme neutre qui désigne le registre quotidien parlé
dans le nord de l'Inde et au Pakistan La littérature
hindi.
Le tournant majeur survient avec le mouvement des bhakti, entre les XIVe et XVIIe siècles, où la dévotion personnelle à la divinité, qu'il s'agisse de Viṣṇu / Kṛṣṇa, Rāma ou la Déesse, devient le moteur d'une révolution littéraire, linguistique et sociale. Les poètes sants (saints) composent en langues vernaculaires accessibles, rejetant l'hégémonie du sanscrit et s'adressant à tous, indépendamment de la caste. Kabīr, mystique iconoclaste, utilise un langage percutant, aphoristique et paradoxal pour dénoncer les rites superficiels, l'hypocrisie religieuse et les divisions sociales, tout en affirmant une religiosité moniste et universelle. Mīrā Bāī, princesse rajpoute, incarne quant à elle l'abandon total à Kṛṣṇa à travers des chants d'amour mystique d'une intensité lyrique remarquable, tandis que Sūrdās, dans son Sūrsāgar, compose en braj bāṣā des poèmes d'une grâce inégalée sur l'enfance divine de Kṛṣṇa, alliant observation réaliste, symbolisme subtil et émotion profonde. Tulsīdās, avec son Rāmcaritmānas en awadhi, réécrit le Rāmāyaṇa dans une forme accessible, y insufflant une piété profonde, une éthique sociale claire et une poésie d'une puissance narrative exceptionnelle; cette œuvre devient rapidement un pilier culturel, spirituel et moral en Inde du Nord, récité, chanté, mis en scène et commenté jusqu'à aujourd'hui. Parallèlement, la littérature séculière se développe, notamment dans les cours royales, avec des récits en vers comme le Padmāvat de Malik Muhammad Jāyasī (XVIe s.), un poème épique soufi qui mêle l'histoire, la romance, l'allégorie mystique et des éléments folkloriques, témoignant de la fécondation mutuelle entre traditions hindoues et islamiques. Ce syncrétisme culturel se manifeste aussi dans les raso, épopées guerrières en vers, comme le Pṛthvīrāj Rāso, attribué à Chand Bardāī, qui célèbre les vertus chevaleresques, l'honneur clanique et la résistance face aux invasions, tout en participant à la construction d'une identité régionale et historique. À partir du XIXe siècle, sous l'influence du colonialisme britannique, de l'imprimerie, de la réforme sociale et de la redéfinition identitaire, la littérature hindi entre dans une phase de modernisation. Le passage du braj et de l'awadhi au khaṛī bolī (la variante parlée autour de Delhi) comme base de la langue littéraire standard marque un tournant décisif. Bhāratendu Hariścandra (1850-1885) est considéré comme le père de la littérature hindi moderne : dramaturge, poète, essayiste, il prône la renaissance culturelle, l'unité nationale et la valorisation de la langue hindi, tout en introduisant des formes théâtrales modernes et des thèmes sociaux comme l'éducation des femmes, la critique des superstitions, ou la fierté nationale. Le XXe siècle voit l'émergence de plusieurs courants esthétiques. Le Chhayāvād ( = école de l'ombre, années 1910-1930), souvent comparé au romantisme ou au symbolisme occidental, se caractérise par une profonde subjectivité, une sensibilité lyrique, une fascination pour la nature, la beauté, l'amour mystique ou profane, et une quête religieuse teintée de mélancolie. Les « quatre piliers » en sont Jaishankar Prasad (dont le poème Kānan Kusum et la tragédie historique Skandagupta marquent les esprits), Suryakant Tripathi Nirālā (figure rebelle et innovante, à la syntaxe audacieuse et au souffle épique), Sumitranandan Pant (lyrisme cosmique, écologique avant l'heure, influencé par la pensée orientale et occidentale) et Mahadevi Verma (voix féminine pionnière, mélancolique, introspective, explorant la solitude, la souffrance féminine et la quête de soi avec une intensité poétique rare). À partir des années 1930, le Pragativād (« progressisme ») et le Prayogvād ( = expérimentalisme) s'imposent, réagissant au lyrisme subjectif du Chhayāvād au nom de l'engagement social, de la justice et de l'innovation formelle. Le mouvement progressiste, influencé par le marxisme, dénonce l'exploitation, les inégalités, la pauvreté rurale, le féodalisme, avec des figures majeures comme Rāmakumār Verma, Rāmdhārī Singh Dinkar (poète épique de la résistance, du nationalisme et de la dignité humaine, notamment dans Rashmiraath), ou encore Suryakant Tripathi Nirālā, toujours à la croisée des chemins. Le Prayogvād, mené par Agyeya (Sachchidananda Hirananda Vatsyayan), introduit la prose poétique, le monologue intérieur, le fragment, l'ironie, ouvrant la voie à la modernité littéraire : sa revue Tār Saptak (1943) est un manifeste fondateur de la poésie expérimentale. Le roman hindi se développe plus tardivement, mais s'affirme avec force au XXe siècle. Premchand (1880-1936), souvent appelé « Upanyās Samrāṭ » (empereur du roman), est la figure centrale. Avec Godān ( = L'offrande de la vache), Sevāsadan, Gaban, il brosse des fresques réalistes, humaines et critiques de la société rurale indienne, dénonçant l'oppression des castes inférieures, l'exploitation paysanne, l'hypocrisie bourgeoise, tout en maintenant une compassion profonde pour ses personnages. Après lui, des auteurs comme Jainendra Kumar abordent la psychologie moderne, les conflits moraux et existentiels; Yashpal, dans Jhūṭhā Sach ( = Le faux vrai, sur la partition de 1947), réalise une épopée réaliste de grande ampleur; Phanishwar Nath Renu, avec Mailā Añcal, donne une voix authentique aux dialectes et aux réalités villageoises du Bihar dans un style innovant mêlant oralité et modernité narrative. La littérature contemporaine, depuis les années 1970, se caractérise par une diversification thématique et formelle extraordinaire : montée des voix régionales (Bhojpuri, Bundeli, etc. intégrées dans des oeuvres en hindi standard), émergence de la littérature dalit (Omprakash Valmiki, Joothan; Kishor Danavale), féministe (Maitreyi Pushpa, Mannu Bhandari, Krishna Sobti, dont Mitro Marjani ou Zindaginama sont des chefs-d'oeuvre), urbaine (Uday Prakash, Geetanjali Shree, lauréate du prix International Booker 2022 pour Tomb of Sand, traduit de l'hindi), et expérimentale. La nouvelle (kahānī) occupe une place de choix, avec des maîtres comme Nirmal Verma, Mohan Rakesh, Kamleshwar, et plus récemment, Alka Saraogi ou Asghar Wajahat. Enfin, la littérature orale demeure une composante essentielle. Les contes populaires (lokakathā), les chansons rituelles, épopées locales (comme le Devnarayan ou Alha), les chants de femmes (sohar, jhūla, kajri), les proverbes et devinettes constituent tous un réservoir vivant de mythes, d'ethos, de résistance et d'imagination collective, qui nourrit sans cesse la littérature écrite. |
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