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| Les langues > Indo-européen > langues italiques |
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| Le
portugais
est une langue romane issue du latin
vulgaire, introduit dans la péninsule Ibérique Le portugais est
aujourd'hui l'une des langues les plus parlées au monde, ce qui le place
parmi les grandes langues internationales. Il est langue officielle dans
plusieurs pays répartis sur quatre continents, notamment au Portugal,
au Brésil Le portugais est un vecteur culturel majeur. Il est la langue de grandes traditions littéraires, avec des auteurs tels que Luís de Camões, Fernando Pessoa, José Saramago ou Machado de Assis. Il est également omniprésent dans la musique, le cinéma et les médias des pays lusophones. Le portugais se caractérise par un système phonétique riche, comprenant des voyelles orales et nasales, trait distinctif par rapport à de nombreuses autres langues romanes. Les voyelles nasales, souvent marquées par un tilde ou par la présence des consonnes « m » et « n », jouent un rôle essentiel dans la compréhension et la prononciation. L'accent tonique est également déterminant, car il peut modifier le sens d'un mot. La prosodie du portugais varie sensiblement selon les régions, le portugais européen ayant un rythme plus fermé et plus rapide, tandis que le portugais brésilien est généralement perçu comme plus ouvert et plus mélodique. Le vocabulaire portugais est majoritairement d'origine latine, mais il a été enrichi au fil des siècles par des apports divers. Les influences arabes, dues à plusieurs siècles de présence musulmane dans la péninsule Ibérique, sont visibles dans de nombreux termes liés à l'agriculture, à l'architecture et à la vie quotidienne. L'expansion coloniale a également introduit des mots issus de langues africaines, amérindiennes et asiatiques, en particulier dans le portugais du Brésil et dans les variétés africaines, ce qui confère à la langue une grande diversité lexicale et culturelle. La grammaire portugaise présente de nombreuses similitudes avec celle des autres langues romanes. Elle s'en distingue notamment par un système verbal riche, une phonologie influençant fortement la morphosyntaxe, et des usages spécifiques des pronoms et des modes verbaux. Les noms en portugais possèdent un genre grammatical, masculin ou féminin, généralement identifiable par la terminaison : les mots se terminant en -o sont le plus souvent masculins, ceux en -a féminins, bien qu'il existe de nombreuses exceptions. Le nombre est marqué par le pluriel, formé en règle générale par l'ajout de -s, avec des adaptations orthographiques selon la consonne finale du mot. Les articles définis (o, a, os, as) et indéfinis (um, uma, uns, umas) s'accordent en genre et en nombre avec le nom qu'ils déterminent. L'article est fréquemment employé devant les noms propres, en particulier au Portugal, ce qui constitue une différence notable avec le français. Les adjectifs qualificatifs s'accordent également en genre et en nombre avec le nom. La plupart suivent une structure simple, mais certains adjectifs présentent des formes distinctes pour le masculin et le féminin, tandis que d'autres sont invariables en genre. La place de l'adjectif est généralement postposée au nom, mais l'antéposition est possible et entraîne souvent une nuance sémantique, exprimant une appréciation subjective, une intensité ou une valeur stylistique. Le système pronominal est l'un des aspects les plus complexes de la grammaire portugaise. Les pronoms personnels sujets sont souvent omis, car la conjugaison verbale permet d'identifier clairement la personne grammaticale. Les pronoms compléments directs et indirects peuvent être placés avant le verbe, après le verbe ou même à l'intérieur de celui-ci, selon le temps, le mode et le registre de langue. Cette mobilité pronominale, appelée proclise, enclise et mésoclise, constitue une spécificité importante du portugais, surtout dans sa variété européenne. La conjugaison verbale est particulièrement développée. Les verbes se répartissent en trois groupes selon la terminaison de l'infinitif : -ar, -er et -ir. Chaque verbe se conjugue selon plusieurs temps et modes, incluant l'indicatif, le subjonctif, l'impératif, le conditionnel et l'infinitif personnel, ce dernier étant une caractéristique distinctive du portugais. L'infinitif personnel permet d'indiquer le sujet de l'action même lorsque le verbe est à l'infinitif, ce qui apporte une grande précision syntaxique. Le subjonctif occupe une place centrale dans la grammaire portugaise. Il est utilisé pour exprimer le doute, le souhait, l'hypothèse, la finalité ou des actions non réalisées. Son emploi est plus fréquent qu'en français et obéit à des règles strictes liées aux conjonctions, aux verbes introducteurs et aux structures syntaxiques. Le portugais possède également un futur du subjonctif, largement utilisé dans les propositions conditionnelles et temporelles, notamment dans la langue écrite et soutenue. La syntaxe de la phrase portugaise suit généralement l'ordre sujet-verbe-complément, mais cet ordre peut varier pour des raisons stylistiques ou pragmatiques. Les phrases interrogatives peuvent être formées par simple intonation, par inversion partielle ou à l'aide de mots interrogatifs. La négation se construit principalement avec l'adverbe não placé devant le verbe, parfois renforcé par d'autres éléments négatifs. Les prépositions jouent un rôle fondamental et se combinent fréquemment avec les articles pour former des contractions obligatoires, telles que de + o donnant do, ou em + a donnant na. Ces contractions sont essentielles à la correction grammaticale et constituent une difficulté récurrente pour les apprenants. Les conjonctions, quant à elles, permettent d'articuler des phrases complexes et d'exprimer des relations logiques variées comme la cause, la conséquence, l'opposition ou la condition. Enfin, la grammaire portugaise varie sensiblement entre le portugais européen et le portugais brésilien. Les différences portent sur la prononciation, certains temps verbaux, l'usage des pronoms et des constructions syntaxiques, sans toutefois compromettre l'intercompréhension. Cette variation diatopique fait partie intégrante de la langue et doit être prise en compte dans toute approche approfondie de la grammaire portugaise. L'histoire du
portugais.
À partir du IXe siècle, dans le contexte de la Reconquista chrétienne contre les royaumes musulmans, le royaume de Galice, puis le comté de Portucale (établi en 868 sous la suzeraineté du royaume de León), devinrent des centres politiques et culturels où le galicien-portugais s'affirma comme langue vernaculaire. Au XIIe siècle, avec l'indépendance du Portugal proclamée en 1139 par Afonso Henriques, le dialecte du sud du domaine galicien-portugais commença à se différencier progressivement de celui du nord (la future Galice). Ce processus de divergence s'accéléra au XIIIe siècle, lorsque le portugais devint la langue officielle de la cour royale portugaise sous le règne de Denis Ier (1279-1325), qui, en 1290, fonda la première université du pays (à Lisbonne, plus tard transférée à Coimbra) et ordonna que les actes administratifs soient rédigés en portugais vulgaire plutôt qu'en latin. Cette décision marqua la naissance du portugais en tant que langue littéraire et administrative autonome. Le portugais médiéval (XIIe-XVe siècles) fut surtout une langue de poésie lyrique, notamment à travers la poésie courtoise influencée par la tradition provençale, et la poésie populaire (cantigas de amigo, cantigas de escárnio e maldizer). Les oeuvres du roi Denis lui-même, ainsi que celles de Paio Soares de Taveirós ou Martim Codax, témoignent d'une langue riche, flexible et déjà bien distincte du galicien du nord. Parallèlement, des textes juridiques, historiques et religieux commencèrent à être rédigés en portugais, comme les Forais (chartes de peuplement) ou la Crónica Geral de 1344. À partir du XVe
siècle, l'expansion maritime portugaise transforma radicalement le destin
de la langue. Avec les Grandes Découvertes,
le portugais devint une langue de contact global, implantée en Afrique
(Guinée, Angola, Mozambique), en Asie (Inde, Malacca, Timor, Macao) et
en Amérique (Brésil, découvert en 1500). Cette expansion favorisa à
