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Les
ondes
gravitationnelles sont des perturbations du tissu de l'espace-temps
provoquées par des accélérations de masses très importantes, comme
celles observées lors de la fusion de trous noirs
ou d'étoiles à neutrons. Selon la théorie de la
relativité
générale d'Einstein, publiée en 1915, la
gravitation
n'est pas une force agissant à distance comme
le pensait
Newton, mais plutôt une conséquence
de la courbure de l'espace-temps causée par la présence de masse et d'énergie.
Tout comme une charge
électrique accélérée produit une onde
électromagnétique, un objet massif accéléré — par exemple
en tournant autour d'un autre objet ou en entrant en collision — produit
une onde gravitationnelle. Plus précisément, c'est
l'accélération d'un objet possédant un moment quadrupolaire non nul,
c'est-à -dire une masse dont la distribution n'est pas parfaitement sphérique
et qui subit une accélération asymétrique, comme un système de deux
corps en orbite l'un autour de l'autre. Lorsque ces masses se déplacent,
elles perturbent la géométrie de l'espace-temps autour d'elles. Ces perturbations
ne restent pas localisées; elles se propagent vers l'extérieur à la
vitesse de la lumière, sous la forme d'une onde qui emporte avec elle
de l'énergie.
Les ondes gravitationnelles
sont ainsi des variations intrinsèques de la géométrie de l'espace-temps
lui-même. Elles se déplacent à travers l'univers sans déplacer les
masses, mais en étirant et en comprimant alternativement l'espace dans
des directions perpendiculaires à leur direction de propagation.
Pour visualiser cet effet, on imagine ordinairement un cercle de particules
tests flottant dans l'espace. Au passage de l'onde, ce cercle serait successivement
déformé en un ovale horizontal, puis retrouverait sa forme circulaire,
puis se déformerait en un ovale vertical, et ainsi de suite, de manière
oscillatoire. Ces déformations sont toutefois d'une faiblesse extraordinaire,
ce qui les a rendues si difficiles à détecter directement pendant un
siècle.
La détection
des ondes gravitationnelles.
Première
preuve indirecte (1974).
En 1974, Joseph
Taylor et Russell Hulse découvrent le premier système de pulsar binaire
connu, PSR 1913+16, également appelé la paire Hulse-Taylor. Ce
système est composé de deux pulsars, des étoiles à neutrons extrêmement
compactes et magnétisées qui émettent des rayons cohérents à intervalles
réguliers (les pulsations). Taylor et Hulse observent que le périodique
orbital du système diminue avec le temps, ce qui suggère une perte d'énergie.
En comparant leurs observations aux prédictions de la relativité générale,
ils concluent que cette perte d'énergie provient de l'émission d'ondes
gravitationnelles. Cette découverte, récompensée par le prix Nobel de
physique en 1993, constitue la première preuve indirecte de l'existence
des ondes gravitationnelles, mais leur détectabilité directe a encore
été comme pendant plusieurs décennies hors de portée des technologies
disponibles.
Les
premières détections directes (depuis 2015).
Malgré cette confirmation
théorique, il fallait encore détecter directement ces ondes gravitationnelles
pour confirmer leur existence. Afin de confirmer l'existence des ondes
gravitationnelles, des instruments sophistiqués, Ligo et Virgo, ont été
conçus pour capter ces minuscules fluctuations de l'espace-temps. Le principe
de détection de ces instruments est d'une élégance remarquable. Il utilise
des interféromètres géants en forme de L, avec des bras de plusieurs
kilomètres de long. Un faisceau laser est divisé en deux et envoyé dans
chaque bras, où il est réfléchi par des miroirs suspendus pour revenir
se recombiner. En l'absence d'onde gravitationnelle, les longueurs des
bras sont identiques et les ondes lumineuses s'annulent par interférence
destructive. Lorsqu'une onde passe, elle modifie très légèrement la
longueur d'un bras par rapport à l'autre, de l'ordre d'un millième du
diamètre d'un proton. Cette infime différence rompt l'annulation parfaite
des lasers, permettant de détecter un signal lumineux et de reconstituer
la forme de l'onde qui l'a causée. L'analyse des ondes gravitationnelles
peut alors renseigner sur les propriétés des objets qui les ont émises
: leurs masses, leur distance, leur rotation et leur orientation.
• Ligo.
- Le Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory (LIGO), un projet
international dirigé par Barry Barish, Kip Thorne, et Ronald Drever, est
le premier observatoire conçu pour détecter directement les ondes gravitationnelles.
Ligo utilise deux interféromètres laser, situés à Livingston, Louisiane,
et à Hanford, Washington, chacun mesurant 4 km de longueur. Le 14 septembre
2015, Ligo observe pour la première fois une onde gravitationnelle interprétée
issue de la fusion de deux trous noirs distants de 1,3 milliard d'années-lumière.
Ce signal, codé sous le nom GW150914, est confirmé par un deuxième événement
en 2015, GW151226, et un troisième, GW170104, en 2017. Ces découvertes
marquent une nouvelle ère en astronomie, ouvrant la voie à une nouvelle
fenêtre sur l'univers, permettant d'étudier des phénomènes cosmiques
jusque-là invisibles.
• Virgo.
- L'observatoire Virgo (nom en référence à l'amas de la Vierge), situé
près de Pise en Italie, basé sur les mêmes principes que Ligo a été
lancé parallèlement, sur la base d'un projet franco-italien remontant
aux débuts des années 1990. Les deux programmes se rejoignent en
2017. Ensemble, Ligo-Virgo forment un réseau mondial capable de localiser
et d'analyser plus précisément les sources d'ondes gravitationnelles.
Cette collaboration permet de détecter des événements plus fréquents
et plus variés, notamment des explosions de supernovae,
ou la fusion de deux étoiles à neutrons comme l'événement GW170817,
détecté en 2017, qui correspondait à une onde gravitationnelle issue
de la fusion de deux étoiles à neutrons, suivie d'une explosion de kilonova.
Évolution
des technologies.
Depuis 2015, Ligo
et Virgo ont subi des améliorations majeures, notamment grâce à la mise
en oeuvre de nouvelles technologies telles que les miroirs à suspension
passifs et des laser ultra-stables, augmentant significativement leur sensibilité.
Ces améliorations ont permis de détecter des événements plus faibles
et plus lointains. En 2019, le Virgo Upgrade a encore accru la capacité
de détection, permettant de cartographier les positions des sources avec
une précision accrue. Parallèlement, d'autres observatoires comme Kagra
au Japon et Ligo-India en développement, sont intégrés au réseau mondial
pour offrir une couverture géographique plus large et une meilleure localisation
des sources.
Les progrès technologiques
et scientifiques ouvrent désormais la voie à de nouvelles perspectives.
Les détecteurs spatiaux comme Lisa (Laser Interferometer Space Antenna),
une mission de l'ESA et de la NASA prévue pour être lancée dans les
années 2030, seront capables de détecter des ondes gravitationnelles
à très haute fréquence, provenant de phénomènes tels que les trous
noirs supermassifs et les interactions entre galaxies. |
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