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| Le
javanais
est une une langue austronésienne
dérivée du kawi, roche du malais,
et parlée principalement sur l'île de Java, en Indonésie, par plus de
soixante millions de locuteurs.
La grammaire javanaise repose sur une morphologie relativement analytique, une syntaxe flexible et un système complexe de niveaux de langue. L'absence presque totale de flexion nominale ou verbale fait que les relations grammaticales s'expriment surtout par l'ordre des mots, les particules et le contexte social qui détermine le choix du registre. Le nom ne varie pas selon le genre ou le nombre. Le pluriel peut être rendu par la redondance (réduplication) : buku-buku pour « des livres », ou exprimé par un quantifieur comme akeh ( = beaucoup) ou para pour des pluriels animés. L'article n'existe pas; la spécificité repose sur le contexte ou sur des démonstratifs tels que iki ( = ceci ») et iku ( = cela, plus distant). Les démonstratifs se placent généralement après le nom : omah iki ( = cette maison). La possession se forme avec la particule -é pour marquer la possession définie, ou par simple juxtaposition : bukuku ( = mon livre) lorsque le pronom est attaché, ou bukué bapakku pour des constructions plus complexes dépendant du niveau de langue. Les pronoms sont fortement dépendants des registres : aku (informel, neutre), kula (polie), ingkang dalem ou autres formes honorifiques dans les niveaux krama. Le javanais possède essentiellement trois grands niveaux : ngoko (familier), madya (intermédiaire) et krama (soutenu), chacun avec son lexique propre. La grammaire de base reste identique, mais les pronoms, les verbes et certains noms changent selon le niveau choisi. Ce système ne sert pas seulement à parler avec respect, mais structure l'interaction sociale : âge, statut, distance et politesse déterminent le choix du registre. Le verbe
ne se conjugue pas pour le temps, la personne ou le nombre. Le sujet est
exprimé par un pronom ou un nom, et le verbe reste invariable. Les temps
sont exprimés par des particules adverbiales comme wis ( = déjà ),
durung
( = pas encore), arep ( = vouloir / futur proche),
bakal
(futur) ou par le contexte. L'aspect et la modalité peuvent aussi être
indiqués par des particules comme lagi ( = être en train de) ou
oleh
(permission/pouvoir). Le verbe peut être dérivé par des affixes qui
modifient sa valence ou son sens : di- pour la voix
passive, ng- (ou m-) comme marqueur d'agent dans la voix
active, ke-...-an pour exprimer l'état subi ou accidentel,
pe-...-
pour former des noms d'agent,
pa-...-an pour des lieux ou
des abstractions. Ces affixes sont soumis à des règles de
sandhi
( La voix joue un rôle central dans la syntaxe javanaise. La langue oppose principalement une forme active et une forme passive. En actif, le sujet agent précède le verbe : Aku maca buku ( = Je lis un livre . En passif, le patient devient sujet et l'agent peut être explicité avec une préposition ou omis : Buku diwaca ( = dening aku) ( = Le livre est lu (par moi)). Le choix entre active et passive dépend aussi de la politesse : en contexte formel, la passive mettant en avant le patient peut être privilégiée. De nombreuses constructions sans sujet explicite sont possibles, notamment dans des situations impersonnelles ou pour focaliser l'information. L'ordre des mots est généralement SVO mais reste flexible. Le sujet peut être omis si identifiable en contexte, et la focalisation d'un élément peut entraîner sa mise en tête de phrase. Les adverbes se placent librement, souvent après le verbe, bien que les particules aspectuelles précèdent généralement le verbe. L'adjectif suit le nom : omahgedhé ( = grande maison). La comparaison se forme soit par luwih … tinimbang … ( =lus… que…), soit simplement par le contexte ou l'intonation, selon le registre. La réduplication est très productive et peut marquer la pluralité, l'intensité ou la répétition : gedhé-gedhé (= très grand ou plusieurs grands, selon le contexte). Le mot composé est également fréquent, souvent par juxtaposition de deux éléments pour former un sens plus spécifique. Phonologiquement, le javanais présente un inventaire consonantique et vocalique riche. Il est caractérisé par l'existence de nombreuses voyelles médianes, un phénomène moins courant dans les langues voisines. La morphophonologie comprend des phénomènes d'assimilation nasale liés au préfixe ng-, ainsi que des alternances vocaliques et consonantiques dues aux affixes. Les voyelles sont généralement stables, mais la prosodie et l'intonation prennent une importance particulière dans la différenciation des registres, notamment parce que certains mots n'existent que dans un niveau donné de la langue. Son rythme est doux et souvent perçu comme mélodieux, notamment grâce à l'influence de la poésie et du théâtre traditionnels comme le wayang, où la diction javanaise est très codifiée. Bien que le javanais partage des traits avec l'indonésien et d'autres langues austronésiennes, il possède un vocabulaire propre ainsi que des emprunts importants au sanscrit, en raison de siècles d'influence hindou-bouddhique, puis à l'arabe et au néerlandais. Le javanais s'est écrit dans plusieurs systèmes d'écriture. Le plus ancien est le kawi, dérivé d'un modèle brahmique indien et utilisé dans les inscriptions et la littérature classique. Celui-ci a progressivement évolué vers l'écriture javanaise moderne, aksara Jawa, encore employée dans les domaines artistiques, religieux et éducatifs, bien qu'elle ait largement été remplacée par l'alphabet latin dans la vie quotidienne. L'aksara Jawa, avec ses signes élégants et arrondis, est réputée pour sa complexité, car elle comprend des consonnes principales, des signes vocaliques dépendants, des consonnes finales et divers diacritiques. La littérature javanaise constitue un héritage culturel considérable, allant de textes philosophiques et épiques à une tradition orale vivante. Les serat (manuscrits littéraires) et les poèmes métriques tels que les tembang jouent un rôle essentiel dans la préservation de la langue. Les cours royales de Surakarta et Yogyakarta ont particulièrement contribué au raffinement linguistique et artistique, donnant à la langue une dimension aristocratique et codifiée. Aujourd'hui, le javanais coexiste avec l'indonésien, langue officielle du pays. Si l'indonésien domine les médias, l'administration et l'enseignement, le javanais demeure la langue de la vie familiale, de la culture locale, du théâtre, de la musique et des cérémonies. Son usage reste très vivant, notamment dans les régions rurales et dans la production artistique contemporaine. Toutefois, la transmission des niveaux de politesse les plus élevés tend à diminuer chez les jeunes locuteurs, ce qui suscite des efforts de revitalisation et de documentation. |
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