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Les
langues
polynésiennes, parlées en Océanie, appartiennent à la famille des
langues malayo-polynésiennes ( langues
austriques), sont pauvres de formes; les catégories grammaticales
sont faiblement accusées, et le même mot appartient souvent à différentes
parties du discours. Il arrive que le genre et le nombre ne sont même
pas indiqués. La structure des mots est fort simple : la syllabe ne peut
être terminée par une consonne, ni en renfermer deux; elle se compose
toujours d'une consonne suivie d'une voyelle, ou n'est formée que
d'une seule voyelle. Les langues polynésiennes ont fréquemment
recours à la répétition d'une même syllabe pour former des mots nouveaux.
Elles sont privées de sifflante, et tendent à faire disparaître les
consonnes qui ont une individualité trop prononcée. On y remarque une
double forme du pluriel, indiquant si la personne à laquelle on s'adresse
est comprise dans le nous, ou en est exclue. Il y a de même un double
duel.
Parmi les principales
langues polynésiennes, on citera :
Groupe du tahitien.
Reo
Tahiti ( = tahitien).
Le reo
Tahiti, variété centrale du groupe tahitien, occupe une position
majeure en Polynésie française. Il se caractérise par une phonologie
relativement simple, un système vocalique à cinq voyelles et un recours
important aux particules pour exprimer les relations grammaticales. Sa
morphosyntaxe privilégie l'ordre verbe-sujet-objet (VSO), et le redoublement
sert à exprimer l'intensité ou la pluralité. Cette langue a fortement
influencé les autres idiomes de la région grâce à son rôle historique
dans les échanges interinsulaires et dans la diffusion culturelle depuis
l'archipel de la Société.
Langues
des îles australes.
Les langues des
îles Australes
constituent un ensemble de variétés polynésiennes très proches, incluant
le rapa, le rurutu, le rūrutu/āuti, le rā'ivavae et quelques variantes
locales. Elles montrent un mélange de traits communs avec le tahitien
et de caractéristiques plus archaïques, notamment dans les systèmes
pronominaux et certaines formes verbales. Bien que mutuellement intelligibles
dans une certaine mesure, elles possèdent chacune leur identité linguistique,
reflétant l'histoire isolée de ces îles du sud.
Tuamotuan.
Le tuamotuan (reo
pa'umotu) regroupe un continuum dialectal des Tuamotu .
Sa phonologie se distingue par une tendance à la simplification, avec
la perte de certaines consonnes historiques, ce qui a produit des formes
lexicales abrégées par rapport au tahitien ou au marquisien. Son système
verbal repose largement sur les particules aspectuelles, et la richesse
des variations dialectales reflète l'étendue géographique de l'archipel.
Tongarévien.
Le tongarévien,
langue de Penrhyn aux îles Cook ,
est souvent considéré comme l'une des variétés polynésiennes orientales
les plus conservatrices. Il se distingue par des correspondances phonétiques
qui remontent plus directement au proto-polynésien oriental et par des
structures morphosyntaxiques préservant d'anciennes oppositions. Sa rareté
actuelle n'enlève rien à son importance pour la reconstruction historique
des langues polynésiennes.
Rarotongien.
Le rarotongien,
langue principale des îles Cook, appartient au même sous-groupe que le
tahitien, avec lequel il partage une grande proximité lexicale et grammaticale.
Il présente toutefois des traits distinctifs comme certaines réalisations
consonantiques plus conservatrices ou des usages particuliers dans les
particules temporelles et aspectuelles. Son développement moderne est
lié à la scolarisation et aux médias, ce qui en a favorisé une norme
écrite relativement stable.
Manihiki-rakahanga.
Le manihiki-rakahanga,
parlé dans les atolls nord des îles Cook, est étroitement apparenté
au tongarévien et au rarotongien, mais a conservé certains archaïsmes
surprenants, notamment dans les pronoms et dans des formes lexicales rares
ailleurs. Bien que peu documentée, la langue témoigne d'un isolement
prolongé qui a favorisé le maintien d'une identité linguistique propre.
Maori.
