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Histoire de la paléontologie
L'Antiquité.
L'histoire de la paléontologie, même si elle ne portait pas encore ce nom, remonte à la plus haute antiquité. On a toujours trouvé des objets étranges dans la terre, des formes pétrifiées qui ressemblaient à des créatures vivantes ou à des parties de leur corps. Dans les civilisations anciennes, ces objets fossiles étaient souvent interprétés à travers le prisme des mythes, des légendes et des croyances religieuses. Les Grecs et les Romains, par exemple, étaient familiers avec les fossiles. Xénophane de Colophon, au VIe siècle av. JC, est parfois crédité d'avoir été l'un des premiers à reconnaître la nature organique des fossiles, en observant des coquillages et des empreintes de poissons sur des rochers loin de la mer, suggérant ainsi que la terre avait autrefois été recouverte par les eaux. Hérodote au Ve siècle av. JC remarqua également la présence de coquillages fossiles en Égypte et en Libye, les interprétant comme des preuves que la mer avait autrefois occupé ces régions. Pourtant, ces observations restaient isolées et n'ont pas conduit à une science structurée. Les fossiles étaient perçus comme des « jeux de la nature » (lusus naturae), des créations minérales capricieuses imitant les formes organiques, ou comme des restes de créatures mythologiques, de géants ou de monstres mentionnés dans les récits anciens. Les os de mastodontes, par exemple, découverts à travers le monde, pouvaient être interprétés comme les restes de géants bibliques ou de créatures diluviennes.

Le Moyen âge.
Durant le Moyen Âge, l'interprétation des fossiles fut largement dominée par la vision biblique du monde et en particulier par le récit du Déluge de Noé. Les fossiles étaient souvent considérés comme les restes d'animaux noyés lors de ce cataclysme universel. Cette perspective diluvienne devint l'explication dominante pour la présence de coquillages et d'ossements en altitude ou loin des océans. Les fossiles étaient intégrés dans un cadre religieux où la nature était vue comme une création divine, et les « pierres figurées » (lapides figurati), comme on les appelait souvent, étaient interprétées comme des témoignages des événements bibliques ou comme des curiosités divinement ordonnées. Cependant, même durant cette période, des voix discordantes se sont élevées. Certains observateurs, comme Albert le Grand au XIIIe siècle, ont noté des similitudes entre les fossiles et les organismes vivants, suggérant une origine organique possible, bien que toujours dans un cadre créationniste. La pensée médiévale restait néanmoins largement tributaire des autorités classiques et religieuses, et une investigation naturaliste systématique des fossiles n'était pas encore à l'ordre du jour.

La Renaissance.
Avec la Renaissance, et en particulier à partir du XVIe siècle, un intérêt renouvelé pour l'observation directe et l'étude de la nature commença à émerger. Les cabinets de curiosités se multiplièrent, incluant souvent des fossiles parmi d'autres objets naturels et artificiels. Ces collections contribuèrent à la diffusion des connaissances sur les fossiles et à leur observation plus attentive. Des naturalistes commencèrent à décrire et à illustrer plus précisément les fossiles, s'éloignant progressivement des interprétations purement mythologiques ou religieuses. Konrad Gessner, naturaliste suisse du XVIe siècle, dans son Historia animalium, inclut des descriptions et des illustrations de fossiles, les classant parmi les pierres figurées, mais reconnaissant leur ressemblance avec des organismes vivants. Il considérait encore certains fossiles comme des produits de la génération spontanée dans la terre, mais d'autres, notamment les coquilles, étaient clairement identifiés comme ayant une origine marine. Fabio Colonna, un botaniste, publia en 1616 De glossopetris dissertatio, une étude sur les « glossopetrae », des dents fossiles de requins, reconnaissant leur nature organique et leur similarité avec les dents de requins vivants. Il fut l'un des premiers à clairement identifier un type de fossile spécifique comme étant les restes d'un animal disparu, s'opposant ainsi à l'idée qu'il s'agissait de simples « pierres figurées ».

