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Les gonades,
organes pairs et symétriques, représentent les
glandes sexuelles primordiales de l'organisme.
Elles assument une double fonction, Ã la fois exocrine et endocrine, qui
les place au carrefour de la reproduction
et de l'homéostasie hormonale.
• La
fonction exocrine, ou gamétogène, consiste en la production des cellules
reproductrices : les ovocytes (ovules) chez la
femme au sein des ovaires, et les spermatozoïdes
chez l'homme au sein des testicules.
• La
fonction endocrine, quant à elle, repose sur la synthèse et la sécrétion
d'hormones stéroïdiennes et peptidiques qui
façonnent l'apparence physique, contrôlent le fonctionnement de l'appareil
reproducteur et influencent de nombreux tissus
cibles, du squelette au cerveau.
D'un point de vue embryologique, les gonades
proviennent d'une ébauche indifférenciée, la crête génitale, qui se
forme sur la paroi postérieure de la cavité abdominale vers la cinquième
semaine de développement. La migration
des cellules germinales primordiales depuis la
vésicule vitelline jusqu'à ces crêtes
est une étape cruciale. C'est ensuite l'expression du gène SRY porté
par le chromosome Y qui oriente la différenciation
en testicule; en son absence, et sous l'influence de facteurs comme le
gène DAX1 ou la voie de signalisation WNT4, la
gonade évoluera spontanément vers un ovaire. La différenciation testiculaire
précoce s'accompagne de la production de testostérone
par les cellules de Leydig foetales et d'hormone anti-müllérienne par
les cellules de Sertoli, deux substances indispensables à la masculinisation
des voies génitales internes et des organes génitaux externes.
Les ovaires.
Anatomiquement, les ovaires
sont des organes pelviens en forme d'amande, situés de part et d'autre
de l'utérus et maintenus par les ligaments suspenseurs
et utéro-ovariens. Leur structure associe une zone médullaire centrale,
fibrovasculaire, et un cortex périphérique plus épais où sont logés
les follicules ovariens à différents stades d'évolution. La réserve
folliculaire se constitue pendant la vie foetale : les ovogonies prolifèrent
puis entrent en première division méiotique
pour se bloquer au stade diplotène de la prophase
I, devenant des ovocytes primaires entourés d'une couche unique de cellules
folliculaires, formant ainsi les follicules primordiaux. Cette réserve,
non renouvelable, s'épuise progressivement de la naissance à la ménopause.
À chaque cycle menstruel, une cohorte
de follicules primordiaux est recrutée sous
l'influence de la FSH (hormone folliculostimulante) hypophysaire.
Les cellules folliculaires, ou cellules de la granulosa, prolifèrent et
se stratifient autour de l'ovocyte tandis qu'une zone pellucide glycoprotéique
apparaît entre les deux. Le tissu conjonctif stromal s'organise en thèques
interne et externe autour du follicule secondaire. La thèque interne,
vascularisée, exprime les récepteurs à la LH (hormone lutéinisante)
et synthétise des androgènes qui diffusent
vers la granulosa où, sous l'action de l'aromatase stimulée par la FSH,
ils sont convertis en oestrogènes, en particulier
en oestradiol. Un follicule dominant poursuit son développement tandis
que les autres régressent. L'ovocyte primaire achève alors sa première
division méiotique juste avant l'ovulation,
expulsant un premier globule polaire et devenant un ovocyte secondaire
bloqué en métaphase de la seconde méiose.
Le pic ovulatoire de LH déclenche la rupture du follicule mûr et la libération
de l'ovocyte secondaire capté par les franges du pavillon tubaire. La
seconde division méiotique ne s'achèvera qu'en cas de fécondation,
avec expulsion du second globule polaire.
La portion restante du follicule rompu
se transforme en une glande endocrine
temporaire extrêmement active, le corps jaune. Ses cellules de la granulosa
lutéinisées et ses cellules thécales produisent de grandes quantités
de progestérone et, dans une moindre mesure,
d'oestradiol et d'inhibine A. La progestérone prépare l'endomètre
à une éventuelle nidation, augmente la température corporelle basale
et inhibe les contractions utérines. Si la fécondation n'a pas lieu,
le corps jaune involue après une dizaine de jours, la chute brutale des
stéroïdes sexuels provoquant la menstruation
et levant le frein sur la sécrétion des gonadotrophines, ce qui initie
un nouveau cycle. En cas de grossesse, l'hormone chorionique gonadotrope
(hCG), produite par le trophoblaste embryonnaire, maintient le corps jaune
actif jusqu'Ã ce que le placenta prenne le
relais de la production hormonale.
Les testicules.