la fois la standardisation du portugais (notamment grâce à l'imprimerie,
introduite à Lisbonne en 1489) et son émiettement dialectal, sous l'influence
de nombreuses langues locales. Le portugais classique des XVe-XVIIe
siècles, tel qu'employé par Fernão Lopes, Gil Vicente, Luís de Camões
(dont l'épopée Os Lusíadas L'union dynastique avec l'Espagne (1580-1640) exerça une forte pression sur la langue portugaise, notamment dans les domaines administratif et littéraire, mais la restauration de l'indépendance en 1640 renforça la volonté de préserver l'identité linguistique nationale. Au XVIIIe siècle, sous l'influence des Lumières et de la centralisation monarchique, des efforts de normalisation linguistique se multiplièrent. António de Morais Silva publia en 1789 le premier dictionnaire de la langue portugaise, et le marquis de Pombal promut le portugais comme langue unique de l'enseignement et de l'administration, notamment au Brésil, où il remplaça progressivement le nheengatu (langue générale amazonienne) et marginalisa les langues indigènes. Le XIXe siècle fut marqué par l'indépendance du Brésil en 1822, événement qui scissa définitivement la communauté linguistique lusophone en deux pôles : le portugais européen et le portugais brésilien. Bien que mutuellement intelligibles, ces deux variantes commencèrent à diverger nettement en phonétique, prosodie, syntaxe et lexique. Le portugais brésilien, influencé par les langues tupi-guarani, africaines (yoruba, kimbundu, etc.) et, plus tard, par l'anglais, développa une intonation plus chantante, une nasalisation plus marquée, une tendance à l'élision des consonnes finales et des constructions syntaxiques propres (comme l'usage plus fréquent du gerondio, influencé par le français, ou l'emploi du pronom você au lieu de tu dans la majorité des régions). Au XXe siècle, les deux standards nationaux se consolidèrent institutionnellement. Au Portugal, l'Académie des sciences de Lisbonne, fondée en 1779, continua de jouer un rôle normatif, notamment à travers la publication du Vocabulário Ortográfico da Língua Portuguesa (1911), qui introduisit une réforme orthographique radicale (suppression de nombreuses consonnes étymologiques comme le c et le p muets : acção → ação, pharmacia → farmácia). Le Brésil adopta une orthographe légèrement différente, ce qui créa une dualité orthographique persistante tout au long du siècle. La deuxième moitié du XXe siècle vit émerger une prise de conscience de la dimension internationale de la langue portugaise. Après la décolonisation africaine dans les années 1970, cinq nouveaux pays (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Cap-Vert et São Tomé-et-Príncipe) adoptèrent le portugais comme langue officielle, non pas comme reliquat colonial, mais comme langue neutre entre groupes ethniques rivaux et outil d'unité nationale. Le Timor oriental, indépendant en 2002, fit de même. Cette expansion géographique et démographique (le portugais devint la 6e langue la plus parlée au monde, avec plus de 260 millions de locuteurs) renforça la nécessité d'une harmonisation internationale. C'est dans ce contexte que fut signé en 1990 l'Accord orthographique de la langue portugaise, visant à unifier l'orthographe des pays lusophones en supprimant la plupart des divergences entre les normes brésilienne et européenne. Après des ratifications tardives et des mises en oeuvre inégales (le Portugal l'appliqua pleinement à partir de 2015, le Brésil dès 2009, l'Angola et le Mozambique plus récemment), cet accord tend à créer un standard orthographique commun, bien que la prononciation, la grammaire et le lexique restent diversifiés. Aujourd'hui, la langue portugaise est une langue pluricentrique, dynamique et en expansion, portée par la croissance démographique de l'Afrique lusophone et par la puissance culturelle du Brésil. Elle est langue officielle de neuf États, langue de travail de l'Union européenne, de l'Unesco et de l'Union africaine, et fait l'objet d'un enseignement croissant dans le monde. Sa richesse réside précisément dans sa diversité. Les dialectes
du portugais.
Le
portugais européen.