Le XVIIe siècle.
Le XVIIe siècle marque une période charnière dans l'histoire de la paléontologie. L'essor de la méthode scientifique, basée sur l'observation, l'expérimentation et le raisonnement logique, permit des avancées significatives dans la compréhension des fossiles. Nicolaus Steno (Niels Stensen), un anatomiste danois travaillant en Italie, joua un rôle crucial. En 1669, dans son De solido intra solidum naturaliter contento dissertationis prodromus, Steno proposa des principes fondamentaux de la stratigraphie, l'étude des couches géologiques. Il énonça le principe de superposition, selon lequel dans une séquence de couches sédimentaires non perturbées, les couches supérieures sont plus jeunes que les couches inférieures. Il observa également que les fossiles, qu'il appelait « corps solides naturellement contenus dans d'autres corps solides », étaient disposés en couches et qu'ils ressemblaient à des organismes vivants, notamment les coquillages. Steno argumenta que ces fossiles n'avaient pas pu se former in situ dans la roche, mais qu'ils avaient été enfouis dans des sédiments qui se sont ensuite solidifiés en roches. Il conclut que les fossiles étaient les restes d'anciens organismes vivants et que la Terre avait subi des changements importants au cours du temps, incluant des périodes où des mers avaient recouvert des régions aujourd'hui terrestres.

Robert Hooke, renommé pour ses travaux en microscopie, contribua également à la compréhension des fossiles. Dans son ouvrage Micrographia (1665), il décrivit et illustra des fossiles de bois pétrifié et de coquillages, les comparant à des échantillons de bois et de coquillages vivants observés au microscope. Hooke fut parmi les premiers à suggérer que les fossiles pouvaient représenter des espèces qui avaient disparu, une idée révolutionnaire à une époque où la fixité des espèces et la perfection de la création divine étaient largement acceptées. Il reconnut la nature organique des fossiles et leur importance pour comprendre l'histoire de la Terre. John Ray, un autre naturaliste anglais de la fin du XVIIe siècle, dans son Catalogus plantarum Angliae (1670) et Methodus plantarum nova (1682), bien qu'axé principalement sur la botanique, aborda la question des fossiles dans un contexte plus large de l'histoire naturelle. Ray, comme Hooke, reconnut l'origine organique des fossiles et leur potentiel pour éclairer l'histoire passée de la Terre et de la vie.

À la fin du XVIIe siècle, bien que la paléontologie n'existât pas encore en tant que discipline scientifique autonome et structurée, les bases étaient posées. La reconnaissance progressive de la nature organique des fossiles, l'émergence des principes de la stratigraphie, et la prise de conscience que les fossiles pouvaient témoigner de formes de vie disparues et de changements géologiques profonds, ont ouvert la voie au développement de la paléontologie au siècle suivant. Les interprétations mythologiques et diluviennes commençaient à céder le pas à des explications plus naturalistes, basées sur l'observation et le raisonnement, préparant le terrain pour une approche scientifique de l'étude des fossiles et de l'histoire de la vie sur Terre. 

Le XVIIIesiècle.
Le XVIIIe siècle fut témoin d'une progression lente mais constante vers une compréhension plus scientifique des fossiles. Carl von Linné, avec son système de classification binomiale, posa les bases d'une nomenclature standardisée pour les organismes vivants et fossiles, même si son approche était principalement descriptive et ne s'intéressait pas fondamentalement à l'histoire évolutive. Buffon, dans son Histoire Naturelle, aborda la question de l'histoire de la Terre et de la transformation des espèces, suggérant des idées proto-évolutionnistes et reconnaissant l'extinction d'espèces. Cependant, ces idées restaient spéculatives et manquaient d'un cadre méthodologique rigoureux. Les découvertes de fossiles de grande taille, comme ceux de mammouths et de mastodontes en Europe et en Amérique, commençaient à poser des questions sur la diversité des formes de vie passées et leur relation avec les espèces actuelles.

Le tournant majeur se produisit avec le développement de l'anatomie comparée et de la stratigraphie à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Georges Cuvier, considéré comme le père de la paléontologie, appliqua l'anatomie comparée à l'étude des fossiles. En analysant avec précision les os fossilisés, notamment ceux du Megatherium et du Mosasaurus, Cuvier démontra de manière convaincante qu'il s'agissait de restes d'espèces éteintes, différentes de toutes les espèces vivantes connues. Son travail sur les couches géologiques de la région parisienne le conduisit à formuler la théorie du catastrophisme. Selon cette théorie, l'histoire de la Terre était marquée par des catastrophes naturelles soudaines et violentes, comme des déluges, qui avaient provoqué des extinctions massives d'espèces. De nouvelles espèces étaient ensuite créées par des actes divins de création spéciale pour repeupler la Terre. Le catastrophisme de Cuvier, bien que finalement incorrect dans ses détails, apporta une explication scientifique à la succession des faunes fossiles dans les différentes couches géologiques et établit l'extinction comme un phénomène réel et important dans l'histoire de la vie.

