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Le
phénotype
est l'ensemble des caractéristiques et des traits observables d'un individu,
résultant de l'interaction entre son génotype
( = son patrimoine génétique) et l'environnement. C'est donc une notion
dynamique et intégrative : s'il est bien la manifestation visible de l'information
génétique, cette manifestation est constamment modelée, nuancée et
révisée par les interactions avec l'environnement interne et externe,
depuis l'échelle moléculaire jusqu'à l'organisme dans son écosystème.
C'est le point de rencontre entre l'hérédité
et l'expérience, le programme et son actualisation dans un contexte donné.
En génétique,
l'étude du phénotype est importante pour comprendre comment les gènes
influent sur les caractéristiques observables des organismes et comment
les facteurs environnementaux peuvent interagir avec ces gènes pour produire
une grande variété de phénotypes. Cette interaction entre le génotype
et l'environnement est ordinairement abordée à travers le concept de
l'expression génique et de
la plasticité phénotypique.
Au niveau le plus
immédiat, le phénotype correspond à ce que l'on peut voir ou mesurer
: la couleur des yeux, la taille d'une plante, la forme d'une fleur, mais
aussi des caractéristiques moins visibles comme la tension artérielle,
le groupe sanguin, ou même des particularités biochimiques comme la présence
d'une enzyme spécifique. On parle alors de phénotype
moléculaire, cellulaire, anatomique ou comportemental. Un phénotype peut
donc être défini à différentes échelles, de la molécule
à l'organisme entier, voire à son comportement dans son environnement.
L'idée centrale
est que ce phénotype est le produit de l'expression des gènes, c'est-à -dire
du génotype. Un gène, ou plus exactement une
version d'un gène (un allèle), porte une information
qui, via des mécanismes complexes de transcription et de traduction, conduit
à la fabrication d'une protéine. Cette protéine,
à son tour, va influencer un caractère. Par exemple, un allèle d'un
gène peut coder pour une enzyme qui produit un pigment, et la présence
ou l'absence de ce pigment déterminera la couleur des yeux. On dit souvent,
par raccourci, que le génotype détermine le phénotype.
Cependant, cette
relation n'est pas un déterminisme absolu.
Le lien entre un gène et un caractère est rarement aussi simple et linéaire.
L'environnement joue un rôle modulateur crucial. Un même génotype peut
produire des phénotypes différents selon les conditions environnementales.
C'est ce qu'on appelle la plasticité phénotypique. Un exemple
classique est celui de l'hydrangée (ou hortensia) : la couleur de ses
fleurs peut varier du rose au bleu en fonction du pH
du sol, bien que le génotype de la plante soit
identique. De même, deux jumeaux monozygotes (qui partagent exactement
le même génotype) peuvent avoir des tailles différentes s'ils n'ont
pas eu la même alimentation pendant leur croissance, ou peuvent développer
des maladies différentes selon leur mode de vie ou leur exposition Ã
des agents pathogènes.
Ainsi, le phénotype
n'est pas une simple lecture du programme génétique. Il est le résultat
de l'interaction complexe et dynamique entre l'information
génétique (le génotype) et l'ensemble des facteurs environnementaux
auxquels l'organisme est exposé tout au long de sa vie. Cette interaction
commence dès la vie embryonnaire et se poursuit jusqu'à la mort. On peut
formaliser cette relation par une équation simple mais puissante :
Phénotype
= Génotype + Environnement + (Interaction GxE)
où le terme d'interaction
souligne que l'effet de l'environnement peut dépendre du génotype, et
vice-versa.
Pour un même caractère,
différents allèles peuvent interagir entre eux, un phénomène appelé
épistasie.
Par exemple, un gène peut masquer l'expression d'un autre gène. De plus,
un seul gène peut influencer plusieurs caractères, c'est la pléiotropie.
Et à l'inverse, un seul caractère peut être influencé par de nombreux
gènes, on parle alors de caractère polygénique, comme c'est le
cas pour la taille, la couleur de la peau ou de capacités cognitives.
Ces caractères complexes montrent généralement une variation continue
dans la population, et non pas des catégories distinctes.
Enfin, une dimension
supplémentaire est apportée par la notion d'épigénétique. Il s'agit
de modifications chimiques de l'ADN ou des protéines associées (les histones)
qui ne changent pas la séquence d'ADN elle-même, mais qui influencent
l'expression des gènes. Ces marques épigénétiques,
qui peuvent être induites par l'environnement (alimentation, stress, toxines),
peuvent être transmises lors de la division
cellulaire, et dans certains cas, d'une génération à l'autre. Elles
constituent une mémoire cellulaire de l'environnement vécu et ajoutent
un niveau de complexité supplémentaire à la détermination du phénotype. |
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