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Les langues austroasiatiques
Les langues austroasiatiques constituent une vaste famille de langues austriques principalement répartie en Asie du Sud-Est continentale, en Inde orientale et centrale, ainsi que dans certaines parties du sud de la Chine. Cette famille se subdivise traditionnellement en deux grandes branches principales : les langues môn-khmer et les langues munda, bien que des travaux récents remettent en question cette dichotomie stricte, suggérant une structure plus complexe avec des groupes intermédiaires ou des ramifications profondes.

Il est notable que, malgré leur dispersion géographique, les langues austroasiatiques partagent un certain nombre de traits structurels profonds : une tendance à l'isolation morphologique, une préférence pour les constructions verbales sérielles, l'absence de marquage grammatical du genre, une riche sémantique des classificateurs nominaux (surtout dans les langues môn-khmer orientales), et un lexique de base incluant des racines monosyllabiques reconstruites avec confiance, comme *ɗaːk (= eau), *ɓaːk ( = bouche), *t₂mɔːʔ ( = noir), ou *kɲaːʔ ( = chien). 
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Môn-khmer Viet-Muong : vietnamien, muong, tho, etc.
Môn-khmer oriental : khmer, bahnarique (une quarantaine de langues), katuique, kataang, kantua, etc.
Môn-Khmer du Nord : khasi, khmu, palaung, riang, lawa, parauk, wa, etc.
Nicobarais (divers dialectes).
Bolyu, bengan.
Môn, Nyakur.
Aslian : semai, temiar.
Munda Munda septentrional : Mundari,  santali, agariya,  koraku, bijori, korku.
Munda méridional : kharia, juang, gutob, sora, juray, lodhi, gorum.

Les langues môn-khmer.
Les langues môn-khmer, les plus nombreuses et les plus parlées, comprennent notamment le vietnamien, le khmer, le môn (aujourd'hui presque éteint en Birmanie et en Thaïlande), ainsi que de nombreuses langues minoritaires comme le bahnar, le pear, le katu, le khmu, le wa, le palaung, le nicobarais, etc. 

Le vietnamien, langue officielle du Vietnam, est de loin la plus parlée de la famille, avec plus de 85 millions de locuteurs natifs; sa morphologie analytique, son système tonal (six tons dans le dialecte de Hanoï), et son écriture alphabétique d'origine latine (écriture quốc ngữ) en font une langue très distincte sur le plan typologique, bien qu'elle conserve un fonds lexical et des structures syntaxiques profondément austroasiatiques. 

Le khmer, langue nationale du Cambodge, est également une langue majeure de la famille, non tonale, à morphologie isolante avec une riche phraséologie et une stratification lexicale héritée du sanscrit et du pali, reflétant l'influence historique du bouddhisme et de l'hindouisme. Contrairement au vietnamien, le khmer utilise un abugida dérivé de l'écriture pallava sud-indienne. 

Les langues munda.
À l'ouest, dans les États indiens d'Odisha, du Jharkhand, du Bengale-Occidental et du Chhattisgarh, se trouvent les langues munda (parmi lesquelles le santali, le mundari, le ho, le korku et le saura) dont le santali est la plus parlée (plus de 7 millions de locuteurs). Ces langues présentent des caractéristiques typologiques nettement différentes des môn-khmer : elles sont souvent à ordre SOV (sujet-objet-verbe), utilisent des suffixes agglutinants, possèdent des systèmes de classes nominales ou pronominales, et certaines, comme le korku, ont développé un registre honorifique complexe. Elles ont également subi une influence considérable des langues indo-aryennes voisines (notamment le hindi et le bengali), tant au niveau lexical que syntaxique, mais conservent une morphologie et un lexique de base d'origine austroasiatique. Le santali a d'ailleurs obtenu le statut de langue officielle en Inde en 2003, et utilise plusieurs systèmes d'écriture, dont l'ol chiki, un alphabet autochtone créé au XXe siècle. 

Histoire et place actuelle.
Les linguistes s'accordent généralement à penser que la famille austroasiatique est très ancienne en Asie du Sud-Est, avec une proto-langue (le proto-austroasiatique) datée entre 4000 et 2500 av. JC, probablement parlée dans une région s'étendant du sud de la Chine actuelle au nord de l'Indochine. Certains chercheurs associent cette dispersion à la diffusion précoce de l'agriculture rizicole. Des traces archéologiques et génétiques corroborent l'idée d'une expansion ancienne des populations parlant des langues austroasiatiques, notamment vers l'est (Vietnam, Laos, Cambodge) et vers l'ouest (Inde). Par ailleurs, des emprunts lexicaux réciproques entre le proto-austroasiatique et d'autres familles, comme le taï-kadaï, le hmong-mien, voire le sino-tibétain) indiquent des contacts prolongés dans la région du sud de la Chine et du nord du Vietnam, ce qui a conduit certains à proposer des hypothèses de macro-familles (comme l'austro-taï), bien que celles-ci restent controversées. 

Un certain nombre de langues austroasiatiques sont aujourd'hui gravement menacées, notamment dans les zones montagneuses du Laos, du Vietnam central et du Cambodge, où de petites communautés linguistiques, souvent marginalisées, voient leurs langues remplacées par des idiomes dominants (vietnamien, lao, khmer). Des efforts de documentation linguistique sont en cours, mais beaucoup de ces langues manquent encore de descriptions grammaticales complètes, de dictionnaires fiables ou de corpus textuels. À l'inverse, d'autres, comme le vietnamien et le khmer, bénéficient d'un statut institutionnel fort, d'une littérature ancienne (en particulier le khmer, avec des inscriptions remontant au VIIe siècle), et d'une production contemporaine abondante. 

Bien que perçues comme minoritaires à l'échelle régionale, les langues austroasiatiques ont joué un rôle fondamental dans la formation des identités culturelles et historiques de l'Asie du Sud-Est. Les anciens royaumes môn, comme celui de Thaton ou de Dvaravati, ont été des vecteurs précoces du bouddhisme theravāda en Birmanie et en Thaïlande, tandis que l'empire khmer, avec Angkor pour centre, a laissé un héritage monumental et linguistique majeur. En Inde, les peuples munda, souvent regroupés sous le terme de adivasi ( = populations autochtones), continuent de défendre leurs langues et leurs pratiques culturelles face à la pression des langues dominantes. 

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