Parallèlement aux travaux de Cuvier, la stratigraphie se développait comme une science à part entière. William Smith, en Angleterre, observa la succession des couches géologiques et remarqua que chaque couche était caractérisée par un assemblage unique de fossiles. Il utilisa ces "fossiles caractéristiques" pour corréler les couches géologiques sur de vastes distances, même sans continuité physique. Son travail aboutit à la création de la première carte géologique de l'Angleterre, un outil fondamental pour la compréhension de l'histoire de la Terre. Ces avancées en stratigraphie et en paléontologie permirent de construire une échelle de temps géologique relative, divisant l'histoire de la Terre en ères et périodes caractérisées par des faunes et flores fossiles spécifiques.

Le XIXe siècle.
La première moitié du XIXe siècle vit l'essor des grandes découvertes de fossiles de reptiles géants, qui allaient être plus tard nommés dinosaures. Des découvertes comme celles de Megalosaurus, Iguanodon et Hylaeosaurus en Angleterre, et plus tard en Europe et en Amérique du Nord, captivèrent l'imagination du public et stimulèrent l'intérêt scientifique pour la paléontologie. Richard Owen, un anatomiste britannique influent, joua un rôle clé dans l'étude de ces reptiles fossiles. En 1842, il créa le terme Dinosauria pour regrouper ces reptiles géants disparus, soulignant leurs caractéristiques anatomiques distinctives et leur stature imposante. Owen, tout en reconnaissant l'extinction, était un fervent défenseur de la création spéciale et s'opposait aux idées transformistes.

Le milieu du XIXe siècle fut marqué par une controverse majeure entre le catastrophisme et l'uniformitarisme. L'uniformitarisme, popularisé par Charles Lyell dans ses Principes de Géologie, proposait que les processus géologiques qui ont façonné la Terre dans le passé sont les mêmes que ceux que l'on observe aujourd'hui, agissant de manière lente et graduelle sur de longues périodes de temps. L'uniformitarisme impliquait une Terre beaucoup plus ancienne que ce que permettaient les interprétations littérales de la Bible et ouvrait la voie à une compréhension de l'histoire de la vie comme un processus continu et graduel.

La publication de De l'Origine des Espèces de Charles Darwin en 1859 révolutionna la paléontologie. La théorie de l'évolution par sélection naturelle fournissait un cadre explicatif puissant pour comprendre la diversité de la vie, l'adaptation des organismes à leur environnement, et la succession des formes fossiles dans le temps géologique. Les fossiles n'étaient plus seulement des curiosités ou des preuves de catastrophes, mais devenaient des témoignages de l'histoire de l'évolution, des ancêtres éteints des formes de vie actuelles. La paléontologie, dès lors, s'orienta de plus en plus vers la recherche de preuves de l'évolution et la reconstruction des lignées phylogénétiques.

La seconde moitié du XIXe siècle fut une période d'intense activité paléontologique, marquée par de nombreuses expéditions et découvertes spectaculaires, notamment en Amérique du Nord. La Guerre des Os entre Othniel Charles Marsh et Edward Drinker Cope, deux paléontologues américains rivaux, bien que controversée en raison de ses excès et de sa compétition acharnée, conduisit à la découverte et à la description d'une quantité impressionnante de fossiles de dinosaures, de mammifères primitifs et d'autres vertébrés du Crétacé et du Jurassique de l'Ouest américain. Ces découvertes enrichirent considérablement notre connaissance des faunes fossiles du passé et fournirent des arguments supplémentaires en faveur de l'évolution.

La paléobotanique, l'étude des plantes fossiles, connut également un développement important au cours du XXIe siècle. Des découvertes de flores fossiles de différentes époques géologiques permirent de retracer l'histoire de l'évolution des plantes, de la colonisation des terres par les plantes primitives jusqu'à l'émergence des plantes à fleurs. L'étude des fossiles végétaux apporta des informations cruciales sur les changements climatiques et environnementaux au cours de l'histoire de la Terre.