Le maori
de Nouvelle-Zélande ,
langue polynésienne orientale fortement standardisée, se caractérise
par une organisation morphologique comparable à celle du tahitien et du
rarotongien, mais avec un lexique distinct et des traits phonétiques propres,
tels que l'usage du /wh/ et du /ng/ initial. Il possède une tradition
orale particulièrement développée, et sa revitalisation contemporaine
lui a permis d'acquérir une place institutionnelle importante au sein
de l'État néo-zélandais.
Moriori.
Le moriori, parlé
sur les îles Chatham
(Rēkohu), est une langue soeur du maori, issue d'une branche orientale
du polynésien qui s'est séparée avant l'établissement définitif
en Nouvelle-Zélande. Bien qu'éteinte comme langue maternelle au XXe
siècle, elle est actuellement en cours de revitalisation, notamment grâce
aux archives laissées par Hirawanu Tapu et d'autres. Sa structure est
très proche du māori ancien, mais avec des différences notables : absence
de /ng/ (remplacé par /n/), conservation du /l/ (vs /r/ en māori), et
lexique spécifique (wata pour waka, pōrei pour poi).
Pitcairnais
et Norfuk.
Le pitcairnais et
le norfuk (des îles Pitcairn
et de l'île Norfolk )
ne sont pas des langues polynésiennes au sens historique, mais des créoles
nés du contact entre les mutinés de la Bounty (qui parlaient anglais)
et leurs compagnons tahitiens au XVIIIe
siècle. Leur vocabulaire est majoritairement issu de l'anglais
du XVIIIe siècle, mais leur grammaire
et leur syntaxe sont fortement influencées par le tahitien.
Groupe du Marquésan.
Marquésan.
Le marquésan ou
marquisien (langues des îles Marquises ),
réparti en deux groupes principaux (nuko hiva au nord et hiva 'oa au sud),
se singularise par un système phonologique à consonnes réduites où
de nombreuses occlusives se sont élidées au fil du temps, créant des
mots très vocaliques. Sa grammaire reste cependant typiquement polynésienne,
avec un usage étendu des particules et du redoublement. C'est une langue
agglutinative à relations, c.-à-d. que non seulement il y a addition
successive de divers mots ou suffixes, mais que chacun des mots, n'étant
en lui-même ni substantif, ni adjectif, ni verbe, ni conjonction, peut
devenir l'un ou l'autre selon le mot dont il est précédé ou suivi, et
celui-ci à son tour doit à ce nouveau rapprochement sa signification
particulière. Les variantes nord et sud, bien que proches, présentent
des divergences notables dans le lexique et la phonétique.
Mangarévien.
Le mangarevien,
parlé à Mangareva dans l'archipel des Gambier ,
combine des traits du marquisien et du tahitien (aux côtés duquel il
est parfois rangé) tout en conservant son propre caractère. Sa phonologie
montre des correspondances régulières avec le marquisien, mais il possède
un système pronominal et des particules verbales proches du tahitien.
Cette position intermédiaire reflète probablement les réseaux migratoires
anciens reliant les Gambier aux archipels voisins.
Hawaïen.
Le hawaïen,
langue polynésienne orientale, présente un système phonologique réduit
avec huit consonnes et cinq voyelles, ce qui lui donne une prosodie très
fluide. Sa structure syntaxique repose fortement sur des particules déterminant
le temps, l'aspect et la possession. L'histoire de son déclin puis de
sa revitalisation récente a produit une norme moderne enseignée dans
les écoles d'immersion et utilisée dans les médias, tout en préservant
une riche tradition orale et poétique fondée sur la métaphore et la
référence au paysage. C'est, avec son million de locuteurs, la plus parlée
des langues polynésiennes.
Rapa nui.
Le rapa nui, langue
de l'île de Pâques ,
combine des traits polynésiens orientaux avec des évolutions internes
marquées, dont une tendance à la réduction consonantique et à la création
de diphtongues. Son lexique reflète à la fois son isolement extrême
et une certaine influence tahitienne à l'époque où l'île fut intégrée
aux réseaux polynésiens. La langue est aujourd'hui engagée dans une
dynamique de revitalisation, soutenue par les communautés locales et l'éducation
bilingue.
Groupe du samoan.
Samoan.