La région septentrionale, notamment entre Porto et la frontière espagnole (Minho, Trás-os-Montes), conserve des traits archaïques du portugais médiéval. Les locuteurs y prononcent encore nettement les sifflantes finales (le -s en fin de mot est articulé comme [s], non comme [ʃ] ou [ʒ] comme au sud), utilisent fréquemment le pronom tu avec conjugaison verbale correspondante (tu comes, tu vais), et emploient des formes verbales au futur du subjonctif encore très vivaces à l'oral. Le dialecte du Nord se distingue également par une intonation montante caractéristique, une nasalisation moins marquée qu'au Brésil, et un vocabulaire spécifique (par exemple, bica pour café expresso à Lisbonne, mais cimbalino à Porto). Dans les zones rurales de Trás-os-Montes, certains parlers conservent même des traces de voyelles moyennes du latin qui ont disparu ailleurs. La région centrale, autour de Coimbra, est considérée comme conservant la prononciation la plus neutre ou standard du portugais européen, bien que ce soit une construction sociolinguistique. C'est dans cette zone que se situait l'ancienne cour royale et que s'est développée la norme littéraire. Cependant, même ici, des particularismes existent, notamment dans la réalisation des voyelles post-toniques, souvent réduites à [ɨ], un son central non syllabique très caractéristique du portugais européen. Le sud du Portugal, en particulier l'Alentejo et l'Algarve, présente des traits distincts : les sifflantes finales y sont souvent palatalisées ([ʃ] pour -s), la prosodie est plus traînante, et le lexique montre des influences arabiques plus marquées (ex. alface pour laitue, du mot arabe al-khass). À Lisbonne, le dialecte urbain moderne est marqué par une tendance à l'élision des sons faibles, à la diphtongaison de certaines voyelles, et à l'usage croissant de você au lieu de tu, surtout dans les interactions formelles ou intergénérationnelles. De plus, dans les quartiers populaires de Lisbonne, on observe des phénomènes comme la spirantisation de /b/, /d/, /g/ entre voyelles (prononcés comme [β], [ð], [ɣ]), proche de ce qu'on trouve en espagnol. Les îles forment
également des aires dialectales à part. Aux Açores Le
portugais brésilien.
Le portugais du nord-est (Bahia, Pernambuco, Ceará, etc.) est parfois considéré comme le berceau du portugais brésilien, avec une forte influence des langues africaines (notamment yoruba et bantou) dans le lexique, la syntaxe et la phonologie. Ici, on observe une tendance à la suppression du r final (comer → [kome]), une palatalisation marquée (diário → [dʒiˈaɾiu]), et un usage très répandu de você (voire de ocê en forme contractée). L'intonation est très musicale, avec des montées mélodiques caractéristiques. Le nord (Amazonas, Pará) montre des influences du nheengatu (langue générale amazonienne d'origine tupi) et une prononciation plus conservatrice de certaines consonnes. Le s final y est souvent prononcé comme [s], proche du portugais européen du Nord. Le centre-sud, comprenant São Paulo, Rio de Janeiro et Minas Gerais, est devenu la zone de prestige du portugais brésilien grâce à l'industrie culturelle (télévision, cinéma, musique). Le dialecte de Rio de Janeiro est particulièrement influent : il se caractérise par la réalisation du r initial comme [h] ou [χ] (rosa → [ˈhozɐ]), la chute fréquente du r et du l finaux (amor → [aˈmo], Brasil → [bɾaˈzi]), et une intonation dynamique. À São Paulo, surtout dans les zones d'immigration italienne, on note une prosodie plus plate, une articulation plus claire des consonnes finales, et parfois une prononciation roulée du r (influence italienne). Le sud (Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Paraná) est marqué par des influences européennes fortes : allemande, italienne et slave. Dans le Rio Grande do Sul, le portugais coexiste avec le portunhol, un parler mixte avec l'espagnol uruguayen et argentin, notamment dans les zones frontalières. On y prononce souvent le lh comme [ʎ] (non comme [j] ailleurs), et on utilise des tournures syntaxiques calquées sur l'espagnol. Le centre-ouest (Goiás, Mato Grosso, Brasília) est une zone de contact entre plusieurs variétés, avec un dialecte relativement neutre, influencé par les migrants venus de toutes les régions du pays, en particulier après la fondation de Brasília en 1960. Le
portugais africain.
Autres
dialectes du portugais et créoles.
Enfin, il faut mentionner les créoles à base lexicale portugaise, comme le crioulo guinéen, le papiamento (Antilles néerlandaises), le kristang (Malaisie), ou le sri lankais portugais. Bien qu'ils utilisent un vocabulaire largement d'origine portugaise, leur grammaire, leur syntaxe et leur phonologie sont profondément différents du portugais standard, et ils ne sont pas mutuellement intelligibles avec lui. |
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