Le XXe siècle.
Au début du siècle, de grandes expéditions étaient organisées, notamment dans l'Ouest américain et dans les colonies, ramenant d'impressionnantes collections de dinosaures et d'autres créatures préhistoriques. Des figures comme Barnum Brown, travaillant pour l'American Museum of Natural History, ont joué un rôle clé dans ces découvertes, mettant au jour des spécimens emblématiques de Tyrannosaurus Rex et d'Ankylosaurus, qui ont captivé l'imagination du public et solidifié la fascination pour les dinosaures.

Cependant, le XXe siècle n'a pas seulement été une ère de découvertes de fossiles spectaculaires. Il a également été marqué par des avancées méthodologiques et théoriques fondamentales qui ont remodelé la discipline. L'une des premières révolutions a été le développement et l'application de la datation radiométrique. Jusqu'alors, l'âge des fossiles était estimé principalement par leur position relative dans les couches géologiques, une méthode sujette à interprétation et à incertitude. L'arrivée de la datation au carbone 14, puis des méthodes potassium-argon et uranium-plomb, a offert aux paléontologues des outils bien plus précis pour établir une chronologie absolue des événements passés. Cela a permis de calibrer l'échelle des temps géologiques avec une précision sans précédent et de mieux comprendre le rythme de l'évolution et des extinctions.

Parallèlement aux progrès de la datation, la paléontologie a commencé à s'éloigner d'une approche purement descriptive pour embrasser une perspective plus écologique et évolutive. L'influence de la théorie de l'évolution de Darwin, bien que déjà présente au XIXe siècle, s'est renforcée au XXe. Les paléontologues ont commencé à s'intéresser non seulement à la forme des organismes fossiles, mais aussi à leur mode de vie, à leurs interactions avec leur environnement et à leur place dans l'arbre de vie. L'étude des paléoenvironnements, des climats anciens et des communautés fossiles s'est développée, enrichissant notre compréhension des écosystèmes passés et des facteurs qui ont façonné la biodiversité au fil du temps.

Le milieu du XXe siècle a vu l'émergence de la théorie de la tectonique des plaques, une révolution géologique qui a eu un impact profond sur la paléontologie. La compréhension que les continents se déplacent sur la surface de la Terre a permis d'expliquer des schémas de distribution des fossiles qui étaient auparavant énigmatiques. La découverte de fossiles similaires sur des continents aujourd'hui séparés, comme l'Afrique et l'Amérique du Sud, a trouvé une explication logique dans la notion de continents autrefois connectés. La tectonique des plaques a fourni un cadre conceptuel puissant pour interpréter la biogéographie fossile et comprendre les grandes tendances de la diversification et de la dispersion des organismes à l'échelle planétaire.

Les années 1960 et 1970 ont marqué une période de "renaissance des dinosaures". Pendant une grande partie du XXe siècle, les dinosaures étaient souvent perçus comme des créatures lentes, maladroites et à sang froid, destinées à l'extinction. Cependant, de nouvelles découvertes et réinterprétations ont commencé à remettre en question cette image. John Ostrom, avec sa découverte du Deinonychus, un dinosaure théropode agile et probablement à sang chaud, a joué un rôle clé dans cette révolution. Ses travaux, ainsi que ceux de Robert Bakker et d'autres, ont suggéré que certains dinosaures étaient bien plus actifs, intelligents et dynamiques que ce que l'on pensait auparavant. L'hypothèse du lien entre les dinosaures et les oiseaux a également gagné en force, transformant notre vision de l'arbre phylogénétique des dinosaures et ouvrant de nouvelles perspectives sur l'évolution du vol.

La fin du XXe siècle a été marquée par l'influence croissante de la biologie moléculaire et de la cladistique en paléontologie. La cladistique, une méthode d'analyse phylogénétique basée sur le partage de caractères dérivés, a permis de construire des arbres évolutifs plus robustes et objectifs, remplaçant progressivement les approches plus subjectives basées sur la morphologie globale. L'intégration de données moléculaires, bien que limitée aux fossiles les plus récents en raison de la dégradation de l'ADN, a ouvert de nouvelles avenues pour étudier les relations évolutives et calibrer l'horloge moléculaire, permettant d'estimer les dates de divergence des lignées avec une plus grande précision.