Les testicules,
quant à eux, sont des organes ovoïdes suspendus dans le scrotum,
ce qui assure une température inférieure d'environ deux à quatre degrés
à la température corporelle centrale, condition indispensable à une
spermatogenèse normale. Leur parenchyme
est cloisonné en lobules renfermant de très nombreux tubes séminifères
pelotonnés, tapissés par un épithélium germinal stratifié. Au sein
de cet épithélium, les cellules de Sertoli,
volumineuses et étendues de la membrane basale jusqu'à la lumière du
tube, jouent un rôle nourricier, structural et régulateur fondamental
: elles créent la barrière hémato-testiculaire qui isole les cellules
germinales en cours de méiose du système
immunitaire, elles concentrent la testostérone intra-tubulaire, et
elles produisent l'inhibine B qui exerce un rétrocontrôle négatif sur
la sécrétion hypophysaire de FSH. Entre les tubes séminifères, le tissu
interstitiel contient les cellules de Leydig, responsables de la production
de près de 95 % de la testostérone circulante, la principale hormone
androgénique, ainsi que de faibles quantités d'oestradiol.
La spermatogenèse complète se déroule
en cycles d'environ soixante-quatorze jours. Elle débute avec les spermatogonies
situées près de la lame basale qui se divisent par mitose, puis se différencient
en spermatocytes de premier ordre. Ceux-ci entament la première division
de méiose pour générer des spermatocytes de second ordre, qui subissent
rapidement la seconde division méiotique et donnent naissance aux spermatides
rondes haploïdes. La spermiogenèse transforme ensuite ces cellules en
spermatozoïdes allongés pourvus d'un
acrosome et d'un flagelle, libérés dans la lumière tubulaire avant de
transiter par l'épididyme où ils acquièrent leur mobilité et leur pouvoir
fécondant.
Le fonctionnement
des gonades.
Le fonctionnement des gonades est intégré
au sein de l'axe gonadotrope hypothalamo-hypophysaire. La GnRH, un décapeptide
sécrété de manière pulsatile par les neurones
hypothalamiques, stimule les cellules gonadotropes antéhypophysaires qui
libèrent les gonadotrophines, FSH et
LH. La LH agit principalement sur les cellules de Leydig pour stimuler
la stéroïdogenèse testiculaire, et sur les cellules thécales et lutéales
au niveau ovarien. La FSH stimule la spermatogenèse via les cellules de
Sertoli et commande le développement folliculaire et l'aromatisation dans
la granulosa. Les stéroïdes sexuels exercent en retour un rétrocontrôle
négatif sur l'axe, auquel s'ajoute l'effet de l'inhibine B chez l'homme
et de l'inhibine A en phase lutéale chez la femme. Chez la femme en milieu
de cycle, les taux élevés d'oestradiol exercent transitoirement un rétrocontrôle
positif sur la LH, déclenchant le pic ovulatoire.
La puberté constitue la réactivation
de cet axe resté quiescent pendant l'enfance. L'apparition progressive
de pulses nocturnes de GnRH, puis diurnes, entraîne l'augmentation des
gonadotrophines, la stimulation des gonades et l'installation des caractères
sexuels secondaires et de la capacité de reproduction. La ménopause
chez la femme, qui survient en moyenne vers cinquante et un ans, marque
l'épuisement du stock folliculaire et l'effondrement de la production
d'oestradiol et de progestérone par les ovaires, accompagné d'une élévation
réactionnelle et durable de la FSH et de la LH. L'arrêt de la fonction
gamétogène s'accompagne de modifications métaboliques, osseuses et vasomotrices
qui peuvent retentir sur la qualité de vie. Chez l'homme, le déclin androgénique
lié à l'âge, parfois appelé andropause,
est plus lent et plus variable, marqué par une baisse progressive de la
testostérone biodisponible, une diminution relative du volume testiculaire
et une altération de la spermatogenèse, sans perte totale de la fertilité.
Les pathologies gonadiques sont multiples
et illustrent les conséquences d'une atteinte de ces fonctions duales.
Les anomalies du développement sexuel, les hypogonadismes d'origine centrale
ou périphérique, le syndrome des ovaires polykystiques, première cause
d'infertilité féminine, l'endométriose ou encore les tumeurs germinales
et stromales (séminomes, dysgerminomes, tumeurs de la granulosa, tumeurs
à cellules de Leydig) témoignent de la vulnérabilité de ces organes.
La torsion du cordon spermatique ou de l'annexe ovarienne constitue une
urgence chirurgicale menaçant la vascularisation gonadique. Ainsi, la
compréhension fine de l'embryologie, de
l'histologie, de la physiologie et de la régulation des gonades offre
les clés nécessaires pour appréhender la fertilité, la contraception,
le traitement des hypofertilités, la prise en charge des troubles pubertaires
et la gestion des conséquences du vieillissement gonadique. |
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