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L'expression
génique (= expression des gènes) est le processus biologique par
lequel l'information codée dans
un gène est utilisée pour synthétiser un produit
fonctionnel, généralement une protéine, mais
aussi parfois un ARN non codant. C'est le mécanisme
fondamental qui permet de passer de l'information statique du génotype
à la réalisation dynamique et fonctionnelle qu'est le phénotype.
En d'autres termes, c'est l'ensemble des étapes qui permettent de "lire"
et d'"exécuter" les instructions inscrites dans l'ADN.
Ce processus est d'une complexité et d'une régulation remarquables, permettant
à un organisme de développer des cellules aux
fonctions radicalement différentes (comme un neurone
et une cellule musculaire) alors qu'elles possèdent exactement le même
génome.
Ce processus débute
dans le noyau de la cellule avec une
étape fondamentale appelée transcription. Au cours de la transcription,
un segment spécifique de la double hélice d'ADN, correspondant à un
gène, est utilisé comme matrice pour synthétiser une molécule
d'ARN, appelée ARN messager (ARNm). Une enzyme,
l'ARN polymérase, se fixe sur une région particulière située en amont
du gène, le promoteur, et se déplace le long du brin d'ADN en assemblant
les nucléotides d'ARN complémentaires.
L'ARNm ainsi produit est une copie fidèle, bien que chimiquement légèrement
différente, de l'information génétique. Chez les eucaryotes
(organismes dont les cellules possèdent un noyau, comme les plantes, les
animaux et les champignons), cet ARN messager naissant, ou pré-ARNm, subit
ensuite des modifications cruciales. Un processus appelé épissage
(ou épissage alternatif) permet d'exciser les parties non codantes (les
introns)
et de réunir les parties codantes (les
exons).
De plus, une même molécule de pré-ARNm peut être épissée de différentes
manières, combinant les exons dans des ordres variés pour produire plusieurs
versions différentes d'ARNm matures à partir d'un seul et même gène.
C'est un mécanisme majeur qui multiplie considérablement la diversité
des protéines qu'un génome peut produire.
Une fois l'ARNm mature
formé, il est exporté hors du noyau vers le cytoplasme,
où a lieu la deuxième grande étape de l'expression génique : la traduction.
Ce processus est effectué par des machines moléculaires complexes appelées
ribosomes.
Le ribosome se fixe sur l'ARNm et le "lit" par groupes de trois nucléotides,
appelés codons. Chaque codon spécifie un acide aminé précis. Par exemple,
le codon AUG signale le début de la traduction et code pour l'acide aminé
méthionine. Des molécules adaptatrices, les ARN de transfert (ARNt),
apportent les acides aminés correspondants
au ribosome. En se déplaçant le long de l'ARNm, le ribosome catalyse
la formation de liaisons peptidiques
entre les acides aminés, assemblant ainsi une chaîne polypeptidique qui,
après repliement et parfois des modifications post-traductionnelles, deviendra
une protéine fonctionnelle. C'est cette protéine qui, finalement, agira
comme enzyme, hormone, récepteur, ou élément
structural, influençant directement les caractères de la cellule et de
l'organisme.
L'expression génique
n'est pas un processus binaire (activé ou désactivé) qui se déroule
de manière identique dans toutes les cellules. Au contraire, elle est
finement régulée à de multiples niveaux, en réponse à une multitude
de signaux internes et externes. Cette rĂ©gulation est ce qui permet Ă
une cellule de s'adapter à son environnement, de se spécialiser, et de
maintenir son homéostasie. La régulation
peut s'exercer au niveau de l'accessibilité de l'ADN, par exemple via
la compaction de la chromatine (le complexe
d'ADN et de protéines histones). Si l'ADN est
trop compacté, les enzymes de la transcription ne peuvent pas y accéder
et le gène est silencieux. Des modifications chimiques des histones (acétylation,
méthylation) ou de l'ADN lui-même (méthylation) peuvent changer localement
cette compaction, un domaine étudié par l'épigénétique.
Au niveau de la transcription, des protéines spécifiques, les facteurs
de transcription, se lient à des séquences régulatrices de l'ADN (comme
les promoteurs ou les amplificateurs/enhancers) pour recruter ou au contraire
bloquer l'ARN polymérase, contrôlant ainsi le moment et l'intensité
de la production d'ARNm.
La régulation peut
aussi avoir lieu après la transcription, par exemple en contrôlant la
durée de vie de l'ARNm dans le cytoplasme. Plus un ARNm est stable, plus
il pourra être traduit en protéines. Des mécanismes comme l'interférence
par ARN, via de petites molécules d'ARN non codants (miARN, siARN), peuvent
se fixer sur des ARNm complémentaires et provoquer leur dégradation ou
bloquer leur traduction, réduisant ainsi l'expression du gène. Enfin,
la régulation peut agir au niveau post-traductionnel, en contrôlant l'activité,
la localisation ou la durée de vie de la protéine une fois qu'elle a
été synthétisée. Une protéine peut par exemple nécessiter l'ajout
d'un groupement phosphate (phosphorylation)
pour devenir active, ou être marquée pour être détruite par le protéasome
si elle n'est plus nécessaire.
Les perturbations
de l'expression d'un ou plusieurs gènes sont à l'origine de nombreuses
maladies, comme les cancers, où des gènes contrôlant la division cellulaire
peuvent être anormalement activés ou réprimés. |
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