La théorie des extinctions massives a également pris de l'ampleur au cours des dernières décennies du XXe siècle. Bien que l'idée d'extinctions majeures dans le passé géologique ne soit pas nouvelle, l'hypothèse de Walter Alvarez (Iridium), proposant l'impact d'un astéroïde comme cause de l'extinction Crétacé-Paléogène qui a éliminé les dinosaures non aviens, a suscité un débat intense et a profondément influencé la recherche paléontologique. Cette théorie a mis en évidence le rôle des événements catastrophiques dans l'histoire de la vie et a stimulé la recherche sur les autres grandes extinctions et leurs causes potentielles.

Au-delà des dinosaures, le XXe siècle a vu des progrès majeurs dans l'étude de tous les groupes fossiles. La paléobotanique a progressé dans la compréhension de l'évolution des plantes et des changements de la végétation terrestre au fil du temps. L'étude des invertébrés fossiles, des trilobites aux ammonites en passant par les foraminifères, a continué à éclairer l'histoire de la vie marine et les changements environnementaux. La micropaléontologie, en particulier, est devenue un outil essentiel dans l'exploration pétrolière et l'étude des paléocéans.

L'étude des hominidés fossiles a également connu un essor spectaculaire au XXe siècle, avec des découvertes majeures en Afrique et ailleurs. Les travaux de familles comme les Leakey ont mis au jour des fossiles cruciaux qui ont éclairé l'évolution humaine, de Australopithecus à Homo erectus et Homo habilis. La recherche sur les premiers hominidés a progressé en parallèle avec les avancées en génétique, en paléoanthropologie et en archéologie, offrant une image de plus en plus complexe et nuancée de nos origines.

En termes de technologie, le XXe siècle a vu l'introduction de nouvelles techniques d'analyse et d'imagerie qui ont révolutionné l'étude des fossiles. La microscopie électronique, la tomodensitométrie (scanner) et d'autres méthodes non destructives ont permis d'explorer la structure interne des fossiles avec un niveau de détail sans précédent, révélant des informations cachées sur leur anatomie, leur physiologie et leur développement. L'utilisation de la modélisation 3D et de la réalité virtuelle a également transformé la manière dont les fossiles sont étudiés et présentés au public.

Enfin, le XXe siècle a été marqué par une popularisation croissante de la paléontologie. Les dinosaures, en particulier, sont devenus des icônes culturelles, présents dans les musées, les livres, les films et les jeux vidéo. Des films comme Jurassic Park ont contribué à un engouement mondial pour les dinosaures et la paléontologie, stimulant l'intérêt du public pour la science et la préhistoire. Les musées d'histoire naturelle ont joué un rôle crucial dans la diffusion des connaissances paléontologiques, en présentant des expositions spectaculaires et éducatives qui ont inspiré des générations de scientifiques et d'amateurs.

Le premier quart du XXIe siècle.
Le début du nouveau millénaire a vu la continuation et l'amplification de tendances déjà amorcées, notamment la « renaissance des dinosaures ». Cette période a confirmé l'image des dinosaures comme des animaux actifs, intelligents et souvent emplumés, loin des reptiles lents et maladroits du siècle précédent. Des découvertes spectaculaires en Chine, comme celles de Microraptor et Sinosauropteryx, ont renforcé l'idée que de nombreux dinosaures théropodes étaient couverts de plumes, et que le vol plané voire le vol actif étaient apparus plus tôt et plus largement qu'on ne le pensait. La recherche s'est intensifiée sur la couleur des dinosaures, grâce à l'analyse des mélanosomes préservés dans certaines plumes fossiles, permettant de reconstituer des apparences bien plus vivantes et colorées que les représentations précédentes.