Le samoan (parler
des îles Samoa ),
langue centrale du sous-groupe polynésien occidental, possède un système
consonantique relativement riche, comprenant notamment l'occlusive glottale
et le /g/ nasalisé. Sa grammaire se distingue par un marquage ergatif-absolutif
clair, une série complexe de pronoms inclusifs/exclusifs et une distinction
sociolinguistique importante entre style cérémoniel (gagana fa'aaloalo)
et style familier. Il joue un rôle majeur comme langue régionale et diasporique
dans le Pacifique.
Ellicéen.
L'ellicéen (= tuvaluan),
parlé à Tuvalu ,
partage sa structure générale avec les langues polynésiennes occidentales
mais présente un vocabulaire spécifique et quelques particularités phonologiques,
comme des voyelles longues contrastives et des consonnes géminées occasionnelles.
Sa morphosyntaxe repose sur des particules aspectuelles riches et des pronoms
bien structurés selon l'inclusivité et le nombre. L'éloignement des
atolls a permis le maintien de variations dialectales internes, bien que
la norme écrite tende à s'unifier.
Futunais.
Le futunais, langue
de Futuna
(principalement le futunien de Sigave et l'alofien de Alofi), appartient
à la branche occidentale polynésienne et se caractérise par un système
consonantique vigoureux, comprenant notamment des occlusives labiales et
vélaires clairement articulées. Il partage des affinités avec le samoan
et le wallisien mais conserve des traits lexicaux et grammaticaux propres,
reflétant un développement insulaire distinct. Les structures de respect
et de hiérarchie sociale sont fortement reflétées dans son usage.
Wallisien.
Le wallisien ( =
'uvean), parlé à Wallis, est proche du futunais mais possède une évolution
phonétique différente marquée par des changements dans les voyelles
intermédiaires et par certaines simplifications consonantiques. La langue
montre une syntaxe typiquement polynésienne, avec un ordre verbe-sujet-objet
(VSO) et une large utilisation de particules temporelles et aspectuelles.
Les liens historiques avec Tonga ont influencé une partie de son lexique
et de son répertoire culturel.
Tokelauan.
Le tokelauan, langue
des Tokelau ,
se situe à la frontière entre le samoan et le groupe polynésien nucléaire.
Sa phonologie relativement simple contraste avec un système pronominal
et verbal très structuré, comprenant des particules modales et aspectuelles
variées. Les dialectes des trois atolls montrent de légères variations,
mais l'intercompréhension reste élevée. Le tokelauan maintient une place
importante dans la vie communautaire malgré une forte diaspora.
Pukapuka.
Le pukapuka, parlé
dans l'atoll de Pukapuka aux îles Cook, est l'une des langues polynésiennes
les plus particulières en raison d'un développement relativement autonome
et de contacts anciens avec les cultures voisines. Il présente des innovations
phonologiques et lexicales qui le distinguent nettement des langues voisines,
au point d'être parfois considéré comme un rameau périphérique du
groupe occidental. Sa tradition orale extrêmement riche a contribué à
préserver des formes anciennes rares ailleurs.
Groupe du tongien.
Tongien.
Le tongien, langue
officielle de Tonga ,
est une variété occidentale possédant l'un des systèmes phonologiques
les plus conservateurs du domaine polynésien, notamment la préservation
de consonnes proto-polynésiennes perdues ailleurs. Sa grammaire ergative-absolutive,
ses constructions possessives distinctes et son lexique étendu reflètent
un développement interne stable. Elle a peu de prépositions, et un seul
article, indéclinable comme toutes les autres parties du discours; mais
le tongien possède trois nombres pour les verbes et pour les pronoms personnels.
La déclinaison compte sept cas; la conjugaison est dépourvue de passif.
La prononciation est plus aspirée et moins douce que celle du tahitien.
Son influence historique a été importante, notamment sur le wallisien
et certaines variétés voisines.
Niualfo'u.
Le niualfo'u, parlé
sur l'île de Niuafo‘ou (anc. Good Hope island) au nord de Tonga, constitue
une langue de transition entre le tongien et le samoan, bien qu'elle soit
plus proche du tongien sur le plan généalogique. Il présente plusieurs
archaïsmes phonologiques et des particularités lexicales uniques, issues
de l'isolement de l'île. Malgré une communauté réduite, la langue continue
d'être transmise, en particulier parmi les populations déplacées après
les éruptions volcaniques du XXᵉ siècle. |
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