Parallèlement à cette fascination pour les dinosaures, la paléontologie a élargi ses horizons. L'étude des premiers animaux complexes, de l'explosion cambrienne, a bénéficié de nouvelles découvertes et de techniques d'imagerie avancées. La faune de Chengjiang en Chine et d'autres sites exceptionnels ont continué à livrer des fossiles incroyablement bien conservés, éclairant les origines des principaux groupes d'animaux et la diversification de la vie au début du Cambrien. La paléobotanique a également connu un essor, avec la découverte de flores fossiles exceptionnelles qui ont permis de mieux comprendre l'évolution des plantes terrestres et leur rôle dans les écosystèmes anciens. L'étude des microfossiles, et notamment des foraminifères et des diatomées, a continué à fournir des informations cruciales sur les climats passés et les environnements océaniques, devenant un outil essentiel pour la paléoclimatologie et la compréhension des changements climatiques actuels.

Les avancées technologiques ont joué un rôle majeur dans cette période. La tomodensitométrie (CT scan) et la microtomographie ont révolutionné l'étude des fossiles, permettant d'explorer leur structure interne sans les endommager. Ces techniques ont révélé des détails cachés, comme les canaux nerveux et les structures cérébrales des dinosaures, ou les organes internes de fossiles exceptionnellement conservés. Le synchrotron, une source de lumière extrêmement puissante, a permis d'analyser la composition chimique des fossiles avec une précision inégalée, révélant des traces de pigments, de tissus mous et même de molécules organiques préservées pendant des millions d'années. La modélisation 3D, rendue plus accessible par les progrès de l'informatique, a permis de reconstituer des fossiles fragmentaires, de simuler leur mouvement et leur fonctionnement, et de créer des reconstructions virtuelles pour la recherche et la vulgarisation.

Aujourd'hui, la paléontologie est également confrontée de manière plus aiguë aux enjeux de la conservation du patrimoine paléontologique et de l'éthique de la collecte. La demande croissante pour les fossiles, alimentée par le marché des collectionneurs privés et des musées, a conduit à une augmentation du braconnage et du commerce illégal de fossiles. Des débats ont émergé concernant la propriété des fossiles, l'accès aux sites fossilifères et la nécessité de réglementer la collecte pour préserver ce patrimoine pour la science et les générations futures. La paléontologie s'est affirmée comme une discipline de plus en plus engagée dans la sensibilisation du public à l'importance de la biodiversité passée et présente, et aux enjeux de la conservation.

La génétique et la biologie moléculaire ont commencé à influencer la paléontologie de manière significative. Bien que l'ADN ancien soit rarement préservé au-delà de quelques dizaines de milliers d'années, l'étude des protéines fossiles (paléoprotéomique) a ouvert de nouvelles perspectives. L'analyse des protéines préservées dans des os fossiles a permis de reconstituer des relations phylogénétiques, notamment pour les mammifères éteints, et d'obtenir des informations sur la physiologie et l'évolution moléculaire d'espèces disparues. L'étude de l'ADN ancien a révolutionné notre compréhension de l'évolution humaine et des migrations préhistoriques, bien que cela concerne davantage la paléoanthropologie, un domaine étroitement lié à la paléontologie.

La paléontologie a également joué un rôle croissant dans la compréhension des changements climatiques passés et actuels. L'étude des archives fossiles a permis de documenter les grandes extinctions massives du passé, leurs causes et leurs conséquences, et de mieux comprendre les mécanismes des crises environnementales. La paléontologie a ainsi apporté un éclairage crucial sur les impacts potentiels du changement climatique actuel sur la biodiversité et les écosystèmes, soulignant l'importance de la perspective temporelle longue pour appréhender les défis environnementaux contemporains. Le concept d'Anthropocène, l'ère géologique marquée par l'impact de l'humanité sur la planète, a également renforcé le lien entre la paléontologie et les sciences environnementales, soulignant l'importance de comprendre le passé pour éclairer l'avenir.

La communication et la vulgarisation ont pris une place de plus en plus importante dans la paléontologie depuis 2000. Les musées d'histoire naturelle ont continué à jouer un rôle central dans la présentation des découvertes paléontologiques au grand public, avec des expositions spectaculaires et interactives. Les documentaires télévisés et les films de cinéma ont popularisé la paléontologie, notamment les dinosaures, auprès d'un large public. Internet et les réseaux sociaux ont permis une diffusion rapide des nouvelles découvertes et ont créé de nouvelles formes d'interaction entre les paléontologues et le public. La paléontologie est devenue une science plus ouverte et accessible, contribuant à nourrir la curiosité scientifique et la conscience de l'histoire de la vie sur Terre.

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